LA F£]CM
n j*aime leepeotsK^le et le bal<le pamu^on,*.» n Ah! si j'avais suivi ma vooatioot je .serais » au théâtre maintenant; je ferais le&prinn cesses ou tes amoure]ui»es. . « onme Içtrgpe- » i*ait , on me claquerait, j^senûsmî^eclAQ^ » le dernier genre», et cela yaud^ait iiien 1» nùeux que de faire des fran^çsi N'est^ç y> pas, monsieur!
»>-Mais, madempiselle , on ne réussit pas n toiijoursau théâtre; il ne s'agit pas seule* n ment de se dire : je veux être actrice | » pour obtenir des succès , ilfaut4u talent; » sans cela, au lieu d'être claquée., copone » vous paraissez désirer Têlre, onestl^iéô, » siffîée » ce qui doit être ii^nnwup moins » aigréable , et dans les franges tou$ n'wez n pas cette cbunce à courir.
— )» Oh ! monsieur , j'tfurâis eu du talent , » j'en suis bien sûre , et it y a uli mopsieur » qiU me l'a dit bien des fois» — Votre cou- ^ sin Alexandre? — ^Npn:, Alei^qdreest ében niste; c'eHun bon ei^nt, mais il estJMHe^ » il ne s'occupe que desoa étal, ^fi Sfii9 sure » que c'est parce qu'il «vait h travailler, à sa
LE M AU BT l'amant. Q^
y* bûilliqtie / quil ner^^ra pat Tenu nous i^dififcrM^r^eseir^MvQfcl ce garçon-là n'a, » pi» d« tout d^naase. Le; monsieur qui .ine «troitTaitclu talent, ét^it un homme très H dMhl^ , il eonnaissait tous les acteurs y* de mélodrame, les auteurs aussi, il pre- » ntit du Cuîé a^Fec eux!..« — Diable !.•.. — n Par ses eonnaissances, f aurais peut-être >» débuté»' mais il est parti pour Lyom.«.Ça ^ m'a fait bien de la peine! •«.. J'ai côi^pu » ensuite un commis de bureau.;., oomtttô H il chantait bien cet hdmme4à!.;. comme N un YatiéeVille, absolument; ffmis faisait » toujours chanter arec lui de petits mor- » ceaux à deux. ... comiiiMiit donip appcldit* » ff^a?.... ahl des oetuf*neSf c'est çarr-v ça n m'amtmaîit beaucoup! Ensuite il y.a'unr.
» jeune sôils' officier, ami de mon conaitt » AleiNUidre, qvk mè mrâtraît à fitor des » sons.^Âh ! Dieu, comme il e» ilaii bieti!.^ * » il atait Un port de Yoix magnifique^ iltli- » sait que je te»a& la. ni^ en hautranssi i> ferme 4ù'it rOpéra, où il aHail toutes les » fols jqu'il était; dei;arde; après ça j'ai » connu.... »»
^0 tk FiikBÉK^
Je ftéftiis ^e tttfiklëttiérswlle OhiMol^ , qûk fe t^ttài^ a rèriifaé trè» <»otwmiâioatHrë, iâ itié paéset< en tëm^ timté^ le» |»ei<tmiie« ^tfèlle a cdhMeé, et je èraiflè qtiëoeiie>idi« ioiis. ïè irais «è tdtirtië** ttiPs la pÀftWetHiJIe^ qui né <fit Tîèi* ; fet ttcliér dé I* fte^ C»tt^ âiiwi , lorsqu'au côitt dé la meMesl^ ^ (lana laquelle ticitîé alliofiè èifttret- $ li» moniiéiir ^ présetite dëvairt notië en cfaamant $
merfs, gentHle dime! je t^tenfl», Je (iattlettdt^Je rattCBdt!^»
€^cM Dubèfa V <|ui t'éme ^a iKHit Y<)£fa$^ il ^ Whî atfona donUt mes p^ti^ mqchws, H ôdk TOUS oacheiTouf dono depuis une » lièiire?jetoMcherdieparloyt4
' «.-^ PAr exemple ^ e'est titH^.fort , » cMs-^ je II moii toùr^ k tù noua diendiea depuis >» HMheiire! w. «l pourquoi i^Im disparu y <)^mnd œsneisîcars et asoi sonmsawrtîs » taoaf<.«.|^«srqiiott'aHettppelé^en.T«ûi?.* H Mboîs i ta conduite âMa cette circon- * ataiice iie te fait pds honiiettir.
