U VIE DB LA FEIUIE
avec aigreur ses torts, supposés ou réels , inquiète et maussade au logis, gWci^tiBe «t prévenante dès qu^elle en a franchi le seuil; une femme sans piét^ prête à dire de son mari , comme Caïn d'Abel T « Suis-je son gardien? » ou n'usant de son crédit sur lui que pour le détourner du Seigneur, comme cette épouse de Joram dont le Saint-Esprit peint en un seul mot la funeste influence : «loram suivit le train des <( rois d'Israël, ainsi qu'avait fait la maison d' Achab, « car la fille d'Achab était sa femme ' ; » une femme, enfin , qui contraint son mari à gémir en secret sur le jour où il fut assez aveuglé pour rechercher sa main ^ en attendant qu'il mesure devant le tribunal de Dieu toute l'étendue du mal qu'elle lui a fait pour l'éternité', — ô vous qui reconnaissez dans ce tableau quelques traits de votre image,, que vous dirai-jet Changez, pour devenir la femme selon le cœur de Dieu, et selon le cœur de l'homme ! Changez, vous le pouve:^ encore : il n'est besoin pour* cela ni de jeunesse, ni de beauté, ni d'esprit supérieur; il ne faut que devenir une femme chrétienne I
Mais, puisque aujourd'hui la femme n'entre pas^ comme Eve, dans le mariage en naissant, prenons^ la maintenant à ce point de son développement où elle commence à se préparer pour sa tâche future^
* s Ghron. XXI, 6.
et adressons*nous à ia jeu^e ûlie. Comprenez bien, ma jeune sœur, ce qiy imt le caractère de votre condition et son privilège. La carrière à fournir est encore entière devant vous; et tandis que celles qui vous y ont précédée ne peuvent regarder en arrière sans avoir beaucoup à déplorer, à réparer, à effaceri s'il était possible, rien n'empêche, quant à vous, que vous ne réserviez pour votre mission de femme, sous la bénédiction de Dieu, tout ce que vous avez de temps, de ressources, de vie. Sous la bénédiction de Dieu, ai-je dit : car sans lui, que sont nos résolutions les plus sincères, et surtout des résolutions de jeune fille? Nulle part l'esprit n'est plus prompt, mais nulle part la chair n'est plus faible \ Le vent ne se joue pas plus capricieusement du sable que le tentateur des projets de fidélité que vous formez pour l'avenir, hélas ! comme en formaient à votre âge tant de femmes dont la vie actuelle répond si .peu à votre idéal, — et répond encore moins au leurl Loin de moi, ma chère fille, de décourager vos généreuses promesses : je ne veux que vous les faire porter au pied de la croix, pour abriter votrerfaiblesse sous la force du Dieu tout-puissant. Alors, je me livrerai sans crainte au plaisir de contempler en vous le type vivant de l'espérance; de l'espé-
t Matth. XXVI. 41.
rance, cette grâce incomparable de tout ce qui est jeattË, relevée encore chez la jeune femme, et par son influence plus grande, et par sa destinée plus inconnue. Aussi, qui eut jamais Tidée de person- «fier l'espérance autrement que sous les traits d'une jeune fille?
Dans cette attente obscure, on demande si la jeune fille doit être préparée, ou pour la mission générale de l'humanité, ou pour la mission spé« ciale de l'épouse : les auteurs qui ont traité de l'éducation des filles se partagent sur ce point. Disons-le, en nous fondant sur les Écritures : l'une et l'autre réponse sont incomplètes. Oui, sans doute, il faut préparer la jeune fille pour la mis* sion générale de l'humanité, qui est de glorifier sur la terre le Dieu qui nous fit à son image; mais cette préparation ne suffit pas : car, indépendamment de la mission générale qu'elle partage avec l'homme, la femme a encore une mission spéciale, qui est cell^dont nous nous occupons dans ces di^^ cours. Oui, encore, il faut préparer la jeune fille pour la mission spéciale tle réponse, qui est d'être « l'aide semblable à lui » pour un homme déterminé, puisqu'il est dans le cours ordinaire des choses que la jeune fille se marie j mais cette préparation ne doit pas être exclusive : car toute femme n'est pas appelée au mariage, eiune éducation di-
rigée uniquement dans ce sens risquerait de aiaa« quer son but. Voici le secret de tout concilier. Sotr^ la mission générale de l'humanité et 1^ mission spéciale de Tépouse^ il y a pour la femme une troi* sième mission , spéciale quant à la première, %àn(^ raie quant à la seconde, propre à la fcipme et commune à toute femme, celle que j'ai ei^pliquée d'après les Ecritures, où Moïse la révèle en appe« lant la femme « Taide de l'homme, » et saint Paul «n l'appelant a la«> gloire de l'homme, » C'est pour cette mission-là que je veux que Ton prépara la jeune fille, sans perdre de vue toutefois ni la nécâtsité suprême de glorifier Dieu, ni l'éventualité naturelle du mariage. Aussi bien , il sera pourvu à l'une et à l'autre par la préparation intermédiaire que nous réclamons, si elle est ce qu'elle doit étre< Que les jeunes filles prennent garde a l'esprit de cette préparation , et que leurs mères y prennent garde pour elles. Puisque le premier mérite d'unt '^ftmme, après la crainte de Dieu, ^t dans les humbles vertus de la vie domestique, le premier soin d'une fille, après ceux qu'elle donne à $on âme, doit être de se former à ces vertus intérieures et cachées. Il est à peine nécessaire que je dise à una jeune fille : <x Abstenez-vous de tout ce qui a quel* « que apparence de mal ; ^ tenez-vous soigneusement éloignée des pa$s64emps^ des spectacles, des leC'»
LA VIB DB LA VBHIIB. 79
tures — - pensez-y bien^des lectures — qui porter rai#ptlià moindre atteinte à la pureté de voire c(9ur. liais il sera moins superflu peut-être de lui dire : DéGes-vous des mai^imes d'un siècle égoïste et fli^raeli qui, ne cherchant dans une jeune fill^ qil'uo agréable jouet pour tromper Tennui qui le défpre, Taffuble à la hâte des grâces brillanteSi au lieu de Torner à loisir des grâces utiles. \ia éol^i vtniteuKi un développement précoce, une scienoa mal digérée, la mémoire chargée sans pitié pour Pintelligencei les talents de fantaisie mis en pre^» miàre ligne : voilà le clinquant que Téducation du jour préfère pour nos filles à For pur d'une in^ struction solide, bienfaisante, précieuse devant Dieu et devant les hommes. Je le crois sans peine, mes jeunes sœurs : c'est que ce clinquant serait pour lui^ au lieu que cet or pur sera pour vous et pour votre maison. Je n'entends vous ei^clnre d'aueune étude sérieuse, parce que jo ne veux vous in* terdire aucffn genre légitime d'influence. Livrei^ vous sans scrupule à cette culture de l'imagination, de la littérature, de l'art, qui, tout en développant un côté essenliel et trop négligé de l'esprit humain, aide au salutaire empire que vous souhaites d'exer« cer, en ajoutant à vos moyens de plaire. Seulement, mettez chaqae chose à sa place, et rangez vos ob^ jets d'étude selon l'intérêt de votre mission. Avant
tout, soyez Yous-mêmes, soyez femmes, et ne sacrifiez jamais au faux goût des hommes les occupations distinctives de -votre sexe. Qu'on ne me parle pas d'une fille qui sait enlevet* tous les suffrages dans un concert, et qui ne sait pas tenif uilt aiguille ni se rendre utile dans une maison. Au reste, sur ce point, je puis renfermer toutes mes exhortations en une seule : que le cœur soit bien réglé, et le cœur se chargera de régler la vie. Cette humilité, cette charité, qui sont les grâces propres de la femme, et les conditions premières de sa mission, nourrissez-les au dedans de vous par la Parole de Dieu et par la prière. Le monde lui-même tous apprendrait, à défaut de TÉvangile et de votre conscience, que si l'humilité et la charité venaient à être bannies de la terre, elles devraient trouver un dernier refuge dans le cœur de la jeune fille chrétienne. Pour moi, si j'aime à voir la femme sous la croix, une Bible à la main, c'est la jeune fille sur- Tout que je me plais à contempler dans cette attitude, se préparant à sa carrière future, qui n'est connue que de Dieu seul, mais qui ne saurait être fournie fidèlement, quelle qu'elle puisse être, que sous la croix, une Bible à la main. — Un mot encore, pour vous et pour vos familles, mais un mot sans développement, sur une matière aussi grave qu'elle est délicate. Laissez bien voir que, décidée inébranla-
blemeDt à ne vous donner que « dans le Seigneur^, » TOUS De mettrez jamais votre main que dans celle d'un homme moral, religieux, capable d'entrer avec Yons dans Tidée cbrétienne du mariage*. Par cette fésolution. toute passive, non-seulement des unions mal assorties seraient prévenues^ mais encore une réaction si heureuse serait exercée sur les mœurs et sur les principes de la société, que Thomme aurait ti^uvé dans de modules filles les plus utiles des « aides semblables à lui, » pour ne pas dire les plus puissants des réformateurs! %
Toutefois, cet avenir incertain, vous n^avez pas besoin de l'attendre pour être à Thommc « un aide « semblable à lui : d vous pouvez Tétre dès aujourd'hui, sans compter que l'accomplissement de la tâche présente est la meilleure garantie pour celui de la tâche future. Votre position actuelle vous commande, il est vrai, une réserve particulière ; autre estPhumble égalité de l'épouse, autre l'infériorité respectueuse d'une fille qui vient à peine de fraifchir le seuil de Tenfance ; mais cette réserve permet, elle favorise même un genre d'utile activité qui est propre à votre âge. La vraie humilité seconde la vraie charité ; les fleurs qui cachent sous l'herbe leurs tendres couleurs ne sont pas celles qui répan-
» 1 Cor. Vif, 39. — « Eph. V, 19-33.
