L. VIII
ne lui est applicable, s'il îgaore le délit dont elle s'est rendue coupable.
Le sort de la femme est tellement exposé aux abus de pouvoir, que la loi est oblig-ée de prévoir le cas où quelqu'un réclamerait faussement une personne libre comme étant son esclave î elle le condamne à 100 coups de bambou et à 5 ans de bannissement. S'il la réclame faussement comme étant sa femme ou sa fille, il est condamné à 90 coups et à deux ans et demi de bannissement. (1)
Si la femme était suffisamment protégée, de pareilles tentatives seraient impossibles, non plus que celles mentionnées dans l'article suivant : « Ceux qui attirent une femme pour la vendre en qualité de femme principale ou inférieure à quelqu'un qui l'adopte comme son enfant ou veut la faire adopter, sont punis de 100 coups et de trois ans de bannissement. Lorsque la femme qu'on veut enlever est blessée en résistant, son ravisseur est condamné à la strangulation ; si elle est tuée, à la décapitation. »
Dans le cas de consentement de la femme, ceux qui l'auraient vendue comme esclave sont punis de 100 coups et de trois ans de bannissement.
La femme qui se laisse volontairement acbe-
(1) Section 370.
ter, est punie d'un degré moindre que le vendeur. Ainsi, le législateur semble reconnaître qu'on n'a pas plus le droit d'abdiquer sa liberté que de s'ôter la vie.
La femme légitime d'un esclave ne peut être séparée de son mari.
Enfin, tout individu qui vend sa sœur ou ses nièces, ou sa femme inférieure, ou la femme principale de son fils, ou de son petit-fils, est puni de 80 coups et de deux ans de bannissement. (1)
Cette dernière classe témoigne de l'abus d'autorité auquel les femmes sont exposées.
Les esclaves ou serviteurs à gages, convaincus d'avoir eu des relations avec les femmes ou les filles de leurs maîtres, sont condamnés à être décapités ; si c'est avec les parentes au même degré, à être étranglés ; dans ces deux cas, la punition de la femme complice est moindre d'un degré. S'il s'agit de parents plus éloignés, le coupable reçoit 100 coups et est banni à perpétuité ; s'il enlève une de ces femmes, il est décapité. (2)
L'homme libre qui entretient les mêmes relations avec une esclave, sera puni d'un degré de moins.
Si les deux coupables sont esclaves, lisseront
(1) Troisième div., secU 78.
(2) Section m.
punis comme le seraient deux personnes libres.
C'est surtout parmi les filles d'esclaves qu'on recrute les courtisanes et les actrices. Elles sont élevées dans l'art de plaire, dans les exercices qui ajoutent de la grâce à leur sexe dans la musique, dans le chant, dans la danse, etc., etc. Nées de parents esclaves ou réduites ellesmêmes à l'esclavage par la condamnation de leurs pères, elles sont achetées pour être ensuite revendues. (1)
Un commentateur du Livre des récompenses et des peines défend au maître et à ses enfants de battre et d'accabler de travaux les servantes et les esclaves. A ce sujet, il raconte qu'un homme ayant maltraité un jeune esclave jusqu'à le faire mourir, et étant mort à son tour, cet esclave le saisit dans l'autre monde et lui fît subir des tortures. Revenu sur terre, et se ressentant encore de ce mal, il en raconta la cause à sa femme qui lui dit :
« Comment, ce petit esclave a eu cette audace? » — Œ Sur la terre, dit-il, il y a des maîtres et des esclaves, mais dans l'autre monde tous les hommes sont égaux. »
Les moralistes de tous les temps et de tous les pays ont eu plus ou moins l'idée de l'égalité naturelle des hommes entre eux, mais la croyant impossible ici-bas, ils en ont envoyé la réalisation dans une autre vie.
(1) Grosler, Histoire de la Chine ^ liv. 1, XI, chap. 1.
