‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 27 sur 35 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Rapprochementet combinaison des deux crises

[est un point par lequel les deux crises que nous venons d'étudier attirent tout de suite l'attention : chacune d'elles concerne particulièrement un des deux sexes de notre pays. Le féminisme est un malaise dont souffre le sexe faible ; le fonchionnarisme est un mal spécial au sexe masculin. Aussitôt, une idée vient

à l'esprit : ces deux maux ne sont-ils pas analogues ?

Ne procèdent-ils pas du même principe ? Le premier n'est-il pas à la femme ce que Justement le second est à l’homme ?

A priort, il paraît bien improbable qu'un sexe soit alleint d'un mal et que l'autre en soit complètement indemne. Le sexe féminin est poussé à sortir de son cadre habituel. Est-ce qu'à côté de lui, le sexe masculin reste, au contraire ,parfaitement à sa place ? Est-ce que, par extraordinaire, c'est une particularité exclusivement féminine, à ajouter à celles que nous avons énumérées, que celle tendance à sorlir de son sexe ? Il est permis de se méfier, à cet égard. L'His-

loire nous donne d'assez bonnes raisons pour douter.

Elle nous montre que le sexe masculin n'est pas toutà-lait exempt d’une tendance de ce genre. Elle nous cite d'assez nombreux exemples en ce sens.

Est-ce que le fonctionnarisme ne serait pas une nouvelle manifestation de cette tendance ? Le féminisme, avons-nous vu, est un mouvement qui porte la femme vers l’activité virile : le fonctionnarisme, c’est, au contraire, un mouvement qui porte l'homme vers les emplois publics, c'est-à-dire, nous le savons, vers une existence d'intensité réduite. L'analogie existant entre les deux crises est assez troublante. La question vaut au moins la peine d'être examinée plus sérieusement. Nous allons essayer de procéder à cet examen. Pour cela, commençons par bien établir la position naturelle de chaque sexe. Nous verrons ensuite plus facilement les empiètements dont chacun d'eux a pu se rendre coupable.

S 1. — Spécialisation naturelle de chaque sexe.

L'homme actuel vit toujours en société. IT est toujours associé à un certain nombre de ses semblables. Il fait toujours partie d'une agglomération quelconque, qu'on appelle celle-ci nation, tribu ou bande. Les explorations du dernier siècle nous ont fait connaître des hommes vivant d’une existence des plus prinntives, perdus aux plus lointaines profondeurs des continents et doués d'une intelligence des plus rudimentaires. Toujours, pourtant, ces individus ont

été trouvés unis en groupements plus ou moins importants. Toujours, ces hommes correspondaient à la définition d’Aristote « L'homme est un animal sociable. »

En s’unissant ainsi pour vivre ensemble, les hommes ne se sont pas simplement juxtaposés. L'existence de chacun des associés ne pouvait pas rester indépendante de celle des autres. Dans les groupements, les individus ont procédé à une certaine répartition des tâches, chacun d'eux exerçant son activité dans une direction spéciale et se chargeant de pourvoir à Ja satisfaction de besoins particuliers. C'est l’origine de la division des professions, division rudimentaire, au début, et de plus en plus accentuée avec le temps. Dans la horde primitive, on voit à peine une différence d'occupation entre l'homme et la femme, entre les jeunes gens et les vicillards. Peu à peu, les membres du groupe se spécialisent davantage. L'un, adroit de ses mains, se consacrera à la fabrication des armes, l’autre préparera la nourriture, l’autre chassera, etc.

Aujourd'hui, cetle spécialisation a atteint un degré extraordinaire. Elle a envahi tous les domaines. I se crée tous les jours des professions nouvelles, détachées d’une profession devenue trop étendue. Le domaine intellectuel Tui-même présente ce phénomène : on trouve aujourd'hui des poètes, des romanciers, des auteurs dramatiques, des chansonniers, des nouvellistes, etc... En tenant compte de tout, il serait

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presque impossible de dresser une liste complète de toutes les professions. Les lois de patentes, qui essaient de frapper distinctement et différemment chaque métier, comprennent des tableaux d'une longueur considérable, et pourtant tout-à-fait incomplets. En outre, chacune de ces innombrables professions se décompose, à son tour, en une série d'opérations disünctes, en nombre encore plus considérable. On arrive ainsi à un total prodigieux d'occupations dissemblables, avant toutes un but commun : la satisfaction des besoins matériels et immatériels de lhomme.

Cette association des individus et cette répartition des tâches entre tous les associés ont eu les conséquences les plus heureuses. Grâce à cette union, les individus sont parvenus à se procurer un bien-être inoui, à satisfaire une multitude toujours croissante de besoins et à ne considérer aucun de leurs désirs comme absolument irréalisable. C'est à cette coopéralion que l’homme doit sa puissance actuelle, la dominalion qu'il exerce sur son milieu et la subordination de plus en plus étroite dans laquelle 11 place la planète tout entière à son égard. Au point de vue moral, c'est cette organisation sociale qui a permis aux hommes d'élite, en les délivrant des préoccupations matérielles, de développer si merveilleusement leurs facultés mentales et de laisser à l'admiration de la postérité le fruit de leur pensée librement épanouie. Certains vont jusqu'à faire découler de cette associa-

tion l'intelligence elle-même, l'âme humaine. « L'âme est fille de la cité » a dit M. Jean Izoulet (1). On a fait de la division du travail social le fondement de tout le progrès de l'Humanité, la base de toute notre civilisation.