dent autour d'elles le parfum le moius doux- Que da biAi à faire pour vous sans sortir de la mai^n pa^ ternelle I Vous avez une école et une paroisse toute trouvée dans ces jeunes enfants de la famille dont vous partagez déjà l'éducation avee leur mère; et^ contrairement à laJoi commune des prophètes S vous, c'est a dans votre pays et dans votre parenté » que Dieu vous appelle à exercer votre humble mi-* nistère. Comprenez ce que ^ua pouvez être pour ce jeune frère, sur qui votre avantage de quelques années vous dopne une sorte de crédit à part^ où la conGance est d'autant plus libre qu'elle n'est pas contenue par le respect. Comme cette tendre sœur qui veille sur le berceau flottant confié au Nil| quand la prudence ne permet pas à une mère de se montrer; qui, à la faveur de sa jeunesse, s'emploie, sans inspirer d'ombrage , à donner à Moïse une mère fidèle pour nourrice, au moment que Dieu lai donne une princesse infidèle pour mère*, et qui disparaît alors de la «cène, contente d'avoir poussé dans le monde un frère dont le nom doit efiacer un jour le sien, — ainsi Dieu vous a placée auprès de votre frère, pour lui prêter tel appui qu'il ne trou* verait peut-être nulle part ailleurs, ou qui nulle part ne lui serait moins suspect : c'était hier pour lui ap
* Matth. XIII, 57. — « Exode II, l-io.
LA Vn DE LA FBmiB. • 8t
prendre à lire ou à écrire, c^est aujourd'hui pour Vepflanmer d'une infatigable ardeur dans ies fiftigantes études, ce sera demain pour lecouseilkr dan» le choii d'une carrière ou dans celui d'une épouse* Mais ce«ix pour lesquels vous pouves le plus, ce sont ceux-là mêmes de qui yoqi tenes tout après Dieu. Auprès d'un père et d'une mère, qui remplacera cette fille, timide et silencieuse avec l'étran* ger, mais pleine chii^lle de douceur et de feu tout ensemble, telles sont à cet âge les merveilleuses combinaisons de la..nature? Qui suppléera sa main caressante et légère, son esprit prompt et délié, son affection tendre et soumise, sa piété simple autant qu'affermie^ pour leur alléger le poids des ans, pour adoocir leurs peines, pour dissiper leurs inquiétudes, pour prévenir leurs vœux, pour réjouir leurs cœurs, pour édifier leurs âmes, comme si elle était jalouse de leur rendre en double mesure la vie qu'elle reçut d'eux? Cette jeune fille que vous voyex se cacher derrière sa mère, en rougissant des regards qu'elle attire en dépit d'elle, vous ne savec pas? c'est plus que l'ornement de la maison, c'en est la joie, c'en est la vie, c'en est la colonne; ou, si vous préférez un terme emprunté à l'Ecriture, c'en est la pierre angulaire : « Que nos fils soient « comme des arbrisseaux croissant dans kur jeu- « nesse, et nos filles comme des pierres angulaires
a taillées pour l'ornement d'un palais * ; » et pour rftritare, si exacte jusque dans sa poésie la pins bariie, vous savez tout ce qu'emporte ce nom de pitrroangulaire *• Hélas l vous connaîtrez un^jour peutêtre la vérité profonde de cette image, en voyant le vide qui se fait dan ^^ maison, lorsque cette timide enfant vient à être enlevée de sa place ! vous connaîtrez alors tout ce que fut son amour, son dévoue«> ment, sa piété, pour ceux quiJL'tntouraient, et quUa pleurent... Mais non3;irous ne le connaîtrez pas •— son intérieur kgpnnaitra seuil --T retirons-nous*--* la sympathie elle-mêmïr-peut être importune — ne nous mêlons pas dans le secret de leur douleur, nous qui ne pénétrâmes jamais dans celui de leur joie! Ce n'est pas tout. Il y a de bonnes œuvres pour lesquelles je permets à la jeune fille de sortir du sanctuaire domestique, et, s'il lefaiit, de la réserve même que lui prescrit son âge. S'agit-il d'instruire l'ignorant, de soulager le pauvre, d'exhorter le malade, de c( visiter la veuve et l'orphelin! » Allez, ma fille, allez sans balancer, et que le Seigneur ailFc avec vous! Cette jeune fille qui vient d'assister sa mère dans les travaux du ménage, de prêter son bras à son vieux père, ou de lire 1a Bible avec ses frères et ses sœurs , que j'aime à la voir passer de
* PS. CILIV, 12. — « Ps. CXVIII, 22; Matth. XXI, 22; Epb, II,
LA VIE DE LA FEMME. 8ft
cette charité du dedans à la charité du dehors, et porter aux malheureux des soins qu'ils reçoivent d'elA avec une double gratitude, surpris de llii voir réservoir pour un tel usage des grâces m^e tant d'autres se^croient permis de vouer au monde et à SÇ8 plaisirs! Permis? soit, si Ton veut ; mais permise ou non, la vie de plaisir vous paraîtra sans doute moins désirable, moins conforme à la mission de la 4^nme, que celleii iyle je viens de vous proposer. Ou bien, reconnaitriez-vout plutôt a Taide « semblable à lui »^ans cette autre jeune fille, qui préfère les honteux honneurs d'une fille d'Hérodias à la modeste gloire d'une Rébecca; qui aime mieux être ridole des salons que le trésor de la famille; qui trouve plus beau de se charger à grand'peine d'ornements étrangers, que d'être elle-même, telle que Dieu l'a fait?, l'ornement de sa maison ; qui se consume en efforts pour appeler sur elle les regards des hommes et pour surpasser ses compagnes, je devrais dire ses rivales (ne m'accusez pas d'exagération) ; qui livre aux vents, qui jette dans le vide, cette sève abondante de vie qui lui a été donnée ' pour un jour, et que demain elle cherchera et ne trouvera plus; pauvre enfant, qui se résigne à s'enterrer toute vive dans les froides joies du siècle*; triste victime oiferte, de jour en jour, de nuit en
* 1 Tim. V, 6.
