‹ La femme, le mari et l'amantChapitre 12 sur 17 · LE IIABI ET L*AMANT · texte numérisé non relu

LE IIABI ET L*AMANT

et je suis maintenant réduit à mon dernier tiers , avec lequel je crois que je ferai bien de ne point courir après les deux autres. Du reste, depuis six ans environ que j'habite la capitale et que je suis mailre de ma fortune, mon père ignore combien elle est diminuée , il ne vient jamais à Paris ; c'est moi qui vais le voir dans sa paisible retraite , et lorsqu'il me demande comment vont les affaires, je lui réponds toujours , fort bien. Je gage que maintenant il croit que j'ai doublé mes capitaux! ne vaut-il pas mieux lui laisser cette idée, que lui apprendre la vérité? Si je ne l'avais pas trompé , voilà six ans qu'il s'inquiéterait pour moi; au lieu de cela il vit content et tranquille sur le sort de son fils. J'ai donc bien fait de mentir; un mensonge qui fait des heureux doit être excusable, c'est dommage que Ton ne puisse pas se mentir à soi-même.

Il me reste à peu près trois mille six cents livres de rentes, avec cela est-ce qu'un garçon ne peut pas vivre heureux? Oui, quandil est sage, économe, et j'ai déjà dit que ce

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ne sont pas là mes vertus. Lliabitude de dépenser beaucoup est si facile à prendre et si difficile à perdre ! . . • N'importe , je me rangerai , puis je finirai par faire un bon mariage ;' alors , adieu pour jamais les folies* les parties fines, les petits soupers! Un bomme marié doit constamment précber économie et ne jamais dépenser d*argent en parties de plaisir. Gela est peu divertissant pour sa femme ; mais nous nous sommes di* vertis avant de nous marier et cela suffit.

Je viens de me lever, il est près de dix heures, c'est raisonnable, mais un homme qui vit de ses rentes peut se lever tard, si cela lui fait plaisir; et ^uis , au lit, on pense si bien aux événemex^s de la veille et à ce que l'on compte faire dans la journée. Je ris en songeant à notre aventure d'hier au soir, à la querelle de Dubois, et aux deux gri-* settes qu'il me laissait sur les bras. A propos de grisettes, irai*je voir cette petite ninie?. • • Elle est gentille , il y a de la naïveté dans ses discours , dans ses manières ; c'est une perle à côté de mademoiselle Charlotte. Hais

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pourquoi reroir cette jeune fille?.. • Certain nement je ne suis pa» amoureux d'elle ; a quoi bon le lui faire croire. Je sais bien qu'il n'est pas nécessaire d'être très amoureux d'une maltresse. Quand on est bien amou^ reux, on est nécessairement jaloux; alors ce sont des craintes, des soupçons, des querelles , et on n'est pas heureux. Tandis qu'arec une femme que Ton aime. •• raisonnablement, c'est-à-dire fort peu, pourru qu'elle ait l'air d'être contente eu nous ▼oyant^ et qu'en nous quittant elle nous dise : A demain; on est toujours d*accord, toujours de bonne humeur , et on ne s'inquiète pas de ce qu'elle peut faire quand elle n'est pas stvec nous; c'est ce que j'appelle aimer philosophiqu^nent.

Mais puis*je faire ma maîtresse de cette petite Ninie? Non, je la mènerais bien par hasard au spectacle, ou chez le traiteur, mais encore il fai;idrait lui acheter des chapeaux, un schall !... cela n'en finit pas; on prend une grisette par économie , et tous les jours il faut lui donner quelque chose.

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Ainsi 9 décidément , je n'irai pas chez mademoiselle Fannie Boissard , et quoique mon cœur soit libre depuis quelque temps, quoique j'aie rompu ayec ma dernière mattresjse, et que je ne voie plus que très froidement les anciennes, je ne formerai pas cette nouyelle liaison. D'ailleurs j'avoue que j'éprouve une certaine répugnance à^ aller faire l'amour rue Aubry- le- Boucher! Ah! si

j'avais pu connaître cette dame à la capote pensée ! Quelle différence ! . . • Quelle jolie tournure, quelles manières distinguées, que d'expression dans ce regard qui &'est arrêté un moment sur moi.... Cette femme-là a reçu de l'éducation , je gagerais qu'elle a de l'esprit. A la bonne heure, c'est un plaisir de donner le bras à une femme comme celle là, de causer avec elle... Sa conversation doit être charmante... C'est beaucoup dans une amie , c'est encore plus dans une mattresse , car on ne peut pas toujours faire l'amour , et dans la plus jolie bouche : je t'aime , je t'adore , finit par devenir monotone , lorsque cela n'est pas coupé par d'au-

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très discours. Quant à mademoiselle Ninie, sa manière nai'ye de s'exprimer peut amuser un moment, mais elle m'a déjà fait par-ci, parJà , quelques petits cuirs dans le genre de mademoiselle Charlotte; cela passe dans le tête à tête , mais devant le monde , cela me contrarierait.

Je viens de déjeuner , lorsque j'entends sonner à ma porte , ma bonne va ouvrir, et je vois entrer Jenneville.

Jenneville est un homme de vingt-six à vingt-sept ans ; il est grand, bien fait, d'une jolie tournure. Ses traits sont agréables, son sourire gracieux laisse voir une rangée de fort belles dents; une forêt de cheveux blonds, qui bouclent naturellement, ombragent un front qui n'est pas sans noblesse. Cependant il y a dans la physionomie de Jenneville quelque chose d'insouciant qui n'indique pas un grand fonds de sensibilité, et un certain air présomptueux qui dénote trop^ d'amour de soi-même; enfin^ quoique toujours mis avec beaucoup de recherche, la nonchalance qui règne dans ses manières

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et dans toute sa personne semble s*étre cornmtniiquéeà sa toilette, qtri est faite sans goût, et annonce nn homme qni se croit sûr de plaire sans avoir besoin de prendre pour cela la moindre peine. Du reste, Jennerille a boii ton, de l'esprit, et quoique ses principes soient fort relâchés , il a une manière de présenter ses opinions qui en fait pardonner l'inconvenance.

Il n'y a que trois mois que je connais Jenneville, et nous sommes déjà ensemble comme d'anciennes connaissances ; lorsqu'on me témoigne de Tamilié et que l'on a des dehors qui me plaisent , je. me lie faeilement , trop facilement peut-être!... Mais je sais que Jenneville est né d'une famille respectable, il a je crois , douze mille livres de rentes; au train qu'il mène, à son goût pour les plaisirs , pour le changement , je crains que cette fortune ne lui soit pas suffisante. On m'a dit qu'il s'était marié avec une femme qui avait autant de fortune que loi et qu'il adorait ; cependant , après deux ans de ménage , ils n'ont pu continuer à

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vivre ensemble, et voilà huit mois que Jenneville vit de nouveau comme un garçon ; c'est du moins ce que j'ai entendu dire, car sur les affaires de famille ou de ménage , je ne me permets jamais de question et souvent même j*évite les confidences. J'ai rencontré Jenneville dans le monde , notre goût pour les plaisirs, certains rapports d^humeuraous ont rapprochés, et maintenant nous passons rarement un jour sans nous voir.