«-^^OohMéÉtt! qu'est^ftdite?»..qu*eBt- « œ que irous aTèi don6 pénid ?«• . . (e f^MS
» iàfQiltié« pour aMer «liecdier il^ piilo- » Mi^.giifce qw^ je aesuk paB un gHiUard » à tPâÎBftr les ciioseB en longueiir , je yopi^ » Mb ine battre euffiloTCiianifiç et oanMpe » jeceniMûe, id pnès» im ami qui a des àr-
• nieii, 1^ ooQini fih^s lui pfomr les lui eai- 1^ pnoitev... li me teitdde ^pe. cette eon- )i duiCe i/esttMii. cette d'un boome qui ee»
» eule.^.. Dans ee marnent je retpurnals au 9 ctféjpe«r eberçher mon adveptaîre..«
tt 1-^ Le calé est Itermë, /et tu aaTaùlDrt
• biM'^ci^ nèpisMêerait pas la tamÈ k fat- » tendre^.. Et bà^ont donc ces pistolets?
« — yous «lka& voir oopnbien j^at été coq* » trarié! D'abord>ie4»uro obesidon ami...
r> R dettic^nre rae^abiMfantîn ; jeauis cery> tain ^ue je n'ai paa mis trois minutes à n ftArMecfaemiH'. /atirii^ diMio ehea luî^ Le » por Bè » i Ê k t dit ? Mbnsiettr» it n^est pas en- » coreréMré; maië il fièipeuctarder. Alors , » dWjé^'i^T«s'yii«ieftdre. ï^attends âtme, H te temps a'écouie, je ' foisais un «aurait » sangh.. fe tàpels des pîedsK.. au bout » (Ton bon qtiart> d'hetire qwe j^ëfa^ dans -
72 LA FWMR)
» $a logé y TôUà. f knbécilleiie. pontier .qui » me dit : Ah ! monsieur, jeme rai^elle à » présent que votre ami est allé au bal , il » passera sans doute la nuit dehors. Vagua ,n jugez de ma colère , j'avais eiiviede bà- » tonner ce coquin de portier. Enfin jeauia n revenu... espérant trouver encore mon » adversaire sur le bcmlevard... Et tu. dis » qu'llest parti.*. T'a-t-il laissé son adresse » au moins ? — Non , tl a pensé q^e ce n'é- » tait pas la peiné!... — C'est bien I je le » reconnaîtrai l...- je lui dirai de»», .mots » quand je le rencontrerai!.. K^. : c'est » fini , ne parlons plus de cela^,. l$i,-beauté » réclame t(»isïios mom^ns.
» — Oui, neparleplus^ cel49i^;Çt*9is » aussi que c'est ce que lu .pçux faiçe de » mieux. — J'espère :^e tu vas mç c^der
)» une de ces dames., .—Très T<4P9M^t!^}r-»
En .disant csel^, jeqiyiUe lebrasdeima* demoiseUe Charlotte, 4qb|^j^ n^ si|ia nullement, fâché d'êtire débairTifi^; elle prei^d celui de Dubpis , en lui di^n( tcjndrement :
«(Vraiment, monsieur, j'aviûs bi^ peur
LE MÀBI ET l'amant. 75
» que TOUS. lie yoiu buttassiez /.... — Vous N Me% trop aimable! mais Û ne faut jamaiê » trembler pour moi, je me tire de toutes » les affaires avec homieur. A propos , al- » lons-nous loin comme ça? — Au marché » des Innocens. — Quartier délkiieur.. . fon- » taine superbe : j'ai soiitent donné des » rendez-YOus le soir sous les piliers qui » Tentourent; mais il me semble que le » sapin serait de rigueur. — Nous n*en avons » pas trouTé.— Oh ! nout allons en rencon- « trer... Tenez, j'en aperçois un arrêté » là -bas.., courons, n
Je vois Dubois qui court at^ mademoiselle. Charlotte , je tâche de les suivre en faisant doubler le pas à la petite Ninie, avec laquelle je n'ai |ias encore eu le temps d'entrer en conversation ; nous arrivons près .d'un Ûaere qui était arrêté devant une porte coohère. DidK)îs se disputait avec le cocher. , u Tu marcheras. — Je ne peux pas * mon- 1 sieur. — Je te dis que tu vas marcher. -- » Je vous dis que je suis loué , monsieur. — « Ça n^st pas vrai. — Si , moosieur. — Où 1. 7
74 LA FEMBIB, ^
» est la personne qui t'a loué ?• • . Ya la cher- » cher pour qu'eHeniie le dise. — Ah ben !
n en y*Ià d'une bonne ! Depuis quand que » les coGherè vont dans les maisons cher- « cher les bourgeois pour prouver qu'ils i> sont retentis? — Je né veux pas de toutes )»/cés raisons-là... Mofatez, mesdc^es. — Je ^ vous dis qtié Vous ne monterez pas...