8C (MCOMD DISCOURS,
nuit, à la légèreté du monde par la vanité de jQn propra»cœur?-**-Un malin, à la pointe du jqq«, deux jiunes Clles se rencontrent procipilamAent dans la^e silencieuse, L^une sort du bal It court à son lit où il lui tarde de se reposer de ses plaisirs. L'autre sort de son lit, pour courir auprès d'no mourant qui -vient de la faire appeler en toute hâte, ne pouvant s'en aller «n paix, dit-il , s'il n'a son bon ange auprès de lui Jbanes filles, choisisiiil
Nous venons de contempleiwla femme avant le mariage : contemplons-la maintenant après le mariage, chargée de ce fruit précieux que l'Écriture appelle «un héritage de par TÉterneP; » tournons* nous vers l'épouse devenue mère. Près de ce fili que Dieu vient de vous donner, mère chrétienne, vous occupez une place, non d'infériorité comme la fille, ni d'égalité comme l'épouse, mais de supé«« riorité; et pourtant, cette supériorité n'exclut pas le renoncement propre à la mission de la femme. Il n'est pas bon que l'enfant soit seul; et Dieu, qui vous l'a donné, lui a donné en même temps en vous <f un aide semblable à lui. » Il n'y a pas jusqu'aux tendres soins que réclame son développement physique qui ne seront chers à votre cœur : jalouse de le nourrir de votre propre vie, comme pour pro-
< Ps. GXXVll, s.
LA V)E DB U FSIPIR. 87
longer Torgueil de lui communiquer Tètre, vous niSrag pas, sans une nécessité trois fois démontrée, le frustrer des trésors dont vous enrichit la natore par lui et pour lui, ni yous priver de la sainte jolupté d'ètrê mère sans partage. Toutefois, un intérêt plus graye me préoccupe en ce moment : le secours que vous deves avant tout à ce petit enfant, c'est TéducatiSn, cet enfantement de l'esprit, qui suit de droit cehii du corps, et qu« mil ne saurait vous disputer* Cette joie ineffable avec laquelle vous accueillîtes ce fils (à la différenorde ces mères qui voient moins « une récompense ^ » dans la fécondité qu'un si* gne de colère, qui calculent bien longtemps avant la naissance d*un enfant les sacrifices qu'il leur pourra coûter, et qui ont besoin de la tardive expé* rience pour apprendre à ne le point haïr), cette joie, n'était-elle que la joie naturelle d'Eve, qui appelle son premier-né Caïn, c'est-à-dire aequisi* iim, a parce qu'elle a acquis un homme de par
< l'Eternel *? » ou bien était-ce une joie plus noble, supposée par Jésus-Christ dans ces paroles dont la vérité saisissante vous fit tant de fois tressaillir : « La femme, quand elle accouche, a de la douleur
< parce que son heure est venue ; mais quand elle a ce enfanté, elle ne se souvient plus de son angoisse,
i Ps. cxxvii, s. - « Gcn. IV, 1.
88 ieHigond discours.
« par la joie qu^elle a de ce qu^un hommeanété « enfanté dans le monde^? » La maternité "Bit on ministère, et la première condition d'un minfetère fidèle egt le désintéressement. Ne dites pas : Voici mon fils à moi, né de moi et pour moi ; mais dites : Voici un homme enfanté dans le monde, pour le bien du monde, a Que deviendra ce petit enfant*?» demandent la terre, le ciel, l'enfer, courbés M comme suspendus, dans une attente immense» iur le berceau de cette frêle créature dont la \ie vient de se dégager de la vôtre. La réponse, je le dis ea réservant l'action divine, qui s'exerce par des moyens humains, la réponse dépend avant tout de l'éduca"* tion ', et l'éducation dépend avant tout de la mère.. On l'a souvent remarqué : le moment décisif en éducation est le point de départ. C'est dans les pre* mières années que se cache cette direction dominante qui détermine le cours entier de la vie. Or, les pre* mières années appartiennent à la mère. Le paganisme les lui avait ôtées; mais Jésus-Christ les lui a rendues. Ne lui envions pas ces commencements. $^ils sont trop considérables pour des étrangers, ils sont aussi trop délicats et tout ensemble trop laborieux pour un père : l'aptitude, la liberté d'esprit,
1 Jean XVI, 21 ; version littérale. — ' Luc I, 66. s « Celui-là qui est le maître de Téducation peut changer la ùtce du monde. » (Leibnitz.)
LA VIB DE LA FBMKE. S9
le temps, la patience, nous manquent; mais tout celdi Weu l'a donné à la mère. Nul autre ne discerne plus sûrement le naturel de son fils, le fort et le faible de son caractère, ia part qu'il convient de faire à son tempérament, la mesure de sévérité et d'indulgence en rapport avec son humeur, les précautions à prendre pour le faire valoir sans le gâter. Nul autre ne possède mieuxi'art d'éveiller sa curiosité, de stimuler son ardeur, d'attacher son attention, de lui tenir les yeux ouverts, et de l'initier par degrés à cette science pratique des choses, qui, plus vivante que celle des livres, a plus de part aussi au développement de la vie. Nul autre enfin n'a la main assez douce et en même temps assez forte pour donner à la plante naissante ce pli originel, à la fois trop ferme pour qu'elle puisse résister et trop tendre pour qu'elle le veuille, et qui règle toute sa croissance à venir. La plus grande puissance morale qui soit au monde est celle qu'une mère exerce sur son jeune enfant. N'allé^ pas lui en demander un compte systématique : elle agit par inspiration plus que par calcul, et ne s'est peutêtre jamais dit ce que je vous dis la; Dieu est avec elle dans la tâcht^, voilà son secret. Elle vous paraîtra deviner peut-être ; mais laissez-la faire, elle s'y entend mieux que vous, et fera plus en devinant que vous avec vos raisonnements et vos combinaisons :
if-
fie^-'Vous en à Dieu, et à rinslinct maternel. ^ Bè« a gle générale, à laquelle du moins je n'ai giièrQ yu « d'exceptions^ dit un auteur contemporaini les « hommes supérieurs sont tous les fils de leur a mère\ d Voyez cet homme au cosur fernseï ji lu Toix intrépide, dont le courage indomptal^lf lait tour à tour braver la colère du prince $t dominer \^ Qot populaire, et dont la volonté arrêtée, également invincible aux obstacles et aux fatigues, sembla prendre à tâche de justifier cette maxime superbi s 14'bomme peut ce qu'il veut. Vous faites peut-être honneur de son énergie à la nature? Apprenez qu'il fit paraître dans son enfance un esprit si peu résolu, un caractère si vacillant, que chacun disait : On n'en fera jamais un homme. C'est une femme qui en a fait un homme, et cette femme est la même qui le mit au monde. Elle seule n'a jamais déses» péré de lui. Soutenue par l'amour, conduite par l'instinct, elle a démêlé au travers de ses faiblesses, des vert|is cachées, qu'elle a travaillé tendrement, humblement, lentement, à mettre au jour. Elle l'a formé à la persévérance par des combats sagement gradués, où sa fidèle sympathie a voulu tout partager, excepté l'honneur de la victbire. Elle l'a ré-
1 MiCHELET, Du prêtre, de la femme, de la famille, III* partie^ chap. 3. Ce chapitre renfenne des considérations fort intéressantes sur rinflaence de la mère.
