‹ La femme, le mari et l'amantChapitre 1 sur 17 · LE MARI ET L*A JUANT · texte numérisé non relu

LE MARI ET L*A JUANT

CHAPITIUE PREMIER.

Première représentation d'un Mélodrame. — La capote pensée.

« Mesdames, serrez*votis un peu sûr la n gauche...* Et tous, messieurs, appuyez » sur les dames. •• Il y a encore une place... » On doit tenir dix et vous n'êtes que neuf. . . » Il faut que le compte y soit.

» — Le compte..!.... Est-ce que Ton Tient » au spectacle pour être encaissé comme » des sardines ?.. . Vous voyerbien que nous » sommes déjà gênés ; où diable touIcz-tous «placer encore quelqu'un? d'abord, moi, » je ne me dérange pas.

» — Allons, FouTreuse, laissez-nous en » repos. Il n'y a plus de place...

•» — Je TOUS dis, monsieur, qu'on doit te- I. I

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» nir dix.. .—Ne Toyez-Tous pas que ce mon- » sieur et ces deux dames qui tiennent le ^\'oài^ peweiat compter pour qqatrQ au » moins. ••

» — Ça ne me regarde pas, monsieur....

» ïTadame, entrez donc Il y a une

» place... Si ces messieurs ne veulent pas » se déranger, je ferai venir l'inspecteur... » Passez donc, madame ; si vous ne la pren nez pas j'y mettrai une autre personne. . . »

E^ diaaat <$es mQt^, une yieUle femme Qfiaigre, à la^ voix ^sillarde, et. que l'on a déjà reconnue pour une ouvreuse de loges,' sans s'inquiéter .dçs u^nrouires que faisaient entendre les personnes placées sur la pren^ière banquette du balcon, poussait vers npus uoe jeaiue femme qui semblait hésiter pour prendre la place que l'ouvreuse lui indiquait.

Moi, j'étais assis sur le second baac; aimant mieux être là. que sur le devant, je n'avais pas demandéla {^ce que l'ouvreuse o£Frait à la dernière persoime arrivée; mais je tournai la tète pour voir cette dame, car

LE nàM IT l'ahart. s

on va souvent au spectacle autant pour voir le monde qui est dans la salle que pocir écouter la pièce ; je me retournai donc , et je vis une fort jolie figure, ce qui n'est pas rare à Paris, mais une figure qui me plaisait beaucoup, ce qui est bien différent ,* caries goûts sont très variés, et, tout en rendant justice à la beauté, on lui préfère quelque-^ fois une physionomie dont les traits h'ont aucune régularité, mais dont l'expression a pour nous plus de charme.

Cette dame, ou cette demoiselle, car il me userait encore difficile de décider cette ques-tion, parait âgéedevingt-qnatre ans environ^ elle n'est ni grande ni petite, ni brune m blonde ; quant à ses yeux. .. Ma foi je ne puis pas encore affirmer s'ils sont noirs ou bleus ; elle a un grand chapeau, et je n'ai pas pour habitude de regarder une dame de manière à voir sur-le-champ dans le blanc de ses yeux; ce qu'il y a de certain , cependant , c'est qu'elle est fort bien*

J'ai offeit ma main pour que Ton puisse passer par-dessus la secoode banquette^ la

LA FSMHK

^«me s'appuie légèrement sur moi ; je puis voir maintenant qu'elle a un petit pied , un bas de jambe qui est parfaitement pris, et, de plus, qu elle est chaussée avec beaucoup de soin : je tiens infiniment à ce que Ton soit chaussé proprement; je n'augure pas bien de ces dames qui ont un beau schall et des bas sales.

Mais ce monsieur qui a déclaré à l'ouvreuse qu'il n'entendait pas être traité comme une sardine, quoiqu'à la maigreur de son corps et à la longueur tranchante de son profil, on puisse croire qu'il a été longtemps pressé dans une bourriche, ce monsieur, sans se retourner, a mis son chapeau entre ses jambes; il parait décidé à ne point céder un pouce de terrain. Son voisin, jeune homme dont la figure est plus aimable^ s'est retourné, comme moi, pour voir la personne que l'on veut placer à côté de lui ; probablement que , comme moi aussi , il trouve cette dame à son gQÛt , car il se range de côté, fait une petite place, et la jeune dame, long-temps indécise, arrive

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enfin sur le devant et s'assied, d*un air timide , entre ces deux messieurs.

Le personnage à figure de èouperet conti* nuede murmurer, dese plaindre, de maudire les premières représentations. L'égoïste !••• Se plaindre parce que cette jeune dame est tout contre lui , parce que ses bras et peutêtre ses pieds touchent les siens !... Ah ! je Youdrais bien être à sa place I.... Mais je n'ai pas trente ans et ce monsieur en a près de soixante : il me semble cependant que , même lorsque je serai vieux , j'éprouverai encore la douce influence de la beauté...

Peut-être n'en sera-t-il rien.... mais il faut toujours espérer.

Cette dame a murmuré quelques phrases:

« Messieurs. . . je suis bien fâchée. • . si je vous » gêne trop, je ne resterai pas... »

Le grand homme sec n*ose cependant pas la renvoyer, c'est bien heureux. Le jeune homme se serre encore pour lui faire de la place , et lui jure qu'il est fort à son aise... J'étais sûr qu'il la trouverait aussi de songoût.

6 LA PEHMS,

Il parait que cette dame est seule, ear je ne vois venir personne avec elle. Seule au spectacle et au balcon... hum! Cependant ne préjugeons rien; elle peut avoir un mari , un parent ou un ami au parterre ; on peut venir l'attendre à la porte.

La salle s'emplit. IVous sommes an théâtre de la Gaîté. On va jouer la première représentation d un mélodrame ; c*est une grande affaire pour tous les habitués, pour les amateurs du boulevard du Temple , et même des autres quartiers; en effet, pourquoi ne viendrait-on pas aussi bien aux mélodrames des petits théâtres qu'à ceux des grands ; depuis quelque temps ne donne-t-oii pas des mélodrames partout? L'année mil huit cent vingt-neuf fera époque pour cela... et nous sommes dans cette année-là.

Il reste encore deux places près de moi , mais la porte du balcon s'ouvre ; deux dames entrent , ou plutôt se précipitent : celles-ci n'attendent pas que l'ouvreuse leur dise s'il y a encore de la place ; elles n'enjambent point, elles sautent, elles se jettent sponta-

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