‹ La femme, le mari et l'amantChapitre 13 sur 17 · LE M\RI ET L*AVART. 14S · texte numérisé non relu

LE M\RI ET L*AVART. 14S

n cet éyénement; Paul en est quitte pour » une bagatelle qui le rend plus intéressant )» en marchant ; ces demoiselles ne laisse- » ront plus le meuble indispensable au mi- » lieu de la chambre. Ne pensons qu'à nous » réjouir!... C'est moi qui fais la pâte!... » Dubois ôte son habit, retrousse ses manches , met devant lui ce qui reste de la camisole déchirée ; quoique boitant un peu , je voudrais l'aider; mais il n*y a chez Charlotte, ni table, ni yase assez grand pour contenir la pâte , ni grande cuiller pour la verser (dans la poêle. Chacun se met en campagne pour se procurer ce qui manque.

Pendant que Dubois tire au milieu de la chambre la commode dont il fait une table , Manette et Charlotte vont chercher des assiettes et des verres chez les voisins ; Laure allume le feu dans la cheminée , la grande Aimée nettoie la poêle, et Ninie lave quelques mauvaises fourchettes de fer. Moi , je cherche un égrugeoir, ou du moins un marteau pour piler le sucre dont on saupoudrera les crêpes. J'ouvre sans façon les-

armoires; je trouve f dans Tune, un vieux pot à lleau , quelques savates et une chandelle; dons une autre, quelques chiffons , un assez joli ficha de barrëge , et une bouteille de cirag^e angles ; enfin un fer i repasser s'offre à ma vue, je m'en empare, et il me sert à piler le sucre.

Bientôt Charlotte revient avec une immense cuvette dans laquelle on fera la pâte, et une cuiller A punch pour la verser. Minette apporte un moutardier pour mettre le sucre , et deux verres , dont un à pâte ; ce qui , avec celui que possède déjà Charlotte, pourra suffire à la société, vu que lorsqu'on est sans cérémonie , on peut bien boire dans le même verre. Les patriarches du bon vieux temps partageaient leur couche avec leurs hôtes ; il me semble qu'une grisette peut bien partager son verre avec ses amis.

Enfin on a à peu près tout ce qu'il faut , et à chaque objet que l'on pose sur la commode , ce sont des éclats de rire interminables; la pauvreté a donc quelquefois son

côté comique; s'il ne manquait rien pour ce festin , si l'on avait trouvé chez Charlotte toutes les choses nécessaires, on rirait beaucoup moins. La table et tous les objets qui la couvrent ne fourniraient pas des plaisan^ teries à ces demoiselles ; les grisettes sont vraiment philosophes ; avec elles le plaisir du moment chasse bien loin le lendemain ^ et fait oublier la veille.

Dubois a mis son mouchoir autour de sa tète pour achever de se donner l'air d'un g&te-sauce; 'pendant qu'il bat ses œufs et sa farine au bruit des applaudissemens de ces demoiselles , je me suis assis près de Kwie, qui me regarde avec un petit air boudeur, et ne me dit rien. Quoi I pas un reproche de ce que je ne suis pas allé la voir!... Cette petite niaise a déjà le tact d'une grande .

coquette; si elle me témoignait des regrets de ne m'avoir pas revu, je m'en excuserais négligemment; elle ne m'en soufiEle pas mot, il faut donc que ce soit moi qui commence à m'excuser...

« Êtes-vous sortie ce matin , mademoi* I. i3

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j» selle? — Non , monsieur. — J'avais bien » envie d'aller vous voir.. . Mais des affaires. . . « — Oh! vous avez bien fait de ne pas vous )) gêner, monsieur. >.... si j'étais une belle >» dame, à la^ bonne heure... — Vous pen- » sez donc qu'une belle dame me plairait » plus que vous? — Est-ce que ce n'est pas j) vrai? ».

Je ne sais trop que répondre, cependant, en ce moment Ninie me semble préférable à beaucoup de belles dames , je la trouve bien plus gentille qu'hier; elle est pourtant moins parée, elle a un bonnet bien simple, une robe foncée, un tablier d'alépine, mais cela ]ui donne un air plus honnête, plus bourgeois que les chiffons qu'elle portait la veille.

Je lui ai pris la main en souriant, je joue avec cette main qu'elle m'abandonne et qui est blanche et potelée, quoiqu'un peu rude au toucher. Je regarde Ninie en dessous, elle s'efforce en vain de conserver son air boudeur, je vois que nous aurons bientôt fait la paix... Dans ce moment de grands

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éclats de rire attirent notre attention. C'est le dessus de la commode , vieux noyer ver-* moulu, qui vient de céder sous le poids de la cuvette pleine d'œufs, de farine et de lait, que Dubois battait à tourne bras, et la pâte est descendue dans le tiroir d'en baut«

« Sacré mille Yénus ! ... dit Dubois , il pa- » ratt, mes petits anges, que tout est mûr » cbez vous !••• Voilà au moins six crêpes de » perdues!— Cest fameusement vexant, »

dit Manette.

