RIE DE RIVOLI
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PREMIEIL DISCOURS * *
« Et l^Étcrnel Dieu dit : Jl n^est pas bon que rhomme toit seul; je lui ferai un aide semblable à lu!, t (GÀJilki II, 18.)
Mes chères sœurs , *^
Si je m'adresse à vous aujourd'hui, le reste de cet auditoire, accoutumé à voir figurer son nom en tête de nos discours, n'a pas lieu d'en êtr? jaloux. C'est parler pour l'homme, que de parler à la femme et de s'appliquer à sanctifier son influence. Oui, son influence. En lui refusant l'autorité, qui va du fort au faible, subie par la nécessité des choses, le Créateur lui a départi l'influence, l|ui va le plue souvent du faible au fort, lihsement acceptée, mais acceptée
à la condition de ne paraître point ^ Je n'bésite pas à le dire : la plus grande influence qui existe sur la terre, tant pour le bien gne pour le mal, est , Reliée dans la main de la femme. L'histoire le dit aiiftc mOi, quoique Phistorien ne \^ 4^se pas toujoursy soit qu'il méconnaisse ce ressort secret, soit t[u'il te taise, poyr ni^nager l'amour-propre ou d'un sex6«u(fe l'autre. Qu'on étudie les siècles passés : rien ne*8isliiigue plus réellement l'état sauvage de la oîrilisation, l'Oâent de l'Occident, le paganisme du -christianisme^ l'antiquité du moyen âge , le moyen âge des fenipft modernes, que lai0inditlon de la femme. Qui ne sait, par exemple, ce que pèse dans les mœurs des petfj)les et dans leurs destinées le seul mot de polygamie ou de monogamie? Qu'on qtserve ce qui se passif autour de nous : on Cuvera partout la femme dans le monde^ telle que le poëte peint Agrippine dans le sénat, a derrière un voile,, invisible et présente. » Comme c'est par une femme que Satan a pénétré dans la race innocente , on verra communément remonter à la femme les calamités et les crimes qui désolent
* Cette remarque s'applique non-seulement aux degrés de la hiérarchie sociale ou domestique^ mais à ceux même de la capasité. Ce n'est pas^ en. général, l'esprit ordinaire qui subit l'influence de ^'esprit éminent : c'est l'inverse. Ceci peut paraître un paradoxe; mais on trouvera, je croiS; "d'essai, que ce paradoxe a l'expérience pour lui. . -
LA MISSION D8 U fUtlIB. 1
rhumanité : les haineS) les Tengeaiices> 1^ ptocès, les suicides^ les duels^les meurtres, les guerres; et G4vnme c'est par une lemme aue le SauTeur est entré dans la race déchue^ ott verra remoiTter également à la femme les pensées et'^tis œwrttt \tA relèvent T humanité et la cootolent ï ft/UtAfei dévouements 9 les généreux sacrifices-, Nk' salntM inspirations^ les institutions pieuses, lesfendi^ons charitables. N'est-^ce pas pour cela qw Mrt et la poésie ont y à toutes les épôqMI, personnifié lei puissances morales par des femmes, et que le Saint* Esprit Ini-méme, dans les PntiFérbes, a peint soUi les traits de deux femmes le^jdeux tendances con« traires qui se partagent lé^ monde*? Imprimer h cette influence terrible de la femme une directioti salutaire, en étudiant avec elle kt mission qu'elle a reçue de Dieu, ce sera donc servir les plus grands intérêts du genre humain.
Par votre mission, femmes qui m'écoutez, j'entends ici la mission distinctive de votre sexe. Il en a une générale qu'il partage avec le nôtre S glorifier, en le représentant sur la terre, ce Dieu qui nous a tous faits à son image, et qui, voyant cette image effacée par le péché, l'a renouvelée en son Fils. A ce point de vue, comme « il n'y a ni Grec
1 Prov. VII, opposé à.VIÏÎ, et IX, 1-12, opposé à IX, 13-18.
8 PRKMIER DISCOURS.
a ni Juif, ni libre ni esclave^ » il n'y a aussi « ni « homme, ni femme ; car ifbus sommes tous un en ' « Jésu&-Gl)rist. » Mais dan^ette mission commue, ouLdoit étro le premier objet de votre ambition anmifpQ^ I^rfttre, il y ^ pour vous une mission spéo||i0t^aptée à liotre constitution propre. Gettg mission y 91e conjptez pas sur le monde pour vous en éclairdtr : il ne Ta jamais connue ; il ne pouvait la compienciire, parce quMi a constamment réduit la question qui voiMkconcerne aux proportions mesquines de son égoïsme ou de votre vanité. Reste que nous nous en -reportions à la Parole de Dieu ; à celte Parole qui, to.yte préoccupée qu'elle se montre de la « seule chose^écessaire, » résout encore en passant toutes les grandes questions humaines, et qui, joignant l'exemple au précepte, jtige sainement de toutes choses, parce qu'elle en juge spirituellement*.
Je l'ouvre aux premières pages de ce premier livre si bien appelé du nom de Genèse, puisqu'il révèle le secret de toutes les existences en les surprenant à leur origine, et nous jette, comme en se jouant, la plus haute philosophie, dans les faits primitifs, racontés avec une naïveté primitive. Là, aussitôt après ce petit mot, où Dieu résume la mis-
1 i Cor. II, 14.
sion générale de rhumanilé : « Faisons Thomme à « notre image, » nous en découvrons un autre, où il résulte également la mission spéciale de la femme avant de la former à son tour : « Il n'est pas bgn c( que l'homme soit seul ; je lui ferai «n aide semc( blable à lui. » Ceci s'applique à toute femme^ non à la femme, mariée seulement. Car Eve n^est pas seulement la femme du premier homme^ elle^est encore la première femme; et, solidaire-de tout son sexe ainsi qu'Adam l'est du nôtre, elle en offre dans sa personne le type et une sorte de miniature. Partons de cette pensée qui a j^sidé à votre naissance; prenons pour guides, en la développant, les organes inspirés de l'une et de l'autre économie ; nous ne risquerons pas de nous égarer dan» un chemin où Dieu lui-même marche devant nous. Aussi bien, votre cœur achèvera la démonstration, et vous obligera de dire, en entendant ce que réclame de vous la Parole de Dieu : Oui, c'est bien là ce que je dois être ; c'est bien là ce que je dois faire. *
« Il n'est pas bon que l'homme soit seul. » Comblé des dons de Dieu, il lui manque pourtant quelque chose, qu'il ignore Ifli-même ou qu'il ne connaît que par un vague pressentiment : m un aide « semblable à lui, » sans qui la terre n'est pour lui^
qu'une solitude, Éden qu'un désert. Doué d'une nature trop communicative pour se suffire, il réclame une société;^ un appui, un complémeqjy et ne vit qu'à demi tant qu'il vit seul. Fait pour pen-^ se», pour parler, pour aimer, sa pensée cherche une autra pensée pour l'aiguiser et la révéler à elle« même ; sa parole se perd tristement dan^rJes airs^ ou pe réteille qu'un écho qui la mutile au lieu de lui répondre; son amour ne sait où se prendre, et, retombant sur soi^ menace de se tourner en un désolant égoïsme; tout son être en6n aspire à un antre lui*méme, — mais ^t autre lui-même n'existe pas : a il ne se trouvait point pour Adam d'aide sembla- « ble à lui. » Les créatures visibles qui l'entourent sont trop au-dessous de lui, l'être invisible qui lui donna la vie est trop au-dessus, pour unir leur condition à la sienne. Alors, Dieu forme la femme, et le grand problème est résolu. Le voilà, tel que le demandait Adam , cet autre lui-même qui est lui, et qui pourtant n'est pas lui. La femme est une compagne que Dieu a donnée à l'homme pour charmer son existence, et pour la doubler en la partageant. Sa vocation de naissance est une vocation de charité.
A cette vocation se rapporte la place que Dieu
assigne àHla femme. Ce n'est pas une place infé-
0)eure : la femme n'est pas seulement un aide pour
LA MISSION DE LA FBUME. Il
l'homme^ elle est un aide a semblable à lui; » elle devait donc marcher son iSgale, et ce n'était qu'à cette condition qu'elle pouvait lui apporter le se-* cours dont il avait besoin. Mais c'est pourtant une place secondaire et dépend^te : car la femme a été formée après l'homme, faite pour l'homme, enfin tirée df l'homme. Ce dernier trait dit tout à lui seul. Tirée de lui, elle est « os de ses os et chair de sa ce chair, » et si étroitement unie à lui qu'il ne pourrait la rabaisser sans se rabaisser lui*méme ; mais, en même temps, tirée de lui, elle liiî doit le jour qu'elle respire et le nom qu'elle porte : de quel droit, je devrais dire de quel cœur, lui disputerait* elle le premier rang? Sa position de naissance est une position d'humilité.
Une vocation de charité à l'égard de l'homme, dans une position d'humilité auprès de l'homme : voilà la mission de la femme. Au reste, cette vocation et cette position, déclarées par les mêmes faits, tenant au même principe, sont si inséparables dans la formation de la femme^ qu'on peut les rassem* bler dans l'idée commune du renoncement, portant tour à tour sur la volonté propre et sur la gloire propre.