M Bon jour, mon cher Deligny, » itne dit Jenneville en me tendant la main. « Vous n n'avez pas été des nôtres, hier, au dlaer » du Cadran^Bleu, ah ! c'est mal , je vous 1 en veux beaucoup , je viens savoir ce qui » nous a privés du plaisir de vous posséder?

» quelque rendez-vous , quelque affaire ga»

» lante , je le parie, car vous êtes comme n moi , vous aimez à varier vos conquêtes.

» -^ Pas tout-à-fait autant que vous , mon » cher Jenneville , de ce oôté , je crois que » vous êtes mon maître. Moi, je suis pour 9 le sentiment , je m'enflanune, je me pas- » sienne; à la vérité cela dure peu , mais

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n n'importe, chaque fois que je deviens » amoureuxjje me persuade que cela durera n éternellement!... — Ma foi , mon ami , il tt fautbiefi s'amuser!... Nous sommes jeu- » nés , nous a.vons tout ce qu'il faut pour » plaire, pour séduire... Pourquoi ne pro- » fiterions - nous pas de nos avantages? Le » temps passe si vite!... surtout, mon cher, » ne vous mariez pas I . . . Ah ! ne faites point » cette folie , attendez pour cela que vous » ayez quarante-huit atis... Que vous soyez K plus calme , plus rassis. •• — Mais si j'at- » tends si tard, comment me flatter d'inspi- » rer de l'amour à une jeune femme? et il » me seftible que pour être heureux en mé* » nage, il faut un rapport d'âges, d'humeur, » de goûts. •• qu'il faut s'aimer enfin. — Eh 1» non, mon ami, ne vous figurez pas cela f je » l'ai cru comme vous !... Je me suis marié » à viugtquatre ans avec une femme quej'a- » dorais, et qui m'adorait 9ussi, à ce qu'elle » disait; elle avait vingt ans... vous voyez M que les rapports d'âge y étaient. Mais » d'abord , je ne sais pas trop pourquoi je

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1» rayais aimée, car elle n'avait rien d'aima- » ble; une figure... ma foi , de ces figures » insignifiantes dont on ne dit rien, ni bien, » ni mal, enfin !... D'abord je lui ai cru de » l'esprit, mais elle n'en a pas... je lui avais » cru aussi un bon caractère : . . . mais comme » je m'étais trompé!... il n'y avait pas un » an que nous étions mariés quand je me » suis aperçu qu'elle était maussade , bou- » deuse, jalouse!... d'une humeur horri- » blement contrariante et très coquette!...

n aimant passionnément les plaisirs. Ma- » dame voulait m'accompagner au bal, aux » spectacles , il aurait fallu que je l'eusse » saqs cesse pendue à mon bras! jugez, » mon cher, comme c'était ennuyant; et » lorsque je m'y refusais, c'étaient des cris, » des pleurs, des attaques de nerfs, des H scènes enfin !... ma foi il n'y avait plus » moyen d'y tenir. Je me suis aperçu aussi » qu'il y avait un jeune parent qui venait n de préférence quand je n'y étais pas, qui » s^iniormait au portier des heures où je » sortais pour n'arriver qu'après mon dé- I. 9.

lOS LA VEMHB ,

» parto. TOUS sentez bien, mon ami, que n cela ne pouvait pas se supporter, ce n'est » pas que je sois persuadé*», que j'affirme » que ma femme m'ait été infidèle, mais » c'est déjà trop d'être dans le doute à cet » égard ; voyant que nous ne pouvions plus » vivre ensemble, nous nou3 sommes sé- » parés sans éclat, sans bruit, sans procès, u comme des gens distingués doivent le » faire. Uadame a sa fortune , et moi la n mienne , elle s'est retirée je ne sais où ! » peu m'importe, je n'irai pas l'y cl^ercher, » car depuis que je suis redevenu garçon je » suis le plus heureux des hommes, et la vie » n'est plus pour moi qu'une continuelle n série de plaisirs.

» — Quand on ne peut plus vivre ensem- » ble , il est certain qu'on fait fort bien de » se séparer ; et ai votre femme est vraiment » telle que vous venez de me la dépeindre., • n — Oh ! bien pis encore ! Je vous l'ai peinte M en beau; mais laissons ce chapitre, ne n parlons plus de ma femme , je ne l'ai ]• pas quittée pour m'occuper d'elle. Vous

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ne m'ayez pas dit ce qui tous avait empêché hier de dtner avec nous? — J'avais reçu une lettre de mon père dans laquelle il me donnait quelques commissions pressées, cela m'a retenu trop tard pour que je pusse ensuite me rendre au rendez* vous* — Je ne vous en veux plus , mon ami , se hâter d'accomplir les désirs d'un père , c'est très bien , c'est d'un bon fils,,. Vous êtes bien heureux d'avoir encore votre père, le mien est mort trois mois après mon mariage, c'est même lui qui avait été en partie cause de cette union. •• Il voulait assurer mon bonheur... Pauvre cher homme!... heureusement il n'a pas été témoin des douces suites de cet hy« menl...£t votre père habite la campagne?

— Oui, les environs de Chartres. Dès que la saison sera plus belle , je compte aller le voir. — Je veux vous accompagner , mon cher Deligny, je serai charmé de » faire la connaissance de monsieur votre » père; et puis, quelques jours de campa- » gne, c'est très bon pour la santé, — Vous

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)• verrez un bon bourg^eois campagnard, >» bien franc, bien rond, bien simple dans j> ses manières et ses goûts. — Il doit être » fier d'avoir un fils que Ton rechercbe dans » le monde, que Ton cite pour l'élégance de » sa tournure, pour son esprit , ses talens >» agréables. — Mon cber Jenneville, je viens » de vous dire que mon père tenait fort peu » à l'élégance des manières, et je ne sais pas i> trop s'il a lieu d'être fier de son fils qui » possédait, il y a six ans, dix mille livres de » rentes , et qui en est déjà réduit au tiers » de cette somme. — Ma foi, mon cber Den ligny, est-ce notre faute si les plaisirs » coûtent si cber!... Je suis comme vous, » je trouve que ce diable d'argent va d'un )» train... Cependant depuis quelque temps n je mets de l'économie dans mes dépenses...