On rattrape ce qu'on peut de la pâte avec la cuiller à punch , on y remet de l'eau pour réparer le déficit ^ et afin qu'elle soit meilleure, Dubois court fouiller dans les poches de son habit et en tire un échantillon de vanille dont il fait hommage à la société et que l'on met dans la pâte.

Le feu flambe; c'est Dubois qui veut avoir l'honneur de faire la première crêpe, on lui met la poêle à la main , le saindoux lui est présenté par la pétulante Laure et la pâte est versée par Ninie; pendant que Dubois fait la crêpe Charlotte verse du vin dans les

trois verres et Aimée cherche dans tous les coins an peu de sel, qu'elle préfère an sucre pour assaisonner sa crêpe. Le moment est Tenu où celui qui tient la poêle doit montrer son talent f la pâte fume, tout annonce que la crêpe est cuite d'un côté ^ il s'agit de la retourner; Dubois, qui ne doute de rien , n'écoute pas Charlotte qui lui conseille par prudence de retirer sa poêle de dessus le feu et de retourner la crêpe dans la chambre ; avec l'assurance d'un vieux cuisinier, il fait voltiger la crêpe. •• elle disparait par le haut delà chemimée, et lorsqu'enfin elle retombe dans la poêle , c'est avec une couche de suie qui la rend méconnaissable.

Les éclats de rire rec(Hi>mencent. Dubois quitte la poêle et va boire, la gi*osse Manette le remplace en disant : « Vous allez voir, » moi , comme je retourne ça. » On attend avec impatience le moment décisif, alors Manette retire la poêle dans la chambre et avec un vigoureux tour de ))ras envoie la crêpe dans le visage d^ la grande Aimée ; celle-ci crie , on s'empresse de lui ôter le

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masque qu'elle a sur la figure , mais ou ne peut s'empêcher de rire de la grimace que fait ta pauvre fille; pour la consoler ou lui abandonne la crêpe, dont personne d'ailleurs ne se soucie de goûter.

« Avec tout ça, dit Charlotte, si nous con- » tinuons ainsi , nous aurons fait de la pâte » pour lé roi de Prusse. C'est pourtant dom* » mage , des crêpes à la Tanille ça (doit être » bien bon!... Est -elle bonne? Aimée. —

n Ça leur donne un drôle de goût —

» Ah! pardi, tu mets du sel dessus, ça ne » doit pas trop aller avec la yanille.

A — Donnez^moi la poêle, dit la jeune » Eaure , je vois bien qu'il faut que je vous » montre comment on fait ça. »

Laure tient en effet la queue de la poêle avec une grâce toute particulière , et quand vieqt l'instant de retourner la crêpe elle la fait sauter et la reçoit avec beaucoup d'adresse et au bruit des bravos de chacun.

Laure qui est bien aise de poursuivre ses triomphes fait plusieurs crêpes de suite.

Dubois est en admiration toutes les fois I. i3.

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qu'elle les retourne, et cela finit par impatienter Charlotte qui le pince, en lui disant ; « Mon dieu ! comme tous la regardez re-

» tourner ça ! vous devriez vous mettre

1» dans la poêle pour mieux juger de son » talent !••• »

Et mademoiselle Charlotte prend la place de Laure, mais quand elle retourne la crêpe, elle n'en attrape jamais que la moitié; alors la petite Laure se pince les lèvres et sourit d'un air moqueur, car les femmes se moqueraient de leur meilleure amie, quand leur amour-propre est en jeu. Ninie dit qu'elle mange bien les crêpes , mais ne sait pas les faire, moi je suis de la même force.

Cependant une pile de crêpes circule, et on les arrose avec du petit vin blanc qui serait bon pour accompagner des huttres, mais que ces demoiselles trouvent bien gentil et dont elles ne se font point faute. Je bois dans le verre de Ninie, Dubois dans celui de Charlotte , et les trois autres se servent du seul verre qui reste. Pour égayer le repas, Dubois chante des gaudrioles , car dans ce

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moment une romance serait peu goûtée par la société ; après Dubois c'est moi que Ton fait chanter, puis chacune de ces demoiselles dit ensuite sa chansonnette; là, c'est encore Tespiègle Laure qui obtient la palme , cai:

Dinie n'a presque pas de voix, la grosse Manette a une basse-taille , la grande Aimée' chante du nez , et Charlotte chante faux.