^' E8t*ce que je suis sur la place ici? est-
» ce qu'à minuit passé je m'amuserais à n rester devant une porte cochère, si je >» n'étais pas retenu?
» — Allons, dis-je à Dubois , cet homme a » raiéon,tu n'as pas le droit de le prendre ;.. )» il est très inutile dé nous arrêter là.
' f^ ---Inutile. . . Ah ! morbleu! si je n'étais pas » avec des dames , je le ferais bien avan- ^» cer... — Laissez donc» notl>ourge<Hs:
?> vous ne feriez rien du tout ! . .. — ^Tu es un ii drôle!... — C'est ben vous qui êtes drôle '» de crier comme ça... — Je te couperai les » oreilles.. .— Bath! vous necouperez rien !
» vous n'êtes pas si méchant que vous en » avezfairl.ér >»
LE MARI BT L*AMANT. TiT
Eoniiyé de cette «cène , je poursuis mon chemin ^tcc la petite Njnie, qui nie dît en tremblant : u Âht mon. Dieu, monsieur, N est-ce qu'ils yoat se l>altre...,? -r Non , n n'dyei aucune crainte , cela n*aura pas » de suites! »
Au bout de quelques minutes, nous spmn mes en effet rejoints par pubois et sa demoiselle. « Eh bien? lui dis-je. -^Ah, » heureusementje l'ai retenu, » ditmade* moiselle Charlotte; « sans moi, jç crois qu'il » allait se jeter sur le oocher#.. Vraiment , » monsieur , vous avez une bien mauvaise » tétet.. ToutdeaiuteYousvousçmportez, » YôusTOules vous battre !••• C'est terrible » un homme comme cela.
» — C'est Vrai , répond Dubois , je l'avoue^
^ » j'ai une mauvaise tête.. . J'ai le sang bouil*
» lant.*. je me suis promis cent fois de me
> corriger , mais c'es t plus fort que moi 1 . . .
> Je ne puis pas me vaincre.^.. Le moindre » mot,;, la plus petite chose me font sortir » dès gonds t....
»-*-En te voyant revem'r en courapt , dis^
76 L\ FEMnE,
» je à DuboîS) j*ai cru que tu allais chercher M quelque part une épée pour te baltre » avec le cocheV» »
Dubois ne répondi pas , il s*éloigne de nous, sans doute pour causer plus à son aise avec mademoiselle Charlotte ; de mon côté , j'entame la conversation avec mademoiselle Ninie.
<( Trayaillez-vous aussi dans les schalls, » mademoiselle T— Oui, monsieur. J'ai le » même état que Charlotte.— Et avez-voua » comme elle du penchant pour être ac^ » trice? — Oh non ! monsieur , je n'oseraia H jamais paraître sur un tbéàlre ! »
Elle n'oseraU pas , j*aime assez cette crainle. Cependant elle a bien osé se faire reconduire par un homme qu'elle ne connaît pas, et ceci n'annonce point unegrandé timidité. Je poursuis :
<( Vous logez seule?— Oui, monsieur,...