» Je fais moins de folies; autrefois, dès » qu'une petite brunette me plaisait, je la )> mettais dans sa cbambre , je la meublais » élégamment... Ces petites filles sont si » contentes d'être cbez elles.. . mais tout cela n coûte... Ob! j'y regarde maintenant! et

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» lorsque j'ai encore quelque caprice dans n ce genre-là, ma foi je ne me ruine plus en » meubles d'acajou; du noyer, mon cher, >' c'est bien assez bon pour "une petite pas- 1» sion de quinze jours. C'est pourtant désa- » gréable d'être obligé de calculer,... de >• lésiner, ... et de voir que malgré cela notre » fortune di minue . . . C'est si doux d'être assez » riche pour ne rien se refuser... Il faudrait, » mon cher Deligny , que nous trouvassions ï> quelque moyen de tripler les fonds qui » nous restent. — J'ai déjà essayé des spécu- » lations , cela ne m'çi pas réussi; — C'est » que vous êtes comme moi , que vous vous » entendez peu aux affaires ; mais en s'asso- T» ciant à quelqu'un d'intelligent, de riche... » Tenez, vous avez vu avec moi Blagnard, )» ce gaillard-là prétend qu'il n'y a rien de 1» plus facile que de faire fortune ; il y a deux » ans il n'avait pas le sou, aujourd'hui il a n cabriolet, il donne des diners superbes, il » mène un train de prince... Il m'a déjà » offert de me mettre dans une de ses entrej» prises, et si vous le voulez , il vous mettra

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)> dedans aussi. — Nous yerrons*. • Il faudrait » d'abord s'assurer. . • Ces gens qui font for- >» tune si vite est-ce bien solide?.- — Oh l n^ mon cher, il n'y a pas le moindre danger. ., » Un homme qui dépense énormément ! il n faut bien a?oir de l'argent pour en dépen- » ser . • . — Quelquefois on dépense celui des n autres. Au reste, nous verrons*.. Votre » M. Blagnard ne me platt pas beaucoup ; il n a l'air doucereux , un ton patelin. •• Tout » cela ressemble à de la fausseté; mais je sais » qu'il ne faut pas juger sur les apparences.» Notre entretien est interrompu par l'arrivée d'un autre de mes amis, nommé Joliyet; celui-là a été mon camarade de pension ; dans le monde nous avons continué de nous voir, quoiqu'il y ait peu de rapports entre xk>s caractères. Jolivet passe pour un sage^ du moins n'aime-t-il à s'amuser que lorsque cela ne lui coûte rien. Il est fort économe, peut^* être même pousse t-il cette vertu trop loin; il y a des gens qui assurent qu'il est ladre et vilain ; je me suis bien aperçu que lorsqu'on fait avec lui un piquenique, il laisse

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totgourâ les autres payer don écot ; que si on l'accompagne au spectacle , il tous prie de prendre son billet et ne songe jamais à vous en rendre le montant ; qu'il agit de même lorsqu'on le suit au café ou que Ton prend avec lui des voitures ; j'ai attribué cela à de Fétourderie» on assure que c'est un calcul de sa part, et que Jolivet cherche à boire, à manger et à s'amuser sans «rien dépenser ; cependant Jolitet est à son aise, il doit être fort riche un jour, et il se fâche quelquefois pour des misères; mais je m'aperçois que c'est dans les petites choses que nous faisons connaître le fond de notre caractère : un homme saura se comporter convenablement dans une affaire importante; s'il agissait mal , il sait qu'on le remarquerait ; mais il manquera quelquefois de délicatesse dans des choses légères, parce qu'il pense qu'on ne s'en apercevra pas. C'est donc sur les actions les plus futiles en apparence qu'on peut le mieux juger le cœur des hommes.

Malgré ces petits défauts, Jolivet est assez bon enfant; ni beau, ni laid, ni grand, ni

petit; la gounnandise est la seule chose par laquelle il se fasse remarquer. On le voit avec plaisir, quoiqu'il n'ait point d'esprit et peu de gaité ; mais il fait tout ce qu'on veut, et dans le monde on aime à rencontrer de ces gens-là.

«c Bonjour, messieurs, » dit Joliyet en se frottant les mains et en courant se chaufiEer. K Ah! il fait froid ce matin. •• le bois va » augmenter. « . Est-ce que tu as déjà déjeuné, » Paul? — Oui. Pourquoi ?... — Oh!... pour » rien. — Est-ce que tu venais déjeuner a?ec » moi? — Non... cependant si tun'a?aispas » déjeuné... j'aurais peut-être pu... — Veux- )> tu que je te fasse apporter quelque chose? » — 'Ma foi , au fait , je le veux bien , parce » que je réfléchis que je suis très pressé, » j*ai encore cinq courses à faire, et je n'aurai » pas le temps de rentrer déjeuner chez N moi;... mais presque rien, la moindre des » choses, une omelette... »

J'appelle ma bonne , on met sur une ta* ble un restant de pâté, une aile de volaille, du fromage à la crème, des confitures et du

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TÎn. JoUyet se met à table en disant : « En « Yoilà dix fois trop... Je n'ai pas très fajm » ce matin... Nous avons si Jûen diné hier p au Cadran-Bleu!.... Dites doyac, monsieur » Jenneville , tous rappelez-vous les filets » sautés aux truffes?... — Ah! tu étais du n dîner du Cadran - Bleu , toi , Jolivet ? — n Certainement, monsieur Jen^koville m'a n fait Tamitié de m'inviter. .. Dubois en était » aussi. — Je le sais , je Tai vu le soir à la i> Galté. — Ah ! vous étiez à la Galté, mesn sieurs, qu'est-ce qu'on donnait? — Un » mélodrame nouveau. -^ C'est doue ça que )» que je n'ai pas pu trouver de contre-marn que à acheter.

» — Je comptais d'abord accompagner » Dubois à la Galté , dit Jenneville , mais » un petit billet que j'ai reçu a changé mes » dispositions. — Un billet doux je parie!

« s'écrie Jolivet en faisant disparaître Taile » de Tolaille. • — Ma foi , oui , messieurs, et » d'une femme divine!... Oh! celle-là mè- » ,rite bien qu'on lui fasse des sacrifices !.«• >» D'ailleurs, je p'ai pas encore tout obtenu

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» d'elle, et tous sentez qu'il ne faut rien ;» négliger pour réussir. — C'est juste , dit » Jolivet; il n'y a que lorsqu'elles ont tout 1» fiait pour nous qu'il n'est plus besoin de » nous gêner../ — Et quel genre de femme n est-ce ? — Du meilleur genre ! . . . non seu- » lefment elle est charmante de figure, mais » encore une taille délicieuse , des formes » ravissantes, de la grâce dans les moindres Ti nlouvemens , et de l'esprit jusqu'au bout » des doigts!... — Oui , dit Jolivet, ce que 1» nous autres négocians nous appelons de n Y tsçnt argent comptant... Ma foi, pendant » que je suis en" train , je vais goûter le » pâté. »

Le portrait que Jenneville vient de faire m'a rappelé cette dame en capote pensée; je ne puis m'empêcher de pousser un léger soupir.

«c Est-ce que vous êtes amoureux aussi, « Deligny? me dit Jenneville en souriant.

» — Non... mais j'ai bien manqué le devenir.

» Hier, au spectacle, j'étais auprès d'une » dame bien jolie; elle avait aussi une tour-

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» nure assez distinguée.... J'aurais voulu > faire sa cdnnaissaDce. — Il y avait uu mari, » un amant? — Non, elle était seule. — Elle » était seule et vous n'avez pas pu lui parler. « Ah! mon cher, je ne vous reconnais plus!