Ce commentaire de Moïse, je l'ai appris de saint Paul, rappelant aux Corinthiens la conditiodlle la femme, pour mstifier la défense qu'il lui fait de piljnr
12 PRFBIIER DISCOURS,
OU de prophétiser sans avoir la tête couverte^ Son sujet ne Pappelait pas à s'étendre sur la vocation de charité de la femme : il se borne à l'indiquer en disant que « la femme a été créée pour l'homme. » Mais écoutez en quels termes il s'explique sur sa position d'humilité : « Je veux*ue vous sachiez que la tête « de tout homme , c'est Christ ; et la tête de la^mme, « c'est l'homme; et la tête de Christ, c'est Dieu... « L'homme est l'image et la gloire de Dieu, mais « la femme est la gloire de l'homme... ^car aussi c< l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la « femme pour l'hoinjue. » N'est-ce pas la doctrine que je trouvais tantôt dans la Genèse? Mais cette doctrine, l'Apôtre l'énonce avec une rigueur qui serait déplacée dans une antre bouche; et à l'idée générale de dépendance où je me suis arrêté, il substitue la notion plus précise de subordination. Il conclut de là que la femme doit, « à cause des anges, » qui contemplent ce qui se passe sur la terre, et en particulier dans l'Eglise*, « porter sur la tête une ce marque de l'autorité » sous laquelle elle est placée. L'homme, dont la naissance fait partie de ce grand ouvrage de la création qui inspire aux anges des chants de joie', étant l'image et la gloire de Dieu, doit à Dieu de se montrerai tête levée aux regards
i,i uor. XI, 1-48. — « Eph. I" -- " ■ " ^▼XVIî. 7.
LA HISSION DE LA FEUME. 13
(le tout Tunivers. Mais la femme, dont la formation est un événement de second plan et pour ainsi 4dire de famille, étant la gloire de Thomme, doit à rhomme de se tenir cachée dans Tenceinte com* parativement étroite de notre globe, comme une épouse modeste dans son intérieur*. L'intention de TApôtre est d'autant plus marquée que les instructions qu'il donne ici sont destinées à*des femmA exceptionnelles : car ce n'est que par exception qu'une fegime pouvait être appelée à prier ou à prophétiser devant des hommes. L'ordre que Dieu a établi pour une certaine fin, il est toujours libre de le modifier pour la mieux servir. On le voit quelquefois, dans l'intérêt de l'homme, poussçr une femme hors de la^ie qu'il a prescrite à la femme, soit pour prophétiser comme les femmes de Corinthe, comme les quatre filles du diacre Philippe ou comme la mère du roi Lémuel*, soit comme Débora, pour juger un peuple, ou même pour présider à une expédition militaire'. Alors, la femme ne peut qu'obéir, et elle sera bénie dans son obéissance : k Bénie soit Jahel par- dessus toutes (( les femmes! bénie par-dessus les femmes qui se « tiennent dans les tentes^. » Mais alors même, à part ce qui est essentiel ait ministère extraordinaire
» Gen. XVIIÎ, 9. - * Act. XXI, 9; Prov. XXXI, 1. — « Juges ÎV, V.-* JupreR,V,24. '■
t4 PREMIER DISCOURS,
dont elle est revêtue, la femme doit demeurer femme, selon saint Paul, et, tout inspirée qu'elle est pour avertir l'homme, se rappeler qu'elle esfr la gloire de l'homme et se soustraire aux regards du monde, ^^
Tel étant l'ordre de la création , reste à savoir si la mission primitive de la femme a été changée par la chute*de notre race, qui a troublé si profondément l'œuvre de Dieu.
Satan commence par séduire la fenrthe*, après quoi il se sert d'elle pour séduire l'homme ; marche doublement habile, par laquelle il réussit plus sûrement auprès de la femme, parce qu'elle est plus faible que l'homme, et auprès de l'homme, parce que la femme a plus d'empire sur lui qu'il n'en a sur elle. Mais ce doux empire lui avait-il été prêté pour dominer sur la conscience de Pfaomme, pour lui être en piège au lieu de lui être en aide, et pour lui rendre, en échange de cette vie qu'elle tira de lui, le péché et la mort? Dieu la punit, de sa charité abandonnée, par cette suprême douleur
* On lira arec intérêt les tetmes dans lesquels Pierre Lombard résume la tentation d'È^e. (Sent,lib, II, diss. %i.) « D'abord^ Dieu avait dit : Le jour où vous mangjlrez de cet arbre, vous mourrez de mort. Ensuite, la femme dit : De peur que nous ne mourions. Enfin, le démon dit : 4^ous ne mourrez point. Dieu affirma, la femme hésita^le démon nia. Or, celle qui hésita, s'éloigna de celui qui avait affirmé, et s'approcha de celui qiû||iiait. »
LA mSSION DE lA FEMME. 15
sans laquelle elle ne pourra désormais continuer la race de l'homme, et de son humilité méconnue, en abaissant d'un degré sa condition : a Tes désirs se a rapporteront à ton mari, et il dominera sur toi*. » La femme est réduite à s'attendre à son mari pour tout ce qu'elle désire : voilà sa dépendance accrue ; et à vivre sous sa domination : voilà cette dépendance convertie en soumission*. Ne pensez pas toutefois qu'elle cesse pour cela d'être à l'homme « un a aide semblable à lui. » Hélas ! et quand ce tendre secours lui fut-il plus nécessaire? Telle est même la miséricorde de Dieu que le moment où il humilie la femme, est aussi celui où il lui confère un ministère plus grand et plus salutaire que jamais. Comme pour la relever et pour rétablir entre les deux sexes l'équilibre rompu, c'est par une vierge qu'il donnera un jour à l'homme ce réparateur désiré qui doit détruire les œuvres du Diable ' ; et le premier nom sous lequel il annonce son Fils au monde est celui de semence de la femme : « Je
* Gen m, 16. Rapprochez de ce verset Gen. IV, 7, où il paraît être question de la soumission du frère cadet à l'alné.
' Entre le châtiment de l'homme et celui de la femme^ on peut remarquer une différence oirrespondante à celle que nous avons fait observer (page 18) entre la vocation de Tun et celle de Vautre. Le châtiment de la femme est renfermé dans le cercle de la famille^ tandis que celui da^l'homme s'étend à la nature entière.
» 1 Jean UI, 8.
e, mettrai inimitié entre toi et la femme, et entre ta « semence et la semence de la femme; celte semence « te brisera la tête, et lu lui briseras le talon *.» Ainsi les rapports ne sont pas essentiellement altérés par la chute : la vocation de la femme est encore celle de la charité, et sa position, celle de l'humilité. Seulement, tout a pris un caractère plus sérieux : la charité est devenue plus spirituelle, dans une humilité plus profonde. Honteuse d'elle-même et jalouse de se réhabiliter, la femme ne vivra plus que^pour réparer le mal qu'elle a fait h l'homme, en lui prodiguant, avec les consolations qui peuvent adoucir l'amertume présente du péché, les avertissements qui peuvent en prévenir l'amertume éternelle.
Autre commentaire emprunté a saint Paul : « Je (( veux que les femmes, dans une tenue bienséante, « avec pudeur et modestie, se parent, non de tinsses, c( ou d'or, ou de perles, ou de vêtements somptueux, « mais de bonnes œuvres, ainsi qu'il convient à de% « femmes qui font profession de servir Dieu. Que la « femme apprenne dans le silence, en toute soumis- « sion. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, cf ni de prendre autorité sur l'homme; mais il faut « qu'elle soit dans le silence. Car Adam fut formé le « premier, puis Eve; et ce îi'est pas Adam qui fut
1 Gen. m, 15... 1* . "
« séduit : mais la femme, ayant été séduite, fut en « transgression. Toutefois, elle sera sauvée par l'en- « fanlement, pourvu qu^elles demeurent dans la foi, « la charité et la sanctification, avec modestie*. » La femme, dit ici l'Apôtre, a été la seconde à natlre, et la première à pécher : double raison pour qu'elle se tienne dans la modestie, dans le silence, dans la soumission. Voilà, en termes non équivoques , la place d'humilité que nous marquions tantôt à la femme. Mais l'Apôtre veut qu'elle entasse une place • d'honneur, par la bienfaisance chrétienne. Il y a une parure pudique qui lui sied à merveille, celle des bonnes œuvres; les bonnes œuvres, voilJl les tresses, les bijoux, jes pierreries, la toilette, qui l«t donnent bonne grâce aux yeux de Dieu et à ceux des hommes. Ce n'est pas tout. La femme produira le salut pbUV l'homme, tout en le recueillant pour ellemême, (c par l'enfantement » de la postérité qui lui fut promise. Ce salut, une femme le donnera au monde^ dans la consommation des temps, en mettant au jour le Sauveur; mais la femme, quelle
» 1 Tira. Il, 9-15. L*Apôtre considère encore ici Eve comme le type de la femme en général; ce que la Genèse dit d'une femme, il rétend à tout son sexe. Cette transition est rendue sensible par le passage subit du singulier au pluriel dans le \erset 15 : « Elle (la femme) sera sauvée ^pa^ l'enfantement, pourvu qu'elles (les femmes) <lomeurcnt dans latUdS etc. » Cette distinction importante est omisjjj^ans nos versions ordinaires.