La nature nous fournit, pour cela, certaines facilités. Elle a mis en nous des, aptitudes très-variées que, grâce à l'habitude, nous pouvons développer fortement. Il est bien peu de personnes auxquelles il soit impossible d'acquérir, au moins sur un point, une certaine supériorité sur les autres individus. C'est justement cette supériorité qui, laissée en abandon, dans une civilisation d'ordre inférieur, est utilisée et accentuée, pour le plus grand avantage de tous, dans : une organisation rationnelle.

C'est la loi dite de variabilité des particularités individuelles. Il en est une autre qui vient la compléter, c’est la loi d'hérédité (2). Grâce à celle-ci, le germe des aptitudes personnelles créées par la première est conservé el transmis, plus où moins partiellement, aux descendants et sert de base à de nouvelles variations. Les enfants le recueillent de leurs parents, bénéficient ainsi de l'effort antérieurement fourni et trouvent en eux-mêmes de véritables prédis-

positions à un cerlain genre d'occupations. Bien des

) Jean Izourer, La Cité moderne, ) Darwin, cité par ÜrEssON, Cours de philosophie, 30° lecon, Ï

qualités, d'abord acquises péniblement, finissent, à lravers les générations, par devenir innées el, par conséquent, infiniment plus fortes qu'à l'origine. On peut aboutir ainsi à une ébauche de spécialisation naturelle d'autant plus précieuse qu'elle est devenue inconsciente. On cite souvent, dans cet ordre d'idées, le cas du marin dont les ancêtres ont, pendant des siècles, vécu sur l'eau, mousses, matelots ou patrons, se transmettant de père en fils l'unique gagne-pain. Le descendant de ces aïeux subit fatalement l'influence de ce passé. Alors même que, par suite de circonstances, al serait transplanté dès son plus jeune âge, à l'intérieur du continent, à des centaines de lieues de la côte, 1l suffirait d'un hasard qui lui permette d’entrevoir la mer pour qu'aussilôt les vieilles influences ancestrales exercent sur lui leur action irrésistible.

Il est une spécialisation héréditaire qui attire particulièrement l'attention, c'est celle des sexes. En général, les différences d'aplitudes qui servent de base à la division des tâches ne constituent pas des particularités touchant à l'essence même de Pindividu. Ce sont des modalités secondaires, des variations superlicielles d’un fonds qui reste identique. La base de le division des fonctions sexuelles est plus profonde. Elle est dans la substance même de l'individu. [1 y a, entre les sexes, des différences mtimes,

Par dessus tout, il y a, entre eux, une différence d'intensité de l’activité vitale. La femme vit avec moins de force que l’homme. Elle a une faim moindre ; elle a également une température moindre que la sienne et se consume moins vite que lui (1). Elle est donc tranquille, peu hardie, peu portée vers l'action. Rien ne la pousse à se dépenser (2). Au contraire l'homme, se consumant plus vite, a un excédent de vitalité qui cherche une utilisation. « Leur moi, a dit Mme Necker de Saussure en parlant des hommes, est plus fort que le nôtre ». C’est ce moi débordant qui tend à se dépenser, qui pousse l'individu au mouvement et à la nouveauté, qui fait de lui un être d’action et de lutte : « J'ai été un homme, a dit Gœthe, c'est-à-dire un lulleur ».

1) En France de 60 à 64 ans, 11.y a 774.000 hommes et 824.000 femmes.

Le sexe masculin a 0,92 °/, de ses membres âgés de plus de S0 ans; le sexe féminin a 1,15°/,. Revue de statistique, Le Carnet de l'Homme d’État, p. 4, 213 et 214.

(2) Dans un grand nombre d'espèces animales les femelles sont parasitaires, passives, tandis que les mâles sont ailés. Dans presque toutes les espèces, le mâle est infiniment plus bruyant que sa compagne : le coq à la basse-cour, le rossignol mâle dans les bois, la cigale mâle dans les plaines méridionales sont seuls à chanter. FouiILLée, Psychologie des sexes et ses fondements physiologiques.

revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1893,

— 1921 — ; , A me

Il existe, dans la société, des occupalions assez variées pour que chaque sexe ait pu s’y tailler la part correspondant à ses aptitudes. Il y a des tâches diffi-

ciles mais qui s'accomplissent avec plus de peine que

de danger ,qui exigent plus d'attention et d’applica-

lion que d’audace et d'assurance. Ce sont les tâches

qui ne comportent aucun conflit avec des compétiteurs belliqueux et qui s'exécutent à l'abri des attaques du dehors, sous la protection d'autrui. La femme a choisi cette sorte de besognes.