» Qui diable vous gênait donc? — Cette dame » n'a répondu que par monosyllabes à ce » que je lui ai dit... j'ai bien vu qu'elle ne » se souciait pas de causer. — Bath ! .. . ruse » que tout cela ; c'est pour mieux attraper M son monde ; une femme qui va seule au » spectacle , c'est toujours pour se faire re-* » conduire. — Certainement, dit Jolivet en » se coupant du pfttS , c^st pour se faire » reconduire. — Et moi, je crois qu'on l'atn tendait à la porte, et je m'en serais assuré » sans ce maudit Dubois, qui m'a retenu et » m'a fait perdre de vue ma jolie dame. — - » Allons, consolez-vous, mon cher, vous en » trouverez beaucoup comme cela. Mais si » TOUS pouviez voir ma nouvelle passion, je M gage que TOUS en deviendriez amoureux...

» Aussi, je ne vous la ferai pas connaître... M de quelque temps, du moins; d'ailleurs»

lis LA FBMKS,

» te n'est point de ces femnies que l'on » mène avec ses amk... ■— Oh! diable! — » Il y a même beaucoup de ménagemens à H gardei"!... la veuve d'un général!... qui )t reçoit chez elle la meilt^te société de » Paris!...

M C'est une femme riche? dit Jolivet en » attaquant de nouveau le pàlé. — Riche, » san& doute... elle devrait l'être diavantage, » mais elle a essuyé des^ pertes : dans ce n moment elle soutient un procès considé* » rable pour une terre en Normandie. — Il >i faut toujours tâcher d'avoir pour maltresse n ùnefeiùme riche, dit Jolivét, c'est plus » agréable.. .on dlae chez elle... Il est bon le » pâté, il est très bon!... — G est une femme » qui reçoit des gens en crédit, des gens en n place... Oh ! si elle voulait, si elle était in* » trigante^,ellen'auraitqu'un mot àdire pour jk faire obtenir des emplois à ceux qu'elle » protégerai... elle m'a déjà laissé entrevoir » le désir qu'elle aurait de m'être agréable.. . >• mais, moi, je ne veux pas de place, ça M me générait, ça m'ennuierait ! • . . — Dites

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» donc, JenneyiUe, j'en yeui bien une, moi, M dit Jolivet; je fais le commerce, Fes- 1» compte; mais* si je trouvais une bonne » place, bien payée, ça m'irûit parfaitement.»

JenncTille ne répond pas à JolÎTet , qu'il n'a pas eu l'air d*écouter. Dans ce iboment j'entends chanter dans mon antichambre; on ouvre brusquement la porte du salon , et Dubois parait au milieu de nous.

«Eh! les voilà, ces chers amis!

» Kéunion charmante; il ne manquait que » moi... J'étais sûr que je trouverais Jolivet » mangeant. Bonjour, Jénneville. Eh bien , » monpetitDelîgny.... comment ça s'est-il 1» passé avec la petite... conte-moi donc ca?

» Gomment! il est question d'une petite, ï» et Deligny ne nous en a rien dit , s'écrie » Jénneville. Ah! c'est fort ihalli..

» C'est très mal/ reprend Jolivet en ache- » vant le pâté. — Messieurs , dis-je , si je ne » vous ai rien conté, c'est que vraiment cela » n'en valait pas la peine. Deux grisettes » que nous trouvons au spectacle, queDubois » veut absolument reconduire; il m'en met

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)» une sur les bras et s'éloigne avec lautre^ » Moi, je mène cette demoiselle jusqu'à sa » porte , où je lui souhaite le bonsoir; Yoilà » toute rhistoire.

N Bath! yraiment! dit Dubois, ça s'est ^ terminé comme ça!.... Oh !.... moi c'est » différent. "DiahleU,. Je suis venu , j'ai vu, n j'ai vaincu, comme Pompée !••• Est-ce >» Pompée ou César qui a dit cela? C'est égal, » n'importe lequel! ••• encore une fleur à H ajouter à ma couronne ! — Si tu appelles » cela une fleur, tu n'es pas difficile. — Mon >» cher , je t'assure qu'elle est beaucoup » mieux que tu ne crois... On a des beautés n cachées aux profanes!... Et elle est d*une » galté ! . . . Ah ! Dieu ! . . • ayons-nous ri !.. .

w — Et la petite que vous avez ramenée » chez elle n*était donc pas jolie? me dit » Jenneyille. — Pardonnez -moi , elle était n gentille. • • mais je n'en suis pas amoureux , » et ma foi...

n — Tu as eu raison , » dit Joliyet en passant au fromage à la crème, u avec toutes >» ces petites grisettes, c'est sans cesse de » l'argent à dépenser.

» — Oh ! voilà bien mon ladre ! s'écrie Du- )* bois, je suis sûr que lorsque ce gaillard-là » va dîner chez le traiteur avec sa maîtresse, » il lui fait payer la moitié de la carte; >» bien heureuse encore si elle ne paie pas ï» pour lui!.... — Ah! Dubois.... — Oh! tu M es un crasseux, c'est connu... Messieurs, » je vais vous conter un trait de JolLvet :

» Dernièrement il revenait, avec une dame, » du faubourg St- Antoine, la pluie survient, » cette dame ne veut pas se faire mouiller.

» Jolivet la fait monter dans un Omnibus; » mais au lieu d'y monter avec elle, il se » précipite dans une Dame-Blanche, afin de » ne pas être obligé de payer les cinq sous » pour elle ! — Messieurs ! le fait n'est pas M exact, je suis monté dans une autre voi- » ture parce qu'il n'y avait plus de place » dans celle où j'avais fait monter la- per- » sonne qui était avec moi. — Il y en avait >» encore, s'écrie Dubois, je le sais de la dame » elle-même , qui me l'a conté , en ajoutant » qu'elle se promettait bien de ne plus aller » promener avec toL — Eh bien, tant mieux^!

116 LA FEXSB,

« qu'elle n'y tienne pins ! je ne la regretterai » pas; elle ayait toujours âoif, cette femtne- » là. . . il fallait toujours la mener au café ! . .* » Je ne connais rien qui ait plus mauvais » genre que cela.

» — ^Ha ça, mes enfàns, dit Dubois, comme » il ne faut pas que les plaisirs fassent ou- » blier les affaires . • . surtout quand les fonds » sont bas, je yais tâcher de placer une partie » de sucre et de café chez quelques demi-gros » delà ruedelayerrerie...J'iraiensuite laver » la tête à un coquin à qui j'ai fait vendre )» trois livres de vanille dans laquelle il avait » coulé de l'huile pour la faire peser davan- }) tage.... mais à cinq heures je suis libre , » dlnons-nous ensemble?

