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» suisdeNoisy-le-Sec, monsieur, connaissez- I» TOUS cet çndroit-là? — Oui, mademoiselle, >» je connais voire endroit. Noisy-le-Sec est n un village assez gprand , où il y a quelle gués maisons bourg^eoises, fort bien bâties, *» une petite église d'une construction as- » sez élégante , et un joli cbàteau. - — C'est N bien ça , monsieur. — Oh ! je connais mes » environs de Paris. . • Et que font vos parens » à Noisy-le-Sec? — Ils sont laboureurs , mon- » sieur. C'est ma tante qui m'a fait venir à N Paris, qui m'a fait donner de l'éducation » et apprendre un état. — Pourquoi donc » l'avez-vous quittée? — Damé, monsieur, » j'ai fait connaissance de Charlotte.. • et 1» Charlotte, qui a beaucoup d^esprit, m'a » dit qu'une jeune personne ne réussissait » jamais à s'établir , tant qu'elle ne se met- » tait pas dans sa chambre. Alors vous con- » cevez què^ cela m'a donné des idées...
» Charlotte m'emmenait souvent avec elle » au spectacle , où je n'allais presque jamais » autrefois... Nous y causions toujours avec » des jeunes gens bien aimables; d'abord je
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» n osais pas répondre à des messieurs que » je ne connaissais pas , mais Charlotte m'a » tant dit que j'atais Tair d'une Sotte , d'une » niaise, que ça me donnerait l'usage du » monde de causer a^ec lesi messieurs , que » j'ai fait ce qu'elle m'a dit, parce que » c'était pour mon bien .—Je vois qu'en effet, » mademoiselle Charlotte vous a donné de » très bons conseils. — Oh oui! monsieur, » elle m'a, comme elle dit, agrandi les » idées; avant de la connaître, je trouvais » que vingt-cinq sous par jour c'était bien n gentil pour une jeune fille; mais Charlotte » m'a fait sentir que c6 n'était pas assez, ï» qu'on ne pouvait pas, a?ec vingt-cinq » sous 9 aller souvent au spectacle, s'ache- » ter des boucles d'oreilles, et a?oir des bon^ » nets à la mode«.. Moi, je ne calculais pas I» tout cela avant qu'elle ne me l'eût appris. » — Et vous a-t-elle enseigné le moyen de » vous procurer plus d aisance? — Elle m'a » dit que toutes les jeunes filles honnêtes » devaient avoir une petite connaissance , » parce qu'alors la connaissance paie pour
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» elles , et leur donne ce qui leur manque. • . n Qu'enfin, elle arait déjà^ eu cinq petites » connaissances, qui toutes lui ayaientdonné » quelque cbose.^ — Et vous avez fait comme n mademoiselle Charlotte* — Oh! monsieur, /» moi*., je suis un peu gauche, à ce que » dit Charlotte... Quand un jeune homme « ne me platt pas , je ne me soucie pas de » faire sa connaissance. •'— Et il parait que I» mademoiselle Charlotte ne tient pas a •• cette bagatelle-là? — Je ne sais pas com- )• ment cela se fait , mais pn lui plaît tout de » suite , pourvu qu'on soit bien mis et qu'on • lui offre de prendre quelque chose. — M C'est qu'elle a probablement beaucoup de H sensibiUté et un bon estomac. — Plusieurs » fois, quand nous étions ensemble au speo* n taele, et que des messieurs causaient avec M nous, j'ai dit bas à Charlotte s Cet homme- » li m'ennuie , il est vilain , il est vieux , il M me déplatt ! Elle me répond toujours : il » a très bon genre, ma chère, et je m'y >» connais mieux que toi. — Mais enfin, vous » ne vous êtes pas mise dans votre chambre
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» avec le produit de votre travail*. • Vous n aviez donc des économies ! — Non, mon- » sieur... Mais alors j'ai rencontré un jeune » homme bien aimable, bien mirliflor, bien n joli garçon... il m'a offert de m'enlever n de chez ma tante , en me disant que j'é- » tais faite pour brillçr dans un palais; » Charlotte m'a conseillé de me laisser enn lever... Ce jeune homme me plaisait >» beaucoup... alors... je... j'aicédé...— *Je )» comprends. — Il m'a conduite dans la » chambre que j'habite , au cinquième , rue » Aubry-le-Boucher* — Diable i il me semble » que le palais est un peu haut. — Les mea- » blés qui devaient être d'acajou ne sont M qu'en noyer ; mais mon bon ami m'a dit » que c'était plus moderne j je n'ai trouvé » dans ma chambre que quatre chaises , au N lieu d'une douzaine qu il m'avait promise; M mais il m'a dit encore que comme nous » ne serions jamaia plus de quatre à la fois » chez moi , il ne me fallait pas iplus de i» quatre chaises. — C'est raisonner conune »» Diogène. — Diogène... Oh non ! monsieur.
