CHAPITRE VIII
Les visiter.
Me voilà donc entièrement libre; jamais, je l'avoue , je n'ai goûté si vivement le bonheur d'être maître de mes actions. Je pourrai voir Augustine aussi souvent qu'elle le voudra , et si j'en crois ses yeux , sa voix , si j'en crois mille riens qu'un amant seul devine, j'obtiendrai bientôt le plus doux aveu; de là au comble du bonheur il n'y a jamais loin... Je commence à me lasser de n'avoir que des espérances.
Il faut que je revoie Dubois pour savoir où j'en suis avec madame Ledoux. Je me rends chez lui , où il m'a promis de m'attendre, et je le trouve se faisant mettre des
LE MA ai IT t*AKAI«T. 30K
papillotteft par une dé ses voisines tesbiûn**chisseuses.
Dubois me dit tout^ ce qu'il a fait hier ^kirea mon père, je suis tenté de le gronder, mais je ne puis m'empécher de rire.. U.me raconta la scène de l'Àtiglais et la colère de inaiiam^ Ledpuxv qui £r mis mademoiselle Oiraivd àlaporte j én£n il prétend que nous lio'deivons rien à.madiane Ledoux^ et qu'il lui a payé dir fois, la valeur de son apparte» imeâtp Je laisse Dubois se faire friser teui k son aise, et je retourne dfins iaioB quartier. < i Je ne suis pins qii'i deux pas dé ma rue , lorsqu'une jeane. femme pousse un îcrî e,a ^s'arrètant devant moi. Cest Ninie, que je n'avais pas vue de^if iong-teiçpâyet'.qut est mise avec beaucoup. plus de repherâlie qu^autrefois. . \ <
<i Ahî vous: v^iW( M. Paul, je suis bien » cotfteniè dedans rencontrer!... Je vieiis » de chez voas.' — Ah J vous venez de cher » môi?^ — Oui... il y a si liong-temps que
» je ne vous ai vu Vous ne viendriez
>» jamais me voir chez ma tante, vous* — m. i8
206 LA Fim ,
Mi.Yraiment, Ninie , je n'aipas eu le temps; » cependant j*aî souvent pensé à vous , j'é- -$■ taisiétoniié de ne pas avoir de vos nou- }i velles. Mais vous avez line tdilette char*- » mànteé.. Quelle coquetterie mainteâaat V dans la mise !.•. AU! Ninie!.. il vous est 'K :afrrîvé quelque aventura depuis que je, ne 1» TOUS ai vue.... -^.Oht oui, j'ai bien des ji cboses à vous raconter*. • C'est pour cela n que j'étais allée chez vous;... inais ivous M y retournez,... je vais aUer avec vous , ai ». ça ne v^us gêne pas. — Non, sans doute. »
. J'aimé mieux que Ninie vienne chez moi ique de causer avec elle dans la rue. Nous nous acheminons vers mon logement qui est à deux pas. Mon portier me crie : « Hon- » sieur, il est venu une jeune demoiselle » pour... »
Il tfachéve pas, il vient d'apercevoir Ninie qui monte avec moi ; il sourit d'un air malin, et rentre sa tête dans la loge en ^ 1» disant : « Ah ! je vois que monsieur sait % qui est-ce qui était venu. •
Nous voici chez moi. Je fais asseoir Ni-
1BMA,RIET L^IAIIT. SOT
nie, je Fembrs^e... aveo amitié seakineat, car je suis trop occupé d'Augustine pour airoir des distractions, et je prie la petite blonde de parler.
« Vous savez, M. Paul, que je suis rac-
« coixunoâée avec ma tante, que je ne vois
» pins Charlotte , que je suis bien sage ,
yi bien tranquille, et que je travaille toute
» la semaine sans quitter. — Oui, Ninie,
» vous m'avez dit tout cela, et je vous crois»
» — Nous étions allées au bal d'Âuteuil aveo
» ma tante et des dames de ses amies, par
» hasard. • . et je ne m'étais guère amusée!* ..