ID PRISBilER mSGOlTllS.
qu'elle soît^ le lui donnera à sa manière, en lui apprenant à connaître ce Sauveur et à l'aimer. Voilà bien encore cette vocation de charité que nous avons prêtée à la femme ^ et qui lui impose Tobligation, disons plutôt qui lui confère le privilège) de se consacrer^ avec une tendresse redoublée, noil-seuliment à la consolation de Phomme souffrant^ mais encore au salut de Thomme pécheur, dont elle tournera les regards vers Jésus-Christ. ^
La femme est donc, selon l'Écriture, c'est-à-dire selon Dieu, depuis la création et plus spécialement depuis la chute, une compagne donnée à Thomme pour" travailler à son bien, et surtout à son bien fl^firituel, dans une attitude mo^ieste et soumise.
Ainsi nous instruit l'Écriture ; la nature jious donne les mêmes leçons. La tAché réservé» i^e Dieu à l'une et à l'autre moitié de notre espèce, se découvre dans leurs dispositions, se révèle dans leurs inslhicts. Eh bien! consultez-vous vous-mêmes, et dites pourquoi vous êtes nées, si ce n'est pas pour la fission que nous venons de vous reconnaître par la Parole de Dieu.
Votre place, avons-nous dit, est une place de dépendance et d'humilité. Sur ce point, saint Paul n'hésite pas à faire appel an sentiment inné de ses lecteurs, lorsque après avoir interdit à la feAme de
LA MISSION ms LA PBtUfE. 19
se découvrir en prianl ou en prophétisant, il ajoute t « Jugez-en vous-mêmes. Est-il séant qu'une femme « prie Dieu sans avoir la tête couverte? La nature (c elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que si « l'homme porte de longs cheveux, ce lui est un a déshonneur, mais que si la femme porte de longs a cheveux, ce lui est un honneur, parce que la che* a velure lui a été donnée pour voile? » Ces prineij^éS paraissent si incontestables à l'Apôtre qu'ils ne sauraient être niés que par un indigne esprit de chicane, qui ne mérite pas de le retenir : « Que si « quelqu'un aime à disputer, nous n'avons pas une « telle coutume, ni aussi les Églises de Dieu. » Évidemment, la chevelure nourrie ou retranchée â^l ici à caractériser une différence générale et profonde entre l'homme et la femme. Que «l'homme « sorl^ de sa demeure et se rende à son travail jus* « qu'au soir*; » qu'il choisisse l'activité extérieure pour sa tâche, la vie publique pour son domaine et le monde pour son théâtre; que dis-je? qu'il se donne en spectacle aux anges, et se mette en rapport avec l'univers entier : il ne saurait pbrlér trop loin le nom et Vimage de ce Dieu qti'il a mission de^représenter , non-seulement sur la terre, mais devant toute la création. Résister au sentiment
1 PsîfclV,23.
20 PRE&IIER DISCOURS.
qui rappelle au dehors pour se renfermer dans l'élroite enceinte du foyer domestique, ce serait de sa part mollesse, oubli de lui-même, infidélité à sa vocation ; il ne resterait plus qu'à mettre un fuseau dans ses mains et une quenouille à ses pieds. Mais il en est tout autrement de la femme : ce foyer, c'est son théâtre à elle; cette vie domestique, c'est son domaine; cette activité intérieure, c'est sa tâche; et ces longs cheveux dont l'Apôtre se plaît à la voir enveloppée sont remblème de toute une existence cachée et silencieuse, au sein de laquelle s'accomplissent le plus fidèlement, le plus honorablem«nt, les premières obligations de son sexe. « La femme, (( adit un grand écrivain de l'époque, est une fleur « qui ne donne son parfum qu'à Tombre * . » Se dérober, se tenir tranquille, se réserver aux siens, garder la maison, gouverner son ménage, yoj^k sa modeste ambition* • Si le Sage nous peinl une femme « bruyante, remuante, paraissant dans les « rues, et dont les pieds ne savent demeurer au « logis, » vous vous rappelez à quelle femme cela s'^plique*.
Aussi bien, l'humble sphère que nous assignons à la femme, n'est-ce pas celle pour laquelle tout son être est prédisposé et comme taillé d'tvance?
« Lamennais. ~ * 1 Tim. II, 11-15; f^é^; Tit. II, 4, 5. — s Prov. VIT, 11, 12; IX, 13. If
Cette conformatioD plus déliée, mais plus frêle, ce battement plus rapide de son cœur, cette sensibilité plus vive de ses nerfs, cette délicatesse de ses organes, et jusqu'à cette finesse de ses traits, tout fait d'elle, selon l'expression de saint Pierre, «un « vaisseau plus fragile ^ » et la rend constitutionnellement impropre aux soins permanents et inflexibles, aux affaires de l'État, aux veilles du cabinet, à tout ce qui donne du renom dans le monde.
Les facultés de son intelligence ne l'en tiennentelles pas également écartée? On a demandé quelquefois si elles sont égales à celles de l'homme : elles ne sont ni égales ni inégaies, elles sont autres, ayant été sagement adaptées h ujie mijtre fin. Pour i' œuvre marquée à l'homme, la femme a des facultés inférieures à celles de l'homme, ou plutôt' elle n'y convient pas. Je parle ici de la règle, non des exceptions. Qu'il puisse y avoir parmi les femmes certains esprits propres aux soins réservés en principe à un autre sexe, ou qu'il puisse y avoir pour une femme ordinaire certaines situations qui l'obligent à remplir la tâche de l'homme, l'hommfi y faisant défaut, je l'accorde sans peine, pourvu que ces exceptions soient clairement indiquées de Dieu^ oir commandées par l'intérêt de l'humanité.
1 1 Pierre UI, 7.
if
22 PAEMIEU PISGOUaS.
Après tout, dans la mission de la femme, Thumi^ Uté n^est que le moyen , la charité est le but, au*quel il faut tout subordonner; et pourquoi Dieu, qui a fait des exceptions de cette nature dans l'histoire sacrée, n'en ferait-il pas également dans l'histoire générale? Quoi qu'il en soit, j'abandonne les exceptions à Dieu et à la conscience individuelle; et jUoux de ne point porter dans cette chaire do questions irritantes, personnelles ou seulement dontouses, je ne m'occupe ici que de la règle. Or, dans la règle, ce coup d'œil étendu de la politique et de la science qui embrasse le monde, ce vol hardi de h métaphysique et de la haute poésie qui en franchit les limites pipr s'ayenturer dans le vide de la pensée et derimagination, ce n'est pas l'affaire de, % femme* . Le langage même, surtout le nôtre, en fait foi (ne sacrifions pas cette remarque utile à la crainte de provoquer un léger sourire), le Iltngage, cette simple philosophie du peuple^ souvent plus profonde que celle de l'école, ce tamis de la raison commune» qui, de tant de locutions hasardées par Vcpprit individuel, ne laisse passer que celles qui jrepondent au bon sens de tous. Il ne permet pas à la femme de faire parler d'elle. Il ne lui applique le mot homme accompagné d'une terminaison fé-
* On peut voir cette pensée développée par Kant^ ûber das Gefûhl des Schosnen und Erhabenen, p. 51-55»
LA MISSION DE LA FBMllE. 23
ininine> que comme expression de ridicule ou de blâme. Les épithètes prises de la vie publique ho- Qorent Thomme, mais flétrissent la femme à deç degrés divers. Pour n'en citer que des exemples que la délicatesse de cette chaire autorise ^ essayes de dire une femme savanie, une grande femme, une femme d* affaires, une femme d'état, -— autant parler d'un homme de ménaffei
Mais, au contraire, lorsquMl s'agit de ce cercle resserré --^ resserré pour Tétendue, maisTaste pour Finfluence -<-«• où nous exhortons la femme, avec l'Écriture, à borner son action, elle a des facultés supérieures à celles de l'homme , ou plut6t elle y convient seule. C'est là qu'elle piend ^ revanche, qu'elle se montre maltresse du terram, et qu'elle déploie ces ressources secrètes que j'appellerais admirablejs, si ce n'était un sentiment plus tendre qu'elles m'inspirent et pour elle et pour Dieu qui l'en a douée : ce coup d'oeil pratique, qu'on dirait d'autant plus sûr qu'il est plus rapide ; cette vue qui semble avoir voulu être plus courte pour être plus nette; cet art de pénétrer dans les cœurs, par je ne sais quels chemins subtils qui nous sont Jit^ connus ou impraticables ; cette toute-présence d'esprit et de corps sur tous les points et dans tous les temps ; cette vigilance exacte autant qu'inaperçue, ces ressorts nombreux et compliqués de l'adminis-
24 PilËSIlEU DISCOURS.
trdtioii domestique toujours sous la {iiâifi ; cet accès toujours ouvert à tous les appels, et cette audience perpétuelle donnée à tout le monde ; cette liberté d^action et de pensée au sein des peines amères et des embarras accumulés; cette élasticité, dirai-je? ou cette faiblesse infatigable ; cette exquise délicatesse dans les sentiments; ce tact si exercé, s'il n'était instinctif; cette fidélité de perfection dans les petites choses ; cette adroite industrie à faire ce qu'elle veut de ses doigts*; cette bonne grâce à remuer un malade, à relever un esprit abattu, à réveiller une conscience endormie, à rouvrir un cœur longtemps fermé ; et tout ce qui fait enfin qu'il y a t^nt de choses que nous ne savons discerner ou acœmplir sans emprunter ses mains ou ses yeux.
