‹ La femme de vingt-cinq ansChapitre 13 sur 52 · LE DÉJEUNER · texte numérisé non relu

LE DÉJEUNER

14 septembrt.

M. DE QUELLES, Màdamb OE GHELLES.

MADAME DE GHELLES.

Mais vous êtes magnifique, Régis. — Est-ce que vous attendiez quelqu'un ?

M. DE GHELLëS.

J'ai rhonneur de déjeuner auprès de madame de Chelles.

MADAME DE CHELLES

Oh I VOUS étiez très-bien avec votre ancien habit.

M. DE CHELLES, d*un ton de reproche.

Ah ! voilà une dureté ! — Vous trouveriez le secret d'être charmante avec une robe de Tempire; mai» moi...

MAJ)AME DE CH^LLES

Est-ce que c'est ma fête, aujourd'hui ?

M. DE CHELLES

Non, madame, mais je veux vous dire vos vérités, et tous les jours.

MADAME DE CHELLES

Ah ! gardez vos économies de madrigaux ! — Les femmes ne s'appellent plus Eglé, aujourd'hui, et les hommes qui les respectent ont horreur de la galan^ terie.

M. DE CHELLES

Je n'aurais certes pas horreur — en vous sous-entendant — de m'entendre appeler <( le galant. »

MADAME DE CHELLES

Vous dites tout cela d'un air'désolé ?

M. DE GHBUES.

Pardcm, je vous empêche de lire.

MADAME DE CHELLES

Que tenez-vous donc là?

M. DE CHELLES

Un roman nouveau de votre auteur favori.

MADAME DE CHELLES

Oh ! laissez-moi voir.

M. DE CHELLES, lui possatit le volume^ Et tout au long, je vous en prie.

MADAME DE CHELLES

Trop bon. — Mais vous?

M. DE CHELLES, tirant un deuxième volume de sa

poche.

Je suis armé I

MADAME DE CHELLES

Vous êtes homme de précaution.

M. DE CHELLES

C'est pour vous, croyez-le. — Je comprends parfaitement que beaucoup de conversations — je mets la mienne du nombre — ne valent pas un chapitre du roman que vous tenez. — Je vous demande un peu ce que n'importe quelle improviwtion, fût-ce celle de Tau-

leur lui-même, pourrait faire à côté d'un conte émouvant imaginé à loisir et dit avec style par un romancier d'infiniment d'esprit? - Un femme se renferme trois jours entiers pour dévorer un roman en dix volumes ; ferait-elle le même sacrifice à un premier ajnant? — Or, moi, simple mari, — si je ne Usais pas en face de vous qui lisez, — qu'adviendrait-il? — Vous seriez capable d'avoir de la conmiisération pour un pauvre diable qui ne dirait mot du premier service au dessert ; vous lui adresseriez de temps en temps la parole, — et cela hacherait l'intérêt. — Pour moi — chacun son goût — votre voix me fait bien plus de plaisir que le dialogue de tous ces personnages.

MADAME DE CHELLBS. *»

Je veux croire que ce n'est pas une satire. — Mais comment, vous commencez par le tome second?

M. DE CHELLES

Ne fais-je pas bien? — Je lis en éclaireur, comme un maître d'hôtel qui goûte des plats. — Si c'était mauvais — au goftt. — {Offrant,) Un peu de ce perdreau.

(Madame de Chclles lit en le regardant h la dérobée. — M. de Cheltef lit de ion côté. — Silence. — Ils rient. — Ils rient de nouveau.)

MADAME DE CHELLES, avec dcs larmes dœns la voiip. Pauvre Henri !

M. DE CHELLES

Rassurez-vou$ ; — il se marie.

MADAME DE GHELLE8.

Quel bonheur !

M. DE GHELLES, tristement.

Il est mal avec sa femme. {Madame de Chelles se lève. — Ils se séparent.)

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