» — Enfin , Ninie? -r- Enfin , pour revenir,
« comme ma tante était lasse , nous avons
» pris un coucou ; j*étais assise à côté d'un
» jeune homme , et comme le coucau nous
» secouait un peu , à chaque cahot je me
n trouvais sur lui ; mais te jeunei homme
n était bien honnête, c'était toujours lui
I» qui me demandait excuse de ce que je
» tombais sur ses genoux. Si bien que: l'on
» a causé tout le lon^ du chemin et que ce
» jeune homme nous a tout de suite dit
W&8 tAFEfflHB^
)i qu!il était garçon pâtissier, mais que son «père devait lui dbziner de qu(H 8*étflbUr » traiteur quand il se merierait. JNious som*- » mes rentrées che^ nous; mais le lende-^ > main j'ai rencontré ce même jeune homme il en sortant de chez tnoi. il m^a abordée eii V me disant qu'il avait rêvé de moi toute !& » nuit, et qu'il voudrait bien être encore » dans le coucou. Puis il m'a demandé la » permission de venir me voir chez, ma tante^ » parce qu'il n'avait que des vues honnêtes , ft et qu*il voyait bien que je n'étais pas une » demoiselle qui écouterait des bêtises.
» — Eh bien f Ninie, vous lui avez permi»
te d'aller vous voir* — Dame , quoiqu'il ne Il soit pas bien grand et qu'il n'ait pas votre » tournure, comme M. Bénin parle tou- 9 jours de mariage, ça ma fiait faire de»
«réfleiions... Bref, il est venu chez ma- ». tante, et depuis ce temps*lâ, il me fait la I» cour bien sérieusement !.«• Ma tante, qut j». à pris des informations , dit que c'est un n honnête garçon qui me rendra heureuse.
4 Uoi , je le trouve un peu bête , et je n'en
LB H&.RI KT l'amant. 309
n suis pas très- amoureuse; mais je* serais
» pourtant bien aise de me marier. Je lui
» mi dk que je n'avais rien du tout eu dot ;
3> il m'a répondu que j'arais monianooeoce,
» et que ça lui suffisait. J'avais bien envie
«> de lui parler de ma liaison avec' Adolphe
a et TOUS , mais ma tante me l'a défendu.
i> — Je crois que votre tante a eu raison ,
» oes confidences -lÀ ne font jamais plaisir
» à recevoir. Si M. Bénin vous aime, il sera
» fort content de vous épouser telle que
» VOUS êtes. -** M. Béoin est très-galant,
>» très-^généreux, il m'apporte chaque jour
» quelque petit présent, que ma tante veut
• bien que je reçoive ; mais je ne voulais
» pas l'épouser sans vous en avoir demandé
^ la permission. -*- A moi , Ninie ! . . . • Est-ce
' « que j'ai des droits sur vous ? — Il me sem-
y» blait que oui. »
Pauvre petite ! elle me dit cela d*un air attendri ; il y a plus de sentiment dans ce peu de mots que dans de longs sermons !...
Je prends une des mains de Ninie, je la presse .avec amitié et je lui dis : « Ainsi m. . i8.
SIO LA FEIHE,
» donc, si je vous priais de ne point épou-
n ser M. Bénin, vous refuseriez sa main? —
» Oh !^ mon Dieu oui ! je n'y tiens pas beau-
n coup, je TOUS assure. — Et moi, Ninîe, je
» tiens à vous voir heureuse et établie ; épou-
» sez ce j^uue homme; puisqu'il vous offre
n sa main ^ quoique vous n'ayez rien, c'est *
» qu'il vous aime réellement.- Je suis per-
» suadé que vous serez heureuse en mé*
» nage , et que votre mafi ne se repentira
» jamais de son choix. — Dame... certaine-
» mentquesije l'épouse... jeluiseraifidèle...