Quant à l'homme, il lui est revenu naturellement la lutte avec les idées et avec les réalités. Le génie est une dépense de forces en vue de l'affirmation d'une conception nouvelle ou d’une adaptation des idées à un nouvel idéal. « Il suppose la puissance et l’audace de la volonté qui s'élance vers l'inconnu de l’avenir. Les hautes vérités du domaine scientifique et moral sont le royaume de Dieu dont parle l'Evangile et dont il faut forcer l'entrée : Violenti rapiunt illud (1) ». C'est pourquoi le génie a toujours été le privilège de l’homme et se rencontre si rarement dans le sexe féminin. Les femmes sont tropfaibles ; elles manquent de « force » (2).

(1) Fouizrée, Psychologie des sexes et ses fondéments physiologiques, Revue des Deux-Mondes du 15 septembre 1395.

(2) C'est pourquoi encore le talent ne souffre aucune tutelle et la protection de l'État sur l'art ou la littérature à toujours eu une influence si funeste. Le génie a sa « force » en lui. Il se suffit à lui-même.

De même pour la vie plus matérielle des affaires. Nous sommes sous un régime de libre concurrence. Chaeun s'élance en toute indépendance sur le chemin qu'il se choisit, mais c'est sur Jui seul qu'il doit compter pour parvenir au but. Les compétiteurs sont nombreux : c'est à lui de neutraliser leurs efforts contraires aux siens et de s'assurer le triomphe. De plus en plus, les difficultés des affaires augmentent. Jadis, celles-ci se faisaient sur une très pelite échelle. Chacun fabriquait en petite quantité, avail un rayon d'action très restreint. Le détail absorbait toute l'attention. C'était de petites affaires. Aujourd'hui, les affaires se font sur une échelle autrement vaste ;, avec les progrès du machinisme et le développement des moyens de transport, leur rayon d'action s'est élargi infiniment. Le marché n'est plus limité à une province ou à une région: il est devenu mondial. Les opérations roulent sur des millions, comme jadis sur des milliers de francs. Les usiniers comptent parlois plus d'hommes, dans leur armée industrielle, que les grands seigneurs de l'Ancien Régime n'en avaient sous leur bannière. Pour manier fout cela, pour ne pas se perdre dans cet immense domaine, il faut les plus hautes qualités d'organisation et d'entreprise, une largeur de vue et une sûrelé de Jugement qui, éprouvées et fortifiées par une activité constante, un exercice sans arrêt, permettent à l'individu de développer à son de-

originale et de . donner à celle-ci son plein épanouissement.

s Lutte avec les idées, lutte avec les réalités, voilà l'affaire de lhomme. Le « ministère de l'intérieur (1) », voilà l'affaire de la femme. « Etudiez l'histoire, vous trouverez cela à tous les âges, par- courez la terre, vous lé trouverez sous toutes les la-- litudes. Etudiez les goûts et les aptitudes de l’homme et de la femme, vous arriverez à la même conclusion : l'homme est fait pour combattre et pour tra-

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vailler au dehors, la femme pour élever les enfants,

=. pour faire régner l’ordre dans la maison et pour y organiser le bonheur (2) ».

Cette répartilion s'est maintenue à travers les siècles, sans solution de continuité, se prolongeant toujours dans la direction qu'elle avait prise dès le début. Elle s'est perfectionnée de plus en plus.

Quand :l s'agit de la division des professions, il est rare qu'une famille reste attachée à la même besogne pendant bien longtemps. Les conditions du travail se modifient trop souvent : d'ailleurs, la multipheité des méliers existant et la hberté, pour chaque imdividu, d'aller de l'un à l’autre, facilitent trop le mélange

M'DURERON, OpACIl. tn pe 392.

(2) Jules Simon, La Femme du XX° siècle, p. 67.

des types pour que la loi d'hérédité puisse produire son effet entier et pour que les aptitudes spéciales, acquises par certains, dans l'exercice d’une profession, puissent se fixer d’une façon sérieuse dans une génération.

Au contraire, la spécialisation des sexes dans leur fonction respective est demeurée absolument invariable. Aussi loin que l'on remonte dans l'Histoire, on la retrouve, plus ou moins ébauchée. Elle paraît être aussi vieille que l'espèce humaine elle-même. Une semblable fixité a eu pour résultat d'augmenter énormément sa portée et sa force d’aclion. Elle est devenue extraordinairement intense, renforçant les particularités de chaque sexe, en développant les qualités propres, moulant chacun d'eux à sa fonction spéciale et accroissant, dans des proporüons illimitées, le rendement des fonctions ainsi divisées. La femme s’est perlectionnée dans sa « fonclion de beauté ». Elle est devenue « la gardienne de nos mœurs, l’éducatrice des petits, la consolatrice des affligés. Son cœur s'ouvre à toutes les œuvres d'assistance. Rien ne se fait de grand et de bon, dans la famille et dans la Société, d'où sa pensée soit absente (1) ». Elle s’est aflinée, puriliée, corrigeant de plus en plus la rudesse de l'Homme.

