LE MARI ET L^AHAIIT
n boutique , qu'il ne sera pas venu nous » chercher ce soir.... Oh! ce garçon-là n'a n pas du tout d'usage. Le monsieur qui me » trourait du talent , était un homme trè^r » distingué , il connaissait tous les acteurs » de mélodrame, les auteurs aussi, il pre- M nait du café avec eux î . . . — Diable ! • . . — » Par ses connaissances , j'aurais peut-être » débuté , mais il est parti pour Lyon... Ça » m'a fait bien de la peine!.... J'ai connu » ensuite un commis de bureau.... comme i> il chantait bien cet homme-là !... comme )i un Vaudeville , absolument ; il me faisait » toujours' chanter avec lui de petits mor- » ceauxà deux.,., comment donc appelait- » il ça?.... ah ! des octumes, c'est ça.... ça » m'amusait beaucoup ! Ensuite il y a un » jeune sous-officier , ami de mon cousin » Alexandre, qui me montrait à filer des » sons. , • Âh ! Dieu comme il en filait bien ! . • » il avait un port de voix magnifique^ il di- » sait que je tenais la note en haut aussi n ferme qu'à l'opéra , où il allait toutes les » fois qu'il était de garde; après ça j'ai' » connu •••• »
70 LU F£HBt,
Je prévois que mademoiselle Gbarlotte , que le punch a rendu très communicadve , TB me passer en. revue toutes les personnes -^qu^elle a connues^ et je crains que ce ne soit long. Je vais me tourner vers la petite Ninie, qui ne dit rien , et tâcher de la faire causer aussi, lorsqu'au coin de la rue Meslay, dans laquelle nous allions entrer, un monsieur se présente devant nous en chantant :
«Viens, gentille dame! je t'attends , je t'attends ,je t'attends!..»
Cest Dubois^ qui s'écrie en nous voyant :
« — Eh allons donc, mes pelils amcmrs, » où vous cachez-vous donc depuis une » heure? je vous cherche partout.
» — Par exemple , c'est trop fort , » dis- » je à mon touri u Tu nous cherches depuis » une heure !.••• et pourquoi as-tu disparu » quand ces messieurs et moi sommes sortis » du café. . . pourquoi t'ai-je appelé en vain?. • » Dubois, ta conduite dans cette cîroon* » stance ne te fait pas honneur.
» — Conmaent! qu'est-ce à dire?... qu'estw ce que vous avez donc pensé?.... je voui
LIHABI BT l'àJULUT. 71
» « quittés pour alle^ cherchât ides piato* » kts, parce que je ne suis pas un gaillard » à ti^àîner les choses en longueur , /e vou* » lais me battre surler^bamp ; et comme i> je connais, ici près, un ami fftii a des ar* n mes, j'ai couru chea lui pour les Jui em- » prunter. ..Urne semble que «cette coaduite n n'est pas celle d'un bomn^ qui. reéule..»
» Dans ce moment je retournais au café » pour cbercher mon adtersaife*.»
« — Le café est fermé,. eittù eavàis fort » bien qu'on ne passerait pas. la > nuit i t'at« )* tendre*.. Et où sont donc ces piatblets ?
» — Vous allez voir co^ien j'ai été con- » trarié! D'abord je cours chez mon ami...
« il demeure rue Saint-Martin., je s^is cer-» » tain que je n'ai pas mis trois minutes à » faire le chemin. J'arrive donc ckez lut. Le » portier me dit : Monsieur, il n'est pas en« » eore rentré , mais il ne peut tarder. Alors, » dis*je , je vais l'attendre. J'attends donc , » le temps s'écoule^ je faisais un mauvais » sang!... Je tapais des pieds!... Au bout » d'un bon quart d'heure que j'étais dans sa
72 tk pia«K,
» loge j Toilà rimbécille de portier qui me » dit : Âh; t monsieur, je me rappelle à pré- » sent que votre ami est allé au bal , il pas- » sera sans doute la nuit dehors. Vous jugez » de ma colère , j'avais envie de bâtonnér ce » coquin de portier. Enfin je suis revenu...
)) espérant ' trouver encore mon adversaire
» sur le 'boulevard Et tu dis quUl est
n parti..... T'a*t-il laissé son adresse au » moins? -*^ Non, il a pensé que ce n*était )» pas la peine!... — C'est bien! je le re-
» connaîtrai ! je lui dirai deux mots
» quand je le rencontrerai ! . . Mais c'est fini, » ne parlons plus de cela... la beauté ré- 1. clame tous nos momens.
» — Oui, ne parle plus de cela , je crois » aussi que c'est ce que tu peux faire de » mieux. — J'espère que tu vas, me céder » une de ces dames... — Très volontiers!...»