Les relations illégitimes entre les personnes libres empruntent leur culpabilité aux circonstances dans lesquelles elles se sont faites ; ainsi, quiconque pendant le temps légal du deuil d'un père, d'une mère ou d'un mari, ou qui ayant reçu les ordres sacrés comme bonze ou bonzesse, contracte une liaison criminelle, subit une peine plus forte de deux degrés que dans les cas ordinaires entre égaux ; le complice subit la peine du degré ordinaire. (1)
La séduction sur une jeune fille est punie à régal du rapt. En cas de consentement mutuel, les deux jeunes gens sont réputés également coupables, et si un enfant naît de ce commerce, il sera nourri et élevé aux frais du père ; la mère sera vendue en mariage ou épousera son complice, si ce dernier y consent.
Cependant toute liaison criminelle ne doit être poursuivie -qu'autant qu'elle est constatée par le flagrant délit ou la grossesse. (2)
Le commerce criminel entre parents plus éloignés que le quatrième degré est puni de 100 coups ; s'il est la suite d'un rapt, le ravisseur est condamné à la décapitation.
Les rapports entre parents du quatrième degré, avec une femme ou une fille du premier mari, ou avec les filles d'une même mère, mais
(1) Section 872.
(2) Section 366.
176 LA FEMME EN CHtNE.
de différents pères, sont punis de 100 coups et de trois années de bannissement. En cas de rapt ils sont punis comme ci-dessus.
La peine de la décapitation est ég'alement applicable aux relations avec la femme inférieure d'un père ou d'un frère, avec la femme d*un grandpère, ou avec la sœur d*un père, ou avec la femme d'un fils ou d'un petit-fils. (1)
Ainsi la loi poursuit aussi rigoureusement, comme relations illégitimes, ce qu'elle poursuit comme incestes danâles mariages.
Nous avons déji signalé l'injuste solidarité établie entre un coupable et sa famille, à l'occasion de complots. Lorsque le complot a seulement pour but de trahir les secrets d'Etat, ou d'obtenir de grandes faveurs, la peine de mort infligée au coupable, est aggravée par le bannissement de ses femmes et de ses enfants.
Dans les statuts supplémentaires de la 254** section, relative aux délits de haute trahison, il est dit que tous ceux qui seront bannis comme parents par le sang ou par le mariage des personnes condamnées, seront accompagnés de leurs femmes. Si les maris de celles-ci venaient à mourir avant Texécution du coupable principal, elles seraient affranchies du bannissement. Cette dernière clause fait supposer que, dans le premier cas, le bannissera'ent est plutôt une faveur qu'une punition.
(t) Section 359.
Les femmes et les filles des déserteurs, sans ôtrc; réduites à Tesclavag'e, sont cependant retenues dans les villes où leurs maris ou leurs pères sont en gfarnison. Les officiers ou soldats qui les aideraient à s'évader seraient condamnés à 100 coups et au bannissement. Les particuliers seraient punis un peu moins sévèrement. Même peine pour ceux qui, connaissant le projet d'évasion, les laisseraient passer par leur porte. •
Pour les délits autres que celui de la désertion et dont les coupables sont parvenus h s'enfuir, ceux qui favorisent l'évasion de leurs femmes sont condamnés à 80 coups, (1) en sorte que, dans ces différents cas, les femmes et les filles servent de caution pour oblig'er les coupables à se livrer aux jugées. •
Rien, dans la morale de Koung'-Tseu et de ses disciples, n'autorisait le législateur à établir une solidarité criminelle entre parents. Cependant les Chinois regardent comme une maxime traditionnelle que tous ceux qui sont alliés avec des personnes coupables des plus grands délits, sont réputés avoir un degré inhérent de culpa. bilité. La culpabilité se transmettrait ainsi par le sang et par le mariage.
Les femmes condamnées au bannissement temporaire ou perpétuel, peuvent se racheter
(1) Première div., sect. 20.
par une amende, tout en subissant la peine de 100 coups de bambou. Cependant, si Ton ^^en rapporte au tableau des amendes correspondantes aux dififérents nombres des coups inâigeables aux condamnés, ces femmes doivent pouvoir se racheter de ce surcroît de peines.
