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PREMIER DISCOURS. — LA MISSION DE LA FEMME

le moins qu'elle puisse faire en faveur de cet Évangile qui a fondé toutes les libertés, c'est de le laisser libre lui-même. Mais, si l'Écriture a tant de leçons sur des matières qui semblent à peine la préoccuper, que n'aura-t-elle pas à nous dire sur ce qui est pour elle, et qui devrait être aussi potTr chacun de nous, ce la seule chose nécessaire?» Ohl je vous en conjure, interrogez-la sur le salut. Intei^ rogez-la sur le péché et sur le pardon, sur la vie et sur la mort, sur le bien «et sur le mal, sur le ciel et sur l'enfer. Malheur à vous, si vos oreilles sont trop chatouilleuses pour entendre ce langage! Oui, interrogez-la sur le ciel et sur Tenfer ; et vous trouverez que la seule place où la femne puisse accomplir sa mission, est aussi la seule où vous puissiez vous-mêmes trouver la grâce, la paix, la vie. Sous la croix, sous la croix, tous ensemble, d'un même esprit et d'un même cœur! Sous la croix pour vivre, sous la croix pour mourirj-sous la croix pour affronter le jugement de la grande journée, — heureux de reconnaître alors dans celui qui sera noire juge celui qui fut notre Sauveur!

• Et l*Eteniel Dieu dit : 11 u*est pas bou que rbomme loit seul; je lui ferai un aide scniblablatè lui. > (Gbxbsi II, 18.)

Mes chères sœurs^

Mon premier discours tous a laissées^ je l'espère, convaincues que votre mission , selon la Bible aussi bien que selon la nature y est dans la charité par rhumilité auprès de Thomme, et résolues d'accomplir cette mission en Jésus-Christ^ qui peut seul TOUS y préparer. Sommes-nous bien d'accord sur les principes? passons aujourd'hui à l'application. Suivons la mission de la femme dans la Tie de la femme, c'est-à-dire voyons comment cette mission

jcommuuc peut être réalisée par chacune de vous^ la foi chrétienne supposée, d'après la condition particulière que Dieu lui a faite.

Je dis d'après la condition que Dieu vous a faite; et j'insiste sur ce point pour prévenir une dangereuse illusion. En m'entendant exposer les devoirs de la femme dans telle condition qui n'est pas la vôtre, vous serez tentée peut-être de dire tout ba^ Âh! si j'étais ainsi placée , avec quel dévouement je me livrerais au besoin d'aimer et d'aider! Croyezmoiy ma sœur, avec plus de dévouement encore^ non-seulement vous remplirez votre mission de femme dans votre situatioa présente, mais vous reconnaîtrez que i^'est^e toutes les situa^ons celle où vous pouvez le mieux la^remplir. Autrement, pourquoi Dieu vous y aurait-il mise, lui qui fait <s concourir toutes choses au bien de ceux qui l'ai- « ment? » Vous me répondrez peut-être tristement que c'est moins Dieu qui vous a marqué votre place que votre propre volonté, et une volonté mal réglée. Soit, je l'admets, quoique je me défie du cœur de la femme accusant sa conscience : vous serez venue où vous êtes par une voie que vous ne pouvez vous rappeler sans regret ou sans repeutiri Même alors, votre place, aujourd'hui qu'elle est faite, est celle où Dieu vous veut aujourd'hui, et la meilleure possible pour vous, si vous l'acceptez

La vie de la frmme. SO

comme de sa main, dans un esprit de foi et d'obéisisance. Avec Jésus-Christ, il n'y a pas plus de condition sans ressource que d'âme sans espoir ; telle , est la puissance de TÉvangile qu'il réagit sur tout le cours de la vie, et contraint un passé regrettable à prendre sa place parmi ces « toutes choses d qui concourent au bien de cent qui aiment Dieu. Ce