En disant cela , je quitte le bras de ma^ demoiselle Charlotte , dont je ne suis nullement fâché d'être débarrassé; elle prend celui de Dubois, en lui disant tendrement :
•(Vraiment, monsieur , j'avais bien peur
LE MARI KT l*AHANT. 7S
» que vous ne vous baUasstèz!.... — Vous M êtes trop aimable ! mais il ne faut jamais » trembler pour moi , je me tire de toutes » les affaires avec honneur. A-propos , al- » lons-nous loin comme ça 7 — Au marché » des Innocens. — Quartier délicieux... fon- » taine superbe : j'ai souvent donné des ren- » dez-vous le soir sous les piliers qui Fen- » tourent; fnais il me semble que le sapin » serait de rigueur. — Nous n'en avons pas » trouvé. — Oh ! nous allons en rencontrer. . . >» Tenez, j'en aperçois un arrêté là-bas...
» courons. »
Je vois Dubois qui court avec mademoiselle Charlotte, je tâche de les suivre en faisant doubler le pas à la petite Ninie , avec laquelle je n'ai pas encore eu le temps d'entrer en conversation; nous arrivons près d'un fiacre qui était arrêté devant une porte cochère. Dubois se disputait avec le cocher.
« Tu marcheras.— Je ne peux pas, mon* » sieur. — Je te dis que tu vas marcher. — • » Je vous dis que je suis loué, monsieur, t— » Ça n'est pas vrai. — Si , monsieur. — Où
74 LA FEHHI ,
« est la personne qui t'a loué?. ..Va la cher- » cher pour qu'elle me le dise. — Ah ben !
I» en y'ià d'une bonne ! Depuis quand que » les cochers vont dans les maisons cher* » cher les bourgeois pour prouver qti'ils sont » retenus? -— Je ne veux pas de toutes cea » raisonsJà... Montez, mesdames. — ^Je tous » dis que vous ne monterez pas... Est-ce
» que je suis sur la place ici 7 est-ce qu'à
» minuit passé je m'amuserais à rester de^ » vaut une porte cochëre, si je n'étais pas » retenu?
» — Allons , dis-je à Dubois, cet homme a » raison, tu n'as pas le droit de le prendre ; • . » il est très inutile de nous arrêter là.
» Inutile. • • Ah! morbleu I si je n'étab pas n avec des dames , je le ferais bien avan* n cer... — Laissez donc, not'bourg^eoia : vous » ne feriez rien du tout!... — Tu es un » drôle !... — C'est ben vous qui êtes drôle n de crier comme ça... — Je te couperai les » oreilles. . •*— Bath l vous ne couperez rien ! » vous n'êtes pas si méchant que vous en ^ avez l'air K.. »
LE HABl BT |.'aHAIIT. 75
Ennuyé de cette scène , je poursuis mon chemin avec la petite Minie , qui me dit en tremblant : « Ah ! mon Dieu , monsieur , » est-ce qu'ils Tont se battre....? — Non, » n'ayez aucune crainte , cela n'aura pas de » suites! n
Au bout de quelques minutes , nous sommes en effet rejoints par Dubois et sa demoiselle. « £h bien? lui dis-je. — Ah, n heureusement je l'ai retenu, » dit mademoiselle Charlotte, « sans moi , je crois qu'il M allait se jeter sur le cocher... Vraiment, » monàeur, vous arez une bien mauvaise n tête!.. Tout de suite vous vous emportez , » vous voulez vous battre!.*. C'est terrible » un homme comme cela.
»» — C'est vrai, répond Dubois, je l'avoue, » j ai une mauvaise tête... J'ai le sang bouilli lant... je me suis promis cent fois de me » corriger , mais c'est plus fort que moi ! • . . » Je ne puis pas me vaincre... Le moindre n mot,... la plus petite chose me font sortir » des gonds!...
» — ^Ente voyant revenir en courant, dis-
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» je à Dubois , j*ai cru que tu allais chercher >• quelque part une épée pour te battre avec » le cocher. »»
Dubois ne répond pas, il s'éloigne de norus , sans doute pour causer plus à son aise avec mademoiselle Charlotte ; de mon côté ^ j'entame la conversation avec mademoiselle Ninie.
<( Travaillez-vous aussi dans les schalls , » mademoiselle? — Oui, monsieur. J'ai le « même état que Charlotte. — Et avez-vous »» comme elle du penchant pour être actrice?
M — Oh non! monsieur, je n'oserais jamais » paraître sur un théâtre !»
Elle n'oserait pas, j'aime assez cette crainte. Cependant elle a bien osé se faire reconduire par un homme qu'elle ne connaît pas, et ceci n'annonce point une grande timidité. Je poursuis :
tt Vous logez seule? — Oui, monsieur,...
» depuis six mois. — Et avant cela? — Avant » cela, je demeurais avec une de mes.tan- » tes ,... parce que mes parens ne sont pas » de Paris, ils habitent la campagne... Je