Au reste, à quoi bon tous ces développements, quand nous en pouvons appeler à un sentiment intime, planté par b Créateur dans le fond de votre âme, et qui a précédé toutes les réflexions personnelles, tous les avertissements d'autrui, et les témoignages mêmes du livre de Dieu? Cette pudeur, cette modestie, à laquelle une femme ne cesse jamais de prétendre , même alors qu'elle a cessé de la garder, qu'est-ce autre chose que la
« Prov. XXXI, 18.
Êjm LA MISSION DE LA FEHME. 25
pfe^ê %;Hte dans votre cœur, d'où elle passe si 4^irrésislibllment sur votre visage ^ que Tordre, le t repos, Thonneur est pour vous 4ftns une attitude ^dépendante et réservée? Dépendance et réserve, .^ dont les dfoits ne se montrent jamais plus inalié- * ,nables qu#dans certaines occasions délicates, où la nature sôtable se faire un jeu cruel de les essayer l'une contre l'autre, sans parvenir à vaincre Tune par l'autre. Quelle femme, dans le sentiment de cette dépendance, n'a souhaité, une fois du moins, le bras d'un homme pour appui, et pour abri le nom d'un homme? Mais quelle femme alors, dans le sentiment de cette réserve, n'a tenu son secret renfermé en elle-même, attendant qu'on la vienne chercher, dût-elle attendre jusqu'à sa mort, hâtée peut-être par le feu intérieur dont elle aime mieux être consumée que de le laisser éclater au dehors? Cet ordre invariable du mariage qui cède l'initiative à l'homme et ne vous en permet pas même l'apparence, ce n'est pas un raffinement de la civilisation, ce n'est pas même une délicatesse de l'Évangile, c'est une loi imposée, par la femme, à tous les temps, sans en excepter les plus barbares, à tous les peuples, sans en excepter les plus sauvages... J'exagère. Il me revient un vague souvenir d'avoir lu, dans je ne sais quelle relation d'un lointain voyage, qu'une peuplade a été découverte
OÙ c^est la femme qui fait les premiers pal. Seuftmenty c'est dans un pays où la femme ^t descen-^ due au rang de il brute, et où les hommes se man^ gent entre eux. . . •
Si la nature est d'accord avec la révélation pour la place qui convient à votre sexe, Thumilité, elle ne Test pas moins pour la tâche qui lui est échue, la charité. Ici encore^ ici surtout, ce qui est écrit dans le livre est confirmé par ce qui est écrit dans le cœur de la femme. Car, quel est votre penchant naturel, si ce n'est d'aimer? Je n'ai garde d'oublier, en parlant de la sorte, que votre sexe n'est pas plus exempt que le nôtre de cet égoïsme qui règne sur l'humanité déchue. Mais faites efifort pour vous recueillir et vous retirer jusqu'au fond de votre être ; pénétrez, au travers des ravages que le péché y a faits, jusqu'à ce terrain primitif, passez-moi l'expression, qui est sorti des mains de Dieu, et dites si l'amour n'en est pas l'essence et la base, cr Plus superficielle que l'homme dans «( tout le reste, a dit un penseur chrétien, la femme «r est plus profonde dans l'amour. » On connaît ce mot touchant d'une femme : «( L'amour n'est qu'un c( épisode dans la vie de l'homme, c'est l'histoire tout ic entière de la vie de la femme ^ ; )» elle aurait pu
^ Madame de Stadl.
'^^P^'.* l'A MISSION DE LA PKKBIE. 27
aire plu|^ encore : c*est 8a vie même# Votre seule naissance ^ telle qa*elle est rap|prtée par Moïse, suffirait pour le donner à comprendre. Celle de l'homme, formé de la poussière mode de la terre, a quelque chose de plus surnaturel , de plus saisissant, de plus magnifique; celle de la femme, tirée de la chair palpitante de Thomme endormi, a quelque chose de plus vivant, de plus intime, de plus tendre«
Mais, lorsqu'il s'agit d'amour, c'est moins encore le d^n^ qui importe que le caractère. L'amour est le fond de votre être, mais quel amour? Pensez-y, et vous trouverez que c'est celui qui prédispose le mieux à la vocation de bienfaisance que vous assigne l'Écriture. Il y a deux amours : l'amour qui reçoit et. l'amour qui donne; le premier, qui se félicite du sentiment qu'il inspire et des sacrifices qu'il obtient , le second qui se complaît dans le sentiment qu'il éprouve et dans les sacrifices qu'il accomplit. Ces deux amours ne vivent guère séparés, et la femme les connaît tous les deux; ^jflhais présumé-je trop de son cœur en pensant que chez elle le second prédomine, et que sa devise, emprrtntée à l'amour gratuit dont le Seigneur nous • a donné l'exemple , est celle-ci : « Il y a plus de « bonheur à donner qu'à recevoir*? » Être aimées,
1 Actes XX, 35.
je le sais bito, mes sœurs, c'est la joie^de* votre cœur, hélas! une jpie peut-être refusée; mais aimer, mais vous dévouer par amour, c'est le besoin de votre âme, c'est la loi même de votre existence , et une loi à laquelle nul ne saurait jamais vous empêcher d'obéir. L'homme aussi sait aimer, et doit aimer; c'est dans l'amour que saint Paul résume toutes les obligations que lui impose la vie conjugale : « Maris, aimez vos femmes, j» comme il résume celles de la femme dans la soumission :
c( Femmes, soyez soumises à vos maris^» Mais ce qui nous occupe, ce n'est pas la faculté ou l'obligation, c'est le penchant. Or l'amour, il faut le reconnaître, est moins spontané, moins désinté- ' ressé chez l'homme que chez la femme. Moins spontané : l'homme a souvent besoin de se vaincre pour aimer; la femme n'a guère besoîh que d'écouter et de suivre son attrait intérieur. C'est pour cela peut-être que l'Ecriture, qui commande plusieurs fois l'amour au mari, s'abstient de le commander à la femme, comme si elle comptait sur la nature pour y suppléer. Mais surtout plus dés?^^ intéressé : l'homme aime la femme plus pour lui que pour elle; la femme aime l'homme moins pour elle que pour lui. L'homme, parce qu'il ne peut se suffire, aime celle qui lui a été donnée de Dieu ; la femme, parce qu'elle se sent nécessaire,
ahne celui à qui Dieu Ta donnée. Si la solitude pèse à rhomme, c'est parce qu'il trouve la vie sans charme, séparé de l'aide semblable à lui; si la femme redoute d'être seule, c'est parce qu'elle trouve la vie sans but, quand elle n'a pas à qui venir ^en aide. Nous pouvons dire d'elle, si l'on veut me permettre ce rapprochement en faveur de l'esprit sérieux dans lequel je le hasarde : Nous l'aimons, parce qu'elle nous a aimés la première *. Aussi, quel est le sentiment qui est devenu, chez tous les peuples et dans toutes les langues de la terre, le type de l'amour à la lois pur, vif et profond? C'est un amour de femme, Tamour maternel ; l'amour maternel, qui épuise la vie sans pou«
* S*il en est ainsi, dira-t-on peut-être, d'où vient que le monde désiirne plus communément le sexe auquel ce discours s'adresse par répithète d'aimable que par celle d^atmant ? C'est que le monde est égoïste. Si la femme lui parait aimable, c'est surtout parce qu'elle est aimante, et rattachement qu'elle inspire est né de celui ' qu'elle a commencé par éprouver et par témoigner. On pourra me faire une objection plus sérieuse, prise du point de vue, non du monde, mais de l'Écriture. Dans ce rapprochement qu'elle indique à plusieurs reprises entre l'union conjugale et l'union de Christ avec l'Eglise, c'est l'homme qui répond à Christ, dont l'amour sfe essentiellement actif et gratuit, tandis que la femme répond à T^Eglise, dont l'amour est passif et dérivé; ^ cet ordre se rapporte aussi celui du mariage, où l'homme prévient la femme. Je crois pouvoir répondre : Oui, c'est ainsi que se passent les choses dans le domaine des faits extérieurs ; mais dans le domaine des faits intérieurs, elles se passent en sens inverse. Quand il ne s'agit que de sentir et d'aimer, la femme, soit tendre usurpation, soit raison profonde, prend réellement l'initiative et le rôle actif.
30 PREMIER DISCOURS. ^î>
voir s'épuiser lui-même, et qdi, après avoir tout gouffert, travaillé le jour, veillé la nuit, se croit assez payé d'une caresse ou d'un sourire; l'amour maternel, tant célébré par les moralistes et par les poètes, mais dont nous croyons pouvoir renfermer toutes les Jyçuanges dans une seule ; c'e^ que l'amour paternel lui-même consent de lui céder le pas. Que dis-je? ce même amour est celui dont Dieu fait choix, quand il cherche ^tre toutes les affections humaines un emblème pour l'amour qu'il porte à son peuple. « Sion a dit : L'Éternel m'a « délaissée, le Seigneur m'a oubliée... » On devait s'attendre, ce semble, à voir « notre Père qui est a aux cîeux » répondre à ce doute qui l'offense, en faisant appel à l'amour d'un père pour son enfant. Mais non, c'est à l'amour d'une mère qu'il fait appel; et cette mère, il la nommé du nom de 'femme, comme pour faire honneur au trésor dé-* posé dans le cœur de la femme des richesses trouvées dans le cœur de la mère : « La femme ou- « bliera-t-elle son nourrisson? Sera-t-elle sans pitié a pour le fils de ses entrailles? Eh bien! qu'ellqHt a oublient, encore ne t'oublierai-je point, moi ^ . » Que si tel est le cœur de la femme, comment n'y pas reconnaître un sol préparé tout exprès pour
i Es. lui, 14, 15. Voyez encore LXVI, 13.