E importe devant Dieu, ce n'est pas la position, t la disposition; et la marque la plus sûre d'une disposition bien ordonnée, c'est d'accepter la position où ndus sommes comme choisie de Dieu dans l'intérêt de notre développement spirituel. Voilà pourquoi je prends votre physionomie -mo* raie , telle qu^elle est , conune le daguerréotype prendrait votre physionomie naturelle. Cet homme auquel vous devez être en aide , ce sera uiî mari, Un fils, lin père, ou Thomme comme homme en dehors de toute relation individuelle ; votre attitude auprès de lui sera celle de Inégalité, de la supériorité, de l'infériorité, ou de l'indépendance i peu importe au but que je me propose. Le seul point qui importe, c'est qu'il y ait en vous un vrai cœur de femme, je veux dire un cœur jaloux de vivre, non pour vous, maïs pour autrui : avant tout, sans doute, pour le Seigneur, selon la mission générale que vous partagez avec nous, mais ensuite pour l'homme, selon cette mission spéciale

60 SECOND DISGOUKS.

qui nous occupe dans ces discours. Aussi TÉcriture., contente de nous montrer les œuvres des saintes femmes qu'elle offre pour modèles à leur sexe I ne se met point en peine de s'expliquer sur leur condition sociale ou domestique, que nous sommes réduits le plus souvent à deviner. Qu'Eunice soit épouse et mère, pour donner à Tapôtre des Gentils le plus utile de ses collaborateurs ; que Priscillci il est permis de le supposer, soit épouB sans être mère , pour suivre et seconder son mari de lieu en lieu dans le service de l'Évangile ; que Phébé paraisse n'avoir été ni épouse, ni mère, pour demeufer libre de porter d'Eglise en Église son dévouement et son acnvité; que sur Dorcas nous ne puissions pa^éme former de conjectures, — ce v'est là pour l'Écriture qu'un intérêt fort secondaire : il lui suffit qu'il y ait dans toutes un cœur fidèle. Le même cœur qui rend une Dorcas fidèle dans la position de Dorcas, l'eût rendue fidèle également dans la position de Phébé, de Priscille ou d'Eunice; et le même cœur qui vous rendrait infidèle à votre mission là où vous êtes, vous y rendrait également infidèle partout ailleurs. Mais, a quoique «je parle ainsi, j'attends de vous de meilleures cbo- <c ses*, » mes bien-aimées sœurs; et c'est dans cette

i Hébr. VI, 9.

ferme attente que je vais rechercher avec vous comment vous pouvez être pour l'homme, chacune à sa place, a un aide semblable à lui. »

Je vais droit au cœur de mon sujet, et je prends la femme dans sa position normale, celle où elle s'est trouvée en sortant des mains de Dieu, celle pour laquelle elle a été formée, celle où elle peut Mrmieux accomplir sa tâche propre par un tendre dévouement dans une humble égalité : le mariage. Femme mariée, ce que la femme est appelée à être pour rhomme , vous êtes apperée à Tétre pour un homme \ Dieu a dit en 'parlant de votre mari : Il n'est pas bon que cet homme soit seul, je lui ferai un aide semblable à lui; et c'est vous qu'il lui a donnée. S'il ne vous a pas conduite de sa main vers lui, comme Eve vers Adam, il a fait mieux

1 Cette llftiarque explique peut-être l'épithète propre qui est jointe au mot mari dans le texte original d'Éph. V^ 22^ et qui embarrasse les commentateurs. En grec^ le mot homme désigne à la fois l'homme en général et l'homme marié^ comme le mot femme en français sert également pour la femme en général et pour la femme mariée. Le mari est ici considéré par saint Paul comme Vhomme propre de sa femme^ c'est-à-dire celui d'entre tous les h(»nmes auquel elle est exclusivement attachée par un lien qui n'admet pas de partage. Dans notre langue^ où le mot man implique déjà cette relation spéciale^ Tépithète propre ferait pléonasme^ et Osterwald, en la conservant, est plus scrvile que fidèle; Martin la supprime^ et il a raison. La même observation s'applique à 1 Pierre m, 3.