» depuis six mois. — Et avant cela?-> Avant » cela , je demeurais avec une de mes tan- » tes,... parce que mes parens ne sont pas M de Paris, ils habitent la campagne.. . Je
» tuis de Noisy-ie-Sec, monsieur ; connais- » sez-YOus cet endroit-là ?~Oui, mademoi- » selle, je connais Totre endroit. Noisy-le- » Sec est un Tîiiage assez grand , où il y a n quelques maisons bourgeoises , fort bien n bâties y une petite église d'une construc- » tlon assez élégante, et un joli château. — N C'est bien ça, monsi<eur.— Oh ! je <x>nnals » mes environs de Paris... Et que font vos » parens à Noisy-le-Sec ? — Ils sont.labou- » reurs, monsieur. C'est ma tante qui m'a » fait Tenir à Paris , qui m'a fait donner de n réduction et apprendre un état. — Pour* » quoi donc l'aTez-vous quittée? — Dame , » monsieur, j'ai fait connaissance de Char- » lotte. .. et Charlotte, qui a beaucoup d'es- 1 prit, m'a dit qu'une jeune personne, ne » réussissait jamais à s'établir, tant qu'elle » ne se mettait pas dans sa chambre. Alors n vous concevez que cela m*a donné des » idées... Charlotte m'emmenait souvent » avec elle au spectacle, où je n'allais près- » que jamais autrefois... Nous y causions )) toujours avec des jeunes gens bien aima-
)» bles; d*abord je n'osais pas répondre k n des messieurs que je ne connaissais pas, » mais Charlotte m'a tant dit que j'avais l'air » d'une sotte, d'une niaise, que ça me don- » nerait l'usage du monde de causer avec » les messieurs, que j'ai fait ce qu'elle m'a w dit, parce que c'était pour mon bien. — Je » vois qu'en effet, mademoiselle Charlotte » vous a doiuié de très bons conseils.— Oh n oui ! monsieur, elle m'a, comme elle (lit, » agrandi les idées ; avant de la connaître , w je trouvais que vingt-cinq sous par jour » c'était bien gentil pour une jeune ûlle; )» mair Charlotte m'a fait sentir quecen'é- )» tait pas assez, qu'on ne pouvait pas, avec » vingt-cinq sous, aller souvent au spectan de , s'acbeter"Ues boucles d'oreilles, et » avoir des bonnsts à la mode. ..Moi, je ne » calculais pas tout cela avant qu'elle neme n l'eût appris,— Et vous a-t-elle enseigné le » moyen de vous procurer plus d'aisance? » —Elle m'a dit que toutes les jeunes filles » honnêtes devaient avoir une petite eon- » naissance, parce qu'alors la connaissance
IB MABI ET l'amant. 79
» paie pour elles, et leur donne ce qui leur » manque*. . Qu'enfin^elle araildéjàeucinq.
» petites connaissances , qui toutes lui » avaient donné quelque chose. ~- Et vous ti avez fait comme mademoisdle Charlotte.
n — Ohl monsieur, mot. • je suis un peu » gauche, à ce que dit Charlotte... Quand n un jeune homme ne ïne platt pas , je ne » me soucie pas de faire sa connaissance. — Y» Et il parait que mademoiselle Charlotte » ne tient pas à cette bagatelle-là ? — Je ne » sais pas comment cela se fait, mais on lui » plait tout de suite, pourvu qu*on soit bien » mis et qu^onlui offre de prendre quelque » chose. — C'est qu'elle a probablement n beaucoup de sensibilité et un bon esto* » mai). — Plusieurs fois , quand nous étions » ensemble au spectacle , et que des mes- » sieurs causaient avec nous , j'ai dit bas à » Charlotte : Cet homme-là m'ennuie, il est
» vilain , il est vieux , il me déplaît I Elle me » répond tot^ours : Il a très-bon genre» ma "h chère, et je m'y connais mieux que toi.