(1) TURGEON, op. cit., t. 2, p. 462.

rec — 195 —

De son côlé, celui-ci a pris conscience du rôle qui

Jui revient et s'y est rendu supérieur. Il a accentué Son tempéramment de « lutteur » et accru ses quali-

tés d'énergie. L'Energie est devenue, dans notre monde moderne, le mot et la chose qui sont le plus admirés. Si notre société moderne possédait l'antique men-

talité païenne, elle éléverait volontiers un temple à

l'Energie et elle invilerait tous les peuples à venir

vénérer la nouvelle Idole. Les amants de l'Idée s’en

sont constitués eux-mêmes les grands prêtres (1}. Ils ne souffrent plus les anciennes habitudes de dillettantisme égoïste et de nonchalance dédaigneuse. Les théories de l'Art pour l'Art, stériles et froides, n'inspirent plus qu'une ironique pitié. À quoi sert, aujourd'hui, un poèle ou ün philosophe si l'envolée lyrique et la fantaisie du premier, la logique serrée et pénétrante du second ne sont où ne peuvent devenir des leçons d'énergie, de la force vivante ? Qu'importent, à l'heure actuelle, les longues rêveries solitaires, les contemplations langoureuses, si tout cela ne doit pas ensuite devenir de l'action ? Le monde des idées est devenu une école d'Energie et cette vertu, de plus en plus fortifiée, donne à l'Humanité moderne un essor prodigieux.

Tous les peuples participent à l'envi à ce mou-

{f) Maurice Barrës. « Le Roman de l'Énergie nationale : Les Déracinés,l' Appel au Soldat, Leurs Figures. Voir aussi À. FRANCE, Paul Bourezr, et surtout Paul Abam, La Force.

vement. Chaque nation s'efforce de porter à son point extrême sa puissance intellectuelle et économique. Les pays de la vieille Europe rivalisent d'elforts. Les peuples neuls de FAmérique se précipitent dans la même voie avec toute la fougue de leur jeunesse. Enfin, les antiques nations de l'Asie se réveillent, elles-mêmes, de leur longue léthargie et se lancent dans le nouveau courant qui emporte le monde (1). Une fièvre virile s'est emparée de tous les hommes. Un accès d'énergie soulève le sexe mascubn.

Ÿ 2. — Caraclères masculin ou féminin de la fonction administralive.

L'homme et la femme se sont partagé le travail social. À quelle part se rattache naturellement le travail de bureaucrate officiel ? À n'en pas douter, c’est à la part féminine. Il suffit, pour s'en convaincre, de reprendre l’analvse déjà faite de la femme et du lonctionnaire et de rapprocher les deux types lun de l’autre. La similitude ressort d'elle-même.

Ce qui caractérise la situation du fonctionnaire, c'est que celui-ci à un tuteur, l'Etat. Ce tuteur est

lrès-puissant : sa force exceptionnelle met ceux

(1) G. Bronper, La France et le marché du monde, p. 79.

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qu’elle protège dans une position singulièrement pri- vilégiée par rapport à ceux qui sont au dehors. La réputation de celle force suffit souvent pour mainte-

nir ces derniers en respect et éviler toute compéti-

4 üon de leur part. Mais, même pour le cas où les com- __ plications surgissent, l'Etat se charge de les solutionner. C’est lui qui garde l'initiative et la responsabi- 2 lité de toutes les mesures. Il prend à son compte

tout l'effort à opposer à l’action du dehors. Il se - place entre le bureaucrate et son milieu et épargne à celui-là la lutte avec celui-ci.

Cela correspond exactement à ce que nous savons de la femme, à la fois sur son tempéramment naturel et sur sa fonction séculaire. Par nature, la femme est peu portée vers l’action intense et a peu de goût pour la lutte : elle est essentiellement pacifique et tranquille. Elle aime assez la protection d'autrui et elle se décharge volontiers sur son protecteur des soucis violents : la vivacité de l'effort de décision et l'incertitude inquiétante des responsabilités la troublent désagréablement et elle s'en débarrasse avec plaisir. En fait, nous venons de constater qu'elle s’est spécialisée, depuis l'origine de l'Humanité, dans les tâches tranquilles, dans les travaux s’effectuant sans brusquerie matérielle ou morale. Elle à gardé pour ellle le « ministère de l’intérieur ». Elle a laissé à l’homme le soin de faire face aux difficultés du dehors. Elle l’a placé entre elle-même et son milieu. Sa situation est semblable à celle du fonctionnaire.

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N Tous deux sont à l'abri des surprises et des accidents de leur milieu. Le fonctionnaire est même bien mieux partagé que la femme. La force qui le couvre est considérablement plus grande que celle que la femme trouve chez son mari. D'ailleurs, l'Etat est, nous le savons, infiniment bienveillant pour son employé ; il ne retourne jamais sa puissance contre celui-ci. Combien de maris font preuve d’une pareille générosité envers leur épouse ? Les féministes nous assurent qu'il y en a fort peu.

La même similitude se retrouve dans les travaux effectués par la femme et le fonctionnaire et dans les qualités que mettent en jeu ces travaux.