Une chose singulière est celle qui permet aux grands-pères et grand'mèreè maternels, à leurs enfants, aux beaux-pères et belles-mères, aux beaux-fils et belles-filles, aux femmes despetitsfils, aux femmes des frères, de s'aider à cacher leurs délits sans crainte de poursuites. (1)
Il faut sans doute que la notoriété du délit n'arrive que longtemps après sa perpétration, pour ne pas tomber sous le coup de la loi, autrement rimpunité serait un encouragement à la récidive. .
A côté de ces bizarreries légales, se trouvent des articles dictés par un véritable sentiment d'humanité. Ainsi, les femmes ne sont mises en prison que pour les délits capitaux, ou dan» le cas d'adultère. Dans tous les autres cas, si elles sont mariées, elles restent sous la garde de leurs maris, à moins qu'ils ne soient leurs complices. Si elles sont filles ou veuves, elles .sont gardées par leurs plus proches parents ou leurs voisins, qui les conduisent devant les tribunaux.
(1) Première div,, sect. 32.
Si la femme condamnée h une punition corporelle ou à la torture est enceinte, elle est placée sous la garde et la responsabilité des mêmes personnes, et ne subit de châtiment que 100 jours après la délivrance. Des peines sévères attendent les magistrats qui causeraient la mort de l'enfant ou delà femme, en contrevenant à cette loi, fut-ce même par erreur. (1)
Le code pénal porte encore que, dans la classe des privilégiés, la mère ou lagrand'mère paternelle, la femme d'un officier du gouvernement, coupables d'un délit contre les lois, ne peuvent être condamnées à aucune peine sans un décret de Tempereur, excepté dans le cas de trahison, de révolte, de rapt, de vol ou de meurtre, c'està-dire dans le cas de crime ordinaire. Il ne s'agit donc que d'un simple délit, à l'occasion duquel l'empereur peut exercer son indulgence.
Nous avons vu Koung-Tseu et son disciple Meug-Tseu, consacrer par leurs préceptes, la condition subordonnée de la femme eu Chine; ils n'étaient que les échos de l'opinion générale. Les moralistes et les législateurs qui les suivirent ont plutôt aggravé qu'adouci cette condition, comme l'attestent certaines maximes de l'auteur et des commentateurs du Livre de^s ré^ compenses et des peines.
Sur ce texte : « Ecouter les paroles de sa
(i) Sixième dit., Secti ^0 "^«^ »av
femme ou de sa concubine » le commentateur dit que, parmi les femmes, il s'en trouve peu qui se disting'uent par leur prudence et leur sagesse, et beaucoup, au contraire, qui ont des inclinations vicieuses, des vues communes et une intelligence bornée.
Si la femme en Chine est telle qu'il la dépeint, il faut en accuser non pas la nature de son sexe, mais bien les mœurs et les lois qui les laissent sans instruction et à la merci de la tyrannie intérieure. Le commentateur semble en convenir, en disant que si le mari est peu éclairéjtou il craint ses emportements et n'ose la contredire, ou il l'aime jusqu'à la folie, et lui obéit au premier mot. Quelquefois une prédilection pour un enfant, ou une sévérité trop grande envers une domestique, portera la femme à manquer à ses devoirs ; mais, suivant lui, cela arrive presque toujours par la faute du mari.
Un fait remarquable et important à- signaler, c'est que les femmes elles-mêmes ont eu de leur sexe une opinion peu favorable. La célèbre Pan- IToei-Pan, qui vivait sous l'empereur Ho-Ti, a renchéri sur les moralistes. La position honorable et exceptionnelle dont elle jouissait par rapport à celle des autres femmes, aurait dû, ce semble, lui ouvrir les yeux sur l'humiliante condition de son sexe en Chine, et lui inspirer 1 e désir de la relever ; loin de là, elle écrivit un
ouvrage où elle détermine les devoirs de la femme conformément aux préjugés reçus. Il est divisé en sept articles.
