LE DINER
M. DE CHELLES, Madame DE CHELLES avec une seconde toilette.
MADAME DB GHBLLES.
C'est VOUS, Régis? — On vous prendrait pour M. de Sparr.
M. DE CHELLES
Moi, je ne prendrais jamais personne pour madame de Chelles.
MADAME DE CHELLES
A propos ! je voudrais bien savoir pourquoi vous vous êtes permis de m'écrire.
M. DE CHELLES
Mon Dieu, madame, nous ne nous parlions pas. — Le
seul moyen de communication était la poste. — Je vous ai crue assez bonne pour excuser mon audace ; n'y a-t- 11 pas des gens qui correspondent toute la vie sans se voir?
MADAME DE GHELLES.
Cette lettre avait le timbre de Paris, et vous aviez déguisé récriture pour qu'elle ne fût pas refusée. — Mais je vous déclare que je n'ai lu que l'enveloppe — et que désormais je ne recevrai plus vos lettres.
Voudrez- voui me permettre de séduire Joséphine? {Sept heures sonnent.)
MADAME DE GHELLES.
Ah ! mon Dieu I — nous allons ce soir chez les Vfra- YiUe!
M. DE GHELLES.
Oui.
MADAME DE GHELLES, ùvcc constemation.
J'ai oublié d'envoyer prendre mes fleurs. — Je ne pourrai pas y aller. — Que va-t-on dire? — Je suis perdue I
M. DE GHELLES sonne, un domestique entre,
— Auguste! sellez un cheval. — {Il prend un pardessus et une cravache.)
m GOMME ON FAIT SON LIT
MADAMB DE GHELLES. -
Oh I par et temps affreux ! — Non. — Vous n'avez pas dîné.
M. DE GHELLES.
(// monte à cheval,) Dans une demi-heure je serai ici. — (Madame de Ckelles à une fenêtre. — Le cheval se cabre. — Bile pousse un petit cri. — M. de Chelles la rassure d*un geste.)
LA FEMME DE CHAMBRE, dans Ic corridor.
Gré coquin! monsieur monte joliment à cheval!
MADAME DE CHELLES, rentrant.
Qu'est-ce qui se passe donc chez M. de Chelles? {Elle lit, -— puis laisse tomber son livre et rêve. — Elle tire de son corsage une ktire de M. de Sparr, — On entend le galop d'un cheval.) Déjà revenu!
M. DE CHELLES, avcc Un cartou.
Voici vos fleurs.
MADAME DE GHELLES.
Vous êtes inondé, Régis.
M. DE GHELLES.
L'essentiel est d'être arrivé à temps.
MADAME DE GHELLI^S.
Toute réflexion faite, je n'irai pas chez les Viraville,
Je suis ce soir pour le coin du feu, — Nous souperons, comme nos ancêtres. — Ah î je n'ai pas la suite de...
M. DE GHELLSS.
Vous allez feire un biea naauvws souper.
MADAME DE CHELLBS.
J*ai faim ; nous causerons. — Bah î
M. DE GHELLES.
Moi qui n'ai plus l'habitude....
MADAME DE GHELLES.
Vous ferez comme les muets de mélodrajne, qui deviennent bavards au dénoûment. -- Qu'est-ce qu'on dit à Vannes?
Il y court trois ou quatre petite scandales.
MADAME DE GHELLES, aVBC fHondiSê.
Contez-moi cela bien.
M. DE GHELLES.
Si VOUS êtes contente. — serez vous assez dévouée pour chanter cette mélodie de Schubert — que j'aime tant — et que j'ai entendue cette nuit?
MADAME PE GHELLES.
Je pensais que vous ne croyiez pas à la musique*
i90 COMME ON FAIT SON LIT
M. DE GHELLE8.
Vous m'avez converti, — et si vous voulez, nous en ferons.
IfADAME DE GHELLES.
Comment, Régis, non-seulement vous parlez, mais encore vous chantez I
M. DE GHELLES.
Je réclame l'indulgence du public. {Madame de Chel^ ks tousse. — Il chante.)
MÀDAMB DE GHELLES, Stupéfaite.
Un ténor !
M. DE GHELLES.
Qu'est-ce qu'est donc de Sparr ? — Baryton, je crois?
MADAME DE GHELLES.
Mais vous avez une très-jolie voix, monsieur, trèsjolie. — Répétez donc cette phrase — : « Pensez tout bas que je vous aime. »
M. DE GHELLES, ttvec passion.
« Pensez tout bas que je vous aime. » {Onze heures sonnent,)
MADAME DE GHELLES, étonnée.
Il n'est pas onze heures ! {La femme de chambre entre avec des bougies.)
M. DE GHELLfiS.
Bonsoir, Aurélie.
MADAME DE GHELLES.
Bonsoir, Régis.