vélé à lui*méme; elle Ta rendu h la société. Aus^ii quand ce fils^ sur son lit de mort, repasse dans son cœur le bien qu^il lui a été donné d'accomplir en faveur de son peuple et de sa génération, c'est à sa mère, après DieU| qu'il en rapporte la gloire; et le dernier nom qu'on entend sortir de sa bouche, dans son dernier délire, est celui qu'il essayait, il y a cinquante années, dans ses premiers bégaiements. Qu'il me soit permis d'ajouter, sans méconnaître la valeur de nos institutions, que l'éducation ma* ternelle est rendue doublement nécessaire par la tendance de notre instruction publique. On s'est plaint souvent qu'à côté des ressources précieuses qu'elle met à la disposition de toutes les classes, elle présente, pour dire le moins, de fâcheuses la* cunes, soit pour le cœur, dont elle s'inquiète trop peu, soit aussi pour l'esprit, dont elle se montre pourtant si vivement préoccupée. Non-seulement elle nourrit l'amour-propre par un emploi immodéré du principe d'émulation, et ne fait rien pour inculquer le saint respect du devoir (à moins qu'on n'ait appris d'elle, par un abus significatif du ^langage, à revêtir de ce nom sacré de pures tâches littéraires); mais ce qu'elle fait avec tant d'habileté, de labeur, de sacrifices, pour la culture de l'intelligence elle-même, est au moins incomplet. Les facultés qui dépendent de la mémoire sont aiguisées
par un exercice perpétuel , taudis qu% celles q[ui se A rapportent à la réflexion , plus importantes encore que les premièreSi demeurent comparativement sans emploi. Par trop remplir tous les instants de relève, par trop absorber son ardeur dans une préparation haletante et inquiète, on ôte à son esprit le loisir, le ressort, le mouvement requis pour s'assimiler ce qu'il reçoit, et on Thabitue à se contenter d'une science empruntée où sa personnalité n'entre pour rien. Alors, le développement de la pensée et du caractère ne se fait pas, ou se fait mal ; cette fleur d'originalité, charmante autant que vigoureuse, que la nature n'a f efusée à personne, tombé avant d'avoir donné son fruit; on dirait qu'un impitoyable niveau a été passé sur toutes les intelligences; et l'homme disparait dans l'enfant, parce que l'enfant disparaît dans l'écolier*. A un mal si grave, je ne con-
> Voici en quels termes M. Depoisier^ dans un ouvrage remarquable sur VInstruciion publique dans les États-Sardes^ indique ridéal que l'éducateur de la jeunesse doit se proposer : « L'enfant, dit-il, est fait pour agir d'après les principes de son propre cœur, pour distinguer de lui-même entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, pour se former à la lutte^ pour être en quelque sorte artisan de son propre caractère^ arbitre de ses destinées futures.** Le grand but de l'instruction n'est donc pas de marquer les élèves de l'empreinte du professeur^ mais d'éveiller ce qui est en eux; pas de leur apprendre à voir avec ses yeux, mais de leur enseigner à exercer les leurs; pas do leur domier une certaine dose de savoir, mais de leur inspirer un certain amour universel et plein de ferveur pour la vérité; pas de les former à une régularité extérieure
LA VIE DE LA FBfttME. 93
nais de remè4e que dans le contre-poids de la vie de famille et de Téducation domestique , la seule qui sache pénétrer dans les sinuosités de l'esprit individuel et se prêter ù ses tendances propres. Or, cette vie de familie, si menacée aujourd'hui par la vie commune Je compte sur la mère pourla sauver ; et cette éducation domestique ^ je compte sur elle encore pourla prendre en main. Ne vous pressez pas de lui enlever son enfant : qu'elle le retienne longtemps auprès d'elle. Puis, le moment arrivé pour lui d'entrer en contact avec la vie publique, qu'il soit permis à sa mère d'intervenir encore pour maintenir les droits du cœuri de l'esprit, de la personne, c'est-à-dire de l'homme, Seriez-vous jaloux de l'influence trop féminine qu'elle va exercer? Sachez que cette influence, redoutable si elle
trop gênante^ mais de toucher les ressorts intimes et cachés; pas de surcharger la mémoire^ mais d*a\iver et de fortifler la pensée; pas de les lier par des préjugés enracinés à nos idées particulières^ mais de les préparer à juger avec impartialité et conscience de tout ce que la Providence peut envoyer dans leur voie et soumettre à leur décision ; pas de leur exposer nos préceptes sous la forme de lois arbitraires, qui n'ont d*autres fondements que notre parole et otre volonté, mais de développer la conscience, Tintelligence, le discernement moral, afin qu'ils sachent discerner et choisir ce qui dans tout ce qu'on leur présente, est juste et bien. En un mot, le grand but de tout enseignement, c'est d'évoquer et de fortifier à la fois dans l'enfant la vie intellectuelle et morale, parce qA c'est la vie qu'il faut chercher dans tout être qui a été créé à l'image de Dieu. )> {Semeur 1846, p. 196.)
était seule, est un complément indiapensabla de la nôtre. L'homme n'a pa« tout ce qu*il faut pour former l'esprit de l'homme, parce que cet esprit a un élément féminin : j'appelle ainsi ce je ne sais quoi de tendre, de pénétrant, d'instinctif, qui sai* sit, dirai-je? ou qui devine la vérité, par opposition à cette raison calme qui se rend compte des choses, et à cette volonté forte qui se rend compte d'elle* même. Dans ce sens on a pu dire avec justesse que a nul homme de génie n'a été exempt d'un déve* ce loppement féminin, i» N'hésitez pas, placez l'instruction publique sous la sauvegarde de la famille, mais de la famille présidée par la mère; c'est le plus sûr moyen d'en assurer les avantages à vos (ils, tout en leur en épargnant les périls.
Ne l'oublions pas toutefois , dans l'éducation , comme dans la vie, a une seule chose est néces- <c saire : » cette seule chose nécessaire est le triomphe de la mère. Trop souvent^ hélas t dans la tâche sainte de conduire son fils au Sauveur, elle n'a personne pour elle, heureuse encore si elle n'a pas tout le monde contre elle... Mais, fût-elle seule contre tous, qu'elle prenne courage : c'est ici sui^' tout que Dieu est avec elle, et Dieu lui suffit. S'agitii dni jeune enfant? Ce (ils aimé, mais aimé en Dieu, avec qui elle s'humilie chaque jour aux pieds j du Seigneur, et qu'elle instruit à le chercher de ses
LA VIB DE LA FEUBIE. 95
premières pensées et à le nommer dans ses pre^^ mierê diséours, elle tient en quelque sorte son âme entre ses mains. Seule au monde, elle sait les chemins par où elle doit passer pour y aller déposer des germes féconds de la vérité salutaire^ glissés ayec tant d'amour, engagés si profondément, liés si fortement aux instincts naturels (y compris l'empire de sa propre imdge)|tque ni les orages du dehors, ni ceux même du dedans ne les en pourront jamais itfracher. Croyeï-lebien, rien n'est plus irrésistible pour l'homme^ ni tout ensemble plus indestructible dans l'homme, que ces impressions primitives laissées par une mère pieuse, et protégées par le charme Vague et naïf des souvenirs d'enfance; un ûls doutera deux fois de l'esprit de son père, avant 4e dou* ter une fois du cœur de sa mère. S'agit-il de cet âge où, n'étant plus enfant et n'étant pas encore homme, un fils échappe insensiblement à la surveillance de sa mère, tout en lui inspirant une sollicitude nouvelle? Par un usage fidèle de son influence passée, elle a gagné la confiance de ce fils, et cette confiance lui répond aujourd'hui de l'avenir. Dans ces tendrez épanchements dont elle a su lui faire une habitude et un besoin, elle lit jusqu'au fond de son cœur; et un cœur où on lit jusqu'au fond, c'est presque un cœur dont on est maître. La passion irle peut-être, et il est près de succomber : mai^
il faudra le dire à sa mère — • impossible ; ou il faudra le lui taire — plus impossible encore ; et la ten- ' tation est vaincue. Vienne enfin le moment d'un long embrassement, prélude à\me séparation peutêtre éternelle... Mère cbrétiennei que crains-tu? Préparé depuis tant d^années sur Phumble chantier de la famille, lance, puisque Dieu le veut ainsi, lance en paix ton navire sur Pincertain océan! Suis-le de ton œil humide, jusqu'au plus loin de Phorizon, et là — quand tu le verras suspendu sur une dernière vague, prêt à disparaître — • disparaissant — disparu — fais ta prière — remets ton trésor à celui qui tient vents et flots dans ses mains, et qui aime — plus que toi! Tu lui as été fidèle dès le commencement, il te sera fidèle jusqu'à la fin ; va, il n'oubliera pas la promesse qu'il semble avoir faite exprès pour toi : « Instruis le jeune ence fant à l'entrée de sa voie; et même quand il c( sera devenu vieux, il ne s'en départira point ^ » Heureuses prévisions, que justifie une plus heureuse expérience. S'il est vrai que la plupart des hommes distingués sont les fils de leur mère, cela est vrai surtout des hommes religieux. L'histoii;^ biblique, l'histoire de l'Église, l'histoire contemporaine, s'accordent pour l'attester, disons mieux, pour le laisser entrevoir j car il faut chercher la 1 Pr«v. xxu, 6.