L'article est intitulé: L*état de la femme est un état d* abjection et de faiblesse. On y lit :
* Nous tenons le dernier rang dan? l'espèce humaine, où les fonctions les moins relevées doivent être et sont, en effet, notre partage.... Anciennement, lorsqu'une fille venait au monde, on était trois jours entiers sans daigner presque penser à elle ; on la couchait à terre sur quelques vieux lambeaux près du lit de la mère ; le troisième jour on visitait l'accouchée, et l'on commençaità prendre soin delà petite fille, puis on se rendait dans la salle des ancêtres. »
Ainsi, pas un mot de compassion ; cette femme accepte comme naturelle et méritée la dégradation de son sexe, et ne croit pas devoir faire mieux que d'engager toutes les femmes à s'y résigner.
« Si les jeunes, dit-elle, se croient telles qu'elles sont en effet, elles ne s'enorgueilleront pas, elles se tiendront humblement à la place qui leur été assignée par la nature, elles sauront que leur état étant un état de faiblesse, elles ne peuvent rien sans le secours d'au trui. Dans cette persuasion, elles rempliront exactement leurs devoirs, et ne trouveront rien de pénible dans ce qu'on exigera d'elles. »
L'article 2 est consacré aux deroirs généraux des femmes mariées :
« Quand la jeune fille a atteint Tâge convenable, on la livre à une famille étrangère. Dans ce nouvel état, elle a de nouveaux devoirs à remplir, et ces devoirs ne consistent pas seulement à faire tout ce qu'on exige d'elle, mais à prévenir tout ce qu'on serait en droit d'en exiger. »
Que pourrait-on demander de plus à une esclave ? et c'est une femme dont l'esprit a été cultivé qui s'exprime ainsi.
L'article 3 roule sur le respect sans borne de la femme envers son mari, et l'attention continuelle qu'elle doit porter sur elle-même.
« Vous qu'on doit regarder comme une souris, voulez-vous ne point devenir tigresse ? conservez constamment la timidité qui vous est naturelle. Si de la maison paternelle vous avez passé dans celle d'un époux, quoi que ce soit qui puisse vous arriver, dans quelque situation que vous puissiez être, ne vous relâchez jamais sur la pratique des deux vertus qui doivent être votre plus brillante parure : « Un respect sans borne pour celui dont vous portez le nom, et une attention continuelle sur vous-même. »
Dans l'article 4, elle s'occupe dés qualités qui rendent une femme aimable, savoir : la vertu, la parole, la figure et les actions. La vertu chez la femme doit être solide, entière, constante, à l'abri de tout soupçon, n'avoir rien de farouche,
LA FEMME KN OHINB. 183
rien de rude, rien de rebutant, rien de puéril ni de trop minutieux ; elle a des paroles honnêtes, douces, mesurées ; elle n'est ni taciturne, ni babillarde, et ne dit rien de trivial et de bas. Œ On n'aime pas, dit-elle, qu'une femme cite à tout moment Thistoire, les livres sacrés, les ouvragées de littérature, mais on l'estimera si, sachant qu'elle est savante, on ne lui entend tenir que des propos ordinaires. »
Ainsi, le plus grand mérite de la femme est de se placer uniquement dans la solitude et le silence.
Voici cependant un passage remarquable par l'extrême délicatesse des détails :
« Une femme est toujours assez belle aux yeux de son mari, quand elle a constamment de la douceur dans le regard et dans le son de sa voix, de la propreté sur sa personne et sur ses vêtements, du choix et de l'arrangement dans sa parure, de la modestie dans ses discours et dans son maintien. »
L'article 5 concerne l'attachement de la femme pour son mari.
« Quand une fille passe de la maison paternelle dans celle de son mari, elle perd tout, jusqu'à son nom. C'est vers son époux que désormais tendront toutes ses vues. C'est uniquement à lui qu'elle cherchera à plaire . Vif ou mort elle lui doit son cœur. »
L es mœurs chinoises n'ont point Varié à cet
égard ; de tout temps la femme, fut-elle veuve très jeune encore, n'a pu sans déshonnneur contracter de nouveaux liens:
« Une femme obéissante à son mari n'a pas fait la moitié de sa tâche : une obéissance absolue tant envers lui qu'envers son beau-père et sa belle-mère peut seule mettre à couvert de tout reproche une femme qui remplira, d'ailleurs, toutes les obligations; « la femme, dit un proverbe, doit être dans la maison comme une pure ombre et un simple écho. »
Dans l'article 7 elle dit : a le moyen pour une femme de se concilier l'estime de son beau-père et de sa belle-mère, de ses beaux-frères et belles-sœurs, c'est de no les contrarier jamais et de souffrir patiemment d'être contrariée; qu'elle ne réponde jamais avec des paroles dures ou piquantes et ne se plaigne jamais d'eux h son mari. ■»
Une telle résignation touche à l'abrutissement.