» —Mais enfin, vous i^ vous êtes pas mise
80 LA FBMMB,
dans votre ctiambre avec le produit de votre travail... Vous aviez donc des économies !-*Non^ monsieur... Mais alors j*ai rencontré un jeune homme bien aimable , bien mirliflor , bien joli garçon... il m*a offert de m*enle ver de chez ma' tante, en nie disant que j'étais faite pour briller dans un palais; Charlotte m*a conseillé de me laisser enlever... Ce jeune homme me plaisait beaucoup... alors... je... j'ai cédé.. .—Je comprends.— 11 m'a conduite dams la chambre que j habite , au cinquième, rue Aubry-le-Boucher. — Diablel il mfe semble que le palais est un peu haut. — Les meubles qui devaient être d'acajou ne sont qu*en noyer; mais mon bon ami m'a dit que c*^tait plus moderne; je n'ai trouvé dans ma chambre que quatre chaises , au lieu d'une douzaine qu'il m'avait promise ; mais il m'a dit encore que comme nous ne serions jamais plus de quatre à la fois chez moi, il ne me fallait' pas plus de quatre )» chaises. — C'est raisonner comme Dio^ » gène. — Diogène... Oh non! monsieur,
LE MARI ET l'aMANT. 81
» il s'appelait Adolphe , cl puis il avait en- » core un autre nom ; maïs il n'a jamais > Toulu me le dire , parce qu'il prétendait » que ça pourrait le compromettre. M6i , n j'étais très contente dema chambre, que » je trouvaissuperbe ! . . . Charlotte me disait » que cela aurait pu être mieux , mais que » cependant pour un commencement c'éu tait déjà bien gentil. — Et ce monsieur » Adolphe, qu'en avez- vous fait ? — Pendant »,six semaines il est venu me voir tous les » jours. 11 me menait quelquefois au spec* n tacle et diner en ville, mais^nous ne spr- » lions qu'en voiture, 410US n'allions qu'en » loges grillées... Oh ! c'était bien amusant, » et Charlotte me disait que j'étais bien » heureuse ! Maïs, au bout de ce temps-là, » il est venu plus rarement ; puis il ne m*em- » menait plus nulle part; enfin, un matin, » il m'a annoncé qu*il était obligé de partir j» pour l'Angleterre, où rappelaient ses af- » faires ; mais il m'a dit qu'il reviendrait le » plus tôt possible, et qu*à son retour, si » j'avais été bien sage, il m*épouserait peut*
82 LA FEMIEE ,
» être. — Son départ vouiB a fait bien du » chagrin 9 sans doute? -^ Qui» monsieur, » dans les commencemens... Après ça, j'ai » tâché de me distraire; Charlotte m'a de » nouveau emmenée au spectacle. — Et la » recommandation de M. Adolphe l'avezw vous oubliée ? — Charlotte m'a dit que » c'était desbétises,queles hommes disaient » tous la même chose : qu'on lui avait pro- » mis ânquante fois de. revenir l'épouser, » et qu'on n'était jamais revenu ; enfin elle » m'engageait à faire toiyours une autre n connaissance en atjtendant, sauf à lap/aiti> ter /à, si Adolphe revenait. — Mademoi^ » selle Charlotte a de bien bons principes!
» Et vous avez suivi ses conseils? — Pas n encore , monsieur, car je n'ai rencontré » personne qui m'ait plu de nouveau , et » quoique Charlotte prétende qu'on s'a- » muse bien mieux avec un homme quand » on ne l'aime pas ; moi , je ne suis pas de » son avis , et je ne veux me lier qu'avec » quelqu'un que j'aimerai. »
Le babil de la petite Ninie m'intéresse.
eeitejeune filleauiraitpeut-étreëté toujours aage> si die ii*eût pas fait la connaissance de niaxtemotselle Charlotte, qui me fait l'effet d'être un bien mauvais sujet. 11 y a dans l'accent' de Ninie , dans sa maniée de s'ex^ primer, quelque chose de naïf, qui annonce de la franchise... Peut-être tout cela est-il étudié aussi ; à Paris, on sait si bien pren** dre toutes les formes, afifecter tous les toi^... Il faut y être eu garde contre ces niaiseries» ces simi^icitést qui ne sont quelquefois que le résulta* du calcul et du libertinage. A l'école demademoiselle Charlotte, je crofs que l'on peut apprendre beaiHX)up de choses. Cependant celte petite Ninie est bien jeune encore. Dix-huit ans, tout au plus... Ce serait dommage de lui supposer tant de duplicité. Il y avait du Naturel dans le récit qu'elle vieut de me faire.
Nous sommesdans le haut de la rue Saint- Martin; depuis quelque temps Dubois et mademoiselle Charlotte sont toujours en avant d'une dizaine de pas, cependant nous les entendons rire, Icjur entretien parait fort
^^ L4i FEMME,
animé, Dubois gesticule beaucoup suivait son habitude. D*après la manière dont il se penche, je vois qu'il serre tendrement la main de sa compagne, et mademoiselle Charlotte poussa des éclats de rire à réveiller lous les chiens du voisinage. Tout à coup Dubois se retourne de notre côté en nous criant :
» Ha çà, vous autres, vous allez comme » des tortues; mais je ne vois pas trop pour* » quoinous vous attendrions, puisque ces.
y^ tendres amies ne demeurent pas ensem- » ble. Bonsoir donc, bien du plaisir.. «Les M Innocens nous réclament; Deligny, j'irai » te voir demain dans la journée.. .Nous di- » nerons ensemble...