mère, pour la découvrir, derrière ce ûls dont le nom a éclipsé le .sien dans la mémoire des hommes. Mais c'est ce que demande une mère chrétienne : si elle a sauvé son fils, elle a accompli sa mission de femme; et si elle l'a sauvé sans se montrer, elle Ta accomplie doublement. Écoutez la Bible. Quel est l'objet de cette courte préface qu'elle met à la tète de la vie de SaiiAlel, si ce n'est d'expliquer ce saint homme de Dieu, ce géant de la prière, ce premier anneau de lëT chaîne des prophètes, ce grand réformateur de l'état et du culte, par la foi, par le vœu, par la fidélité, par le cantique d'Anne sa mère? Que ce récit supplée à la brièveté avec laquelle la Bible explique ailleurs d'une manière semblable un Moïse, un David, un Timothée^; et qu'il nous donne la clef de ce soin, en apparence^ minutieux, avec lequel elle nomme, en passant^ les mères des rois de Juda*. Ouvrez les annales de l'Église. Qui peut entendre prononcer le nom de saint Augustin, cette vive lumière deux fois près de s'éteindre, mais soustraite tour à tour à la convoitise et à l'hérésie, pour glorifier le Dieu saint et vrai devant la postérité la plus reculée, sans reconnaître avec lui dans cette double délivrance, après la main de Dieu, la main de la tendre, de l'humble,
t Ex. n, 1-10 ; Héb. XI, 24; Ps. LXXXVI, 16; GXVI, 16; Actes !CVI, 1; 2 Tim. I, 5. — « 2 Ghroii. XXIII, 3, etc.
de la patiente Monique? Maïs apprenez que Chrysostome, Basile le Gfrand, Grégoire de Nazlance *,-
. et un grand nombre de ceux qui ont marché sur leurs traces, ont eu , chacun , leur Monique , dont nous oublions de nous informer, ingrats que nous sommes, tout en savourant avec délices le fruit de ce qu'elle a semé. Mais il n'est pas nécessaire de vous tant écarter : jetez les ]^x autour de vous. Prenez la peine de rechercher les voies de Dieu, et vous trouverez que la plupart des serviteurs de Je* sus-Christ dont se glorifie notre génération , sont redevables à une mère des premières lueurs de leur piété. Naguère, dans une conférence pastorale où se trouvaient rassemblés cent vingt pasteurs américains unis dans une foi commune, chacun fut in-
- -ifité à faire connaître la cause humaine à laquelle il attribuait, sous la bénédiction divine, le changement de son cœur. Savez-vous combien en firent honneur à leur mère? Sur cent vingt, plus de cent. Ailleurs, une mère également fidèle semble avoir moins bien réussi : son iils s'est égaré loin du che** min qu'elle lui a tracé; une mère, après tout, toute mère qu'elle est, n'est pas Dieu. Mais plus est grand l'égarement de cet enfant prodigue, plus on admire la puissance maternelle, à laquelle il fermé
* Neandér, Mémoires pour servir à rhistoire du christianisme, p. 247 et suiv.
son cœur sans y pouvoir soustraire sa conscience, et qui pourra, que savons-nous? triompher enfin de sa résistance y longtems après que les leçons et les exemples de sa mère se seront éteints dans le tombeau. Méconnaître la piété d^une mère, cela est possible; mais Toublier, jamais, non, jamais. Un homme de bien s^acheminait vers une églig^, où un service religiei^ allait être célébré pour des marins. En face de l'église, à la porte d'une auberge, il voit assis un vieux matelot, à l'air rude et décidé, qui, les bras croisés et un cigare à la bouche, regardait passer avec indifférence, sinon avec dédain, ceux de ses camarades qui se rendaient au culte public, a Mon ami, lui dit l'étranger en s'approchant de lui , ne venez«vous pas avec nous au service? — Non pas , » répond brusquement 1^ marin. Son air avait fait pressentir cette réponse i l'étranger, qui poursuivit avec douceur : a Vous me paraissez avoir eu de mauvais jours... Âvez-vous encore votre mère? » Le matelot lève la tête, fixe les yeux sur l'étranger, et garde le silence. « Eh bien, mon ami, si votre bonne mère étoU ici, quel conseil pensez-vous qu'elle vous donnerait? » Et le matelot se lève en essuyant du revers de sa main une larme qu'il avait tenté vainement de cacher, et d'une voix étouffée : « J'irai... »
Mères, mères, connaissez votre puissance I Mères,
iOO SECOND DISCOURS.
mèresi sentez votre responsabilité ! Heureux l^enfant qui a une bonne mère ! heureux votre fils^ s'il a une bonne mère! Mais entendons^nous : je ne prodigue pas ce nom à toute mère qui ne hait pas son enfant; autre chose est une mère dévouée, comme il y en a beaucoup, même chez les païens, autre chose est uae bonne mère selon Dieu. De nos jours, hélas! Phistoire des relations ^ quelques hommes avec leur mère est bientôt faite ; tout ce développement intellectuel, moral^ spirituel, y est inconnu. Du sein de sa mère, le pauvre enfant passe dans les mains, si ce n^est sous le toit d^une mère salariée; de ces mains mercenaires, dans la maison paternelle, mais en attendant que son âge lui permette de la quitter de nouveau; de la maison paternelle, W collège; du collège, à Técole supérieure; de * l'école supérieure, à l'armée; et au retour de l'armée — s'il en revient — cette mère, pour laquelle il ne fut guère qu'un -étranger, que sera-t-elle pour lui qu'une étrangère? étrangère à sa carrière future — étrangère à son mariage — étrangère à Téducatioa de ses enfants... mère, qui as encore un fils à élever, réveille-toi ! Et toi, mère^ qui as * ainsi élevé le tien, repens-toi !
Oui, repens-toi, mais ne désespère pas. Le mot désespoir n'est pas chrétien : non-seulement l'ouvrier de la dernière heure peut encore être admis,
LA VIE DE LA FEXME. iOl
mais il peut être encore favorisé. Vous pouvez redevenir auprès de ce fils « Paide semblable à lui^ » et tirant y par la grâce de Dieu, le bien du mal mémei éprouyer la vérité de cette parole qui contient en germe tout l'Évangile : « Quand je suis <K faible^ alors je suis fort. » Où une tâche finit, une autre commence; trop tard pour celle de l'éducation, il vous en reste une autre pour laquelle il n'est jamais trop tard, puisque c'est le nombre des années qui vous l'impose. Vous ne régnez plus par l'autorité sur des enfants qui sont devenus des hommes; mais vous pouvez exercer encore sur eux un empire d'amour et de respect, que seconde la maturité de leur âge. Dernier lien entre la génération qui s'éteint et celle qui la suit, débris frêle et précieux de ce qui a été et qui déjà n'est ploty dépositaire vigilante des traditions de la famille, vous formez un centre vénéré, autour duquel se groupent, avec un silencieux empressement, plusieurs familles que votre délogement va bientôt disperser. Bien des pensées, bien des intérêts, bien des passior^ peut-être se. remuent à côté de vous dans le fond des cœurs ; mais tout est contenu par le sentiment commun que vous inspirez, et chacun rivalise d'efforts et de sacrifices pour assurer la paix de vos derniers jours. Votre expérience, vos cheveux blancs, vos services passés, votre infirmité
108 8BG0ND DISCOUBS,
présente, une crainte vagae de ne pas tous retrou*
Ter à votre place demain tout vous soumet les
cœurs. Noble et utile chaire que Dieu vous a pré* parée 1 Paroles puissantes, reçues coipme les leçons de la vie, comme les avertissements de la mort, presque comme des inspirations du ciell Heureuse la mère qui termine fidèlement une carrière fîdè* lement remplie! Mais heureuse aussi la mère qui, saintement jalouse de bien finir ce qu^elle a mal commencé, sait faire tourner à l'avantage des siens jusqu'à son infidélité même ^ ! « Que les femmes -« âgées soient saintes dans leur extérieur, non médi« <t santés, enseignant de bonnes choses, afin qu'elles c instruisent dans la sagesse les jeunes femmes*. » Le secret de cette bienfaisante influence, le voici dans la vie cachée : « La veuve qui vit dans les « délices est morte toute vive ; mais celle qui est « réellement veuve et isolée espère en Dieu, et perce sévère en jeûnes et en sa{)plications nuit et jour S »
le me trompe, mes chères sœurs, ou devant le tableau qcfe je viens de faire de Tépouy chrétienne et de la mère chrétienne, une femme a senti soii
^ Selon quelques commentateurs^ Lémuel serait un autre nom pour Salomon dans le dernier chapitre des Proverbes. S'il en était aiati, Bathsôbah serait un touchant exemple à citer Ici^ puisque ce chapitre serait de sa main.