62 ' ncoUD DISCOURS.

encore : il a prononcé sur votre union , par la voix de ses serviteurs^ une parole^d^ bénédiction qui lui imprime un saint caractère ^ que dis^jef qui en fait un emblème visible de l'union invisible du Seigneur avec son Église ^ Il fallait être TEcriture sainte pour oser un pareil rapprochement, et il faut avoir un cœur chrétien pour le comprendre* Mais^ pour qui Ta compris, à quelle hauteur il élève U mariage 1 et avec quelle autorité il en fait desceodK ce double précepte, qui résume si tendrement les obligations du mari : « Maris, aimez vos femmes « comme Christ a Jimé TÉglise, » si humblement celles de la femme : «c Feq|pes, soyez soumises à « vos maris comme TÉglise est soumise à Christ! » Peut-fi^e, hélas ! cette parole de bénédiction glissa* t-^Ue sur votre cœur le jour qu^elle fut prononcée^ le Seigneur ayant été le dernier consulté pour le don de votre main. Mais elle reprend sa vertu divine, ranimée et con^me ressuscitée par votre foi d'aujourd'hui, selon cette puissance que nous avant reconnue tantôt à PÉvangile pour réagir sur le passé même ; et pourvu que vous portiez aujour« à\m dans votre mariage le cœur d'une femme chrétienne^ vous pouvez vous croire aussi réelle* ment choisie de Dieu pour votre mari, et lui pour

* Éph. V, 19-33.

LA VIE w tkwwiaz, 6S

TonSy qn'Èye Ta été pour Adam et Adam pour Eve. Qnant à lui, j'ignoA avec quelle fidélité il remplit sa part d'obligations, mais je n'ai pas besoin de U saToir : qu^il la remplisse ou non, vous, remplissez la YÔtre ; car c'est à Dieu que nous devons toM compte, non à l'homme, et a chacun portera son a propre fardeau. » Or, votre mission n'est autre que la mission générale de la femme, appliquée et ébmme concentrée dans vos rapports avec votre mari, et, si j'ose le dire, portée à sa plus haute puissance par la plus étroite ^la plus individuelle de toutes les associations. Cette position d'humilité, cette vocation de charité, dont se compose la mission de la femme, reprenez-les, ramassez-les suruii seul objet : vous saurez alors ce que doit faire lAfçniniB mariée pour être à son mari ce l'aide semblable à lui . » Prenez franchement et de bon cœur auprès de votre myrune position humble, dépendante, soumise... Y a-t-il ici quelque esprit assez léger pour trouver dans ces mots un aliment à l'inépuisable raillerie que cette matière inspire au monde? Qu'on sache que je parle sérfeusement pour des femmes sérieuses, saintement pour des femmes saintes,* et que je ne me crois pas dispensé de leur faire entendre la pure doctrine de Dieu, par la crainte puérile d'appeler sur elles ou sur moi-même le ridicule de ceux qui viennent chercher dans l'église

64 sfiCOND DISCOURS.

les émotions du théâtre^ et juger cette Parole qui doit les juger au dernier jour. Oui, mes sœurs, quels que puissent être là- dessus les sentiments ou les usages du siècle, prenez franchement et de bon c«eur auprès de votre mari une position humble, dépendante, soumise. Ce n'est pas moi qui vous le demande, c'est Dieu qui vous le commande.

« Femmes, écrit saint Paul aux Éphésiens, soyez c( soumises à vos maris comme au Seigneur; car le « mari est la tête de la femme, comme Christ de « rÉglise. 9 Ce qu'i^avait dit de l'homme quant à Ja femme, en parlant aux Corinthiens : « L'homme a est la tête de la femme, m il le dit ici du mari quani à sa femme; c'est la même doctrine, mais cette dcHCtrine recueillie dans son application toute spéciale, a Comme donc l'Église est soumise à « Christ, poursuit l'Apôtre, que les femmes le soient « de même à leurs maris en toutes choses^» et plus bas : « Que la femme révère son mari. » Cette soumission n'est pas seulement pour saint Paul l'une des obligations de la femme mariée : c'est son obligation capitale, ^i contient en germe toutes les autres. Tantôt il la nomme seule, comme ici; tantôt il lui donne la première place et lui subordonne tout le reste * . Saint Pierre tient le même