Le concert ne fait pas oublier le festin , quelqu'un tient constamment la queue de la poêle ; les grisettes ont toujours bon appétit, elles ne connaissent pas ce bon genre qui consiste à faire croire que l'on a l'estomac délicat^ elles se bourrent de crêpes, Dubois leur verse sans cesse, et bientôt le vin blanc fait son effet; toutes ces jeunes filles veulent parler, et comme aucune n'a la patience d'attendre que l'antre se taise , elles parlent toutes à la fois; elles chantent, elles crient, elles sautent; on ne s'entend plus, mais on rit toujours.

Dubois propose d'organiser une contredanse : comme nous n'avons pas d'instrument il faut que l'un de nous chante. C'est

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Manette qui se charge de faire Forchestre ; elle s'accompagne avec la pincette dont elle frappe la poêle, ce qui, à ce que dit Charlotte, produit l'effet d'une symphonie turque^ comme nous ne sommes que deux cavaliers, et qu'il reste quatre dames, Dubois pense qu'il nous faut en prendre chacun deux et faire constamment la figure de la pastourelle.

Voilà dix minutes que nous dansons la pastourelle, et que Manette frappe sur la poêle avec les pincettes ; nous mettons tant d'abandon dans notre danse que nous faisons trembler la maison. Tout-à-coup nous entendons frapper sous le plancher.

« Ah! c'estle vieux voisin, c'estM.Fouyoux, » dit Charlotte; tiens! il nous embête , ne » faudrait-'il pas se gêner de danser pour » qu'il dorme!... dansons plus fort , ça lui » apprendra à frapper au plafond. >» .

Nous n'avions pas besoin de la recommandation dé Charlotte^ pour faire du bruit.

On cogne de nouveau, nous faisons des cabrioles à défoncer le plancher. Le bruit

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cesse au-dessous et Charlotte croit que le voisin a pris son parti , mais bientôt c*est à la porte du carré que Ton frappe atec force.

« Comment, oser Tenir chez moi! » dit Charlotte, « Par exemple !••• Le voisin est M sa ns gêne ! . . . Est-ce qu'il croit qu'il me fera » peur... Faut le laisser à la porte. — Non, » il faut lui ouvrir, dit Dubois, nous allons » nous moquer de lui... Ça sera bien plu»

» piquant. — Ah ! oui , oui , disent toutes » les jeunes filles, il faut faire aller mon* n sieur Fouyoux ! »

Charlotte ouvre la porte, et nous voyons un petit homme de soixante ans , tout ridé, tout ratatiné, dont la peau est couleur de bijyarade, et le nez couvert de petits rejetons; un bonnet de coton fixé sur sa tète , par un large ruban verdâtre, descend jusque sur ses yeux ; il a le corps enveloppé dans une vieille robe de chambre à fleurs qui descend jusqu'à sa cheville ; nous nous apercevons que pour monter il ne s'est pas donné le temps de mettre des bas , ses pieds nagent dans de vastes pantoufles jadis fourrées , et

il tient à la main son bourgeoir, tandis que de Tautre il retient autour de son corps sa grande robe de chambre.

Le voisin jette un regard colérique dans rintérieur de la chambre , cependant la vue de tout le monde semble lui imposer un peu ; il porte à son bonnet de coton la main dans laquelle est le bougeoir, et par ce mouvement manque de se brûler le nez, puis dit d'une voix grêle et fêlée : « Mademoi- » selle, il est...

» — Entrez donc , monsieur Fouyoux , »

dit Charlotte d'un air aimable. — « Made- » moiselle,je viens..» — Je ne souffrirai pas » que vous restiez sur le carré !...

» — Entrez donc , monsieur, » répètent toutes les jeunes filles ; et le vieux voisin , étonné , se décide à faire cependant deux pas dans la chambre , aussitôt on referme la porte du carré, et Dubois, qui a été chercher une chaise, la présente à monsieur Fouyoux , en lui faisant une profonde salutation.

«( Monsieur, donnez-vous doiic la peine

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y* de vous asseoir. .. — Je vous remercie, mon- » sieur... Mademoiselle, il est minuit sonné » à Saint-Eustache et à Saint- Magloire... — » Vous allez prendre quelque chose, mon- I» sieur Fouyoux...