« Tit. II, $. - » 1 Tlm. V, 5, 6.
U VIS Dl LA FEUn. IM
coBur 86 serrer et une larme furlive mouiller sa paupière. Cette femme, soit circonstances, soitlibrd choixi soit généreux sacrifice, soit fidélité religieuse, n'est point devenue épouse et mère. Comprenes-le bien : c'est une jalousie selon Dieu gui la trouble en ce moment. Exclusivement préoccupée de la mission sublime de son sexe, elle accepterait sans difficulté ce que sa position a d'incomplet selon To* pinion, selon le cœur, selon la loi de la Providence. Mais n'avoir pas à qui se donner, mais comprimer dans son sein une soif de dévouement qui la consume eliennème sans profiter à personne, voilà à quoi elle ne peut consentir. Ma sœur, ma noble sœur, la délicatesse du sujet me fermera-t*elle la bouche? N'importe qu'il soit délicat, pourvu qoa j'accomplisse ma mission de ministre de Jésus<^ Christ, en vous aidant à accomplir votre mission de femme. Vous êtes, je me plais à vous le dire, dans une grande illusion : votre^osition prise en Dieu et dans l'intérêt de votre mission; est un privilège, si vous savez l'entendre. Croyez-ep l'Apôtre écrivant ainsi aux Coainthie/Ts : « Il y a une différence entre « la femme et la vierge. Cglle qui n'est pas mariée « s'inquiète des choses du Seigneur, pour être sainte « de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée s'in« « quiète des choses du monde, cherchant à plaire à « son mari. Or, je dis ceci pour votre propre avan-
fOi SECOND DISCOURS.
<c lage, non pour vous tendre un piège, maïs pour <c TOUS porter à ce qui est bienséant et vous attacher (( au Seigneur sans distraction. Que si quelqu'un ce croit malséant pour sa fille de passer la fleur de son « âge, et qu'il pense devoir la marier, qu'il fasse ce « qu'il veut : il ne pèche point, qu'elle soit mariée. « Maiscelui qui demeure ferme en son cœur, n'étant « point contraint, mais étant maître de sa propre voce lonté, et qui a arrêté en son cœur de garder sa fille, c( fait bien. Celui donc qui marie sa fille fait bien, « mais celui qui ne la marie pas fait mieuxS » Paroles étranges, il faut Tavouer, et dont il a été facile d'abuser au profit des opinions erronées qui se sont établies de bonne heure dans l'Eglise sur le célibat. Sans doule^ le langage de saiint Paul doit s'expliquer par les circonstances particulières du temps où il écrivait; mais on peut affirmer hardiment qu'il ne se serait jamais exprimé de la sorte, s'il eût considéré votre position comme le cédant à celle de la femme mariée, pour le service du Seigneur et pour l'accomplissement de votre mission. 11 avait choisi lui-même une po'Sition ajpalogue, nonseulement pour prouver aux Églises son désintéressement en ne les chargeant pas de son entretien, mais encore pour vaquer <;< à la parole et à la prière »
1 1 Cor. vu, 84-38.
LA VIE US LA FEMME. lOS
avec une plus grande liberté : liberté de temps, liberté d'action, liberté d'esprit, et enfin liberté de
•ff
cœur.
Ces raisons valent autant pour vous que pour l'Apôtre, et la dernière a une valeur spéciale pour la femme : c'est là surtout ce que je tiens à vous faire comprendre. Il y a dans le cœur de la femme une puissance d'aimer où l'homme ne saurait atteindre. Dans la position naturelle, qui est la vie conjugale, cette puissance s'exerce et se satisfait dans la famille, sur un mari, sur des enfants. Dans l'isole* ment, elle se fait jour par un autre chemin, et se jette ou dans l'une ou dans l'autre de ces deux voies. Ou bien, elle se tourne en dedans, se replie sur le moi, et se concentre dans la personnalité : de là un égoïsme sans mesure, sans scrupule; c'est probablement dans la classe des femmes isolées que l'on trouveraitles exemples les plus humiliants d'amourpropre, de curiosité, de désœuvr^ent, d'avarice, de mondanité, et de toute une petite existence petitement consumée daqs de petites jouissances. Ou bien, au contraire]^ elje se tpttme au deWs, se répand en amour pour le Seigneur et pour le prochain, et pousse la femme à se dévouer au bien de Thumanité, comme l'épouse ou la mère fait à celui de sa femilie. Alors, par une apparente contradiction, la charité gagne tout à la fois en étendue et
en profondeur : en étend ue, parce qu'elle dépasse le cercle domestique; en profondeur, parce qu'elle revêt l'ardeur d'un besoin et l'entraînement d'ub sentiment personnel, sans compter une teinte de douce mélancolie, qui ne lui sied pas mal et qui l'cKite aussi à sa manière. Ainsi se forment de saintes et charitables filles, dirai^je? ou des filles de sainteté et de charité, chez lesquelles il faut chercher peut-être les modèles les plus accomplis de la bienfaisance chrétienne : lasses de la terre, im« patientes du ciel, et qui, par la simplicité de leur zèle, par la pureté de leur renoncement, par l'abondance de leurs bonnes œuvres, semblent perpétuellement occupées à combler un vide imniense, que Dieu a fait dans leur cœur pourlebien de l'humanité. Leurs rangs vous sont ouverts : entre^-y, sur l^s pas de tant de femmes qui ont fait choix de cette position pour être plus utiles au monde; entrez-y, et ne v^s donuez pas âê repos que vous n'ayez appris à voir dans votre isolement un roisôricordieu]( privilège. «
Dieu a préparé d^viçt von^s,'|elon VApôtre, tout un chemin' de bogues œuvres* ; il ne faut pour y marcher qu'un cœur vraiment dévoué : « ouvre les « yeux, et tu auras suffisamment de pain'. » Re«
* Iph. If, 10. — t Prov. XX, 18.