1 l Tim. H, 9-15; Tito II, 4, 5, etc.

langage : « Que les femmes aussi soient soumises à a leurs maris... Que leur parure ne soit pas celle du a dehors, celle des cheveux qu'on entrelace, des bjg « joux qu'on porte ou des habits qu'on revêt, mais a Thomme caché du cœur, dans l'incorruptibilité a de l'esprit doux et paisible qui est précieux devant « Dieu. Car ainsi se paraient autrefois les saintes « femmes qui espéraient en Dieu, étant soumises à « leurs maris, comme Sara qui obéissait à Abraham « et l'appelait son seigneur ^ » N'en doutez pas, l'harmonie, la félicité de la vie domestique est à ce prix que chacun se tienne dans sa vocation ; plu|| d'un ménage qui promettait bien ne s'est gâté que pour avoir confondu les tâches que l'Ëcriturem pris soin de distinguer : on ne s'écarte pas impunément de l'ordre divin. La peine que d'autres se donnent pour usurper le premier rang, donnez-vous4a pour éviter cette usurpation, sous quelques précautions habile!r^«ous quelques tendres apparences qu'elle se déguise. Que votre mari soit, après Dieu, le centre de votre existence : avec le nom qui vous est propre, perdez doucement en lui votre gloire propre et votre volonté propre. Vous, aspirez à vous effacer, renfermez-vous dans le silence*, évitez jusqu'à Tapparence de ce qui sent la hauteur ou la domi-

1 1 Piorre llï, l-fi. — î 1 Tim. IF. 12.

60 «fkl^ DISCOURS.

nation finals lui, mettez votre ambition à procurer sa louange ; ou plutôt^ sa louange, soyez<-la tous* ipéme, non par un éclat extérieur qu'il ne dépend de TOUS ni de tous donner ni de retenir, mais par unç conduite irréprochable que tous les maris puislent proposer pour exemple à leurs femmes. Réalisez enfin dans sa plénitude cette belle parole des « Proverbes : La femme Tertueuse est la couronne de son mari ^ .»

La tranquillité n'est pas l'inaction. L'Écriture ne vous fait une place si retirée que pour vous lonfier une tâche d'autant plus bienfaisante : l'hu** milité spéciale qu'elle tous recommande à l'égard de Tdtre mari est le gage de la charité spéciale aTec laquelle tous tous dévouerez à son bonheur. Cet in* térieur où l'Apôtre se plaît à tous Toir modestement recueillie, il Teut que par Totre tendresse, par Totre prudence, par Totre bonne administration, par le/ soins que tous donnez à tos enfants, tous "en fassies un sanctuaire d'ordre, de paix, de bien«étre, où. votre mari puisse trouTer, après le mouTement du dehors et le souci des affaifes, son repos de prédi* lection et sa distraction favorite *. Qu'il l'y trouve Èi bien qu'il n'ait pas même l'idée de chercher ailleurs qu'auprès de vous ce contentement dont il a besoin pour dissiper sa fatigue, po«r alléger ses

1 ProY. XII, 4. — « Tite U, 4, 5; 1 Tim. V, 14.

LA vu DB LA FBmas. 67

peineii pour calmer ses esprits agités, pem leur

rendre leur élasticité relâchée. Qu'il y trouve même,

car je ne tous refuse aucune manière de lui être

ntiloi qu'il y trouye, cachés au sein du foyer do«

mestiqne, de sages conseils, de salutaires inspirv

tioM, qui le suivront silencieusement dans la vie

publique, et qui concourront pour leur part à ré*

gler la parole de ses lèvres et le jugement*de ses

maint, par des mobiles supérieurs aux passions et

aux entratneroents du grand nombre. Qu'il y trouve

enfin tout ce qui peut le rendre heureux au dedans,

avec tout ce qui peut le rendre utile au dehors ; et

qu'en franchissant le seuil de sa porte pour se ren«

gager dans ses nobles travaux, il murmure avec

gratitude envers vous, et envers ce Dieu qui vous

donna à lui, cette maxime touchante de Salomon ;