» — Volontiers , dit JFennevillé , je n*ai » affaire qu'à huit heures ce soir. — Es -tu » des nôtres, Jolivet? — Mais«... je ne sais » pas trop si je pourrai... et puis, messieurs, H quand on dîne avec vous on fait toujours n des dépenses folles ! ... vous n'êtes pas rai- » sonnables. — Oh ! nous serons très sages » aujourd'hui.... cent sous par tête, cane

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» passera pas cela... — Peste! e'èst. encore M bien assez. .. c'est qoe j'ai peur de n'avoir >» pas faim. — Il est certain que si lu contin nues de manger comm^ tu le fais dépuis » deux heures... a

En effet , tout en disant qu'il ne teut maai* gev qu'un morceau, Jolivet afait disparaître Tolaille , pâté , crème , et dans ce moment il achève le pot de confitures.

a Ha foi , j'ai mangé... sans y penser , dit » Jolivet; votre société m^a donné de l'appé- » tit; moi , d'abord, je mange bien plus en n société.... chez moi je n^ai jamais faim.. • » Eh bien ! à quelle heure dînerez-vous ?. . . » — A cinq heures et demie, le îendez-vous « au passage des Panoramas.,. • nous dlne^ » rons chezChampeau. — C^est bien, j'irai...

n ces confitures me tiennent au gosier. •• » Deligny , est-ce que tu n'aurais pas quel- » que chose pour me faire couler ça? ^^ » Veux-tu un petit verre de kirch? — Ah !

» oui!...* du kirch?..... ça fait digérer...

» Oh ! le gourmand , s'écrie Dubois ; il lui i> fent le petit verre.. ..Donne-m'en un aussi,

118 LAFSHU,

» Paul; à la bonne heure moi , j'ai besoin de » toniques; il faut à Thomme sensible et » Yolage des côtelettes de mouton et des » petits-Terres; sansça,en/àiic^/.... Adieu, )» jeunes amis , je Tais faire la cassonade et le » café martinique. A cinq heures et demie, » au Panorama , je tous montrerai , dans un » magasin de modes, deux Testales dont j'ai >» éteint le feu. sacré ! »

Dubois sort, JoliTet se décide enfin à quitter la table; il regarde sa montre et s'écrie: tt Ah{ mon Dieu! midi passé...» Moi » qui aTais rendez-Tous à onze heures...

» M. JenneTille, il m'a semblé que j'aTais tu » Totre cabriolet en bas? — Oui, il m'at- » tend. — De quel côté allez-TOus? — Au » faubourg St.-Germain. — Justement j*al » affaire rue de Seine... Si tous pouTiez me M mettre là? — Volontiers.. • Partons. A tan* » tôt , Deligny . — Oui , messieurs , à tan- )» tôt. »

Ils sont partis , et moi , après aToir écrit à mon père , je sors aussi , en pensant à ce H, Blagnard, dont JenneTille m'a parlé et

LE MARI ET l'aMANT. 119

qui af ait fortune en deux ans , tandis que moi , en six, je me suis aux deux tiers ruiné. Cependant ce Blagnard n'économise pas , il affiche un grand luxe , il ne se refuse rien. Il y a vraiment des gens adroits en affaires ! mais il y a aussi bien des fripons qui mériteraient la corde , et qui font figure dans le monde. Je n'envie pas cette adresse qui consiste à baser ses calculs sur la ruine d'autrui, à étaler un grand faste pour faire des dupes, à s'enrichir aux dépens de vingt familles que Ton met dans la misère. . . Cette manière de faire fortune est pourtant très-commune.

Diable!.... je fais ce matin des réflexions bien sérieuses!... Mais quand on a déjà été dupe des intrigans , on n'est pas content ; et quand on n'est pas content , on n'est pas toujours philosophe.

120 l'A Fians ,

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CBAHTHE V.

Çoirée clies des Grisettes. — Les Crêpes.

Tout le inonde est exact a» rende?-voufi, excepté JoUvet qui se fait toujours attendre. J'avoue qu'arant l'heure du dîn^ j'ai été plusieurs fois au moinent de nie rendre chez la petite Ninie, mais j'ai résisté à cette envie ; si elle demeurait dans un quartier un peu moins sale, il est probable que la jeune frangère aurait eu déjà ma visite.

Kous nous promenons quelques instans dans le passage des Panoramas, Jennéville me parle de sa nouvelle passion; il a l'air bien amoureux ; k Fentendre il n'a jamais connu de femme aussi jolie, aussi aimable, aussi séduisante.. • elles nous paraissent toujours ainsi dans le commencement.

LE UARI BT l'aMAKT. 121

Dubois regarde daiifl les boutiques, U lorgne les filles de comptoir, il nous en fait remarqui^ plusieurs.,. Ce garçon-U est in^ corrigible.

Enfin Joliyet arrive ^ le parapluie à canne à la main ; il tire sa montre en nous abor^ dant, et s*écrie : « Ce n*est pas ma faute... « je retarde ou vous ayancez. » Puis il court prendre le bras de Jenneville , auquel il témoigne beaucoup d*amitié; il a toujours des pré£éreoces marquées pour les personnes qui ont cabriolet et qui donnent des dîners.

lîxws nous rendons cbez le restaurateur; comme nous allions entrer, un jeune homme fortélégant descendait de son cabriolet.

» £b ! e est Blagnard , dit Jenneville. — M C'esjt ce cher Jenneville! dit M. Bla* » gnard. » Puis il| nous fait à chacun un sahiit gracieux, en disant : « Vous allez dlo^, « messieurs. < — Oui«.. et tcâ aussi ? dit Jea- » neriUe^ — Sans doute... mais si vous me » permettez d'être des vôtres , messieurs , » cela me sera très agréable. »

U n'y a pas moyen de refuser une telle I. II

proposition , d'ailleurs JenneTille parait être fort lié avec ce M. Blagnard, et Dubois s'é-^ crie déjà : « Plus on est de fous, plus on rit. »

Kous entrons dans les vastes salons du restaurant , et Jolivet me dit tout bas :

« Qu'est-ce que c'est que ce monsieur qui » va dîner avec nous ? ... — Ma foi , je le con* » nais peu. . . je sais qu'il fait beaucoup d'em- )» barras, qu'il a fait fortune en très peu de n temps. » • — Il a fait fortune ?. • . Ce n'est pas » bète ça !.. . C'est à lui ce joli cabriolet qui n était à la porte? — Oui. »

Jolivet n'a pas le temps de m'en demander davantage ; nous nous plaçons , mais il a soin de s'asseoir à côté de M. Blagnard.

M. Blagnard débute par demander des buitres d'Ostende , du San terne pour boire avec, puis duBeaune, première qualité, pour ordinaire. Je prévois qu'en continuant sur ce ton-là, notre écot dépassera de beaucoup ce que nous avions projeté; mais ce n'est ni moi , ni Jenneville qui en ferons la remarque; nous rougirions de paraître craindre de dépenser trop. Au contraire,

LS HA.11 BT L*AHàI«T. 12S

comme nous ne Youdrons pas rester en arrière, nous allons trancher aussi du capitaliste. Il n'y a rien de tel que Tamour-propre pour foire faire des sottises ; il est vrai que quelquefois aussi il fait faire de bonnes actions.