*'4h t\ MISSION DE LA FEMHB, ^ 31
cette vocation de charité que l'Écriture vous marque auprès de l'homme? L'amour n'inspire pas seulement à la femme le désir de fournir cette carrière de dévouement : il lui en donne encore le courage. Le courage, c'est bien le mot : oui, au risque de paraître avancer un paradoxe , j'irai jusqu'à dire qu'il y a un genre de courage, et celui- qui est le plus nécessaire pour faire le bien, que votre sexe pousse plus Igin que le nôtre. Je ne parle pas du courage actif: ici, l'homme l'emporte sur vous, et doit l'emporter; vous lui cédez sans nul regret le prix d'une intrépidité qui siérait mal à votre sexe; et un homme d'esprit a pu dire, sans blesser la vérité, que « les femmes aflfectent la peur, comme a les hommes le courage*. » Je parle du courage passif, qui Q3t plus constamment requis que l'autre dans la "^pratique humble et journalière des bonnes œuvres ; ce courage-là, c'est la femme qu^ en offre les plus beaux exemples. L'homme sait plus accomplir, la femme plus endurer; l'homme • est plus entreprenant , la femme plus patiente ; ^L'homme est plus hardi, la femme plus forte. Voulez-vous vous en convaincre? Voyez-la dans cette douleur des douleurs réservée à son sexe, au prix de laquelle est la vie humaine; voyez-la, et la
* Simond.
33 ^ TREMIE A DISCOURS. A ^
comparez avec Thomme, dans la solitude, dans la maladie, dans la pauvreté, dans le veuvage, dans l'oppression, dans le martyre secret; car dans le martyre public, Thomme se maintiendra au rang d'honneur par la grandeur du théâtre ; mais lorsqu'il s'agit de ce martyre prudemment ou cruellement caché^dant les antres souterrains de Tinqui-sition, soyez sûrs que l'avantage est du côlé de la femme. Dieu savait tout cela, quand il a ainsi partagé la vie, qu'il y a communément pour la femme plus de peines que pour l'homme et moins de plaisirs, à moins qu'on ne mette en première ligne parmi les plaisirs celui de faire le bien. Ce plaisir, la femme le savoure jusque dans la souffrance, et s'attache par la souffrance à celui pour qui elle a souffert,
A une créature ainsi faite,^.aille qui^Tosera, discuter sa vocation de renoncement, que son cœur wi avait révélée des siècles avant qu'une ligne de l'Écriture eût été donnée au monde! Ne me dites pas que l'Écriture est seule du moins à entretenir la femme de l'obligation spéciale qui lui est jmk imposée de travailler au bien spirituel de l'hommej par une charité sainte qui cherche avant tout pour lui Dieu et l'éternité. Cela même, chose admirable ! la nature y avait pourvu, non sans doute assez pour suppléer aux avortissemenls de la révélation,
mais assez dii moins pour les appuyer^ assez pour les faire pressentir. Car^ qui ne sait que la sensi-' bilité plus vive de la femme, son cœur plus ouvert, sa conscience plus tendre, son esprit moins raisonneur, son tempérament plus (in et plus délicat, lui rendent la piété plus accessible qu'à Thomme, en même temps que ses occupations n|^ins abs* . traites, moins suivies, moins absorbantes que les nôtres, lui laissent plus de loisir pour la prière et de liberté pour le service du Seigneur? Qui ne sait aussi que les premières conditions de succès dans la mission spirituelle que tout concourt à lui marquer auprès de nous, se trouvent bien moins dans le mouvement, dans la parole, dans l'action directe dont l'homme dispose presque seul, que dans cette influence pénétrante de l'exemple, du silence, de l'oubli de soi-mêmtf^qui est propre à la femme vraiment femme? ^ f
Oui, disons-le hardiment, si l'Écriture n^ pas raison, si la femme n'a pas été faite pour une mission de charité dans l'humilité, la nature a man- |feBé son but; car la femme a été appelée à une tâche et préparée pour une autre.
Entendons-nous bien, toutefois: ce n'est pas pour flatter la femme que je suis monté dans cette chaire, c'est pour la sanctifier. En disant que la
34 PRUUER DISCOURS.
nature elle-même vous a préparées pour la tâche que vous impose TÉcriture^ je n'ai pas voulu dire que vous soyez^ dans votre état naturel , capables de It remplir. Par une de ces contradictions bizarres que la chute a introduites dans notre race, troublant Pouvrage de la création sans le détruire, la femmoAcst tout à la fois propre et impropre à sa tâche ; propre, parce qu'elle a certaines dispositions qui s'y adaptent merveilleusement ; impropre, parce qu'elle a d'autres dispositions qui l'entravent, a C'est l'ennemi qui a fait cela : » dans ce même cœur où la main de Dieu déposa les germes précieux d'une vie conforme à la mission de la femme, il a^ lui, glissé des germes contraires qui étouffent ou neutralisent les premiers. Il a fait plus encore : ces germes salutaires, il est allé, avec son habileté infernale, les cheMlier dans le cœur de la •femme pour les y corrompre, et pour tirer ainsi d'une' semence bienfaisante des fruits malfaisants. Oui , ces ressources précieuses dont le Créateur vous a douées pour accomplir votre œuvre, le tentateur sait les dénaturer au point d'en faire autanji d'obstacles à cette œuvre même. Sous son influence mystérieuse et redoutable, on voit dégénérer cette activité en inquiétude, cette vigilance en curiosité, cette flnesse en ruse, cette pénétration en témérité, cette promptitude en légèreté, cette grâce en co-
quetterie, cefoût en recherche, cotte mobilité en caprice, cette aptitude en présomption, cette in- | fluence en intrigue, cet empire en domination, cette tendresse en susceptibilité, cette puissance d'aimer en jalousie, ce besoin d'être utile en soif de plaire. C'est que les deux tendances principales que nous avons reconnues chez la femme, l'humir lité et la charité, ont été faussées. Ce même tour d'esprit qui lui assigne pour domaine le cercle restreint de la vie intérieure, la met en péril de saisir les choses par leurpetit côté, et de concentrer son attention sur un seul points avec une ardeur de cdnfiance proportionnée à l'étroitesse du champ qu'elle embrasse, peu apprise à douter ou des choses ou d'elle-même, impatiente de la contradiction, faute de la comprendre plus encore que de l'accepter, et s'engageant insensiblement dans une voie d'orgueil par un chemin qui devait abou<-« tir à l'humilité. Puis, ce même besoin de cœur qui la presse d^aimer et de se dévouer, l'expose à se chercher elle-même jusque dans l'oubli d'elle- ,-même et à porter le renoncement jusqu'à l'exi- 'genee, souffrant avec peine qu'il se fasse quelque chose de bon où elle n'ait mis la main, jalouse de l'homme auquel elle veut aider et plaire sans rivalité,, envieuse de la femme qui aspire à aideç et à plaire comme elle; jalouse, envieuse, note»4e1bieD4
à force d^amour, mais d^un amour ifai s'est Iran sformé en passion et en volonté propre, dans le laboratoire impie du tentateur. Alors, la femme, que nous croirions volontiers supérieure à l'homme en portée spirituelle, si l'essence de la sainteté est l'amour et l'essence de l'amour le sacrifice, appliquant au mal les nobles instincts qui l'auraient fait exceller dans le bien, et se livrant au péché avec un abandon à la fois énergique et irréfléchi que l'homme ne connaît guère , pousse plus loin que lui la vaine gloire, l'égoïsme, l'avarice, l'intempérance, la colère, la haine, la cruauté, l'amour du monde, l'oubli de Dieu, comme si elle avait à cœur de justifier ce vieil adage : « Tombe plus bas c qui tombe de plus haut*. » Le cœur de la femme est le plus riche trésor de la terre; mais s'il n'est le trésor de Dieu , il devigpt le trésor du diable ; ^et l'on serait tenté parfois de penser qu'au lieu d'avoir été donnée de Dieu à l'homme pour lui être en aide, c'est le malin qui Fà formée en disant : 11 ne faut pas que l'homme soit seul; je lui ferai un piège semblable à lui.