a La maison et les richesses sont l'héritage des

« pères ; mais la femme prudente est de par l'Éter*

« neP • » Heureuse, si vous pouviez l'entendre sortir

de sa bouche I Mais non, cela n'est pas nécessaire :

votre conscience vous dira ce que pense là-dessus la

sienne. Elle vous dira si, lorsqu'il repasse dans son

souvenir ému tous les biens qu'il a reçus de Dieu,

fortune, santé, famille, le premier et le dernier de

ses trésors terrestres, celui qu'il craint le plus de

perdre, c'est vous.

* Prov. XIX, 14.

To«(e£oisy que votre dcvôuement ne soit pas idolâtrie. Aimez, et soyez aimée, en Dieu. La plus intime de toutes les relations doit en être aussi la plus sainte, et TÉvangile n^eût jamais vu dans le mariage un type de Christ et de l'Église, s'il n'y eût cherché d'abord une influence sanctifiante exercée par chacun des époux sur l'autre. « Que (c sais-^u, femme, si tu ne sauveras pas ton mari? <x ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta a femme ^ ? » ces paroles sérieuses marquent la grande obligation du mariage, qui est plus spécialement, par des raisons expliquées dans mon premier discours, l'obligation de la femme, que l'Apôtre nomme la première. Cette tendre, cette pénétrante, j'ai presque dit cette irrésistible influence que Dieu a remise entre vos mains, malheur à vous si vous saviez Tart de la rapporter à tout excepté à son véritable usage, la gloire de Dieu et le salut IFe votre mari! Avez-vous le privilège d'être unie à un vrai disciple de Jésus-Christ? A peine ai-je besoin de vous presser, tant la tâche est douce alors, de lui être en constante édification, jamais en piège; une femme fidèle, soutenant le cœur et fortifiant les mains d'un mari fidèle pour les combats de la vie, c'est « l'aide semblable à lui » dans toute sa

* 1 GoT. VH, Ifi.

gloire. Mais je veux supposer TOtre mari, sinon étranger à la foi, du moins flottant entre elle et rincréduUté du cœur naturel, distrait qu'il est par la préoccupation des affaires, entraîné par les ten-> tations de la vie publique, dominé d'ailleurs par un tour d'esprit sceptique et difficultueux. Pour le préserver de tant de pièges, pour le gagner sans retour à la foi, il ne lui manque peut-être que de la voir de ses yeux en action, si près de lui qu'il ne puisse ni méconnaître la réalité des faits, ni suspecter la sincérité des sentiments. Ne reconnaissez-vous pas là votre vocation toute spéciale? Quel autre que vous lui fournira celte « démonstration « d'esprit et de puissance, x> pratique, rapprochée, incontestable, qui seule peut se faire jour dans son ame? C'est exactement le genre de persuasion pour Içquel vous avez été préparée de Dieu, et où nul ne peut vous suppléer. La femme n'a pas mission, comme l'homme, de prêcher le Sauveur et de le révéler; elle fait moins ou plus : elle l'enfante, par la vertu de ^Esprit-Saint^ Elle le donne, tout

1 J'emprunte cette pensée à un morceau que le lecteur me saura gré de mettre en entier sous ses yeux : « La mission des femmes a toujours été haute dans la prédication du christianisme. Ceci a été préfiguré dès son origine dans la personne des saintes amies de la Vierge, qui^ ayant devancé au tombeau du Sauveur le disciple bien-aimé lui-même, furent les premières à connaître la résurrection et l'annoncèrent aux apôtres. La mission des femmes est moins, en général, d'expliquer la vérité que de la faire sentir. Marie ne révéla

TO mCOND DttCOinW.