La fonction de l'employé public est faite de détails. Celui-ci se meut sans cesse au milieu des menues réalités : agent d'exécution et rien que cela, il doit avoir l'esprit particulièrement pratique ; il lu lui faut un esprit à tournure concrète. I doit, en outre, posséder une intelligence très-ouverte, très-souple il lui faut pouvoir comprendre facilement et vite ce que d’autres ont conçu à sa place ; son intelligence doit être aple à recevoir aisément le fruit du travail de conception de ses chefs ; son intelligence doit être réceplive. Enfin, 1l lui faut faire preuve de docilité et de soumission ; il doit être soumis à la voix de sa conscience car la nolion du devoir remplace, pour shumuler son activité, le mobile de l'intérêt individuel qui Jui fait défaut ; il doit être soumis à ses chefs car

le respect de la hiérarchie et l'esprit de discipline sont la condition indispensable du bon ordre dans les administrations.

Ce sont là des qualités que l’on retrouve facilement dans l'existence de la femme. Les travaux de celle-ci sont faits, eux aussi, d'innombrables petites choses ; son ménage comporte une infinité de petits soins, de menues,besognes, de détails ; il lui est nc-

cessaire, pour ne pas s'y noyer, d'avoir un esprit

très-minutieux, très-pratique et une intelligence trèsclaire. On lui reproche parfois de « ne penser que par cas particuliers (1) ». Cette critique est un éloge en ce qui concerne sa fonction habituelle. Elle ne

« sait pas généraliser », mais elle a une notion très

nette des réalités. De même, elle a, nous l’avons vu, une intelligence éminemment réceptive ; son esprit est très malléable et s'adapte merveilleusement à la pensée d'autrui ; elle manque de force créatice mais elle a une puissance d’assimilation supérieure à celle de l’homme. Enfin, la femme est très consciencieuse et obéissante ; appliquée et attentive, elle accomplit sa besogne avec beaucoup de soins, elle fait son devoir sans trop de peine ; très docile et sans hardiesse, elle a peu de penchant pour la révolte, pour l'insoumission ; le respect de l'autorité, l'admiration de la la hiérarchie, le goût des titres sont des sentiments innés dans son esprit.

{1) Marion, Psychologie de la femme, la Grande Encyclopédie, t. XVIII p. 148,

L'identité entre les occupations du fonctionnaire el celles de la femme s’accentue de plus en plus. Il n'y a guère qu'un point où le tempérament féminin se particularise. C'est en ce qui concerne sa tendance romanésque. Certes, dans les administrations, il est difficile de trouver quelque chose qui corresponde à ce penchant. Il convient pourtant de noter que les administrations offrent à leurs membres des facilités exceptionnelles pour se laisser aller à leurs idées sentimentales ; elles ne les occupent pas trop : ils ont tout le temps de rêver et de donner bre cours à leur imagination.

Mais il est un fait qui achève cette identification la caractéristique de l'emploi du fonclionnaire, comme celle de l'emploi féminin, est d'êlre un emploi à salaire réduit. Femmes et bureaucrales sont rétribués à un taux moindre que celui de tous les autres individus. Les lamentalions des féministes, d'une part, el les vociférations des « syndicalistes », d'autre part, nous le rappelleraient suffisamment alors même que les stalistiques officielles ne viendraient pas confirmer, par la précision de leurs chiffres, ce curieux phénomène économique : dans la société, la femme et le fonctionnaire conslituent une catégorie spéciale de salariés, tous deux doivent êlre distingués de tous les autres individus et tous deux réunis dans la même distinction ; vis-à-vis de tous les autres humains, ils sont caractérisés par un salaire réduit.

C'est là, semble-tl, Ja confirmation aussi nette

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que possible de ce que nous avons avancé. L'activité du fonctionnaire et celle de la femme sont des activités d'intensité réduite, disions-nous, et par conséquent des activités analogues l’une à l’autre. Les faits, le jeu des lois économiques viennent démontrer péremploirement, par leurs sanctions inconscientes et aveugles, l'exactitude de cette affirmation : fonctions de bureaucrates et fonctions de femmes sont à distinguer de tout le reste du travail social et à grouper dans une seule et même calégorie, la part féminine.

Donc, si nous prenons l'âme féminine et l'âme « fonctionnaire », nous trouvons qu'il y a coïncidence absolue, identité complète. Le principe en est le même. Vie dans la famille et vie dans les administratons sont deux modes différents d'exercer les mêmes qualités. La vie sous l'égide de l'Etat est une vie analogue à celle qui se passe sous la protection du mari. « La vie bureaucratique est une forme de la vie intérieure (1) ».