Dubois, qui ne calcule jamais , savoure à longs traits le Sauterne et le Beaune , sans s'inquiéter de la suite. Il n'en est pas ainsi de Jolivet ; il fait la moue, il ne sait pas s'il doit boire; et lorsque Blagnard demande des coquilles aui trufEes et des faisans rôtis, il se saisit de la carte en s'écriant : « Un ins-

> tant, messieurs, voyons les prix d'abord !.. » Vous allez! tous allez!...

» — Fi donc !..• Est-ce qu'on regarde ja-

> mais le prix ? dit Blagnard. Que nous im- » portecela! Nous paierons,..* cela suffit.»

» — Certainement, dit Dubois, on paie, et 3» Toilà tout... Mais Jolivet, lui, c'est dif- » fièrent ; quand il dîne chez le traiteur, ce )» ne sont pas les noms des mets qu'il cher- » che , ce sont les articles cotés au plus bas. )• Il ne prend que de ceux-là. — Je prends

» ce que j'aîme, répond Joliret. Tenez, i> messieurs, il me semble, par exemple , » que du petit salé aux chaux pour deux , » serait.. « » Un murmure général aecfudlle la proposition de Jalivet, quimetla cartesur ses genoux avec humeur, puis mange dans 80u£Eler mot. « Est-ce que vous ne poturriez » pas reculer un peu votre chaise?... >» dit Dubois à un monsieur à chereux rouges qui est assis à une table derrière nous , et dont la chaiso touche la sienne. Le monsieur ne répond pfts ; toute son attention paratt être al»orbée sur on rost-beaf^ qui est dèraot lui.

« Monsieur, je tous prie de vous reciller, »

reprend Dubois en criant de manière i fixer l'attention générale. L'homme aux chereux Fouges se tourne tout d'une pièce , et répond à Dubois avec le phl^me et Tachent de la Grande-Bretagne :

« Merci beaucoup*! Vous pas gêner moi « nullement.

M — C'est un Engliêh , dit Dubéis ; j'au* » rids dû m'en douter à la manière dont il » r^arde son rù8t4xaf.

vu HAKI ET L*AKAIfT. 125

n — Laisse cet Anglais tranquille et ne n nous fais pas de scène ici , dis-jeà Dubois. ^ — Il n'est pas question de scène , mais je n veux être à mon aise... Il appuie sa chaise » contre la mienne. — Avance-toi. — Je ne n veux pas m'avancer, je ne suis pas dans » l'habitude de céder à personne..* Ne fan- » drait-il pas se gêner pour un Anglais ! »

Quelques momens se passent sans que Dubois redise rien ; il se contente de regarder de temps *à autre son voisin par-dessus son épaule, mais le voisin mange et boit sans y faire la moindre attention.

Nous arrivons au dessert. « Si nous pre- » nions une légère omelette soufflée? » dît Jolivet, qui , petit à petit , s'est remis en train. H. Blagqard part d'un éclat de rire

en ft'écriant : » Une omelette soufflée!

» Ah! fi donc!... C'est un peu ta'op classi- » que. . . Il faut laisser cela aux grisettes et » aux garçons de boutique I.«. Des gelées, » des blancs-mangers , passe encore... Mais, » tenez, messieurs, du Champagne avant » tout; un homme comme il faut ne saurait I. II.

128 LA r liai,

attendu encore quelques minutes, voyant que celui-ci ne ' bouge pas de la table , rbOoune aux cheveux touges appelle le garçon, paie sa carte arec colère en disant :

« /a ne plue jamais reHaurer inoi dans ce » traiteur! n

Dubois qui n'est pas fâché de Toir son voisin parti , frappe alors de son verre sur la table; en s'écriant : a Yoyez*vous comme » le léopard s'en va la queue entre les jam- )> bes !.. « J'espèf e que je ne me suis pas gêné n pour lui dire son fait!.. • Hein? »

Ndus ne répondons rien â cette bravade; le Champagne est fini , nous demandons la caite. Le garçon l'apporte , Blagnard s'en empai'e et paie, puis va pour se lever : « Un B instant, lui dis-je, cela ne peut se passer » ainsi ; combien devons-nous chacun ? — » Eh, messieurs I,.. nous compterons cela » une autre fois!... — Non pas s'il voua y» plaît, un vieux proverbe dit : Les bons » comptes font les bons amis, et j'ai tou- » jours reconnu la justesse de cet adage.. « » ,La carte, je vous en prie, on je mef&cherai^

LE MAKI ET L*AHAIfT. 129

Blagfoard cède et me pâsse notre note qui ée itionte à cent soisfame-ci&q francs. Pour èmq c'est assez honnête , c'est trente-trois francs par tète; je paie, Jenneville et Du- Irais en font autant ^ quant à Jolivet^ il est si long^temps à fouiller dans chacune de ses poches , à retourner dans ses doigts quelques gros sous , que nous nous levons tous |Mlur aller preùdre le café ayant qu'il soit parvenu à faire la somtiie qil'il doit rendre à BlagMrd«

Nous nous rendons au Palais-Royal ; mais an moment d'entrer au café, Jolivet regarde sa montre, et nous quitte, en prétextant un rendez^vous. Il aura craint qu'en payant le café on ne se rappelât son écot du dîner.

Le café où nous entrons est rempli de vieux habitués 4 qui font de la politique ea commentant les journaux. Mais toutes les diseusëions ont lien avec calme, personne ne s*échauffe, on entendrait une mouche voler ; notre arrivée change tout cela ; comme nous avons beaucoup bu, nous faisons beau-

1 SO LA FBXHI ,

coup de bruit; mais nous ne nous en apercevons pas. Nous rions, nous parlons. tout haut , nous nous croyons très aimables , et je gage que les paisibles habitués du café nous portent sur leurs épaules; mais les hommes ne se voient pas ce qu'ils sont, quand ils ont la tète calme , comment donc se connattraieht-ils quand ils ne sont plus de sang-froid. Heureusement JennArilIe est pressé dé nous quitter pour aller/ fehez sa dame , et monsieur Blagnard a aussi un rendez-vous 9 car notre séjour au café pourrait amener encore quelque aventure; Dubois a déjà jeté deux fois à terre le chapeau d'un vieil habitué , et je vois dans les yeux de celui-ci que la troisième fois ne serait pas excusée.

Jenneville et Blagnard nous ont quittés , je reste avec Dubois dans les galeries du Palais-Royal, et nous sommes tous doux trop en train de rire pour ne point chercher quelque manière de passer gaiement notre soirée.