entier, toutTmnt; au lieu de l'annoncer par Tidée et par la parole, elle le communique par Pacte, par le sentiment, et, A je puis ainsi dire, par voie d'inspiration. C'est à elle donc qu'il est réservé, non d'enseigner l'Évangile à son mari, mais de le lui insinuer, dans ses œuvres, dans ses moindres

pas le Verbe divin, mais elle l'enfanta par la vertu de r£sprit-Sain(* loi on retrouve encore un type du ministère de l'homme et du ministère de la femme dans la prédication de la vérité^ qui n'est que son annonciation perpétuée. Pour que la vérité s'empare de nous, il faut d'abord qu'elle soit révélée à notre intelligence : c'est la fonction particulière de l'homme, parce que la faculté rationnelle pré* domine en lui. Et comme la raison, qui a éclaire tout homme venant en oe monde, » est ce qui dépend le moins des diversités intimes qui constituent chaque individualité; comme elle est le lien radical^ commun, patent, de la société humaine, le ministère de l'homme dans renseignement de la vérité est un ministère public qui s'adresse aux masses : à lui la chaire, la prédication dans l'Église, la magistrature de la doctrine. Dans la femme préd«iine la puissance affeeUve ou le sentiment. Cette prédominance du sentiment détermine la mission propre des femmes : elle a pour but de faire passer la vérité daAs le cœur, de la convertir en amour. Mais le sentiment ne s'enseigne pas, il s'insinue. L'amour dans l'homme, comme en Dieu mème^ ne naît point par voie de révélation; il procède par voie d'inspiration, et cette inspiration dépend de ce qu'il y a de plus intime dans l'Âme à qui on veut faire aimer la vérité. Elle dépend de ces nuances infi* niment délicates, de ces mille circonstances presque imperceptibles, de cet invisible réseau d'émotions, de souvenirs, de rêves, d'espérances, qui distinguent tout cœur de tout cœur. La grande voix qui annonce la vérité à travers les siècles se compose de deux voix : à celle de l'homme appartiennent les sons éclatants et majeurs; celle de la femme s'exhale en tons mineurs, voilés, onctueux, dont le silence ne laisserait à l'autre voix que la rudesse de la force. De leur union résulte la majestueuse et suave harmonie. » (GBMitT, Misêion des femmes,)

LÀ VIK Dl LA FUUË. 71

discours, dans le fond pur et limpi^ de son étroi dans tout le cours de la irie domestique, en le lui faisant trouver partout sans afiecter de le mettre nulle part. Si nous comptons sur vous pour cette précieuse influence , femmes chrétiennes y si nous voyons en vous les auxiliaires les plus utiles de notre prédication, nous avons reçu cet exemple de saint Pierre, dont je ne fais en ce moment que dé« velopper la pensée. 11 recommande , nous l'avons vu, ce que les femmes soient soumises à leurs ma# « ria, t> mais pourquoi ? <f afin que si quelques* € uns n'obéissent point à la parole^ ils soient gagnés, « sans parole, par la conduite de leure femmes, « ayant observé (littéralement, ayant épié) votre « conduite pure dans le respect ^ » Comment éle* ver plus haut le crédit spirituel de la femme ehré • tiennetEHe supplée auprès du mari l'action même de la Parole divine, quand sa conduite, épiée à la faveur de l'intimité conjugale^ ne laisse apercevoir en elle que la tertu secrète avec laquelle l'Évangile opère dans son cceur. C'est qu'il faut qu*un homme soit bien aveugle, bien endurci, pour ne pas se rendre, à la longue, au spectacle journalier de la piété vivante et vraie qu'il contemple che« sa femme, et dont il recueille des fruits si doux qu'on

se demande qf^i a le plus a y gagoer, ou lui pour la vie présente, ou elle pour réternité. Quoi qu^il en soit, femme^ sois fidèle, et attends-toi à la fidélité de Dieu. — Vous porteriez envie à la femme qui entendrait son mari se disant à lui-même : a La « femme prudente est de par TEternel ; » mais que se passe-t-ily pensez-TOUS, dans le cœur de cette autre femme, qui un jour, involontairement cachée, entend son mari tomber à genoux et s'écrier : Mon Dieu, je te bénis pour m'avoir donné une femme fidèle, qui m'a conduit à toi? Ce témoignage, — qui vous sera refusé peut-être sur la terre, — que d'hommes le rendent aujourd'hui sur une tombe^ à une femme qu'ils cherchent désormais dans un séjour meilleur I Que d'hommes, au dernier jour, quand tous les voiles seront levés, di* ront devant leur juge, dans le sens le plus profond du mot : Il m'est bon de n'avoir pas été seul!