Ne m'accusez pas de calomnier la femme. Je ne calomnie pas plus ici que je ne flattais tout à
1 J*essaye de rendre par une autre image cette maxime latine que jft HA sais comment traduire littéralement : « Corrupito optimi fii99ki^a. »
l'heure : je pariais alors, et je parle encore maintenant, avec TEcriture. L'Ecriture, qui dépeint avec tant de complaisance les grâces de la femme et ses humbles avantages, relève ses défauts et ses égarements avec une vivacité qui lui est peu commune, et qu'elle semble réserver pour cette matière. Saint Paul ne connaît pas de pire fléau |)our les Églises que ces femmes qu'il décrit dans sa première épitre à Timothée : (< Oisives, allant de oc maison en maison, causeuses, curieuses, parlant « de choses malséantes^; » et sur lesquelles 11 revient encore dans la seconde, tant il en est fatigué : a Menées captives (par les faux docteurs), chargées « de péchés, agitées de convoitises diveraè^ et ap- « prenant toujours sans pouvoir jamais parvenir à la « connaissance de la vérité \ » Dans ces mêmes Proverbes qui finissent par jine description sublime de la femme vertueuse, Salomon accable des traits de son éloquence amère et presque satiriMe,^onseulement la femme dégradée, dont nul n'a signalé l'œuvre meurtrière avec une plus sainte horreur (jeunes gens, méditez ses maximes!), mais toute femme infidèle à la mission qu'elle a reçue de Dieu : la femme insensée, qui « ruine sa maison « de ses mains ^; » la femme colère, dont la société
i 1 Tim. V, 18. — « 2 Tim. UI, 6, 7. Saint Paul les désiq^ par le nom de femmelettes, — ^ Prov. XIV, 1. '^
38 PRCtflEH DISCOURS.
est plus fâcheuse que a d^habiler au coin d^un toit^ a ou dans une terre déserle^; » la femme indigne, qui est «c la vermoulure des os de son mari'; » la femme haïssable, dont le mariage est « Tune des « quatre choses qui font trembler la terre'; » la femme belle sans sagesse, dont la grâce est « une f( bague d'or passée au museau d'une truie ^; » la femme querelleuse, cette <x gouttière continuelle au « temps de la grosse pluie; qui la retient retient le a Tent, et elle se fait connaître comme un parfum « qu'on aurait dans la main droite*; d en attendant que, parvenu à la vieillesse et recueillant les souvenirs de sa vie entière, ce même Salomon cou'*' fes^e que, pour lui, il a cherché vainement une femme selon son cœur : <c J'ai trouvé que la femme «' j|tli est comme des rets, dont le cœur est un Glet, « dont les mains sont des liens, est une chose plus a amère que la mort; qui est agréable à Dieu y « écRhpflfra, mais le pécheur y sera pris... Jusqu'à <c présent mon âme a cherché, mais je n'ai point a trouvé; j'ai bien trouvé un homme entre mille, « mais pas une femme entre toutes®. »
Ces déclarations étonnantes, l'Écriture les confirme et les complète par ses récits, qui sont autant de leçons. Après nous avoir expliqué par Eve
i H^. XXn, 19; XXV, 24. - « XII, 4. - » XXX, 23. - * XI, Î2; -^ XIX, 13 ; XXVII, 15, 16. — « Eccl. VU, 26, 28.
La mission dk la fehhë. 39
Feutrée du pécbé dans le inonde^ elle nous expli* que, par Hada et Tsilla ^^ Lémech, qui fut le premier polygame, pour devenir le premier blasphémateur; par les filles des hommes séduisant les fils de Dieu, la corruption de la terre et le déluge*; parÂgar^la foi, la charité, la paix ' d'Abraham un jour troublées'; par les femmes de la maison de Laban, la fidélité de Jacob longtemps couverte d'un voile; par les Héthiennes Judith et Basmath, Pindifférence profane d'^saû ^ ; par le dépit d'une épouse adul-* tère, l'injustice de Potiphar; par les filles de Moab, la plus terrible des plaies d'Israël au désert*, et par les filles de Canaan, sa lâcheté et so^ Idolâtrie après la conquête^; par Déliia^ le bon tenx abaisse* ment de Samson ; par la compagne du lévite d'Ephraïm, une tribu presque retranchée; par Bath«sébah, David cessant d'être David ; par les femmes étrangères, Salomon servant leurs dieux^ et recueil* lant de chute en chute les avertissements^u^l de« vait donner plus tard au monde''; par Jézabel, Achab impie, parjure et meurtrier*; par Âthalie, les rois de Juda suivant le train de ceux d'Israël * ; par Hérodias, Hérode décapitant Jean-Baptiste en dépit de lui-même*^; par les femmes juives^Paul
* Gen. IV, 19-24. — « Gen. VI, 1-7. — » Gen. XVI. — ^ Gen. XXVI, 34, 35. — 5 Nomb. XXV. — « Jug. III, 5-7, etc. — ^ 1 Rois XI, M. — 8 XXI, 1-16, 25, 26. — 9 2 Ghr. XXI, 6 ; XXII, 2, 3. — lo Mat. XIV, 1-11 .
40 PREmEll DISCOURS.
et Barnabas persécutés et chassés d^Ântioche^; et par la femme prophétique de l'Apocalypse, l'égarement de toute la terre^. Sainte liberté des Ecritures, qui disent également le bien et le mal, non pour exalter la nature humaine ni pour l'humilier, mais pour donner gloire à Dieu qui produit le bien et répare le mal I II faut que ce cœur de femme, si : chaud mais si passionné, si tendre mais si jaloux, 1 si délicat mais si susceptible, si vif mais si prompt, si sensible mais si irritable, si fort mais si faible, si bon mais si mauvais, soit dompté et transformé, pour que cette sève de vie qui l'inonde, rendue à son coupi^légitime, se répande tout entière en fleurs d'humilife et en fruits de charité.
Dompté et transformé, mais par qui? Eh! de quel autre pourriez^vous attendre cette grâce que de ce Fils de Dieu qui, non content de vous avoir,, par l'organe de ses serviteurs inspirés, rendu votre plac6i^et4fCvélé votre mission, est venu lui-même vous en montrer l'idéal dans sa vie et vous en frayer le chemin par sa croix? Jésus vivant, type accompli des vertus douces comme des vertus fortes, est l'exemple de la femme comme de l'homme; et Jé^us crucifié, unique vfctime qui expie le péché, est la source unique de ce saint amour qui,
1 Actes Xm, 50, 51. — î Apoc. XVll.
LA MISSION DE LA FEMME. &i
variant dans la seule application^ affranchit du péché et Phomme et la femme. Mais, entre la femme et l'homme, si Jésus pouvait trouver plus d'accès d'un côté que de l'autre, ne serait-ce pas che&la femme? lui, qui a est amour; » lui, qui « est venu non pour être servi, mais pour servir; » lui, qui se résume tout entier dans le dépouillement et dans le sacrifice; lui, enfin, qui n'a paru sur la terre que pour exercer la charité la plus haute dans l'humilité la plus profonde? Me trompé-je, mes sœurs, c'est à vous de le dire, me trompé-je en pensant qu'il n'y a rien sur la terre de plus sympathique à Jésus-Christ que le cœ{|f de la femme? Question superflue! eh non, je ne me trompe pas, ou votre cœur aurait renié tous ses instincts! La foi chrétienne, si bien prise dans le fond de l'humanité qu'elle n'est étrange qu'à force d'être naturelle, s'adapte si merveilleusement aussi à tous les besoins de^otre être moral, que vous ne pouvez être vraiment femme qu'à la condition de recevoir l'Evangile : la femme chrétienne n'est pas seulement la meilleure des femmes, elle en est en même temps la plus femme. vous donc, qui souhaitez d'accornplir l'humble et bienfaisante mission de votre sexe, — sous la croix, ou jamais!
Aussi bien, mes chères sœurs, le premier secours que l'homme est en droit d'attendre de vous
k2 PREMIER DISCOURS.
est un secours spirituel. C'est peu qu'il vousdoiTe la consolation de cette vie d'un jour, s'il ne tous doit 9 autaot qu'il est en yous, la possession d'une vie éternelle. Non-seulement la vraie charité vous le demande, celle qui subordonne le temps à l'éternité; mais la justice elle-même vous y oblige, nous vous l'avons montré par les Ecritures. Votre sexe a un tort originel à réparer envers le nôtre, et un tort spirituel. Ce que nous vous reprocherions dans cette chute où nous n'avons fait que vous suivre, si nous ne pensions devoir réserver notre sévérité pour nous-mêmes, ce n'est pas cette mort qug^ous avez introduite dans le monde, ni cette vie . eniTpoisonnée d'amertumes sans nombre, dont votre tendte sympathie elle-même n'est pas toujours capable d'alléger le poids ; c'est un mal plus grand, le seul mal réel et absolu^ le péché, que le premier homme fut inexcusable de commettre sans doute, mais c^'il commit entraîné par la première femme. Figurez-vous Eve agenouillée avec Adam auprès du cadavre d'un de leurs fils égorgé par l'autre, que la malédiction divine chasse au loin sur la terre déserte et silencieuseir la vue des fruits visibles et présents du péché, à la pensée de ses fruits invisibles et futurs, si le tendre regard d'Adam ne dit pas à Eve : Rends-moi la faveur de mon Dieu! rends-moi la
LA MlSglON DE LA FSIOIB. kS
paix avec rnoi-mâme ! rends-moi les jours d'Éden^ et ma douce innocence , et mon saint amour pour le Seigneur et pour toi I — elle se dit tout cela à elle-même y n*en doutez pas. Elle pense donner trop peu en prodiguant à Adam les consolations de la terre, si elle ne lui apporte celles du ciel ; et ne. pouvant défaire le mal qu'elle lui a fait, elle le presse, elle le conjure de tourner ses yeux hu-« mides Ters le libérateur promis pour tout réparer, pour tout rétablir, et pour ouvrir à la race déchue, mais réconciliée, un second Éden, plus beau que celui dont le glaive des chérubins défend désormais l'entrée. Si tels sont les sentiments d'Eve , qu'elle soit bénie , toute Eve qu'elle est ! Avec ce cœur-là , Eve toucha à Marie ; et dans la femme qui a perdu le monde par le péché, je découvre déjà la femme qui doit le sauver par l'enfantement. Eh bienl ce qu'elle devait faire, faites-le vous-mêmes. S'il n'en est aucune de vous qui n'ait été une Eve pour l'homme, qu'il n'y en ait aucune aussi qui ne soit pour lui une Marie, et qui ne lui donne le Sauveur! Voilà, voilà votre tftche. Que si vous n'y répondez pas, eussiez-vous passé votre vie entière dans les exercices de \k bienfaisance, votre vocation sera manquée; et après avoir été saluée par les hommes du nom de femme de bien, de diaconesse, de sœur de charité, vous
ne serez devant Dieu qu'un n airain qui résonne et « une cymbale qui retentit. )> Mais comment donner le Sauveur aux autres, si vous ne le possédez pas dans votre propre cœur? Femmes qui m'écoutez, encore un coup, souslacroix, ou jamais!