LA VIE DB LA FEMHE. lOT
gardez d'abord autour de vous, et voyez si vos relations de famille ne vous offrent pas l'occasion où vous aspirez : on a quelquefois tout près de soi ce qu'on va chercher au bout du monde. A défaut d'un père et d'une mère qui vous ont été retirés, vous avez peut-être un jeune frère au début de la vie, îi qui vous pouvez servir d'amie et de mère ; ou bien une sœur, prête à succomber sous le fardeau envié de la famille, si elle ne trouve en vous ce complément de forces, de temps, de santé, de lumières, que Dieu vous a si visiblement départi pour elle. Votre cœur demandait une famille : eh bien, en voilà une.*, ce n'est pas la vôtre, je le sais bien, ce n'élt pas tout ce que vous voudriez; mais c'est ce que Dieu a voulu pour vous, ma sœur, pourvoyant tout ensemble au bien d'autrui par votre charitable activité, et au vôtre p^r votre renQpcemenl à vousmême. Non, quand je vais demamiant à toute la terre le type de la charité la plus ultfe, la plus pure^ la plus chrétienne, je ne* trouve nulle part toutes ces conditions mieux r^mpl^es que daji^ la bonne tante, qui, par un merveilleux oubli d'alle-mêmej accepte les fatigues et les soucis de la maternité , sans connaître ses compensations ineffables; mèrd, plus quQ»mère peut-être, quand il s'agit de servir et de Hipporter, s'efaçant, dès qu'il ne s'agit plus que de recueillir et de jouir; trhtCj mais d'uûe
tristesse céleste qui se traduit tout entière en amour et en renoncement. Que si nul engagement de famille ne TOUS lie , eh bien I portez plus loin votre Tue : cherchez une famille dans tout ce qui a besoin de vous, dans ces malheureux à soulager^ dans ces institutions charitables à fonder ou à soutenir, dans ce ministre fidèle à seconder dans son travail, dans toutes ces bonnes œuvres pour lesquelles Dieu semble avoir réservé tout exprès votre liberté. Ou bien, embrassez y vous le pouvez, un champ plus vaste encore; embrassez le monde, si vous le voulez, pourvu que ce soit par la charité. Renouvelez dans votre personne le saint office des diaconesses ; préparez-vous-y, sUl le faut, dans ces écoles qu'une charité vigilante et ingénieuse ouvre aujourd'hui à de pieuses filles; allez, nouvelle Phébé, porter vos services tantôt à Rome, tantôt à Genchrée, je veux dire^ tantôt daps une famille, tantôt dans un hospice, tantôt dai^une Eglise, partout où ils seront réclamés , fût- ce en faveur de quelque peuplade païenne, i^léguée sc^s d^autres cieux. Enfin, remplissez si^ï^,^At(eiJîission.que, Theure de votre mort venue, chacan se félicite de l'isolement heureux qui vous a permis tant de dévouement, et que dans les tendres regrets qui suivront au toml^au votre dépouille mortelle, on ne puime pas plus dj^erner si vous étiez feiiame ou sQeur, tante ou mère^ parente
OU étrangère, qu'on ne le discerne dans nos sacrifices !
Si, au lieu de prendre Tunité de mon développement dans la différence des positions naturelles, je l'avais prise dans celle des positions sociales, j'aurais pu vous montrer également la femme trouvant tour à tour dans une condition d'égalité, de supériorité ou d'infériorité, des ressources spéciales pour accomplir la mission de son sexe. Il faut abandonner cette matière à vos méditations personnelles. Cependant, il est une classe de femmes que je ne laisserai pas sortir sans quelques paroles d'encouragement, parce que je crois qu'elle en a besoin, et que j'estime qu'elle y a droit. Fille chrétienne que Dieu a mise à Thumble rang de servante, l'esprit niveleur de ce siècle, qui gâte toutes les conditions inférieures, ne vous a pas tellement gagnée, je l'espère, que vous ne puissiez accepter les épreuves de la vôtre, je dis plus> en apprécier les compensations et les avantages. Mais vous dites peut-être en vous-même : Cette belle mission de la femme , c'est pour tout le monde excepté pour moi ! que peut faire une pauvre servante^ qui vit dans la dépendance d'autrui? Écoutez bien ma réponse : vous pouvez accomplir la mission de votre
sexe, je ne dis pas malgré cette dépendance, mais
à la faveur de cette dépendance même. Bien des femmes ont forcé les choses pour se créer une voie d^obéissance ; elles se trompaient : c^était substituer leur sagesse à celle de Dieu. Mais leur erreur tenait à un profond instinct de femme, auquel Dieu a pris soin de donner satisfaction chez vous, en choisissant pour vous la dernière place. Cette place est celle que le Seigneur a préférée, lui qui « a pris « la forme de serviteur %» et qui «est venu,» j'aime h le répéter, « non pour être servi, mais pour serc( vir^. » A-t-elle fait obstacle à son œuvre? N'en a-t-elle pas été l'appui, la condition, la vie? Elle sera tout cela pour la vôtre, croyez- le bien, si vous entrez dans l'esprit du Maître.
A peine pourrais-je nommer quelqu'un qui contribue plus à l'ordre, à la prospérité, au bonheur d'une maison, que la servante vraiment chrétienne, surtout aujourd'liui que ce trésor est si rare, hélas ! et si imparfaitement apprécié, quand il se trouve. Cette sainte fille, a obéissant à ses maîtres avec « tremblement, dans la simplicité de son cœur, « comme à Christ ; ne les servant pas seulement sous « leurs yeux, mais faisant de bon cœur la volonté de (c Dieu ; » soigneuse de leur complaire, évitant de les contredire; épousant tous leurs intérêts, et fidèle jusqu'au scrupule; s'accommodant à leurs infirmi-
1 Littéralement, d'esclave : Phil. II, 7. — * Matth. XX, 2S.
tés au dedans, et les couvrant au dehors, bonne et noble fille, du voile de sa charité; élevant enfin sa condition à la hauteur de sûb sentiments, libre par la foi, esclave par Pamour^ : quel don de Dieu pour une famille I Sentez cette faveur , vous qui Pavez reçue, sans attendre que Dieu vous en révèle le prix en vous la retirant , et en remplaçant cette pieuse fille par une de ces servantes comme il y en a tant, pleine du monde et d'elle-même, mal à l'aise et comme en prison dans Tintérieur, en complot permanent avec le dehors, comme un traître dans une place assiégée, contenue à peine par une surveillance plus fatigante à exercer qu'à subir, aussi soigneuse de sa personne en public que négligée en particulier, semant par la ville les secrets domestiques, curieuse, babillarde, difficile, au reste liée par le seul intérêt, et n'attendant que Pappât du gain pour rompre un joug qui lui pèse. Voilà pour la vie présente — mais pour l'autre? Âh! gardez-vous dépenser que la mission spirituelle de la femme vous soit interdite. Dans Phumble sphère qui vous a été assignée , vous pouvez faire plus qu'aucune autre pour le service de l'Evangile, pourvu que vous vouliez le servir en femme , doucement, silencieusement, et en vous appliquant avant tout a à orner la doctrine de Dieu votre Sau-
1 Eph. VI, 5; Tit. U, 9, 10; 1 Pierre II, 18 ; 2 Tim. VI, 1, 2.
nière , et quMl avait donnée pour esclave à sa femme; pauvre enfant , qui ne se doutait guère, lorsqu'elle criait entre les bras de ses farouches ravisseurs y qu'un jour viendrait où elle ferait un si grand bien à la Syrie , et où elle serait citée comme un oracle à la cour du grand roi : a La pe- « tite fille du pays d'Israël a dit telle et telle chose \ » N'est-ce pas pour votre encouragement que cette circonstance nous a été rapportée ? — Savez- vous comment l'Illyrie reçut l'Évangile dans les premiers siècles de l'Église? Par une femme chré-
tienne, qui y avait été vendue comme esclave ^
Je dis tout cela non pour vous enfler ou vous être en piège, mais pour vous exciter à une juste reconnaissance , mais pour vous faire apprécier la position que Dieu vous a faite. Oui , mes chères sœurSy conformez-vous simplement à ses vues ; pas un mot de plainte et de regret, point d'ambitieux rêves de -changement; mais une fidélité pleine de bonheur à votre mission propre, et un cœur qui n'envie rien à personne qu'une charité plus active et une humilité plus profonde !
Femme, enlin, qui que tu sois, et où que tu sois,
i 2 Rois V, 1-4.
• Neandeb^ Mémoires j^our servir à Vhistoire du christianisme y p. 407.
LA VIE DE LA FElfME. 115
mets dans ton cœur cette parole : « Je lui ferai un (( aide semblable à lui, » et songe, sans plus tarder, à justifier la définition que Dieu a donnée de toi.