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» il s'appelait Adolphe , et puis il avait en- » core un autre nom, mais il n'a jamais » voulu me le dire , parce qu'il prétendait » que ça pourrait le compromettre. Moi, » j'étais très contente de ma chambre , que » je trouvais superbe!... Charlotte me disait « que cela aurait pu être mieux , mais que n cependant pour un commencement c'é- » tait déjà bien gentil. — Et ce monsieur » Adolphe, qu'en avez-vous fait? — Pendant » six semaines il est venu me voir tous les » jours. Il me menait quelquefois au spec- » tacle et diner en ville , mais nous ne sor- M tions qu'en voiture, nous n'allions qu'en n loges grillées. *• Oh! c'était bien amusant, » et Charlotte me disait que j'étais bien » heureuse I Mais au bout de ce temps-là, » il est venu plus rarement ; puis il ne m'em- » menait plus nulle part; enfin , un matin , A il m'a annoncé qu'il était obligé de partir » pourl'Angletérre, où l'appelaient ses affai* » res; mais il m'a dit qu'il reviendrait le » plus tôt possible , et qu'à son retour , si » j'avais été bien sage , il m'épouserait peut-
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» être. — Son départ tous à fait bien du n chagrin, sans doute? — Oui, monsieur, 1» dans les commencemens-. . Après ça , j'sii » tflché de me distraire ; Charlotte m'a de » nouveau emmenée au spectacle. — Et la M recommandation de M. Adolphe l'ayez- » vous oubliée? — Charlotte m'a dit que » c'était des bêtises, que les hommes disaient » tous la même chose : qu'on lui avait pro- » mis cinquante fois de revenir l'épouser , » et qu'on n'était jamais revenu ; enfin elle
• m'engageait à faire toujours une autre m connaissance en attendant, sauf à Isipian- » ter-là^ si Adolphe revenait; — Hadànoi-
* selle Charlotte a de bien bons principes !
» Et vous avez suivi ses conseils? — Pas » encore, monsieur, car je n'ai rencon- » tré personne qui m'ait plu de nouveau , » et quoique Charlotte prétende qu'on s'a- « muse bien mieux avec un homme quand » on ne l'aime pas ; moi , je ne suis pas de ti son avis , et je ne veUs me lier qu'avec n quelqu'un que j'aimerai* »
Le babil de la petite Ninie m'intéresse ,
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cette jeune fille aurait peut-être été toujours sage , si elle n'eût pas fait la connaissance de mademoiselle Charlotte , qui me fait Teffet d'être un bien mauvais sujet. Il y a dans'raecent de Ninie, dans sa manière de s'exprimer, quelque chose de naïf ^ qui annonce de la franchise. •• Peut-être tout cela est-il étudié aussi; à Paris, on sait si bien pren^ dre toutes les formes, affecter tous les tons... Il faut y être en .garde contre ces niaiseries , ces simplicités, qui ne sont quel-* quefois que le résultat du calcul et du liber« tinage. À l'école de mademoiselle Charlotte, je crois que l'on peut apprendre beaucoup de choses. Cependant cette petite Ninie est bien jeune encore. Dix-huit ans, tout au plus... Ce serait dommage de lui supposer tant de duplicité. Il y avait du naturel dans le récit qu'elle vient de me faire.
Kous sommes dans le haut de la rue Saint- Martin, depuis quelque temps Dubois et mademoiselle Charlotte sont toujours en avant d'une dizaine de pas , cependant nous les entendons rire , leur entretien parait fort
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animé 9 Dubois gesticule beaucoup suirant son habitude. D*après la manière dont il se penche je vois qu'il serre tendrement la main de sa compagne, et mademoiselle Charlotte pousse des éclats de rire à réveiller tous les chiens du voisinage. Tout à coup Dubois se retourne de notre côté en nous criant :
<( Ha ça , vous autres , vous allez comme » des tortues , mais je ne vois pas trop pour- » quoi nous vous attendrions , puisque ces n tendres amies ne demeurent pas ensemble.