Ne disons rien de ces saintes femmes de Tan-» cienne alliance, qui « sont mortes dans la foi » avant la venue du Sauveur, mais non sans Favoir c< vu de loin, cru et salué ^ : » ni de la pieuse Sara, ni de la modeste Rébecca, ni de la tendre Rachel, ni lie Théroïque Débora, ni de l'humble Ruth, ni de la douce femme d'Elkana, ni de la prudente Abigaïl, ni de l'intrépide Ritspa, ni de la silencieuse Sunamite. Bornons-nous aux femmes de la nouvelle alliance. Sotts la croix, Marie, plus touchante encore qu'auprès du berceau, s' offrant sans murmure à i'épée qui lui transperce l'âme, s'associe au sacrifice de son Fils par la charité la plus sublime qui fut jamais après celle de ce Fils adorable^ et nous offre le type de la femme chrétienne, qui ne sait aider et aimer qu'en tenant les yeux iixés sur « Jésus-Christ, et sur Jésu&-Christ cru- « cifié. » Sous la croix, Anne laprophétesse, type de la feniioie fidèle, donne gloire des premiers, dans ce même temple où a elle servait Dieu jour et nuit
» Hébr. XI, 13.
ce en jeûnes et en prières^ » à celui que le TÎeux Siméon venait de confesser par l'Esprit, et, malgré ses quatre-vingt-quatre ans, retrouve l'énergie et Tactivité de la jeunesse pour « parler de lui à tous ce ceux qui attendaient la délivrance dans Jérusaa lem ^ » Sous la croix, Marie de Béthanie, type de m femme intérieure, avide de la seule chose nécessaire, et jalouse de la bonne part, un jour « se a tient assise aux pieds du Seigneur» pour se nourrir en silence de la Parole de vie, et un autre jour, dans le même silence, « les arvose d'un nard pur a de grand prix et les essuie de ses prcfpres che- « veux, » comme si elle ne pouvait trouver de témoignage assez expressif de son respect et de son amour ^. Sous la croix, Ma4|ie, sa sœur, type de la femme active, tantôt prodigue ses soins infatigables à un frère qu'elle aime, tantôt s'empresse auprès d'un Sauveur qu'elle adore, le sert dans la vi6iX)mmune, l'invoque dans la douleur amère, le bénit dans la joie de la délivrance'. Sous la croix, cette mère cananéenne, type de la femme persévérante, surpassant en foi et en lumière ces apôtres qu'elle importune de ses cris, triomphe du silence, du refus, du dédain par lesquels le Seigneur^semble luttft contre son invincible prière, et lui arrache
1 Luc II, 36-38. — « Luc X, 38-42; Jean XI, 2; XII, 3. — « Luc X, 38-42; Jean XI, 19-45; Xlï, 1, 2.
i^6 FRBmEil DISCOURS.
enfiDi avec la guérison tant désirée , le plas écla* tant hommage qu^ait jamais obtenu de lui aucun enfant d'Adam : <k femme, ta foi est grandeM » Sous la croix, Marie-Magdeleine^ affranchie de ses sept démons, type de la femme reconnaissante, sur* passant ces mêmes apôtres en amour et en courage^ après eux au Calvaire et ayant eux au sépulcre, est aussi choisie entre tous pour contempler la pre« mière son Seigneur sorti du tombeau, et chargée de porter la bonne nouvelle de sa résurrection à ceux qui doivent 4a porter au monde *• Sous la croix, Dotcas, ce remplie de bonnes œuvres et d'au* « mônes, » type de la femme charitable, après une vie toute consacrée au soulagement des pauvres et des veuves de Joppe^chève en mourant de mon* trer ce qu'elle était pour l'Eglise par le vide qu'elle laisse et les larmes qu'elle fait couler ^ ; et dans le même esprit, Phébé, la diaconesse de Genchrée, fit exerçant l'hospitalité envers beaucoup de saints m et envers l'Apôtre en particulier, enfante dans la suite des âges par ses, exemples un»^ multitude de diaconesses chrétiennes, revêtues ou non, peu importe, de ce titre officiel devant les hommes \ Sous la croix, Priscille, type de la servante de Jésus* Christ^ concourt humblement avec Aquilas son
* Matth. XV, H-t8. — « Luc Vni, 2; Jean XX. — » Actes IX, 36.U. — * Rom, XVI, i, 2.
LA MISSION DE LA FBIOd^. VI
mari y soit à ces périls encourus pour conseryer aux Églises des gentils leur grand missionnaire % soit à ces entretiens où s'éclaire et s'affermit la4bi de l'éloquent ApoUos ^ ; et dans le même esprit, Lydie hasarde ses jours pour ouvrir aux Apôtres sa mai« l«>D, qui, transformée tout à coup en église, devient Te centre de l'activité évangélique dans Philippes et dans la Macédoine \ Que dirai^jo encore? Par* lerai-je de ce que deviennent sous la cibix et Julie^ et Loïs, et Évodie, et Syntiche, et Marie, "et Perw aide, et Salomé, et Tm)hène^ et Tryphose, et tant de femmes de TÉvangile, et tant d'autres qni ont suivi # leurs traces^ les Perpétue et les Monique, les Marie Galame et les Elisabeth Fry?Sous la croix, une Bible à la main, cette Bible à laquelle nulle créature humaine ne doit plus qu'elle, et selon le monde et selon le Seigneur; sous la croix, une Bible à la main, c'est là que j'aime à voir la femme. C'est là qutf)4«ndue à Dieu, à l'homme, à elle-même, si digne dans sa soumission, si noble dans son humilité, si forte flftns sa douceur, rassemblant tout ce qu'elle a reçu de dons pour les consacrer au service de l'humanité, avec une ardeur que nous ne savons gu^ porter que dans la pysion, elle nous oblige à confesser que celle qui nous ravit la sainteté pri-»
1 Rom. XVI, 3, 4. — î Actes XVïlI, i4-». — • Actes XVJ^ 14, 15, 40. # ' • V i^
mitive, est aussi celle qui nous en offre^ sur la terre d^exily l'image la moins effacée.
vmus qui lisez si bien dans notre cœur, souffrez^ que je lise un moment dans le vôtre. J'en ai dit assez pour vo^is, trop peut-être. Vous acceptez cette mission, mais des mains de Jésus; vous brû^ lez de hi remplir, mais sous la croix de Jésus. Venez^donc, que passant du principe à l'application, je vous moQtre encore gomment elle pourra être accomfllie dans toutes les situations diverses, et comment la femmir pourra toujours, fille, épouse ou mèra, être pour Thomnfe ajin aide sembla- « ble à lui. » Vous avez vu la mission de la femme, voyez sa vie : ce sera l'objet d'un second discours.
Je devrais m' arrêter ici aujourd'hui ; mais je ne puis me décider à descendre de cette chaire sans demander aux hommes qui m'entendent ce qo'jU pensent de la mission de la femme, telle que je viens de l'exposer. Plusieurs peut-êtii[^nt eu peine à retenir un sourire d'incrédulité, en m'entendant assigner à la femme une sphère d'action si humble et si élevée à la fois, jmisqu'elle l'appelle à amali- .quer, comme l'a -dit quelqu'un, « de si grands (c principes k^e si petits devoirs. » Ce sourire peut s'exjtfqMr pa^i^iix raisons contraires : les uns
jugent la femme au-dessous de la tâche où je Pinvite, les autres la jugent au-dessus.
Il y a telle époque ou telle nation devant laquelle je croirais devoir combattre la première de ces knpressionsy et défendrb contre ThMime la dignité ^ la femme. Ce soin serait nécessaire, non-seulement av^ des païens, anciens ou modernes, mais avec tel esprit élevé , avec tel moraliste éminent nourri danS le sein du c^y^istianismci^^Pour n'en citer qu'un exemple, Kant, que nul philosophe contemporain n'a suvpassé poQr la profofideur et l'énergie du sen^ moral , réserve quelque part à l'homme la vertu noble et ne laisse à la femme que la vertu ielle^ par où il entend une vertu agréable, spontanée, ignorant l'effort et la peine. « Ne parlez ce pas à la femme, dit-il, de devoir, d'obligation. « N'attendez pas d'elle des sacrifices, ni de géné- « reuses \|ctoires sur elle-même. Vous proposezêiFjgBi, par exemple, de faire l'abandon d'une partie « de TOtre fortune pour sauver un ami ? gardez-vous « d'en instruire votre femme. Pourquoi enchaîner a son gai babil, et charger sou sein d'un secret trop « pesant pour elle *î » — Qu'en dis-tu, femme chrétieime? — On se prend à se demander si les ménageij^nts de Kant avec la femme sont beaucoup
* Kant^ ûber dos Gefvhl des Schœnen und Erhabenen, pago 56.