» et puis M. Bénin a l'air bien doux, et il m'a
» promis qu'il ferait toutes mes volontés ,
» que je serais la maîtresse. — Mariez-vous
» donc , ma chère amie , je vous y engage
» très-fort. — Allons. . . En ce cas-là , j'épou-
» serai Bénin dès qu'il aura le consente-
» ment de son père, et nous nous établi-
» rons dans les environs de Paris... Je vous
» enverrai mon adresse^ et vous viendrez;
» me voir quand vous' passerez par-là....
» N'est-ce pas? — Sans doute; j'irai vous
» voir comme ami. — C'est bien ainsi que
LE M4BI ET L^MAlfT. 21 î
» je Tentends , monsieur ; quoique ça , si
» vous ayiez pu venir à ma noce , j'aurais
n été bien contente... Oh! je n'ai qu'à dire
» que TOUS êtes de nos amis , et Bénin ne
» dira rien.... Il ne Toit absolument que
M par mes yeux, ce garçon-là. — Ma chère
» amie, je crois qu'il est beaucoup plus
n convenable que je ne sois pas à votre
n noce. ^ — Alors je me marierai sans vous.
» £t vous, M. Paul, quand vous mariez-
» vous?... Vous ne dites rien. Est-ce que
» vous n'avez pas de confiance en moi?...
» — Ah ! Ninie, je ne puis pas me marier,
» moi!... — Cependant, vous n'êtes pas
» sans avoir un sentiment, à coup sûr... —
» Oui, mais je ne puis pas épouser ce senti*
» ment-là... Quelque jour, Ninie, je vous
» conterai tout cela. »
Ninie reste encore long-temps chez moi; elle me détaille ses projets, ses plans de conduite lorsqu'elle sera mariée ; je l'écoute avec plaisir, on en a toujours à voir heureuses les personnes que Ton a aimées. Cependant l'heure se passe. Ninie songe qu'il
LA FEIBB ,
est temps de retourner chez sa tante , moi je sens qu*ii est Fbeure de mon diner. La petite se lève, me dit adieu. Je Tembrasse sur le front, je la regarde déjà comme ma**' riée. Je ne sais pas si cela lui plaît beau** coup, mais elle tourne et retourne autour de moi, elle ne s'en Ta pas,, c'est moi qui lui répète : « Adiçu JViaie. » Enfin elle part tout d'un trait eu murmurant un adieu étouffé... Ah ! JH. Bénin !... Je crains bica que... Mais cela ne me regarde pas.
. . AUoils vite diner, pour être plus vite che£ Augustine. Mon portier sourit malicieusement en me regardant : ces portiers du Marais ne. sont donc pas accoutumés à ce qu'un jeune homme reçoive des visites de femmes!...
J'ai bientôt fini de dîner; je cours chez Augustine , je pense qu'elle ne sera pas fâchée d'apprendre que mon père n'est plua a Paris, et je monte gaiement chez elle.
« Madame n'y est pas, » me dit la do«« mestique en m'ouvrant la porte. — « Ma- »^ dama n'y est pas !.. £t elle ne vous a pas
IB M4RI tT-L*AMAIVT. 218
là dit de m^apprendre où elle est frUée ? où
* je pourrai .la retrouver? -r- Non, mon-
* sieur. »
Je ne oocçoîs rieci à cela ; elle , qniî ^o sort presque jamais!..^ £t d3« de^aît^'bîea penser que je-Tiendvtis... Je m'^loiguàttis* temadt, je marche au hasard; ai jeaaTais où }a rencontrer!... Cette absence ne me semble pas naturelle. Je me sùia. assez promené , allons voir si'«Ue est rentrée.
u Madame n'y est pas, » me répète I^ bonne. Ces ge&s-lè tous disent cela a¥«c un sang-froid qui vous tuei... Madame n^y est pasi*. C'est d'un ridicule !.. Il faut encore m'éloigner sans la voir... Et ne pas daigner me faire dire où elle est! Allons je ne re- Tiendrai pas de quinze jours.
