‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 10 sur 35 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

L'objet de la crise, la Femme

S 1. — Ses particularités physiques et physiologiques

Les différences qui séparent la femme de l'homme portent sur tout son être physique et moral.

Les dissemblances sont nombreuses et variées, C'est un fait facile à constater que la femme est généralement plus petite que son époux ; il a été calculé que sa taille moyenne est inférieure de 8 à 12 centimètres à celle de ce dernier. Il en résulte évidemment une infériorité de poids correspondante. Mais, même pour ce poids, il v à des particularités ; c'est ainsi que le squelette de la femme est, au poids total du corps, 8,5 pour 100,au lieu que, pour l'homme, le chiffre est

GE

de10,5 pour 100 (1). Cela indique une ossature mterne moins solide, une charpente moins résistante qui, du reste, est complétée par un système musculaire également moins vigoureux que chez l'homme. Au contraire, la femme jouit d'un système adipeux plus développé et cela lui vaut la rondeur de ses formes et la douceur de ses lignes. On peut remarquer encore que son cœur est plus petit que celui de l'homme, en moyenne 240 grammes au lieu de 300 ; qu'elle a un tempérament excessivement nerveux ; qu'au point de vue physiologique, elle a une température plus basse et une faim moindre (2) que l'homme.

Il y a un organe sur lequel ont particulièrement porté les comparaisons entre les deux sexes, c'est le cerveau. La crâniologie en est encore aux tâtonnements du début et les affirmations des divers savants sont assez contradictoires. Pourtant, il y a quelques points déjà acquis et ils sont Justement relatifs aux caractères particuliers du cerveau de chaque sexe.

On a constaté qu'à âge et poids égaux, le cerveau de la femme présentait, dans toutes les races et sous toutes les latitudes, des différences très nettes avec celui de l’homme. D'abord, au point de vue du poids : 1.100 à 1.300 grammes au lieu de 1.200 à 1.400 gram-

(1) H. DE VariGNy. Physiologie de la Femme. Grande Encyelo-

pédie, t. XVII, p. 145.

(2) Fouizzée. Psychologie des Sexes. Revue des Deur-Mondes, 15 septembre 1893.

Foot

mes. Puis en ce qui concerne le rapport existant entre le poids du cerveau et celui du corps total, rapport qui est de un quarante-quatrième au lieu de un quarantième (1). De même, au point de vue du développemen tdes divers lobes cérébraux, au point de vue de la direction générale et de l'importance des circonvolutions, etc. En un mot, le cerveau de la femme est physiquement différent de celui de l'homme. Cette vérité est admise sans presque aucune contestation.

Tant que l’on se borne à l'énoncer sous cette forme, l'accord est à peu près complet. Il en est tout autrement quand on passe à son interprétation et quand on cherche à découvrir la signification psychologique des particularités physiques offertes par les crânes féminins.

Plusieurs anthropologistes ont voulu, en effet, se baser sur les infériorités de poids, de volume et de densité qu'ils ont découvertes, pour affirmer une infériorité correspondante dans le domaine intellectuel.

Aussitôt, les contradictions se sont élevées, contradictions venant des femmes ainsi attaquées et aussi d’autres savants moins audacieux. On a fait remarquer qu'il était vraiment outré de vouloir peser et mesurer l'immatériel, de vouloir apprécier les âmes à la livre. On a rappelé que Voltaire avait un des plus

(1) H. pe VARIGNY, op. cit.

petits crânes connus ; que Gambetta et Lamennais n'étaient guère plus favorisés à cet égard (1) ; et que, pourtant, personne ne songe à placer ces fortes têtes dans la catégorie des pauvres d'esprit. L'argument parait assez concluant.

Contentons-nous de retenir que le cerveau féminin est différent de celui de l'homme. Bornons-nous à constater ce fait que la science nous démontre : la femme est différente de l'homme jusque dans son cerveau. Celte constatalion pure et simple est par elle- .même suffisamment importante pour que l'on se dispense d'émettre à son sujet de mulliples hypothèses fragiles et des plus critiquables.

$ 2. — Ses parlicularilés psychologiques.

Si les organismes féminin et masculin sont aussi profondément dissemblables lun de l'autre, il est probable qu'une pareille dissemblance se retrouve en ce qui concerne l'esprit qui se développe en chacun d'eux. En fait, c'est ce que l’on constate.

Il est une première facon par laquelle le sexe féminin se singularise, c'est par sa « sensibililé affeclive. (2) »

} TURGEON. Le féminisme Français, t. 1, p. 131, } T'URGEON, Op. cit., t. I, p. 153.

La femme a un système nerveux très-impressionnable : sa sensibilité est affinée et aiguisée ; les impressions qu'elle reçoit sont ressenties avec une intensité particulière. Ses douleurs et ses joies, ses dégoûts et ses désirs ont une prise sur toul son être, prennent la part la plus large de son existence. Sa vie est essenliellement faite d'émotions.

Il en résulte, pour elle, une façon spéciale d’envisager les choses. Elie les considère plutôt au point de vue de cette sensibilité, de l'émotion qu'elles procurent, de l'impression qu'elles font sur les nerfs et sur le « cœur », qu'au point de vue de la raison froide et du jugement purement abstrait et impartial. Elle préfère senlir que raisonner.

Elle cherche donc son bonheur dans les sujets les mieux en rapport avec ses goûts d'émotion. Elle cherche les impressions, les états d'âme où sa sensibilité se trouve le plus affectée. Il n'est même pas indispensable que la sensation soit absolument agréable ; elle recherche souvent des impressions qui sont pour elle une véritable souffrance. Mais elle préfère encore donner à ses nerfs une pâlure trop forte que de les laisser en‘abandon. Que de femmes qu adorent avoir peur, éprouver une sensation d'horreur, ete !...

Or, il est une source particuhèrement abondante d'émotion, c'est l'amour. Là, on rencontre des émotions d'une infinie variété, d'une intensité sans pareille. Joies et douleurs y acquièrent une force spéciale. On y trouve le maximum de bonheur et de souffrance.

Page 1