On comprend que cet ouvrage ait été bien accueilli de la cour et des mandarins, car il consacrait par la bouche même d'une femme l'état d'abjection et de servitude oxx les mœurs plus que les lois condamnaient son sexe. Le président des lettres, Ma-Young, en fit une copie do sa main et ordonna à sa femme de l'apprendre par cœur. C'était un mari prévoyant.
On lit dans Tépitaphe écrite sur le tombeau de Pan-hoei-Pan :
« Jouissant de tous les honneurs qu'on accorde au talent et au vrai mérite quand ils sont reconnus, estimée des gens de lettres dont elle était Toracle; respectée des personnes de son sexe, auxquelles néanmoins elle n'avait pas craint de dire les plus dures vérités, elle vécut jusqu'à une extrême vieillesse dans le sein du travail et de la vertu, toujours en paix avec elle-même et avec les autres. »
On peut le croire sans peine : qui donc parmi les hommes, aurait pu lui en vouloir de reconnaître leur suprématie mieux qu'ils ne l'eussent fait eux-mêmes? Aussi l'empereur fit-il rendre les honneurs funèbres avec une magnificence extraordinaire.
Rien ne peut faire mieux juger de l'opinion générale des Chinois sur la femme, que les sentences qui circulent chez eux à son sujet: en voici quelques-unes ;
a L'esprit des femmes est de vif-argent, et leur cœur est de cire. »
On pourrait interpréter cette sentence d une manière favorable èi la nature de la femme, en disant qu'elle a l'intelligence prompte et le cœur tendre, mais telle n'est pas l'opinion des Chinois.
« La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent h leurs pieds. »
186 lA FBMME RN CHINE.
C'est une allusion à la déplorable coutume des femmes en Chine de-recourber les doigi»
de leurs pieds de manière qu'elles ont l'air de marcher sur deux moig-nons.
c Mauvais mari est quelquefois bon père, mauvaise épouse n'est jamais bonne mère.
« Il faut qu'un mari soit bien sot pour craindre sa femme, mais une femme est cent mille fois plus sotte encore de ne pas craindre son mari.
« On demande quatre choses à une femme :
que la vertu habite son cœur, que la modestie brille sur son front, que la douceur coule de ses lèvres et que le travail occupe ses mains. »
« Cultiver la vertu est la science des hommes, renoncer à la science est la vertu des femmes.
« Le silence et la rougeur sont l'éloquence de la femme ; la pudeur est son courage.
« Une femme ne loue jamais sans médire.
€ La langue des femmes est leur épée, elles ne la laissent jamais rouiller.
--«^ Il faut écouter sa femme et ne pas la croire. ^ € La mère la plus heureuse en filles est celle qui n'a que des garçons. »
Cependant quelques moralistes ont donné des conseils de déférence et de respect envers les femmes, et signalé, dans l'éducation des filles, le moyen d'en faire plus tard de bonnes épouses et de bonnes mères : mais leurs conseils sont • dçmeurés lettres mortes, les Chinois n'ont mal-
heureusement pas plus varié sur ce sujet que sur d'autres.