Un quart d'heure ne s'est pas écoulé que je brûle de retourner m'informer si: elle est rentrée. J'attends la nuit cependani^ alors je regardent ses fenêtres. . . Il y a 4^e la lumière dans sa chambre à coucher. On ne me dira pas cette fois qu'dle est soi^tîe.
Je monte , je sonne , je ne donne pas^ à
S14 LAFKXai,
la bonne le temps de me parler, je m'écrie t tt Madame y est, j'en suis ^ùc, je lai Tué à » sa fenêtre... — Oui,- monsieur, madame y 1* est... c'est yrai... Mais elle neyeutrece- »• voîppertonne... — Recefoir personne !.^ » Mais je ne suris pas «ne personne 91 moi, » mademoiselle^ et cette défense ne peut me » regarder. ^— Si, monsieur, puisque è'est » pour TOUS, justement que madame la don* 1» née. — Pour moi!.» y
Je suis anéanti !.. Elle ne veut plus me recevoir... Qu'ai -je donô fait?.. En quoi fti-je de nouveau mérité sa colère?.. Ah !.., quelle idée... Si c'était... si elle avait vu*....* courons interroger mon portier.
En un instant je suis chez moi, je pireads mon portier à l'écart, et je lui dis : « — Penn dant que cette jeune fille était chez, moi n aujourd'hui, est -ce qu'il est venu une » dame me demander? n
Mon portier commence par sortir gravement sa tabatière de sa poche, et le bourreau ae fourre une énorme prise dans la nés avant de me répondre : « — Monsieur.»...
LE VAIl ET L*AHA?IT. . 21^
» ottendez donc... ouest venu.... oui.. <aôn y M on nest pas vena .pour vous., ^-4»^)V«!U8 n êtes sûr? — Ah!., on a bien apiportéla » lettre qui est là..: mais c'est depuisi -^ » Une lettre... pour qui? — Pour monMen?»
» — fet vousnemèladonn€zpa&?^..4r-Oh,!
n j'avais toujours le temps... •• j*ét«is bîea n sûr de saisir monsieur, quand il rentre* n rait coucher, »,
Moi , je suis tenté de saisir ce .drôle-là k ia gorge , mais je me retiens et je me fais donner la lettre.... C'est de sa main... ah!
je vais donc saToir la cause de sa conduite.
« Je pars demain pour la campago/e , ne n TOUS donnez pas la peine de venir chez I» moi, TOUS ne m'y trouTcriez plus. Je suis * persuadée que vous ne tous ennuierez 1» pas en mon absence; quand on reçoit des M Tisites agréables le temps passe Tite.
M Adieu, monsieur, je tous fais compliment » de yos amours.
» AUGUSTISB* »
âl8 LAFEEUI,
Bes yisîtes agréables... mes ahiours...
Umt'e^ éclfiirct !.,. die sait que Kinie est vewke ch[6z moi... et c'est poiHr cela qu'elle ne ^ut plus me toît. C'est doncla jaloùsiV.
qui câuse sa colère... Abl je respire*. • cette dëcourer-lè lEie fait un bien 1... Mais il faut qm je me justifie.*, je n'entends pas quelle parte pour la campagne sans m'avoir entendu... écrivons-lui sur-le-champ ^ elle «ura înai lettré ce soir.
Je preqds la lumière dé mon portier, je bionte che2 moi , je n'écris que ces deux fignes: « Daignez m'en tendre, madame^ et » voua verrez si c'est encore par amour que » Ton vient me rendre visite. »
Je mets l'adresse, puis je descends quatre à quatre, et sans songer à reprendre la lumière, je Teux remettre la lettre à mon portier. Arrivé en bas , je cours brusquement vers sa loge , je n'ai pas vu que la porté de la cave était ouverte, je me jette dedans. •• mon front a porté contre un angle... je reçois un coup affreux , je tombe sans connaissance sur le pavé.