«Que diable allons-nous faire.^ dis-je i

LE HABI ET L AMANT. ISl

» Dabois, je ne me sens pas d'humeur à » m*enfermer dans un spectacle.... Il me » semble d'ailleurs que j'aurais de la peine » k rester en place. •• En société... on n'y » rit guère et nous avons déjà dit trop de fo- * lies pour que maintenant je puisse m'as- » seoir à une table d'impériale ou d'écarté. . » Dubois se frappe le front et fait un saut de joie en criant : « Ah mon ami ! ... Je n'y » pensais plus!... J*ai notre affaire!... Et » moi qui l'avais oublié... G^s pauvres pe- » tites ! nous allons passer la soirée la plus 1» amusante! nous pourrons dire des bêtises, » en faire même.. .'tout ce que nous ?ou- » drons ! finis coronaL • . Eh bien I quand je » veux faire une citation je n'en trouve ja- » mais que la moitié... — Parle-moi fran- » çais , et dis-moi ce que nous allons faire « de si charmant. -^ Ce que nous allons n faire, mon ami!... et la douce, la tendre, » la piquante Charlotte qui m'attend pour » manger des crêpes!... et moi!... qui ne I» m'en souvenais plus !... — Des crêpes? — N Eh oui , des crêpes; ne sommes-nous paa

lit Lk »UIU,

• en carnaval , à cette époque voluptueuse n de l'année dans laquelle les crépea et les 1» beignets jouent un si grand ràle ?« • . £n me 9 quittant ce matin. «,. car je n'ai quitté » Charlotte que ce matin , elle m'a ^it : Mon » bon ami , j'auriai ee soir ches moi trcns de N mes amies , nous devons faire des crêpes , » parce que nous les aimons beaucoup, vous » seriez bien aimable de venir. • . vous appor- » terez des marrons. •• Dis donc, des cr^ea » et des marrons 9 tout^ choses légères!

» J'ai accepté. •• Il est huit beares passées , » en avant chez Charlotte... Et vivent les » grisettes. 9

En .tout autre momrat , j'y regardenaia peut-être à deux fois avant d'accompagner Dubois, mais notre dîner nous a mis en galté , et ridée de passer la soirée chez des grisettes ma paratt alors très piquante.

« — Allons donc chez Charlotte, » dis-je à Dubois* « mais penses*tu qu'elle sera con- » tente que tu amènes quelqu'un avec toi ?

» — Tiens ! par exemple, est-ce que l'amour » doit jamaia |;éner l'amitié ?• • • J'amènerais

Ls aAsi KT l'amant. 123

1» cinq ou six amis quWle n'en serait que » plus satisfaite, puisque je te dis qu'elle )• a de ses amies , elle ; nous allons voir de n nouveaux visages... nous allons peut*étre » faire quelque nouvefte passion... on ne

» sait pas — Par exemple, je te prie

w ^'avoir la complaisance de ne m'appeler I» que par mon nom de baptême devant ces » petites filles... je n'ai pas besoin qu'elles » sachent toutes ie nom de ma famille. — » Sois tranquille, c'est entendu* Déjà hier » ou ce malin, en parlant de tôt à Charlotte, » je ne t'ai appelé que Paul, j'ai dit que tu )» ne te nommais pas Deligny, que c'était i> une plaisanterie de carnaval que jet'avais » faite 2 . . . Quant à moi , il n'y a pids moyen » que je garde VincognitOf je suis trop connu » de tous les jolis minois de Paris I.... — » Penses-tu que Ninie sera chez Charlotte?

» — Probablement.... — Je ne serais pas » fiiché de la revoir.... elle va me faire la » mine. — Tu lui feras une crêpe et elle te

» pardonnera — Ha ça-, tu parles de

« manger des crêpes et nous sortons de

1S4 LA FBX»,

» table... — C'est égal, ça fait là digestion. » Tout en parlant, nous marchions à grands pas; nous suivons la rue Saint-Honoré jusqu'à la Halle et nous gagnons la rue aux Fers. Dubois s'arrête de?ant la porte d'une allée, qu'il ouvre en pressant un secret qu'on lui a déjà fait connaître; nous pà|^trons dans une allée noire comne un four.

« — Nous allons nous casser le cou , » disje à Dubois. — « Tu as raison, me dit-il, n avec ça que Dulcinée loge sous les toits... » nous n'avons pas la moindre inspiration, » attends-moi là. »

Dubois ressort aussitôt de l'allée où je reste seul. Où est-il ? 'que va-t-il faire. ..mais je ne suis pa^ long-temp.s livré à 'mes réflexions , car Dubois revient bientôt tenant à la main ui) rat-de-cave allumé.

« — Avec ça , dit-il , nous trouverons plus » aisément notre chemin, ordinairement » j'ai toujours un rat-de-cave dans ma » poche.... c'est un meuble indispensable n quand on vaisouvent le soir chez des gri- » «ettes.... on l'allume dans la boutique du

LE MABI BT l'aHAKT. 125

n voisin 9 et on monte comme si on rentrait » chez soi. «

Nous montons un escalier horrible, mais arrivés au troisième étage nous entendons des éclats de r^re.

%« Entends-tu les petites folles, » me dit bois, u il parait qu'elles sont déjà réun nies. . . — Est-ce que c'est ici ? — Non pas, » encore deux étages... je reconnais la voix » de Charlotte... je suis sûr qu'elle fait la n 0te ! . . . c'est une fille versée dans les arts » utiles. 1»

Nous arrivons au cinquième et le bruit que l'on fait chez mademoiselle Charlotte nous indiquerait sa porte , si Dubois ne la connaissait pas.

Nous frappons, on nous ouvre, Charlotte possse une exclamation de joie en nous voyant : « Ah ! le voilà ! • • . que c'est gentil ! » ces demoiselles me disaient, ton monsieur » ne viendra pas, et moi je gageais que si !..« M — E^ vous voyez , mesdemoiselles , que je » vous amène un ami... il craignait d^ètve » indiscret, mais j'ai pris sur moi de .lever

1S6 LAFIHMC,

M se»Marapule8. — Âh I pty ezfiniple! . • . est* » ce que nous sommes des cérémonies^ nous » autres?.... d'ailleurs, c'est M. Paul, qui > étaitavec nous hier, je le reconnais bien... » entrez donc, messieurs, w

Nous eatrôDLS dans une pièce assez grande où les meubles ne gênent pas. Il y a tout y un lit sans rideaux, une vieille ooXmode et six chaises, dont deux sont cassées.

Une porte entr ouverte au fond^ m'indique une autre pièce, mais je n'en vois pasÉh* core l'intérieur, je considère en ce moment la compagnie :'elle se compose, outre: ma* demoiselle Charlotte , de trois dëfaioisèlles ; l'une , grande et maigre , a le nez et les coudes si pointus qu'on craint de se piquer en l'approchant ; on la nomme Aimée ; l'autre presque aussi grande, est dn moins grasse & proportion, sa%ure est pleine et fraîche, ses bras et ses mains sont énormes, elle n'a pas encore seize ans, à ce que nous dit Charlotte, et cela fepait d^â \m hegu gre* nadier : cdle^là se nomme Hanelte; enfin la troisième «st une petitç personne de dix-

LE HABI ET l'aKART. 127

liuitaos, assez gentille, très rieuse et qui ne reste pas un moment en place : on l'appelle Laure«

Dans tout cela je ne vois pas Nini« , et cela me contrarie.. • car c'est ainsi que nous sommes ; ce matin je n'ai pas youIu la revoir et ce soir je suis fâché de ne pas être avec elle; mais. du matin au soir il se fait bien des changemens dans nos idées! surtout quand nous avons bu du Champagne.