Un des missionnaires, M. Hue (1) raconte une conversation qu'il eut avec un Chinois, ,et qui résume en quelques- mots la triste opinion qu'on professe en Chine, de nos jours, sur les femmes ; le Chinois lui disait : « Je vous ai souvent ouï dire qu'on se faisait chrétien pour sauver son âme, est-ce bien cela? — Oui, c'est le but qu'on se propose. — Et alofs, pourquoi les femmes se font-elles chrétiennes ? — Pour sauver leur âme comme les hommes. — Mais elles n'ont pas d'âme ! s'écria-t-il ; vous ne pouvez pas en faire des chrétiennes! » Et il ajouta: « Quand je serai de retour dans ma famille, je dirai à ma femme qu'elle a une âme; elle en sera peut-être bien étonnée. »
M. Hue trouve cette opinion étrange et particulière aux Chinois, oubliant qu'un grave concile du moyen âge posa sérieusement la question de savoir si la femme avait une âme. Il n'est pas jusqu'au respect et aux soins inspirés par la piété filiale, cette première religion des Chinois, 011 l'on ne retrouve une fâcheuse distinction entre les deux sexes. Le Li-king dit que Ton doit avoir le même amour pour son père et sa mère, mais que la mère n'y tient que le deuxième rang, parce que, suivant lui, le ciel n'a
(1) L'Empire chinois, t. !•', chap. 6.
pas deux soleils, la terre deux empereurs, le royaume deux princes, la famille deux maîtres ; aussi ne porte-t-on le deuil de la mère que pendant un an. Koung-tseu» plus juste» porta trois ans celui de sa mère, et donna ainsi le double exemple de Tamour filial qui ne distingue point les sexes, et d'une déférence pour les femmes dont les Chinois se sont trop écartés.
Kang-hi, empereur tartare, contemporain de Louis XIV, fut un modèle parfait de respect filial pour sa mère. Il rapporte lui-même que, pendant plus de cinquante ans, il la visitait deux et trois fois par jour et s'entretenait avec elle. Lorsqu'il était en voyage, il lui envoyait souvent des estafettes pour la saluer et lui porter une lettre ; ces envois, ajoute-t-il, n'étaient ni à jour marqué, ni en nombre déterminé... « Celui qui assigne des jours pour de tels devoirs, de telles visites, et en fixe le nombre, ne mérite pas le titre de fils respectueux... Tenir compagnie h sa mère, lui rendre des devoirs soir et matin, ce n'est pas seulement un devoir de l'empereur, mais une loi établie pour tous les particuliers. La tendresse réciproque des enfants et des mères est un don que nous tenons du ciel. La différence de rang ne dispense pas de cette obligation imposée par la nature. »
^ Si cet empereur avait eu pour les femmes en général la moitié du respect qu'il témoignait pour sa mère en particulier, il aurait trouvé
dans son cœur des lois favorables à leur condition sociale ; mais, à ses yeux, comme aux yeux de ses prédécesseurs les plus sages, la femme en Chine n'a réellement mérité d'hommages qu'à titre de mère, et encore fallait-il qu'elle eût un fils ; ou à titre de vierge perpétuellement vouée au célibat, et dans ce cas on érigeait un monument h sa mémoire pour la récompenser du mérite d'avoir pu résister aux lois de la nature.
Sous ces divers rapports, les Chinois n'ont point changé ; les] récits des voyageurs modernes s'accordent avec les traditions les plus anciennes, et nous démontrent que les idées, les coutumes et les lois concernant les femmes, sont restées les mêmes, et que leur condition s'est encore aggravée h la suite des relations étrangères. L'introduction d'usages nouveaux, h la suite de l'invasion des Tartares, qui ont toutefois respecté les lois fondamentales, et plus récemment, les voyageurs européens qui ont voulu pénétrer dans les villes pour y porter leur industrie, et dans les familles pour opérer des conversions au christianisme, tout cela a rendu les Chinois plus ombrageux, plus tyranniques envers les femmes.
Ajoutons que l'usage de l'opium introduit en Chine, rendant l'homme encore plus brutal et plus paresseux que ne le fait l'abus des bois-
sons alcooliques, contribue à engendrer de trèsmauvais ménages.
Il est impossible d'entrevoir l'époque où le sort de la femme en Chine sera amélioré, trop de causes retarderont cette éventualité : la première est la polygamie, cette plaie sociale de rOrient, qui réduit le plus grand nombre de femmes à une perpétuelle servitude. La polygamie disparue, resterait encore l'éducation, la liberté de profession, une protection efficace de la loi, toutes choses incompatibles avec les mœurs et les traditions de la Chine, et dont la réalisation ne pourra sortir que d*une transformation sociale éclose sous l'influence des idées européennes.