LE MABt IT L^AMARt. S17
Lorsque je reyiefis à moi, je sois daiu
mon lit, ma chambre est éetaii-ée faible*
ment,, une ?ieille femme, que je reconnais
jpour la sœur du portier , est assise & taon
^. chevet; la tète me fait bien mal. « — r^ Oia
» vous a saigné , » me* dit la vieille femme,
« c'était bien nécessaire Tâchez de
n dormir, car vous avez reçu un furieuï » coup. » . »
A h !je me rappelle maîiitenant !.. - il faut donc se résigner et rester*là. Je passe une nuk fort agité , j'ai de la fièvre , et là coi>trariété que j'éprouve doit raugmenteren** core. Le lendemain cependant mes idées sont plus nettes» . . je me rappelle malettre.i . je fais venir mon portiez... Hélas!... il Fa trouv éeà mes pieds et l'a mise dans sa poche au lieu de la porter à- son adresse... il prétend que le plus pï^ssé était de me secourir.... Vous verrez qu'il faudra que je lui donne raison. Elle sera partie pour la campagne!.... Si pourtant elle avait différé son départ ! J'envoie à tout hasard mon portier chez madame Luceval. S'il la trouve, je xiu 19
218 L\ fllHB y
lui recxHnmànde de remettre l^leUfeà diemèihe , et de rocontei' Facscideal; qw\ Qu'est àrriyé. Quand il s'agit de bavarder » je §uis certain qu'il s'acquittera bien -de «a commission.
. Je com]^té les minutes de son absence, il est long-temps... tant mieux... il revient, il l'a trouvée... elle n'était point pajftieL»^,. elle a ma lettre, elle sait ce qui m'est arrivé!... — «Et qu'a-t-elle 4it en apprenant » cela? — Oh! monsieur!., cette dame a n pâli, que j'ai cru qu'elle allait aussi s'éva- I» nouir. — Fort bien... — Et puis elle » tremblait de tout son corps. — Très-bien.
» — Et puis elle avait l'air d avoir tant de » chagrin!.... -r- Bon! bon!... — Ah!
«• oui , bon ! bon!... c'est-à-dire que c'était Incapable de lui donner une maladie f en- » fin je l'ai rassurée sur monsieur, mais » quoique ça , elle a dit qu'elle enverrait » tous les jours savoir de. vos nouvelles. »
Tous les jours!., elle nç piartira donc pas !... cette idée me console un peu. Je ne suis pas encore en état de sortir. J'ai. de la
Il HARt IT l'AIANT. 919
fiôfre , j^ép^ttve un abattement général. Il faut '<|ue je me soigne, si je ne reux pas devenir sérieusement malade. C'est l'arrêt du médecin. Soignons-nous donc pour guérir plus vite.
Quel ennui lorsqu'on est malade cle n'être entouré que de gens qui nous sont mdi& férèns, de ne recevoir que les soins d'un mercenaire M., combien alors on regrette le toit paternel; et les douces attentions d'une mère ou d'une sowir.
Quatre jours se passent , ils m'ont semblé bien longs !... mais elle a tous les jours fait demander de mes nouvelles. Enfin je me sens beaucoup mieux. Je me lève, et après-demain j'espère pouvoir sortir... D'ici
cbez elle c'est si près f Gomment passer
le temps jusque-là... Ah! écrivons à Dubois pour qu'il vienne me voir, cela me distraira.
J'ai écrit à Dubois, mais on ne l'a pas trouvé chez lui. La journé s^écoule, et le lend^êmain , je renvme ma vieille garde , je me sens assez bien pour n'avoir plus besoin
de. 'peiredAue^ jai méaie ea^îe de %Qfti;r <]qoique le médeiciii ipe ^^ait ^éfejiuiu » je balance, je s(uis prêt & céder au j^a&iç;gui me presse , fersqu'an frappe douçeaief^t à ma porte. / ,
C'est SubaU sacs doute. •• jû irais Di^vfir.