» Charlotte ! . . . Charlotte !...»» crie la petite blonde à son amie. « Tu m'avais promis X) de me remettre jusqu'à ma porte... »
Mademoiselle Charlotte s'éloigne lestement avec Dubois , tout en répondant :
«< Bonsoir, bc^nsoir!.... n Bientôt nous les perdons de vuç tous les <leux , et je rest j seul avec ma<}emolselle Ninie.
« Charlotte n*en fait jamais d'autre 1»
dit la jeune fille d'un air contrarie. « Elle » me laisse là, avec quelqu'un que je ne » connais presque pas.... — Et peut-être » avec quelqu*un qui voui déplaît? »
En disant cela, je c^ois que je pressai as- 9ez tendrement le bras de la petite.
La jeune fille est quelque temps sans me répondre. Enfin, elle dit bien bas : «< Non, )• monsieur.... Je ne dis pas que vous me » déplaisez... Au contraire... »
Voilà un au contraire.qui me semble aussi significatif que le pius souvent des Petites Danaïdes*
Nous continuons de marcher, et bientôt nous arrirons rue Aubry-le-Boucher, rue lale, yilalne, dont les maisons n'ont rien de gracieux ; mais qui est très populeuse , très fréquentée et où il passe presque toute la nuit des voitures de marchands qui se rendent à la Halle , ce qui doit être fort agréable pour ceux qui aitdent à dormir tranquilles... Mais on doit avoir le sommeil dur dans ce quartier-là.*
86 LA ^£HHE)
Je me laisse conduire par mademoiselle NInie, qui s'arrête, à peu près au milieu de la rue , devant une porte d'allée grillée vers la moitié de sa hauteur, en me disant :
a C'est ici , monsieur.
1» -^ Ah ! c'est Ici que vous demeurez ?
N — Oui, monsieur... Au cinquième sur le » devant, la porte au fond du cotHdor... — n Vous avez donc la clef de cette porte ?
» — Non, monsieur, mais il y a un portier » qui demeure à Tentresol; je vais frapper » et il va m'ouvrir. Oh , c'est une maison » bien sûre et bien honnête. Monsieur, je » vous remercie de votre peine; je vous 1» souhaite bien le bonsoir... »
La petite allait frappar, je lui arrête la main enlui disaiU; : « Est-ce que jene pourrai » pas vous revoir? — ^Mais... si, monsieur.*. H si cela vous fait plaisir. — Et vous ? oela » vous en lert*t-il de me recevrâr ?.••• — » Mais... je crois que oui. — Eh bien, j'irai ^ » vous dire bonjour, y êies-vous dans la » jottf^ée? — Certainement, toute la jouri> née je travaille, jene sors presque jamais*
LE MARI BT l' AMANT. 87
» ^ Au revoir^ en ee cas. A propos : quel » nom demanderai-je, car tous vous ^ppe- » lez sans doute autrement que Ninie ? — » B'aboffd c'est Fannie que je m'appelle, on » me nmnme Ninie parce qne c'est plus » i;entH... Vous demanderez mademoiselle » Bornait, ou Fanny Boîssard, comme ». TOUS voudrez. D'ailleurs je tous dis que » c'est au cinquième au fond du collitlor, et » c'est moi qui vous ouvrirai la porte. — » C'est entendu... à demain... Ne puis-je » pas vous embrasser en attendant? — » Mais... si , monsieur. »
La petite me tend son visage et se laisse embrasser de fort bonne grâce, puis elle frappe, on lui ouvre, elle entre et me taid encore là main à travers la grille en me disant : Au revoir.
Voilà donc une liaison de comn^encée avec une petite grisette à laquelle je ne voulais pas donner le bras. C'est ce maudit Dul^s qui est cause de tout oela.... Voilà où nous entraînent les mauvaises connaissances, elles perdent les jeunes gems comme les
88 LA fBUHE,
jeunes filles.... Mais €ette petite Ntoie est plus gentille qu'elle ne me Favait semblé ' d'abord; après tout^ j'irai ou je n'irai pas. Ceci n'est qu'une plaisanterie sans importance, rien ne me force à me lier avec cette jeune fille. . • Je puis même aller la voir par ' pure curiosité et sans qu'il en résulte rien ! . . . Mais allons nous coucher; demain il fera jour.
LB haei et l'amakt. 89