‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 31 sur 35 · PE NS SEA · texte numérisé non relu

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Toutes ces solutions paraissent insuffisantes ou même nuisibles. Pour trouver le remède des deux crises que nous étudions, il faut se baser sur la nature de chacune d'elles. Le fonctionnarisme consiste en une « efféminalion » du sexe fort par une fonction

-de type féminin. Le féminismé consiste en un be-

soin nouveau, pour le sexe faible, d'une fonction féminine autre que celle de mère de famille. La fonction qui fait le mal d’un sexe et qui ferait le bien de l’autre est la même, c'est la fonction administrative. Pour guérir les deux crises à la fois, une seule mesure sufhit : mettre les faits d'accord avec les principes et faire des administrations une voie féminine.

Il semble que ce soit le seul moyen de remédier à la crise du fonctionnarisme. Il faut faire violence au sexe masculin. Avant pris goût à la douce paresse que procurent les emplois publics il s'est cramponné égeistement à ceux-ci. Il faut agir par la force et le jeter à la porte. Ce sera, du reste, un bon débarras pour ces bureaux qu'il menace de démolir par son exubérance. Avec les femmes soumises et dociles,

consciencieuses et appliquées, la hiérarchie reprendra son ancienne splendeur et le fonctionnement de

la machine administrative retrouvera sa régularité

d'antan. :

Enfin, chose curieuse, avec la substitution des

femmes aux hommes, on remédiera encore à la

crise du fonctionnarisme telle qu'on la conçoit ordinairement. Dès lors qu'ils ne seront plus les premiers à en profiter, les hommes apporteront beaucoup moins d’empressement qu'autrefois à créer de nouveaux emplois. D'autre part, du moment que les emplois administralifs sont destinés aux femmes qui n'ont pu trouver leur fonction naturelle de mères de famille, on pourra réduire, dans d'énormes propor-lions, les traitements actuels qui sont faits pour subvenir à une famille entière.

Ce sera, en même temps, le remède nalurel du féminisme.

Di la femme a été obligéé de sortir de la famille, cela ne peut signifier que, hors de cette famille, elle doive cesser d’être femme. Loin de renoncer aux avantages qu'a loujours procurés à l'Humanité la division des fonctions sexuelles, il faut, au contraire, perfectionner celle-ci et lui donner un développement parallèle à celui des sexes. Le sexe féminn n'est plus contenu dans la famille. Il dépasse celleci. La division des fonctions sexuelles doit en faire autant. Si la femme a besoin d'une occupation nouvelle, cette occupation doit être féminine. Comme jadis, il

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“faut que le sexe faible reste spécialisé et qu'il possède

une fonction propre.

Cette fonction existe, c'est la fonction ar tive. Les faits et les raisonnements démontrent le

caractère essentiellement féminin de cette sorte d’em-

ploi. I paraît logique qu'on ouvre les administrations à la femme. À cette ménagère de la famille, rien ne peut mieux convenir que le « ménage » de la France.

Nous croyons que c’est là la vraie solution de la crise féministe. Celle-ci provient, presque exclusivement, de ce que la fémme n'est plus contenue dans la famille. Pour remédier à cette situation, il faut

s'inspirer du passé. Autrefois, quand un fait analogue

existait, divers débouchés supplémentaires s’offraient à la femme, entr'autres le couvent. Aujourd'hui, ces débouchés ont à peu près disparu. Le meilleur moyen

de supprimer le malaise qui en est résullé n'est-il pas

d'en établir de nouveaux ? Nous en proposons un l'administration. Il n’est pas sans avoir une analogie assez frappante avec ceux d'autrefois. De plus en plus, l'Etat prétend jouer dans nos sociétés modernes un rôle de Providence. Jadis, la femme sans famille allait à Dieu (1); dorénavant, elle n’a qu’à aller à l « Etat-Providence ». Le giron de celui-ci est encore plus vaste que celui de l'Eglise ; pour la France seule, il y a 600.000 places !

(1) Suivant une expression populaire elle « épousait le Bon Dieu ». Elle n’a qu’à épouser l'État!

