‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 32 sur 35 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Aux veux des hommes, le sexe féminin est coupable d'un grand crime : il veut renoncer à ses occupations traditionnelles et à sa « mission naturelle ». Poussé par le démon égalitaire, il prétend avoir le droit d'entreprendre les mêmes tâches que l’homme, il rêve de se hausser au même niveau que celui-ci. On n'a pas manqué, — avec raison, du reste, — de voir là un véritable péril social et de dénoncer ces aspirations comme compromettant gravement la marche de « la civilisation ». Et pour cette chose nouvelle, on a inventé un mot nouveau, « le féminisme ».

Malheureusement, pendant qu'il se laissait aller à son effroi, le sexe fort se rendait coupable d’un crime absolument identique. Il se lamente de voir la femme se « masculiniser ». Or, il est en train de subir la plus forte « effémination » qui se soit Jamais vue depuis que l'Humanité existe ! Il reproche à sa

compagne d’envahir les professions viriles. Or, en France ,il choisit comme métier idéal, un métier de type féminin ! Assurément, il n'en convient pas facilement. Un métier de femme que celui qui vous pose si haut aux yeux de vos semblables, qui vous donne une importance si grande et qui vous communique, par lui seul, une aulorité et un prestige si considérables (1) ! Quel paradoxe ! N'est-ce pas, au contraire, le métier de mâle par excellence ? Hélas ! ce n'est pas d'après le prestige qui entoure une profession que l’on juge des qualités exigées par cellesci, c'est d'après son fonctionnement même. On aura beau affubler M. le Chef de bureau d’un bicorne et d'une épée ,cela ne suffira pas pour faire de l'emploi de ce doux homme un métier d’audace et de hardiesse belliqueuse. Il faut examiner les choses plus sérieusement. C’est ce que nous avons essayé de faire et c'est ce qui nous a amené à dire que l'emploi administralf est un mélier de femme el qu'en s'y adaptant, l'homme s’effémine.

C'est la même crise pour les deux sexes. Chacun d'eux tend à sortir de sa voie naturelle, altère sa nature primitive, évolue dans une fausse direction. La seule différence qui existe entre les deux situations,

(1) C'est précisément parce que le métier donne par lui-mème une « Jorce » qu'il dispense celui qui l'occupe d'être un « fort », un « homme ». Une femme ferait tout aussi bien l'affaire, puisque tout le prestige est inhérent à la fonction,

c'est que la femme fait un effort pour conquérir l’état nouveau qu'elle rêve au lieu que l’homme subit

passivement son évolution. Mais c'est précisément là

uñe confirmation de notre thèse : le mouvement du sexe féminin a un caractère de lutte, caractère toutà-fait opposé au tempérament de la femme ; à l'inverse, la déviation du sexe masculin n'implique aucun effort de la part de celui-ci et ce caractère de passivité est essentiellement contraire à la nature masculine. Des deux côtés, l’évolution se produit dans un sens contraire à la voie précédemment suivie. La similitude est parfaite. s

Il y a pourtant quelques différences. D'abord, pour la crise du sexe masculin, on n’a pas inventé de mot nouveau. On l’a appelée le « fonctionnarisme » et, grâce à ce vocable à double entente, on a laissé croire quil n'y avait qu'une question à envisager : la multiplication exagérée des emplois publics. On a

. fait alors intervenir les nécessités des temps moder-

nes : l'extension des pouvoirs de l'Etat, le besoin de justice sociale, etc. Nous nous sommes expliqués à cet égard. Le fonctionnarisme ce n'est pas cela ; en faveur du vrai fonctionnarisme, il n'y a absolument aucune raison de nécessité sociale ou autre. Il ny a pas plus de raison qu'en faveur du féminisme. Pour être justes et francs, les hommes devraient appeler leur crise le « masculinisme ».

Il y a une seconde différence entre les deux crises, et celle-ci plus sérieuse. C’est que, tandis que le fc-

minisme est un mal dont souffre l'Humanité eivilisée presque tout entière, le fonctionnarisme est un mal exclusivement français. Pendant qu'il nous ronge sourdement, qu'il nous débilite et qu'il transforme notre ardent appétit de vivre d'autrefois en une béate et morne somnolence, les nations rivales se lancent dans un accroissement effréné de leur puissance de lutte : plus qu’à aucun autre moment de l'Histoire, le sexe fort développe ses mâles qualités ; plus que jamais, l'Humanité renforce son énergie. Allons-nous nous laisser submerger par cette vie débordante ? Si nous n’y prenons garde, c'est le sort qui nous attend.

Les différences ne sont pas à l'honneur du sexe, fort. Celui-ci n'est guère qualifié pour Jeter la pierre à sa compagne. Cessons de décrier le féminisme. Cetle crise a, du moins, une justification et une excuse. Le fonctionnarisme n’en à aucune. Le féminisme ne mérile pas les anathèmes qu'on lui lance. Bien au contraire, béni soit-1l, car il paraît appelé à rendre à notre pays de France un signalé service !

Vu, le Doyen, G. DE CAQOUERAY.

Vu el permis d'imprimer, Le Recteur, Cu. LARONZE.

RM OO ROUEN" Ter Un TS TIR SOON ST RSR OR | CHAPITRE I. — LE FONCTIONNARISME

- Section [. — L'Objet de la crise.

nr LL

$ IT. — Le fonclionnaire : c'est un ciloyen -spécial. IL «a un luleur el jouit de privilèges. Il échappe au mobile de l'intérêt individuel. Il n'a ni iilialire ni responsabilité. En revanche, il doil avoir une inlelligence réceplive el pralique ; il doi êlre soumis à sa conscience et à ses chefs; il doit se contenter d'un salaire réduit. .

Section IT. — La Crise.

$ I. — La crise en ce qu'elle concerne la nalion.

I. — Le fonchionnarisme n'est pas un excès du nombre des fonclionnaires ....

IL.-— C'est un excès du‘nombre des: candidats-fonclionnaires. Conséquences ..

$ IT. — La Crise en.ce qu'elle concerne l’Etal.

L. — L'Elal avait besoin d'individus ordinaires. Il a choisi des individus supérieurs. Ceux-ci ont souffert de cetle dis- DRODONLON EE. LE CARRE HEAR

IT. — Jls se sont groupés en amicales puis en associalions professionnelles.

Aujourd'hui, is lendent au syndicat.

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