» — Monsieur sait-il faire les crêpes ? » dit Dubois , en présentant d'un air respectueux la poêle au vieux voisin, u — Non , mon- » sieur... Mademoiselle, vous savez que le n propriétaire naime paà que, passé mi- M nuit... — Voulez- vous vous débarrasser » de votre bougeoir, monsieur Fouyoux? — » C'est inutile, mademoiselle, je ne... — » Approchez-vous donc du feu , vous allez n vous enrhumer. •• »

Le voisin commence à penser qu'on a l'intention de se moquer de lui , il fronce le sourcil , va se fâcher et déjà reprend le chemin de la porte , lorsque Dubois allant à lui, l'arrête, en lui disant d'un air de bonhomie : « Tenez , monsieur, vous nous » en voulez un peu , parce que nous faisons n du bruit en dansant , qu'il est tard et que » cela vous empêche de dormir... — C'est

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u yrai, monsieur. — Nous sentons que votre » réclamation est très-juste, et pour vous » laisser reposer en paix , nous allons tous

ji nous retirer avant dix minutes — Ce

I» sera très aimable , et je... — Mais il faut « nous prouver que vous n'êtes pas fâché, » et pour cela il faut boire un verre de vin » blanc avec nous... — Messieurs, je vous » assure... — Oh! il le faut absolument !...

» vous allez vous asseoir deux minutes pour a être témoin de la dernière contre-danse , » nous ne vous laissons pas partir sans » cela !•••-• »

Monsieur Fouyoux, vaincu par les instan* ces de Dubois, par les prières de ces demoiselles, et espérant que sa condescendance le fera bientôt dormir tranquille, se laisse conduire vers la chaise que lui présente tou* jours Dubois, et sans lâcher sa robe de chambre , pose son bougeoir sur la commode et s'assied en saluant la société.

Mais Dubois avait choisi la chaise qu'il avait présentée au voisin , elle était du nombre de celles reléguées dans les coins de la

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chambre ; au moment où monsieur Fouyoux s'assied , les pieds de derrière manquent , et le voisin roule sur le plancher; en cherchant à se retenir , il a naturellement lâché sa robe de chambré qui s'est ouverte dans sa chute , et monsieur Fouyoux se montre à la société presque comme un petit Saint Jean.

A la vue du voisin par terre, toutes les jeunes filles partent d'un rire fou. Monsieur Fouyoux se relève furieux», ramasse son bonnet de coton , l'enfonce au hasard sur ses oreilles, se saisit de son bougeoir et court à la porte en s*écriant : « C'est une horreur..* D C'est un tour infâme... C'est bon, meisde- » moiselles, j'irai voir demain le commissaire h et le propriétaire!... On verra s'il est » permis de jeter les gens par terre !... j»

Les jeunes filles rient trop pour pouvoir répondre, Dubois seul suit le voisin, en lui criant : « M. Fouyoux, quand on monte » chez des dames , il me semble qu'on de- » vrait mettre au moins un caleçon !... c'est n nous qui serions en droit de nous plain-

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» dre... vous êtes un homme bien dange- » reux, M. Fouyoux!... »»

Le voisin a redescendu l'escalier en jurant qu'on entendrait parler de lui, et il a refermé sa porte de manière à ébranler la maison.

«( Ah ! mon Dieu ! était-il drôle par terre l » dit Laure. — Je suis sûre que je vai§ rêver » de lui ! dit Manette. — Il n'y a pas de quoi,» dit la grande Aimée.

« — Ce pauvre H. Fouyoux, dit Charlotte, i> désormais je ne l'appellerai plus que » M. FoutlliL*. au reste, qu'il se plaigne » au propriétaire, ça m'est bien égal, je » déménage au terme , on m'a déjà donné » congé; le plus souvent que je vas me M gêner pour faire du bruit !••• Ah!... mes- » sieurs, faites-nous donc danser la Bou- » langére... et appuyons sur les talons. »

La Boulangère est acceptée, après cela on propose une walse, et je fais tourner mademoiselle Ninie^ tandis que Dubois fait tourner Charlotte et que Laure walse avec Aimée.

Hais la walse achève d'étourdir les de-

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moiselles, Aimée se sent déjà mal à soa aise, et comme les autres se moquent d'elle, elle se met à pleurer.

«< C'est ça , dit la petite Laure, quand elle I» a bien soupe, il faut toujours qu'elle » pleure celle-là ! comme c'est amusant.

Si la grande Aimée a le vin triste, mademoiselle Laure l'a fort gai , Manette devient très querelleuse , Charlotte se jette sur une chaise et étend lAbras en bâillant; moi, je m'aperçois qu^ninie, qui cependant a moins bu que les autres, est plus tendre, plus sentimentale que de coutume; je suis assis près d'elle dans un coin de la chambre, et je lui ai déjà pris plusieurs baisers auxquels elle n'a opposé que des soupirs qui semblaient plutôt m'engager à recomnîencer.

Pendant que Manette crie après Aimée , qui lui répond en pleurant, Dubois , qui lorgne depuis long-temps mademoiselle Laure, profite d'un moment où il croit Charlotte assoupie pour prendre un baiser à la petite rieuse , mais celle-ci s'échappe des bras de Dubois et se sauve en riant dans la cham-

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