En pratique, comment procéder à cette réforme ? La solution idéale que nous préconisons est excessivement radicale. Elle consiste à diviser les emplois administratifs en deux catégories. D'une part, les postes supérieurs où la fonction est, justement, de mettre en jeu la force que possède l'Etat, de remplir le rôle d'Etat-protecteur et d’Etat-initiateur, rôle analogue dans la machine administrative à celui du mari dans la famille,en un mot, rôle-mâle. D'autre part, les emplois subalternes où la fonction est d'exécuter, sans danger ni responsabilité, les travaux conçus par les chefs. Pour les premiers, on doit conserver l'homme comme gouvernant, chef d'administration, directeur, etc... Les seconds doivent être réservés aux femmes. Il y aura là un débouché pour le sexe féminin de toutes les classes sociales. L'Etat n'a pas seulement des bureaucrates, 1l a encore des ouvriers. Les tâches matérielles dont il est chargé conviendraient bien mieux aux femmes que les pénibles besognes que l'industrie privée exige actuellement de celles-ci. On ne peut pas dire d’une façon absolue que le sexe féminin soit impropre à tout travail matériel. Il faut seulement affirmer qu'il doit effectuer ce travail d’une façon spéciale et dans des conditions anormales ; la femme, dans l'exécution de son travail, a besoin de ne pas agir seule ; 1l lui faut non un patron, mais un protecteur. Ce protecteur doit être tantôt le mari, tantôt l'Etat. Sous celte direction raisonnée et pa-

ternelle, elle peut se livrer aux travaux les plus va-

piés:

Mais si c'est là le but final auquel on doit tendre, il est évident qu'on ne peut y parvenir d’un seul bond.

Il faut procéder par étapes et effectuer la réforme

graduellement, en passant successivement et très-lentement d'une administration à une autre. Il faut, en outre, tenir compte des exigences de certains em-

plois qui, comme ceux de la diplomatie, supporte-

raient difficilement la substitution dont nous parlons. En tout cas, il est une étape qui paraît pouvoir être franchie de suite et sans absolument aucune es-

pèce d'hésitation ; c’est l'admission des femmes dans les administrations en concurrence avec les hommes. La situation actuelle est par trop paradoxale : la fonc-

tion administrative est, par excellence, un emploi féminin, et les hommes l'accaparent presque entièrement. Cela ne peut durer. Même si l’on n’admet pas la substitution complète des femmes aux hommes, il faut au moins admettre les premières au même titre que les seconds.

Il se pourrait même que cette réforme partielle suffise, à elle seule, pour remédier aux crises que nous avons étudiées. Plus aptes aux fonctions administratives que leurs concurrents masculins, les femmes ne meltraient peut-être pas beaucoup de temps à éliminer ceux-ci. En tout cas, le prestige des emplois publies se trouverait fortement atteint. La présence dans les administrations de ces « êtres Imié-

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rieurs » que sont les femmes ne tarderait pas à ternir l'éclat que la bureaucratie possède actuellement et à réduire ainsi l'intensité de la crise du fonclionnarisme.

Du reste, cette dernière solution est préconisée par de nombreux écrivains. M. Turgeon, dans son ouvrage, le Féminisme français, s'exprime ainsi : « Plus soigneuse, plus attentive que l’homme, elle (la femme ) a de merveilleuses aptitudes pour les mille besognes de nos grandes administrations, qui n'exigent que de l'ordre ,de l'exactitude, de la patience, comme la rédaction et la délivrance des titres, le calcul et le service des coupons, le contrôle et le classement des pièces. L'expérience tentée par diverses sociétés a démontré que les femmes sont particuhèrement propres aux mille détails d'écriture et de comptabilité. Pourquoi ne pas leur ouvrir plus largement nos administrations publiques et privées ? (1) »

M. Faguet dit, de même : « Les femmes sont d’excellentes bureaucrates, un peu lents, mais ponctuels, dociles, exacts et minutieux. Elles remplaceraient trèsavantageusement ces employés de ministère, de municipalités, de préfecture et sous-préfecture, etc..…., qui, robustes et vigoureux, font véritablement un métier de femme et qui seraient infiniment mieux, ne fût-ce que pour leur santé, à courir le pays comme conducteurs de travaux ou comme commis-voyageurs (2) ».

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(1) TURGEON, op. cit.,t. I, p. 440.

(2) Emile Facuer. Les Métiers féminins, Revue Bleue, 5 mars 1904.

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