LE BOUDOIR .DE MADAME DE GHELLES
Madame DE CHELLES, écrivant,
((Les voilà, ma reine Mai^^uerita, tous deux à. la » Chambre pour l'amour de moi ! — Depuis un mois, » j'ai deTambition. — Je veux être femme d'Etat. — » Un attelage de députés jeunes et fringants, — que la » passion fouette, cela conduit où Tooiveut — Le parti » Aurélie de Chelles est constitué depuis huit joars. — » Qui m'aime m'a suivie, et ils sont tous amoureux de la » patrie dans ma personne —jusqu'à M. d^O... ; — un » siècle assez bien conservé. — Mais mon salon est le » salon des Pas Perdus. -— Cela n'est pas aussi sévère » que tu pourrais le croire. —Tout le monde dit : Ne
» pàtiom pas po)itiqu0« On légifère ua quart d'heure. » — Je donne l'ordre du jour. M. de Ghelles est trèsr » bien à la tribune. M. de Sparr y est à Taise comme » dans une causeuse. — Dernièrement, la Montagne » aboyait. — M. de Sparr remuait avec sérénité la cuiller » dans le verre d'eau sucrée de tous les régimes. La » Montagne hurle I — Il demande à voix haute à l'huis- » sier de service : Un peu de fleur d'orange !
» Je viens de les brouiller politiquement. — Des gens » qui ont la même opinion, le même esprit, la même » élégance, cela fatigue. J'entends deux cloches, — » mais c'est le même son. — Mon salon est divisé. J'aime » d'ailleurs les nuances changeantes. — Les voilà l'un D contre l'autre. Malheur aux vaincus ! o
Elle prend un journal.
» M. de Ghelles (de Morbihan) a, dans la séance » d'aujourd'hui, abordé sérieusement la tribune. L'ho- » norable représentant a réfuté de point en point le » spirituel discours de M. de Sparr. Nous avons rare- » ment entendu soutenir une cause plus difficile avec » plus d'autorité et d'éclat. La Chambre compte décile dément un orateur de plus.
Elle prend un autre journal.
» La réponse de M. de Ghelles n'a rien détruit de » l'argumentation serrée de M. de Sparr, qui a répli- » que avec vivacité. Le discours de l'honorable repré-
» sentant d'IUe-et-Waine a eu les honneurs de la » séance, o Lequel croire?
P. S. — (( Je rouvre ma lettre. — M. de Sparr
» devient un vrai bourreau avec ses airs de victime.
» M. de Chelles se tait pour être éloquent. — C'est un
» amour siamois, exact comme une balance qui osciUe
» perpétuellement en équilibre. Ce n'est certes pas
» moi qui la ferai pencher. Tout ce que fait Tun, Tau-
» tre le dit. J'ai la tête brisée, le cœur fendu. —Je
» suis lasse d'être gouvernementale. — Je m'enfuis en
» congé, chez une bonne vieille tante — madame delà
» Guibourgère. — Je m'ordonne un peu de repos ab-
» solu. — Ils se suivent, quand se dépasseront-ils ? Il
» en sera ce qu'il plaira à Dieu! »
LA. FEMME D£ CHAMB&E, entrant.
— Madame, M. de Sparr et M. de Chelles.
MADAM£ DE CHELLES, ùvec humeur,
— Je n'y suis pour personne.
ON SB COUCHE. tOO