L'administration est, dans le pays, ce que le ménage est à la famille. Elle est caractérisée comme lui par la tranquillité physique et morale, par Fabsence de trouble et de concurrence. Elle consiste, comme lui ,en des travaux de détail et de patience. C'est le ménage de la chose publique, le ménage de la France. Comme dirait Sully, une nation n'est qu'une famille plus grande que les autres. Comme dans celles-ci, ses membres ont des intérêts particu-

(1j TURGEON, op. cit., {. [, p. 442.

liers et des intérêts communs. C’est à la gestion de ces derniers qu'est préposé l'Etat. Dans la famille, la gestion des intérêts communs est décomposée en deux parties : la portion qui correspond au principe mâle, c'est-à-dire la lutte avec les difficultés, les calculs de prévision et la décision ; et celle qui correspond au principe féminin, c'est-à-dire le règlement des détails, les menues besognes, etc... Dans la gestion des intérêts d'une nation, il est facile de faire la même distinction. Là aussi, on rencontre la part du principe mâle ; c’est tout ce qui est gouvernement, pouvoir supérieur et responsabilité : c'est à lui que revient la direction de cette gestion, le pouvoir d'en régler les conditions et d'en solutionner les gros problèmes. Et, pour le principe opposé, ce sont ces innombrables mesures de détail à exécuter suivant le plan conçu par le premier, d’après ses calculs et ses ordres. Pour le premier, ce sont les hauts postes, les degrés supérieurs de la hiérarchie ; pour le second, c'est la mullitude des emplois subalternes.

En un mot, les fonctions publiques subalternes, c'est-à-dire la presqu'unanimité des fonctions publiques, ce sont des « métiers de femmes (1). » On dit : « l'esprit d'ordre et d'harmonie rend la femme merveilleusement apte à l'administration intérieure de la famille (2) ; » nous ajoutons : et à l'administration

intérieure de la nation.

1) E. Facuer. Les Métiers Féminins, Revue Bleue, 5 mars 1901.

\ (2, FouicLér, Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1898,

Il n'y a encore là qu'un raisonnement plus ou moins faullible. La moindre expérience pratique, la moindre

réalité auraient une portée autrement grande que

toutes ces abstractions. Les faits existent ; des expériences ont été tentées, la femme a été mise en possession de certaines fonctions publiques et on a été à même de juger si ce nouveau rôle lui convenait. Comme on va le voir, ces expériences ont confirmé pleinement ce que nous avançons. La femme s’est révélée une « fonctionnaire » de beaucoup supérieure à l'homme.

Aux Etats-Unis, une large place est laissée aux femmes dans les administrations publiques « D'année en année (1), leur nombre augmente dans les divers ministères ; elle prennent part aux concours qui permettent d'atteindre les emplois les plus importants et les mieux rétribués (2). » Et voici l'appréciation de cet état de choses, appréciation officielle, émise en conclusion d'une enquête faite sur ce sujet spécial par les autorités gouvernementales : « C’est un plaisir de trouver dans les rapports de l'enquête un témoignage unanime el sans réserve en faveur des femmes employées dans le gouvernement. Le bill propose de leur donner une position assurée dans le service et tous ceux qui ont traité ce sujet sont d'accord que

(1) Th. Benrzon, La Condition de la femme aux États-Unis, Rerue des Deux-Mondes du 15 août 1895.

(2) Une femme, Marie Quackenboss, vient d’être nommée avocatgénéral adjoint de New-York.

leur nombre pourra être, dans le système proposé, augmenté avec avantage par le gouvernement. Ces rapports attestent qu'elles sont exactes dans l’accomplissement de leurs devoirs... Dans les fonctions qui leur ont été assignées par expérience et par tolérance, on ne trouve pas d'employés plus honnêtes, plus fidèles et plus capables (1) ».

Mais l'Amérique est bien loin. C’est un monde différent du nôtre. Voyons en France. Là aussi, nous trouvons des essais ; et là encore, les faits confirment notre thèse. L'Administration des Postes, Télégraphes et Téléphones et celle de l'Instruction publique sont, au moins pariellement, ouvertes aux femmes. Or, dans la carrière de l'enseignement, le ministre de l'Instruction publique vient de décider tout récemment que les instilutrices, autrefois placées seulement à la tête des écoles de filles, remplaceraient dorénavant les imsliluteurs dans les écoles mixtes. Peu à peu, le sexe faible fait reculer le sexe mâle. N'est-ce pas une preuve de sa supériorité ?

Dans l’autre administration où existe un personnel féminin, les faits sont encore plus probants. Dans chaque département, 11 existe un service d'inspection qui vérifie les agents subalternes de la circonscriplion. Après chaque vérilication, une appréciation est lormulée par l'agent inspecteur et, s'il y a lieu, des félicitations sont adressées au Ululaire du bureau.

(1) Rapport Jenckes. Bulletin de législation comparée,

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Puis, pour exciter le zèle des employés, un bulletin mensuel publie les noms des « félicités ». Or, si nous prenons l’année courante, 1906, nous trouvons que des félicitations ont été adressées

pour le mois de janvier à 1 receveur et 3 receveuses

— février à 0 = 3 Es — mars à0 —- 0 — = avril à 0 — 4 = — mai à 1 — Al É — juin à0 — 0 — — juillet à 3 — 6 — août à2 — 4 — = sept. à0 — 0 — — octobre à 5 — D — ’ 19 26

Pas une seule fois, les employés n'ont réussi à avoir plus de félicitations que les dames ; celles-ci comptent un total de 26 contre 12, seulement, aux premiers, soit plus du double.