Oh boniteur {..« c'ést-eUe 1... c*e$t madame Luceval qui est devaût moi , et qui pçAissa un m de surprise en me trouvant levé;, parce que mou p<u*tier lui avait dit que j'é* tais très-mal.
. « — Ah t madame ! que vous êtes bonne !..
n votre présence va me rqndre eattièrem^nt n la saifté. — • J'ai pensé que ma visite vQua p causerait ^peut-être quelque plaisir..,. ^\, p cela. m*a fait passer par-d^s^s certai^ies >? convenances; quand on a véritabieni^effit H de Tamitié pour les. gens , il me semble » qu'on leur doit bien quelques saori&ces^,.
n mais je vous avoue que je ne vous croy^ii » pas en état de fOus lever... on ^ous afait »» dit si moldde*.. — Esl-cè ^ue^pus êtes n fâchée de me trouver g!uér4?rrltail.;<f<« v^ mais...» i*
LE M4RI ET l'aHANT. S21
Je la conduis a un siège, je m'assieds près d'elle; je suis si coûtent, que pendant quelques instans , je ne puis que la regarder , eo répétant : « — Vous venez rae lavoir.*, ah! que je suis heureux de lacci- 1^ dent qui m'est arrivé ! — Il est certain que n àans cela»«. -*- Vous partiez pour votre ■)! campagne , et vous me défendiez d'aller « TOUS voir!*.. Qu'avais -je fait, madame, » pour mériter tant de rigueur ! — Tenez , }» ne parlons plus de cela... quelquefois je 9 suis si bizarre. •• si ridicule... je ne sais ^» pas oe que j'avais... Monsieur votre père M n'est donc plus à Paris? — Non, madame, n il s'est aperçu que je le trompais sur ma M position, il. s'est fâché, et il est reparti n brusquement. . . je me trouvais de nouveau 9> heureux d'être libre, et j'allais vous faire >» part de cet événement : quelle a été ma » surprise , lorsqu'on m'a dit que vous ne » vouliez pas me recevoir... qu'avais-je donc » fait, madame! d'où pouvait naitre votre )» courroux? — Mon courroux... mais vous » vous trompez... je n'en avais point.... — m. 19.
S22 LA FEHVB,
» Ainsi c'est sans aucun motif que tous re- »» fusiez de me voir? »
Elle se tait . . . elle rougît , elle ne veut pas convenir qu'elle m'a vu avec Ninie ; je-Fy forcerai bien.
« — Du moins, madame; vous voudrez » bien, j'espère, me donner l'explication » de ce que disait votre lettre... •^— • Ma let- » tre... je ne sais vraiment plus ce que je » vous ai écrit... dans ce moment-là... j'î- » gnore à quoi je pensais... je vous avais » aperçu dans la rue , causant avec cette n petite fille, -que j'ai fort bien reconnue. •• » je vous ai vu ensuite la mener chez vous... » cela m'avait semblé singulier... d'après » ce que vous m'aviez dit... Mais j'ai eu » tort dans ma lettre de vous plaisanter à » ce sujet... vous êtes bien libre et je ne » vois pas ce quivous empêcherait* de con- » tinuer à avoir cette jeune fille pour maî- » tresse. »
Elle veut cacher sa jalousie. . . Elle ne veut donc jamais que je sache qu'elle m'aime !...
Mais je n'y tiens plus, et je m'écrie: a —
LE MARI ET l'aMA^NT. 29S
» Non, mïidame, non, cette jeune fille n'est » plus ma maîtresse; elle ne venait me voir M que pour m'annoncer son prochain ma-* i> riage , et me demander les conseils d'un n ami. Je sais qu'il vous est fort indifférent 1» que j'aime quelqu'un, pourvu que ce né i> soit pas vous , à qui vous m'avez si bien » défendu de parler d'amour. Vous devez » être contente, madame ; je vous ai obéi ; « pour vous satisfaire plus encore, je vais » aimer toutes les femmes, je vais chercher )» à plaire , je vais me marier, enfin... peut- » être , alors , m'honorerez-vous de toute » votre amitié. »»
Augustine veut sourire , mais sa voix est altérée, et elle se lève brusquement en me répondant : « — Vous ferez très-bien, mon-.