» Bonsoir donc, bien du plaisir... Les In- » nocens nous réclament ; Deligny , j'irai te » voir demain dans la journée... Nous dtne- » rons ensemble...
» Charlotte 1... Charlotte!... n crie la petite blonde à son amie. <( Tu m'avais promis » de me remettre jusqu'à ma porte... »
Mademoiselle Charlotte s'éloigne lestement avec Dubois , tout en répondant :
«Bonsoir 9 bonsoir!.... » Bientôt nous les perdons de vue tous les deux , et je reste seul avec mademoiselle Ninie.
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« Charlotte n'en fait jamais d'autre! »
dit la jei^ne fille d'un air contrarié. « Elle » me laisse-là , avec quelqu'un que je ne » connais presque pas...» — Et peut-être » avec quelqu'un qui vous déplatt ? »
En disant cela je crois que je pressai assez tendrement le bras de la petite.
La jeune fille est quelque temps sans me répondre. Enfin , elle dit bien bas : « Non , » monsieur.... Je ne dis pas que tous me » déplaisez... Au contraire... «
Voilà un a» contraire qui me semble aussi significatif que le plus souvent des Petites Danaïdes.
Nous continuons de marcher et bientôt nous arrivons rue Aubry-le-Boucher, rue sale , vilaine , dont les maisons n'ont rien de gracieux ; mais qui est très populeuse , très fréquentée et où il passe presque toute la nuit des voitures de marchands qui se rendent à la Halle , ce qui doit être fort agréable pour ceux qui aiment à dormir tranquilles.... Maison doitavoirle sommeil dur dans ce quartier-là.
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Je me laisse conduire par mademoiselle Ninie , qui s'arrête , à peu près au milieu de la rue^ devant une porte d'allée grillée rers la moitié de sa hauteur , en me disant : H C'est ici t monsieur.
» — Ah ! c'est ici que tous demeurez?
» — Oui, monsieur. •• Au cinquième sur le » devant, la porte au fond du coUidor... — » Vous avez donc la clef de cette porte?
» — Non, monsieur, mais il y a un portier » qui demeure à Tentresol, je vais frapper » et il va m'ouvrir. Oh, c'est/ une maison » bien sûre et bien honnête. Monsieur, je » vous remercie de votre peine ; je vous sou- » haite bien le bonsoir. «• »
La petite allait frapper, je lui arrête la main en lui disant : « Est-ce que je ne pourrai » pas vous revoir?' — ^Hais... si, monsieur.. « » si cela vous fait plaisir. — Et vous? cela » vous en fcra-t-il de me recevoir?.... — » Mais... je croîs que oui. — Eh bien , j'irai » vous dire bonjour , y êtes-vous dans la » journée? — Certainement , toute la jour- » née je travaille , jeue sors presque jamais.
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» — Au revoir, ea ce cas. A propos : quel » nom demanderai -je , car tous vous appe* » lez sans doute autrement que Ninie?-^ A D'abord c'est Fannie que je m'appelle , on > me nomme Ninie parce que c'est plus 9 gentil. •• Vous demanderez mademoiselle » Boissard, ou Fanny Boissard, comme » vous voudrez. D'ailleurs je vous dis que » c'est au cinquième au fond du collidor, et » c'est moi qui vous ouvrirai la porte. — » C'est entendu... à demain. •• Ne puis-je » pas vous embrasser en attendant? — ^Mais... » si, monsieur. »
La petite me tend son visage et se laisse embrasser de fort bonne grâce, puis elle frappe, on lui ouvre, elle entre et lùe tend encore la main à travers la grille en me disant : Au revoir.
Voilà donc une liaison de commencée avec une petite grisette à laquelle je ne voulais pas donner le bras. C'est ce maudit Dubois qui est cause de tout cela.... Voilà où nous entraînent les mauvaises connaissances, elles perdent les jeunes gens comme les
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jeunes filles.... Mais cette petite Pîinie est plus gentille qu'elle ne me l'avait semblé d'abord; après tout, j'irai ou je n'irai pas. Ceci n'est qu'une plaisanterie sans importance, rien ne me force à me lier avec cette jeune fille... Je puis même aller la voir par pure curiosité et sans qu'il en résulte rien!.. Mais allons nous coucher; demain il fera jour.
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