Voulez- vous voir tout ce que j'ai dit, tout ce que l'on pourrait dire encore sur cette matière, résumé en quelques lignes? Lisez la description de la femme vertueuse , telle que l'a tracée une plume inspirée, et cette plume celle d'une femme, dirigeant son fils dans le choix d'une épouse. Que si le ton général ou quelques traits détachés de ce tableau vous paraissent contraster avec la peinture de la femme chrétienne dans TEvangile, n'oubliez

LA MB DE LA FEBIME. 78

pas qu'il est emprunté à TÂncien Testament, où 1 éclat des choses visibles sert d'emblème aux beau* tés invisibles et spirituelles. « Qui est-ce qui trouce vera une femme vertueuse? Son prix surpasse « de beaucoup les perles. Le cœur de son mari s'as- (( sure en elle, et il ne manquera point de dépouilles, a Elle lui fait du bien tous les jours de sa vie, d et jamais du mal. Elle cherche de la laine et du « lin, et elle travaille selon le plaisir de ses mains. <x Elle est comme les navires d'un marchand; elle « amène son pain de loin. Elle se lève lorsqu'il est c encore nuit; elle distribue la nourriture à sa « maison, et à ses servantes leur tâche. Elle consia dèreun champ et l'acquiert; elle plante la vigne a du fruit de ses mains. Elle ceint ses reins de a force, et fortifie ses bras. Elle éprouve que son a trafic est bon; sa lampe ne s'éteint point la nuit. c< Elle met ses mains à la quenouille, et ses doigts « tiennent le fuseau. Elle étend son bras vers le « misérable, et ouvre sa main au pauvre. Elle ne ce craint point la neige pour sa maison ; car toute a sa maison est vêtue d'écarlate. Elle se fait des t< couvertures ; son vêtement est le lin et la pourpre. « Son mari est connu aux portes, quand il est assis « avec les anciens du pays^ Elle fait du linge et

* Ce verset est une application admirable de Prov. Xlî, 4. Quelle

T4 sccond discocrs.

à le Teild; eHe livre des ceintures au marchand de « Phénicie. La force et la magnificenee est son yélt" a ment; elle se rit du jour à venir. Elle ouvre sa k bouche avec sagesse , et la loi de Tamour est sur (c sa langue. Elle contemple le train de sa maison^ « et ne mange point le pain de paresse. Ses enfans « se lèvent et la disent bienheureuse ; son mari « aussi, et il la loue : Beaucoup de filles ont été (( vertueuses, mais toi, tu les surpasses toutes. La « grâce trompe, et la beauté s'évanouit; la femme « qui craint TÉternel est celle qui sera louée. « Donnez-lui du fruit de ses mains^ et que ses œu- « vres la louent aux portes *. »

Mais une femme sans humilité, qui, au lieu d'être la gloire de son mari , ne cherche dans son union avec lui qu'un moyen de se glorifier ellemême, qui se platt à éclipser celui qu'elle devrait seul laisser paraître, et qui trouve moins de charme à son sourire approbateur qu à la flatterie des étrangers; une femme sans charité, qui abandonne à des mains mercenaires les premiers intérêts de sa maison et le soin même de ses enfants, qui donne l'exemple à son mari de chercher ses plaisirs hors de chez soi, qui le contredit avec amertume et relève

est donc la part faite à la femme vertueuse, si son mari lui doit jusqu'au renom dont il jouit dans la vie publique? * Prov. XXXÏ, 10-81.

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