Ces chiffres sont suffisamment éloquents. Is démontrent avec toute la netteté désirable le caractère féminin des qualités qu'exigent les emplois administratifs. Les faits, à défaut des raisonnements purement spéculatifs, nous imposent celle conclusion : la jonelion d'employé de l'Elal est une jonclion de lype jé-

muinin.

(1) Bulletin mensuel des postes et des télégraphes, année 1906, na 10,

Cette idée va nous permettre d'envisager sous un nouvel aspect les deux crises qui font l’objet de cette étude.

$ 3. — Le fondement du féminisme.

Le féminisme provient, presque en totalité, de la méconnaissance par les hommes de la conclusion que nous venons d'admettre. L'homme et la femme se sont partagé le travail social. Par nature, les fonclions administratives devraient être placées dans la part féminine. En fait, c'est l'homme qui les a accaparées. La crise du féminisme est la conséquence de cette situation. Il est vrai que, pendant de longs siècles, l'occupation indue par le sexe masculin des fonctions administratives s'est maintenue sans aucun inconvtnient pour la femme. Le féminisme est tout récent, au lieu que l’homme est fonctionnaire depuis que la société existe. C'est que, Jusqu'à présent, le sexe f6minin pouvait supporter cet empiètement sur son domaine et se passer de ces emplois publics. Il n'avait pas besoin de ceux-ci. Il était occupé ailleurs et tout entier à son occupation. Aujourd'hui, sa situation a changé. Ses anciennes occupations ne lui suffisent plus. I} lui en faui de nouvelles.

Pendant longtemps, la femme n'a compté que dans la Tamille. Etre épouse où mère élait le seul idéal

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qu'elle concevait et son désir était, le plus souvent, satisfait. On l'élevait dans ce but unique et, à l’âge convenable, un époux venait la prendre des mains de PAR parents pour la conduire à l'autel. Le nombre des individus du sexe féminin ayant loujours été supé- __ rieur à celui des membres du sexe opposé, il y avait, il est vrai, une part de ces jeunes filles qui, par force, devaient rester célibataires. Mais il existait alors une voie offerte aux déshérilées : le couvent. Dans ces asiles, elles étaient placées à l'abri des vicessitudes du dehors : leur subsistance était assurée et la société n'avait plus à s'occuper d'elles ; elles étaient « mor- . tes » pour le monde. C'était, pour celui-ci, la suppression d'éléments génants, la disparition de personnes privées de leur emploi naturel.

Quant aux jeunes filles qui ne trouvaient ni mari ni couvent, elles étaient en petit nombre et il devenait facile aux familles amies de leur faire une petite place au fover. Là, elles remplissaient, en qualité d’auxiliaires, le rôle familial qu'elles étaient primitivement destinées à remplir d'une facon principale. Ne pouvant être les mères, elles devenaient les « tantes ». « Quelle est la famille qui n'avait pas sa tante Gothon, sa tante Marion, sa tante Ursule ? Personne n'héritait en bloc de ces femmes habituellement pauvres ou appauvries ; mais il y avait l'héritage quotidien, celui que distribuent nos actions. Tante Gothon filait, tante Marion bergait, tante Ursule enseignait à lire. Les mères, très fécondes, trouvaient de

l'aide, qui né coûtait rien, pour élever les petits. H y avait quatre, six ou huit bras pour endormir, plusieurs voix pour chanter, un seul cœur pour instruire (1) ». Presqu'aussi effectivement que si elles s'étaient mariées, elles trouvaient un emploi de leur nature de femme, de leurs qualités de ménagères el de leur sollicitude maternelle. Elles vivaient, elles aussi, dans une famille.

Mères, tantes ou religieuses, toutes les femmes se trouvaient ainsi casées. L'immense majorité avait, directement ou indirectement, sa destination normale, la famille. Quant aux religieuses, le cloître les retirait du monde.

Peu à peu, les mœurs ont subi une transformation. D'abord, le jeune homme d'aujourd'hui se marie moins que jadis. La proportion, pour 10.000 habitants, des nouveaux mariés, était, pour chacune des années, de 1830 à 1840 (2)

ANTÉRLSA EAU REA EE 151 nouveaux mariés RS 0 MR NE EE 148 — A Le Se PR PIE RE RON +2 SCOOTERS RARE NT: 16% — FES LORD NE ARE RE AS 166 — er CPP DM l'an — RCI OL LALRÉSE ER den EPS —

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(1) René Bazin. Mémoires d'une vieille fille, Les Annales politiques et littéraires, 26 novembre 1905.

(2) Revue de statistique, Le Carnet de l’Ilomme d'État p. 210 et

Année 1050 0 ......... 158 nouveaux mariés

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Ce qui fait une moyenne décennale de

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1 1890 à 1900, les chiffres sont les suivants : =" Année 1890....... ........ 440 nouveaux mariés

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1458: "Ga 10 p. 100.

Pourquoi ? Il serait bien long del'expliquer, et aussi bien délicat. Il y aurait des causes multiples à envisager, depuis la fameuse obsession du mariage riche et ce « culte aveulissant de l'argent, qui est une des

tares de notre mariage contemporain (1)

Jusqu'à

Jaccroissement des difficultés matérielles de la vie, sans oublier le... fonctionnarisme qui, lui aussi, joue

son rôle dans la question (2).

