penser qu'elle éviterait de s'embarrasser de ces pe
tits êtres encombrants et qu'elle considèrerait la ma-, lernité comme une infirmité des plus gênantes (1). Le féminisme ne paraît guère propre à arrêter la dépopulation de notre pays.
Enfin, à force d'exaspérer chez la femme le sentiment de l'indépendance, de la dignité, etc... on arrive à fausser complètement ses idées ; on finit par la détourner tout à fait du mariage et par lui faire prendre goût pour le célibat. Une de ces fières personnes écrivait à M. Hugues Leroux : « J'ai vingt-huit ans. Je ne suis pas mariée, je n'ai pas voulu l'être. Je m'aperçois qu'un peu d'argent, un peu de culture, la passion de la musique, le goût du voyage, la certitude que les hommes ne sont pas une humanité supérieure ni les femmes une humanité inférieure, forment comme la chaîne d’un paratonnerre qui met à l’abri d'un coup de foudre (2). » Les vieux célibataires du sexe mâle sont déjà assez peu intéressants ; que dire de ces vieilles filles endurcies ?
Du reste, toutes n'ont pas le caractère tranquille et l'indifférence heureuse de celle qui faisait ses con-
(1) Une caricature de Daumier montre deux de ces femmes nouvelles toisant avec mépris une jeune femme « vieux-genre » qui fait sauter sa fillette sur ses genoux — avec cette légende : « Qu'il y a encore en France des êtres simples et arriérés ! » cité par Paul Gaultier, Le Rire et la Caricature.
(2) Hugues Leroux, Nos Filles, le Figaro du ? octobre 1597, cité par TURGEON, op. cit., t, II, p. 78.
fidences à M. H. Leroux. La plupart du temps, le célibat s'accompagne, chez ces dames, d’une certaine aversion plus ou moins aveugle pour tout ce qui est homme. L'homme est cause de l’abaissement de la femme ; maintenant que celle-ci veut se relever, il fait tout son possible pour l'en empêcher. Elles ne peuvent le lui pardonner. Elles ne veulent pas d'une attitude seulement indifférente. Il leur faut le ton agressif, l'allure violente. L'entente entre les sexes a produit l’assujettissement de la femme. C'est l'entente qui a permis à l’homme de dominer sa compagne. Il faut détruire cette entente. Il faut que les sexes reprennent chacun sa liberté. On a créé entre eux un antagonisme croissant : le féminisme est devenu belliqueux. Le mouvement a pris une tournure révolutionnaire. Entre les deux sexes, des bruits de guerre se font entendre sourdement. On croit approcher de ce temps où, d'après Vigny,
os Se jetant de loin un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté (1)
Dans le féminisme, on peut donc distinguer deux courants. L'un tend à améliorer la femme dans son rôie actuel, autrement dit, à perfeclionner le type de femme que nous connaissons. Ses réclamations ont
{) Vicxy, Lu colère de Samson, 6° strophe.