ï> sieur, et je vous y engage. »
Elle va partir , je l'arrête, je tombe à ses genoux, en murmurant : u — Ne savez-vous n pas que je ne puis jamais en aimer une » autre que vous!... que ce n'est que pour » vous obéir, que je me contrains à vous » taire mes sentimens! Mais dussiez-vous
S24 LA FEHIIIE ,
» me bannir encore- de votre présence , il 1» fa^t que je vous répète que je vous aicoe. .. » que je vous adore. . . que je ne veux aimer ?> que vous. »
Elle lève les yeux sur moi. . • ^mais ce n'est pas du courroux que j'y vois. . • Ses yeax sont mouillés de larmes, elle me soi^rit tendre* ment: •< Quoi!... vous m'aimez toujours !.<, » — Depuis que je vous connais mon cœujr n n'a point changé. — Hélas! le mien a 9 bien changé au contraire... Moi, qui ^ croyais ne plus pouvoir aimer... Moi, qui » en vous recevant d'abord ne voulais qua » savoir par vous des nouvelles d'une autre SI personne... Je ne sais comment cela s'est » fait;... je me suis habituée à vous voir 41 chaque jour; je pensais n'éprouver pour » vousquedeTamitié... Je le croyais alors...
3» Mais le temps où j'ai été sans vous voir me » sembla bien long... Déjà je commençais n à craindre de vous aimer trop pour un » ami. Juliette me parlait souvent de vous; » elle prétendait que j'avais agi avec dureté » à votre égard. . . Vous êtes revenu ; . . . mais
-cK HAii «T l'ahakt. 228
n TOUS ne m^.p^r\hi plu^ de vos ^entimens. . . H Je me persuadai que vous aviez cessé <le 9 penser à moi,f.» et cela me fifc de la n peine. •• Je ne voulais pas vous aimer ,.*• » et pourtant... je voulais être aimée de » vous.. «C'est bien ridicule, n'est*cepas?... » Je sens que j'ai trop compté sur. mes » forces... Il no &ut pas i mon âge atoir « un ami comme vous. ITotre coaur s'y » trompe quelquefois !«... — Si un autre n'a ^ pas su apprécier le trésor qu'il possédait » » faut>il pour cela vous condamner tout la » vie à une froide indifférence? — Mais...
» en vous aimant,... no suis^je pas bien >• coupable... »
Elle m'aime!..^ Cet aveu vient de lui échapper , et dans son trouble , elle cache ses beaux yeux, et veut se détourner de moi... Je saisis sa main, je la couvre de baisers... En ce moment on frappe à ma porte.
Maudite visite!... Augustine a pâli, elle se lève et me regarde avec terreur, u Je n'ou- » vrirai pas, lui dis-je à demi-voix. — Mais
226 LA TEKSI , LK HAEI It L*àllAHT«
1» votre portier qui m'a vue monter chez » vous. — Ah ! je suis sûr que c'est Du- » bois ! . . . — Otiy rez , je vais entrer dans ce ti cabinet... Je né Touârais pas 'qu'il me n trouvât chez vous... — Êh bien! entrez...
w Ôh ! je vous réponds que je vais ïe ren- » voyef bien vite ! . • . n
Augustine entre dans an petit cabinet qui est à la tète de mon Ut , j'en ferme sur elle la porte vitrée. Je me promets de faire des signes à Dubois pour qu'il comprenne que j'ai du monde, et qu'il s'en aille sar-lechamp.
Je vais ouvrir... O funeste méprise!...
C'est Jenneville qui entre chez moi.
««AIVW«^A/^MAAA/>A/WA/VWVUWWV«AAAA«VV\<\AA n/«AIW\A/VV\AA/W%