() P. et V, MarGuertTe. Le Prieme.

(2) Par les gros sacrifices qu'il impose aux familles pour la préparation des futurs employés et par les salaires infimes qu'il leur rend,

Quoi qu'il en soit, il y a un fait certain, c’est que les jeunes filles voient le nombre des maris possibles, déjà réellement inférieur au leur, diminuer encore davantage par la fuite de ceux-ci. Le nombre des « vieilles filles » augmente. Le nombre des femmes restant à utiliser autrement que par le mariage s’accroît progressivement. Est-ce que, parallèlement, les débouchés succédanés qui s'offraient autrefois à ces femmes se sont élargis ? Est-ce qu'ils suivent la même progression ? Pas du tout. Il s’est produit, pour eux, un mouvement inverse. Les couvents ont perdu, pour beaucoup, l'attrait qu'ils présentaient Jadis ; les âmes paraissent consentir moins volontiers qu'autrefois à renoncer au monde qui, pourtant, leur refuse une place, et à accepter leur rude et austère hospita- Bté. D'ailleurs, depuis plusieurs années, le nombre des couvents a bien diminué.

D'autre part, les « tantes » elles-mêmes disparaissent. Les familles invoquent les nécessités économiques, devenues trop oppressives, et reculent devant le fardeau d’une bouche de plus à nourrir, d’une personne de plus à entretenir. Le foyer ne réunit plus guère que les personnes strictement de la famille. Les parents éloignés le quittent et vont créer, pour eux seuls, une installation séparée.

Les faits sont donc les suivants : la femme qui, jusqu'à présent, n'avait compté que dans la famille,

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se trouve, depuis une cinquantaine d'années, obligée de sortir de celle-ci. Jusqu'à ce jour, sa fonction était de vivre au foyer. Aujourd'hui, il lui est arrivé de ne plus pouvoir remplir cette fonction. Elle en a cherché une autre. Laquelle ? Il y a, dans la société, des tâches convenant, à un degré variable, au tempérament féminin. C'est ainsi que nous avons reconnu que la fonction administrative paraissait se rapprocher de très-près de la fonction féminine. Est-ce que, la femme ayant besoin d’une nouvelle occupation, on a tenu compte, pour satisfaire ce besoin, de considérations de ce genre ? Non. La voie administralive qui constituait un débouché tout indiqué pour les femmes, a été interdite à celles-ci. :

Nécessairement, elles se sont rejetées sur d'autres occupations ; elles ont essayé de trouver des places dans les professions viriles. Ainsi, la crise a pris naissance. Ces places leur convenaient très mal. Des milliers d'années les avaient habiluées à une vie d’intérieur. Elles ne pouvaient se lancer dans la mêlée brutale du dehors sans souffrir considérablement d'un pareil changement. Elles ont été bousculées, poussées en tous sens, sans aucun égard pour leur inexpérience.

Toutes meurtries et endolories, l'esprit rempli de l'injustice de leur sort, elles se sont alors tournées vers leurs amies plus fortunées qu'une famille abritait. Elles ont montré au sexe féminin tout entier leurs plaies et les traces du traitement qu'elles avaient

subi. Instruites par une triste expérience, elles lui ont révélé ses propres misères, lui ont montré les inégalités dont lui-même est affligé, lui ont parlé d'injustice, de droits méconnus, ete... et c'est dans un appel à la révolte, à l'insurrection aveugle contre l'homme que leurs plaintes se sont achevées.

Le féminisme est là. Le sexe féminin se trouve dans une situation nouvelle. La crise actuelle provient de ce qu'il n'a pas su s'adapter convenablement à cette situation. Un besoin nouveau lui est né, c'est le besoin d'une fonction autre que celle de mère de famille. Evidemment, cette nouvelle fonction doit être féminine. Or, on a lui a donné des occupations viriles. Le malaise qui en est résulté était inévitable.

Il est facile de remarquer qu'il a débuté exactement à l'époque où les mœurs matrmoniales se sont modifiées : exactement au moment où des femmes se sont vu refuser leur abri séculaire, famille ou couvent. La coïncidence est parfaite. C'est vers le milieu du xix° siècle que les deux mouvements ont commencé leur marche parallèle. En outre, le féminisme est un mal bien plus anglo-saxon que français. Certains vont même Jusqu'à dire que c'est de cette race qu'il nous fut importé. Or, la race anglo-saxonne est une de celles qui présentent le plus fort excédent de femmes (1} ; de plus, elle est surtout protestante, ce qui

(1; 48 pour pour 1.000 hommes au lieu de 14 en France. Levassrux Ve Population, Grande Encyclopedie t. XX VI p. 293.

rive de cloîtres. Il était naturel que, dans ces con- ditions, elle devint le foyer privilégié du féminisme.

N'oublions pas encore que toutes ces dames qui dirigent le mouvement sont célibataires. Ce sont des «vierges fortes » qui mènent la lutte contre l'homme. Tout le mal vient des femmes sans emploi familial et sans autre emploi naturel.

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