Femme inutile, qui gémis dans la pensée que tu as jusqu'à ce jour chargé la terre, comme un arbre sans fruit ; que tu en pourrais être enlevée sans y laisser plus de vide que ne fait dans Peau Tépée qu'on y plonge et qu'on en retire ; que tu as vécu jusqu'ici sans savoir d'où tu viens ni où tu vas — le voici découvert, ce vague objet après lequel tu soupirais sans le connaître. Voici pour toi une œuvre à laquelle tu te consacreras vivante, et dont tu pourras dire en mourant : « J'ai achevé l'œuvre « que tu m'as donnée à faire \ » Entre aujourd'hui même, selon ta position, dont les difficultés apparentes sont des ressources réelles , dans la vie à la fois si humble et si glorieuse , si douce et si dévouée , que Dieu te destinait au jour qu'il a dit : « Je lui ferai un aide semblable à lui, » et que Jésus-Christ t'a rendue , quand « il s'est donné « pour nous racheter , et pour faire de nous un « peuple qui lui appartienne et qui soit zélé pour « les bonnes œuvres! * »
Femme mondaine, qui as consumé tes plus belles années dans des soins iifkioceatSi je 1^ yeux, mais frivoles et indigner de toi, enivrant ^'enivrée, dé-
» Jean XVH, 4. — « Tite U, 14.
tournant au proiit de ton orgueil un empire que Dieu t'avait confié pour sa gloire et pour le bien de son peuple — voici, au lieu de cette existence brillante, mais qui brille comme un météore, retentissante, mais qui retentit comme un vaisseau vide, voici une vie glorieuse et pleine, où tu trouveras enfin, en te retrouvant toi-même, ce contentement que tu as, n'est-il pas vrai? demandé vainement au monde. Ole ton cœur à la vanité, pour le donner à la charité! Crois- moi, laisse là cette vie factice, qui supplante et abrège la véritable ; réserve pour ta maison le travail de tes jours, et le repos de tes nuits ; compte pour perdus les jours où tu n'as pas fait quelque bien ; jouis enfin du bonheur d'être femme — et tu connaîtras que lorsqu'on a été faite pour être à l'homme « un aide « semblable à lui, » il vaut mieux lui être utile que d'en être flattée, et le servir que de le fasciner!
Femme isolée, à qui Dieu, « qui ne rend pas « compte de tout ce qu'il fait, » a ravi, avec l'époux de ta jeunesse, l'attrait, le but, la vie de ta vie... mais toi plutôt, veuve d'un vivant, femme dé* laissée, que l'époux de ta jeunesse, après une courte joie donnée et reçue, abreuve d'amertume par sa froideur, si ce n'est paf soo infidélité, tendre plante qu'oii a arrachée de sa^erre comme pour la transporter dans une meilleure, mais qu'on a
jetée chemin faisant et abandonnée aux feux desséchants du soleil; toi, que le Seigneur a choisie dans sa Parole pour type de la plus ineffable douleur* — prends courage, ta consolation est trouvée. Si la douceur d'être aimée t'a été ravie, ne te laisse pas dépouiller du privilège d'aimer, d'aimer la première, d'aimer la dernière, d'aimer toujours, d'aimer quand même. Suis la trace de Jésus, qui a été méconnu comme tu l'es, jamais froid et in*justô^omme on l'est avec toi. Sois encore, pour cehiFiqui f(X0fense, «l'aide semblable à lui. » Bois jBans murfi^ure la coupe que sa main cruelle te tend chaque jour. N'oppose à son ingratitude qu'un redoublement ide soumission, de dévouement, de sacrifice. Tais-toi, humilie-toi... Va, ce cœur que
r .tu cherches te sera rendu , vaincu par ton amour !
' Mais, dùt-il persister jusqu'à 1^ fin dans son injus- * tîce, dût-il — ô souvenir d'horreur ! — achever son
♦ œuvre meurtrière en levant un jour sur toi' une main menaçante — succombe en bénissant encore — accomplis jusqu'au. bout ta mission de femme — compte sur le Dieu que tu aimes , et qui t'aime , p^ur te faire partager sa gloire avec sa croix!
Et toi, que j'hésite «nomnl^iC» n^^is que la charité ne me pemiet«as*de laissjec san» réponse, car j'entends ton cœuf qui fn'i^terrogBi femme tom-
* Es. LIV, 6, etc.
bée.... que nul « ne fasse de la peine à cette « femme * : » une pécheresse qui se repent, si ce spectacle n'est pas digne de vous, sachez qu'il est digne des auges I Pour moi^ si je pouvais mépriser ses larmes et dédaigner son repentir, je ne me croirais pas disciple de celui qui dit à la pécheresse pénitente : « Ta foi t'a sauvée, va-t'en en paix. » Ma sœur, ma pauvre sœur, oui, ceci est aussi pour toi ; ne te crois pas seule exclue de cet appel, garde- . toi de désespérer de toi-même. Ton cœur bçûl,e-t-il au dedans de toi d'accomplir ta missioir de fenme, de redevenir pour l'homme ce que Dieu t'a faite, « un aide semblable à lui? » Tu le peux, oui, tu le peux : nul ne le peut plus que toi, si nul n'a plus soif de grâce. Sais-tu que plusieurs de ces saintes femmes qui brillent au premier rang parmi les^ exemples de l'humanité sur la terre, et parmi les rachetés du Seigneur dans le ciel, une Rahab, une Marie-Magdeleine , une pécheresse pénitente^, ont commencé comme toi? eh bien, finis comme elles ! Humble entre les humbles, charitable entre les charitables, ne te souviens du passé qu'au profit de l'avenir! Ne permets à qui que ce soit de rap^ peler un temps qui n'est plus, que pour admirer dans ton changement et les con|pa8sions divines et la vocation deja femme! Et sur ta tête coupable,
« Matth. XXVI, IÇ— « Héb. XI, 31 ; l^uc VIII, 2 ; VU, 37.
mais foute couverte à mes yeux du sang de Jésus- Christ, que la bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit descende avec la mienne!
JMais nous, mes frères, témoins de ce nouveau baptême^de la femme, n^en aurons-nous recueilli qu'un vain spectacle? Il s'agit ici de nos intérêts, de nos intérêts les plus chers; mais il s'agit aussi de notre conscience. Si la femme doit h l'homme le secours dé « Taide sembiarble à lui, » Fhomme ne doit-il rien à la femme? Si la: femme a son influence sur nous, n'avons-nous pas notre influence sur elle? Cette tâche de reconnaissance et de réciprocité, coain)ent y avons-nous été fidèles? Je disais , dans mon premier discours , que le péché nous est venu de la femme^ hélasJ nous le lui avons rendu, rendu avtc attire. Quand la femme a mécpnnu sa mission, qui la lui a faiU oublier? Qaand la femme a été idolâtrée, qui Pavait mise sur un honteux piédestal? Quand la femme a été dégradée, dans le paganisme, dans la polygamie^ dans le dérèglement, qui Pavait abaissée? Enfin, si Ton vous donnait Cette question à résoudre : Lequel des deux a fait le plds de mal à l'autre , la femme à l'homme ou l'homme à la femme, quelle serait votre réponse? Question triste autant que difficile, à la place de laquelle je vous^en propose aujourd'hui une contraire : Qui des deux veut faire
SEGONB DISCOURS.
désormais àTautre le plus de bien? La voyez-vous qui y recueillie devant Dieu, cherche comment elle pourra être désormais pour nous un aide semblable à nous? Méditons y en sa faveur, un problème semblable, aux pieds du même Sauveur! Aassi bien les principes sont identiques, les applications seules varient. Humilité, charité, si nous les abandonnons à la femme, eh ! que nous restera-t-il à nous-mêmes? Humilité, charité , Jésus- Christ homme a-t-il donc été autre chose? Saintement jaloux l'un de Tautre, que l'humilité et la charité de la femme secondent Thomme, que l'humilité et la charité de Thomme secondent la femme, en attendant que sous un ciel plus pur et sur une terre régénérée, Thumilité et la charité des élus de Dieu, en qui toutes les différences d'ici-bas seront effacées, glorifient aux siècles des siècles ce Dieu Sauveur, doublement notre Père, qui nous créa dans un jour d'amour et qui nous sauva dans un jour de grâce !
ItM
LatarmiM:
Stanford Univwstty UbrariM
■iiHikiiiH