«i Où sont les marrons que vous déviez » apporter? » dit Charlotte à Dubois. — Ah !

n aimable pastourelle, nous les avons ou- » bliés I... mais est-ce qu'on ne pourrait pas » réparer cela par quelque chose de plus n spiritueux.... car des marrons avec des » crêpes, came semble tant soit peu.étouf- » faut... Que comptez-vous boire avec vos » crêpes? — Nous voulions boire du cidre , » mais la fruitière n'en a pas. — £h bien ! » ohers amours , nous vous offrons du vin >» blanc... ce qui vaudra beaucoup mieux n que votre cidre. i.. hein? — - Oh! certai- >» nement.

188 Ik F£BIYE ,

» — Mais, dit la petite Laure en riant, ça » Ta nous griser du vin blanc. •• moi, dès » que j ai bu un doigt de vin je suis toute » chose !•••. — Eh ben! tant mieux, dit 1» Charlotte, nous griserons Laure. — Oh!

» moi , je ne veux pas me griser, dit la grande » Aimée, parce qu'alors j'ai mal au cœur et '» je rends tout ce que j'ai pris. — Alors, n nous ne vous ferons pas boire, vous. — » Mes enfans, qui est-ce qui se charge » d'aller chercher les liquides? — Tiens, » vas-y toi, Manette.... t'es bonne enfant, w — C'est ça , c'est toujours moi qui fais les » commissions I — Mais il faut aussi rap- » porter des œufs et de la farine.. • — Com- 1» ment.Mapâten'estpasfaite! s'écrie Dubois.

» •— Mais non, nous vous attendions.... — » Alors, je m'en charge, et vous connaîtrez » mon talent !... s'il y a un grumeau je vous » permets de m'appeler^anacAe. a

La grosse Manette sort avec un saladier et des bouteilles vides; pendant que Laure l'éclairé, je dis à Charlotte : « Est-ce que n Ninie ne viendra pas? — Mais si fait, je

LK MABI rr L*AHAT(T. 139

H lui ai dit... Est-ce qu'elle ne sait pas que ji TOUS êtes ici? — Gomment le saurait-elle?

» je ne l'ai pas revue depuis hier au soir, et » alors j'étais loin de me douter de ce que ■ je ferais aujourd'hui. — Oh ! elle va venir, » c'est qu'elle avait de l'ouvrage à finir.... » Tenez, je crois que je l'entends dans Tes- » calier. . . Oh ! cachez-vous , nous lui ferons » une surprise.

» — Oui , oui , il faut lui faire une surn prise, disent toutes ces demoiselles. — » Moi je veux bien me cacher, mais où cela?

» — Dans l'autre chambre, » dit Charlotte , en m'y poussant, k Nous lui ferons croire » que c'est son Adolphe qui est revenu. >»

On me, fait entrer dans la pièce du fond, on referme la porte sur moi, et me voilà dans une complète obscurité. Je cherche à m'orienter; je tatou ne pour savoir si je ne pourrais pas m'asseoir jusqu'au moment de la surprise. Ma main gauche rencontre d'abord une poêle , et ma droite s'enfonce dans une ioaotte de saindoux ; je la retire de là-dedans le mieux que je puis, et en cher-

140 LAFBHin,

chant toujours , je rencontre au milieu de la chambre le dos d'une chaise. « Bon , me dis-je, Toili mon affaire , j*attendrai plus à mon aise U^dessus. » Alors j'écarte les pans de mon habit ; et je me laisse aller sur la chaise , mais aussitôt quelque chose éclate sous moi ; je me sens mouillé et piqué assez fortement. Je pousse un cri, on ourre la porte , c'était le moment de la surprise : ces demoiselles et l>ubois paraissent aVec une chandelle, et me trouTent assis sur les dé* bris d'un yase nocturne,. qu'en m'asseyant j'avais mis en pièces, et dont le contenu avait inondé le carreau.

D'abord on ne peut résister à l'envie de rire que cause ma position, mais on s'aperçoit que je fais la grimace, on craint que ' je ne sois blessé , on ne rit plus , on vient m'aider à me relever.

« Mon Dieu ! mon Dieu ! que nous sommes » bètes , s'écrie Charlotte , nous avons ou* }t blié que c'était-là... C'est la faute de ces n demoiselles aussi,. ... elles prétendaient » que c'était plus commode. • .

LE HÀlI BT l'amant. 141

n -~ Gomment, c'est ce monsieur, » dit Ninie en rougissant un peq , « et vous me » parliez d'Adolphe... Voilà une belle farce » que vous lui avez jouée*là ! — Es-tu blessé? » me dit Dubois. — Mais je ne pense pas » i'étre sérieusement ; . . • cependant j'ai quel- » que chose. • . — Nous allons visiter ça , mon » pauvre ami... Allons, mesdemoiselles, qui » est*ce qui tient la chandelle, qui est-ce » qui se dévoue? Dans un cas comme celui- » ci , l'humanité avant tout ! il n'y a plus de » sexe ! • . • » \

Ces demoiselles font toutes une petite moue qu'elles voudraient faire prendre pour r de la pudeur. La grande Aimée seule s'avance en disant : « Moi , je tiendrai tout ce n qu'on voudra ! Quand il s'agit de blessure, » il ne faut pas faire l'enfant ! »

On lui donne la chandelle, les autres passent dans la première chambre ; Dubois examine alors ma blessure, qu'il m'est impossible de voir moi-même ; et mademoiselle Aimée nous éclaire avec une stoïcité digne d'une Lacédémonienne.

Heureusement cet accident , qui pouvait avoir pour moi les suites les plus graves , ne m'a causé qu'une coupure peu profonde. Dubois demande des linges, des chifFons pour me panser; mademoiselle Charlotte entr'ouvre la porte et lui passe une vieille camisolle et deux bandes de percale à demi festonnées. Après avoir étancbé le sang avec les bandes destinées à orner le bas d'une robe, Dubois déchire sans pitié la camisole, en met une partie sur ma blessure, mademoiselle-Aimée attache tout cela elle-même, parce que les hommes ne savent pas bien mettre les épingles, et l'opération terminée, je me rhabille et je retourne, en bottant un peu , près de la société.

Les jeunes filles me demandent avec inquiétude si c'est dangereux , je les rassure. « Non , la blessure n'est pas conséquente, »

dit la grande Aimée , « et c'est bien heu- » reux! car un peu plus bas.... — Ça sera M une fière leçon pour nous, dit Laure. »

Dans ce moment, Manette revient avec les provisions , et Dubois s'écrie : « Oublions

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