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positions ainsi fixées, on songea aux moyens emplovés avec tant de succès par le prolétariat ouvrier, « S'il est un prolétariat de bureaucrates, pourquoi ne s’allerait-il pas au prolétariat ouvrier ? Celui-ci conslilue des syndicats fédérés dans les Bourses du Travail, àfhliés ensuite à une confédération générale unique. Pourquoi l'autre, à son instar, n'adopterait-il pas celle organisation ? C'est là, du moins, le vœu qu'aujourd'hui, timidement ou bien ouvertement, un cerlain nombre de fonctionnaires expriment et que quelques-uns d'entre eux s'efforcent de réaliser (1). » On est arrivé ainsi à une nouvelle transformation des groupements ci-dessus. On a essayé d'en faire des syndicals. Mais cette troisième étape était plus difficile à franchir. Une grande résistance à élé rencontrée ; les Chambres et l'opinion publique se sont émues; la route a été barrée. C’est pourquoi on ne rencontre que fort peu de syndicats de fonctionnaires. On peut pourtant citer les syndicats d’instituteurs dans le Var, les Côtes-du-Nord, le Morbihan, le Calvados, ele... Au commencement de 1906, s’est réuni le Congrès de la Fédéralion des syndicats d'instituteurs: les délégués de 70 départements ont pris part aux délibérations et ont décidé que ladite Fédération adhèrerait à l'Union des Syndicats de la Seine, qui siège à la Bourse du Travail. En juin 1905, les agents des Postes votent la motion suivante : « L'Association, fa-
(1) G. CAHEN, op. cit.
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vorable, en principe, à sa transformation en syndical, mais estimant que cette transformation ne parait pas possible dans l'état actuel des choses, est d'avis de continuer l'orientation de l'Association vers la voie syndicale ». Le 25 mars 1906, 300 délégués de toutes les administrations, réunis à Chartres, votent un ordre du jour « affirmant leur droit absolu au bénéfice de la loi de 1884 (1) ». Telles sont les principales tenlalives effectuées pour pousser les associations de fonctionnaires à achever leur évolution.
Les choses en sont là. À l'heure actuelle, on essaye d'obtenir du Parlement une loi autorisant expressément les syndicats de fonctionnaires. En attendant, qu'elle soit votée —- et il est douteux qu'elle le soit, — l'évolution est contenue, la marche en avant est ralentie. Mais les faits épars que nous avons signalés sont, par eux-mêmes, suflisamment inquiétants.
Inconteslablement, les groupements de fonclionnaires ont une très-grande force. Quelque discipline, jointe à une bonne organisation, suffirait pour les rendre tout puissants. Or, de cette force les fonctionnaires se rendent de plus en plus compte. Peu à peu, ils ont acquis le sentiment de leur puissance. Vont-ils en user ?
La tendance au syndicat constitue un indice assez
(1) Les journaux du 26 mars 1906.
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sérieux de la tentation qu'éprouvent à l'heure actuelle les agents de l'Etat. Ces armes nouvelles qu'ils se sont forgées leur brülent les mains, ils ont hâte d'en faire usage. Les intéressés ne manquent pas une occasion de le nier. Il n'est pas une seule circonstance , congrès, réception, banquet, où ils ne se croient tenus #le protester de leur dévouement aux chefs, d'affirmer leur respect de la discipline, leur désir de servir l'intérêt public. S'ils cherchent à s'unir aux syndicats ouvriers, c'est uniquement pour acquérir « à leur fréquentation les vertus qui leur manquent (1) ».
Mais ce sont précisément ces « vertus » qui sont inquiétantes. Elles sont incompatibles avec le tempérament administratif. Ce sont là des vertus guerrières, d'un caractère belhqueux, faites pour le monde des affaires privées. Ce monde des affaires est très mouvementé, la lutte y est vive, et, pour vaincre, il y faut user de toutes ses forces, utiliser tous les moyens. Le monde administratif est complètement différent. C'est un monde à part. Là, pas de lutte, pas de violence. Tout y est discipline calme et existence réguhère. Les personnes y sont classées, hiérarchisées, leur sort est minutieusement réglé par la loi. La volonté, l’activité de chaque individu ne peuvent apporter aucun changement à cet ordre établi d'une façon
(1) G. Camew. Les Associations de Fonctionnaires. Revue Bleue, 19 août 1905.
re impérative et minulieuse et où rien n'est laissé à l'injuste hasard.
Du reste, l'Etat n'est pas un patron : ses services ne sont pas une exploitation et ne donnent pas lieu à des bénéfices. En organisant ces services, TElat se préoccupe uniquement de ce qu'il considère comme l'intérêt supérieur de la Société (1).
En réalité, le mouvement syndical est la conséquence logique de cette situation anormale que nous avons déjà signalée, le fonctionnarisme. Nous avons vu qu'au point de vue de la nation, c'est un très grand mal que l'Etat recrute pour ses emplois les meilleurs individus du pays alors qu'il n'a besoin que de gens ordinaires. Le trouble que nous venons de constater, au sein des administrations elles-mêmes, est la contrepartie de ce mal. L'Etat souffre, lui aussi, d'avoir introduit en lui des capacités dont il n'avait pas besoin. Il ne parvient pas à les éteindre toutes et ce sont celles qui survivent à son action déprimante qui s'exercent contre lui. Par un système défectueux de recrutement, il a choisi les Jeunes gens les plus instruits de la Na- Hon. IT est tout naturel que ceux-ci ne se trouvent pas à l'aise dans une profession qui n'est pas faite pour
4) Ii n’y a pas ici de profits à partager entre J'Etat et le fonctionnaire. Le bénéfice de ce dernier, c'est la consciénce des services rendus, c'est, pour ainsi dire, un dividende d'honneur, » J. off. 22 mars 1897. Debats parlementaires, Chambre, cité par G. CanEx Revue Bleue 8 juillet 1905.
on
eux. Il est tout naturel qu'ils y créent un malaise. Nous venons de voir qu'ils n'ont pas manqué de le faire. La crise interne de l'Etat est, tout comme la erise subie par la nation, la conséquence de la frop forte altraction exercée par le premier sur la seconde. C'est une quatrième conséquence à ajouter aux trois autres que nous avons indiquées plus haut : L'Elal souffre des meilleures qualités qu'il a enlevées au
pays.