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moins humiliants pour elle que l'abjection où la tient le paganisme; et pour combattre un langage si dur et si superbe, il nous suffit de rappeler à rhommci à défaut de ce qu'il doit à la femme, ce qu'il doit à lui^néme dont ène a été prise, et k Dieu qui l'en a tirée. ^
Toutefois, en plein christianisme, enfrance et dans les idées du jour, l'excès à craindre est plutôt en sens ofiposé. On r^lamera en faveur de la fenime contre ma doctrine , non plus , comme on l'eût fait^l y a soiiftnte ans, «u nom d'une galan-* terie usée, mais au nom des systàpes et des préoc* cupations du jour. On se plaindra que je l'abaisse et que *je la sacrifie^ en lui marquant uni^ place si humble au lieu de la mettre de niveau avec l'homme, et une carrière de si grand renoncement au lieu de l'exhorter à vivre enfin pour elle-même. Non , non : je sers au contraire sa véri||ble gloire et ses véritables'intéréts, parce que je Tobl^'dfi se conformer à la loi de sa création, première'con«dition de tout ordre et de tout repos' pour la créa« ture. Je n'abaisse et ne sacrifie pas plus la femme, en l'invitant à vivre pour la charité dans l'humilité auprès do l'homme, dont elle est la gloire^ue je n'abaisse ni né sacrifie l'homme, qui est^la gloire de Diçu, en l'invitant à a glorifier Dieu d dans ton corps et dans son esprit qui appartien-
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a nent à Dieu ; » ou que jeVabaÎMerais ni ne sacrifierais la planète^ en Tinvitant à demeurer dans le modeste chemia.de son orbite, seul garant de sa sûreté et de ses hariSonies. 11 y a quelqu'un ici qui abaisse et sacrift la femme, oai : mais c'est le uiondci tantôt frivole, tantôt téméraire, qui prend perfidement sa défense contre moi. Vous rabaisses et la sacrifiez chaque fois que vous Tentralnez, pou9 la satisfaction de votre égoïsme ou pfsur Thonneur de vos théories, en dehors de la situation que ^ Dieu lui a faite, et où nous voulons la maintenir. Vous l'avez abaissée et sacrifiée naguère, ^uand vous l'avez 4nise sur le piédestal et l'homme à ses pieds^ d||)s vos romans, dans vos salons, dans TOi spectacles, parce qu'à la mission d'aider et de glorifier l'homme, vous avez substitué celle de l'amollir et de l'efféminer. Vous l'abaissez et la sacrifiez encore aujourd'hui, quand vous lui cherchez une sutlMii^éminrcipation que celle qu'elle a reçue de l'ÉvAgile, et que vous revendiquez imprudl^m* ment en sa fiiveur tous les droits de l'homme, parce qu'à une mission qu'elle peut et qu'elle doit remplir, vous en qpbstituez une où il ne lui est ni possible de réussir ni permis de prétendre. Mais qimie idée vous faites-vous donc de la femme, .si vous la croyez d'humeur à échanger l'humble gloire d'accomplir la mission qui lui est propre, pour
rhumiliante vanit» d'éclTouer dans celle d'autrui ; à se contenter d'être un homme manqué, elle qui pouvait être une femme accomplies; et à perdre son influence naturelle et légifime, dans la poursuite stérile d'une influence ^factice et usurpée? Véritablement, il ne lui resterait plus quMrregretter lâchement d'être ce que Dieu l'a faite, et d'aller, eomme pour tromper ce regret ignoble, tnendier sans pudeut à notre sexe des allures d^homme, un
'nom d'homme, un vêtement d'homme Aussi,
n'en doutez pas, j'ai pour moi^e cœur de la femme ; et si 'quelqu'un a pu sourire en m'entendant ex-* poser sa mission selon Dieu, ce n'est pas elle, j'en féponds. Quelle femme digne de son non^ jamais souri quand on fait appel à son esprit de renoncement et de sacrifice? C'est du pain pour sa faim, c'est de l'eau pour sa soif. Mais que dis-je, digne de son nom? Digne ou indigne, toute femme tressaille à ces mots sympathiques; seutbment, . Ja digne tressaille de joie, et l'indigne tressai llë^d'a* mertume. Vous-mêmes, qui la détournez de la voie que je lui trace, avouez-le, vous me donnez raison dans le fond de l'âme j^^t malgré tous vos discours, vous l'estimerez, tout en murmurant, si elle suit mes conseils plutôt que les vôtres, et "fous la mépriserez, tout en la flattant, si elle suit les vôtres plutôt que les miens.
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Quoi qu'H en soit, la plupart de ceux qui m^écoûtent, j^ose le dire, non contents d^admettre les principes que je yien% ée développer, les apprécient et les admirei^. Eh bien! qu'ils apprennent donc par cet exemple à quel point TÉcriture est Traie. Car enfin, qu'ai-je fait que de Tinterroger devant vous? Je vous le confesse, quand j'ai commencé à^néditer sur la mission de la femme, j'étais loin d'avoir sur cette matière peu étudiée des fSi «. sentiments aussi fermes et aussi précis qu'aujourd'hui. J'ai résolu d'ouvrir l'Écriture, de l'écouter, de me laisser conduire par elle ; et j'ai été confondu d'y trouver, au lieu de quelques notions disséminais dans ses quarante livres .et sur ses . quinze siècles, toute une doctrine, se développant de livre en livre et de siècle en siècle, passant de la main du prophète à celle de l'apôtre, comme. ^ un ouvrage qu'un premier ouvrier ne fait qu'ébauchet^qu'il transmet à un autre pour le terminer; une doctrine dont la sagesse, la plénitude, la clafté, la simplicité, la pureté, brillant au sein d'une ignorance profonde et universelle, excitaient en moi une surprise qp croissait avec ma méditation. Car tout cela se révélait à moi par degrés : la place de la femme dans l'Ecriture, restreinte au premier coup d'œil, allait s'étendant devant mes pas. Il faut chercher la femme dans l'Écriture; mais une
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fois trouvée^ elle y apparaît revêtue d^un ministère aussi bienfaisant que glorieux. Ces proportions mêmes m'instruisaient : jenynpris que telle qu'elle est dans le livre, telle elle doj^êlre dans la vie, -— grande, mais cachée. Je le dis hardiment : seule de toutes les religions et de tous les tystèmes , l'Écriture a connu et compris la femme. Seule, entre ces deux tendances contraires des races mé* ridionales et des races germaniques, de l'antiquité et du moyen âge, l'une qui en faisait la serrante de l'homme, l'autre qui en faisait l'arbitre de ses destinées, elle lui a épargné tout à la fois <c et cet « excès d'honneur et cette indignité. » Seule enfin, •è par une de ces combinaisons de la véRté où le monde ne sait voir que des contradictions étranges, elle lui a fait une place d'autant plus noble qu'elle ^ ^t plus humble, et l'a tenue dans le silence, pour la mieux réhabiliter.
Connaissez donc, ô hommes, connaissez le ttêitor que vous possédez dans l'Écriture, et pressez-la de questions pour lui dérober les lumières qu'elle répand jusque sur des objets qu'elle ne semble pas avoir pris à tâche d'éclaircir. "^'terrogez-la, hommes de la pensée : sachez si elle ne garde ^pas enfouies dans ses entrailles fécondes, en attendant que votre fierté s'abaisse à les lui demander , des révélations nouvelles sur les plans du Créateur et
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sur les destinées de la créature, et la solution finale de quelque»-Bn8 de ces problèmes qui font le désespoir éternel de la philosophie. Interrogez -la, hommes de la science : saches si notre vieille terre, qui n'a eu qu'a outrir son sein plus profondément à des intHtigations plus consciencieuses , pour se montrer en parfait accord avec cette cosmogonie lyblique à laquelle on Tayait opposée avec tant d'assurance, n'aurait pas encore quelque autre secret à dire au génie d'un Guvier en faveur de l'inspiration d'un Moïse. Interrogez-la, hommes de lettres : sachez si ces élans sublimes de poésie, ces peintures si naturelles, ces narrations si animées, ces démontrations si simples et si fortes, que nos plus grands écrivains se sont fait gloire d'imiter, sans se flatter de les égaler jamais, n'auraient pas quelque impulsion salutaire, quelque régénération puissante euHréserve pour la littérature facile, mais hâthê, haletante, cupide, impure, mort-née de notre époque. Interrogez-la vous-mêmes, hommes d'État : sachez si cette charte divine qui a servi de modèle à la législation moderne et créé la civilisation européenne, m tiendrait pas caché dans des replis non encore ouverts quelque perfectionnement inconnu pour notre siècle superbe, et si elle ne pourrait pas apprendre, par exemple, à notre magistrature, renommée dans tout le monde, que