‹ La femme, le marie et l'amantChapitre 5 sur 18 · SOIRÉE CHEZ DES 6RISETTES · texte numérisé non relu

SOIRÉE CHEZ DES 6RISETTES

Que diable, monsieur Fouyoux ! on met au moins un caleçon quand on va chez des dames I vous êtes un homme bien dangereux , monsieur Fnuvoux I

et le modeste bourre de soie de cent francs loi a fait autant de plaisir qu'un cachemire en causerait à une femme entretenue; elle n'est pat trop coquette, elle est toujours satisfaite de ce qu'elle reçoit, elle ménage ses parures; cette jeune fille a des qualités.

Depuis quelques jours je ne lui ai point fait quitter sa chambre, elle ne s'en plaint pas, elle me témoigne autant d'amitié; je veux aujour d'hui l'en récompenser en lui procurant un plaisir qu'elle désire goûter depuis longtemps. Plusieurs fois Ninie m'a dit qu'elle n'avait jamais été à l'Opéra, qu'elle voudrait bien voir l'Opéra, que ce devait être bien amusant!... Je ne me suis pas pressé de l'y mener, car à l'Opéra toutes les loges sont découvertes, à moins d'aller en face, et c'est trop cher ; ou en haut , mais ce n'est pas du cintre que Ninie jouirait du coup d'oeil des décorations; il faut que je mène cette petite à l'amphithéâtre, derrière le parterre, c'est de là que l'illusion est la plus complète , et à l'Opéra ce n'est que cela qu'on va chercher. Je ne me soucie pas trop d'être à l'amphithéâtre avec cette jeune fille, je puis être

vu par des connaissances...

Mais elle gardera son ch»

peau... Après tout, sait-(:

ce qu'elle est? et ne suis-j„ pas mon maître?... Le désir de jouir de la joie de Ninie, qui grille d'aller à l'Opéra, l'emporte sur toute autre considération.

Je vais chez elle dans la matinée, je la préviens que le soir je la mènerai à ce spectacle qu'elle désire tant connaître; elle fait des bonds de joie, elle est dans le ravissement. Je suis bien aise de voir qu'elle n'est pas encore blasée sur les plaisirs, il y a -'.tiit de gens qui ne sont plus amusables ! Je recommande > Ninie de se faire bien belle, de soigner sa toilette; elle n'y manquera pas, et moi je lui promets de venir la chercher à six heures et demie avec un cabriolet.

A l'heure convenue, je me rends rue Aubry-le-Boucher, je descends de cabriolet et monte lestement un escalier, qui heureusement est un peu -jius clair que celui de mademoiselle Charlotte. J'arrive devant la porte de Ninie, je frappe... on n'ouvre pas... elle est donc sortie, car elle m'entendrait; elle n'a pas deux pièces! je ne conçois pas son absence...

Mais en regardant la porte, je viens d'apercevoir quelques mots écrits avec du charbon, lisons : « Je cuis chez ma voisine au-dessous. »

Je cuis au-dessous

Qu'est-ce que cela veut dure... Ah! j'y suis! Pauvre petite , elle ne pense pas qu'un c peut se prononcer autrement qu'une si... Allons donc au-dessous, chez la voisine.

Je descends, je frappe; une femme, en fichu sur la tête, vient m'ouvrir.

— Pardon, madame, mademoiselle Boissard n'est-elle pas chez vous? — Oui, monsieur... Donnez-vous la peine d'entrer. — Ce n'est pas la peine, madame, si vous vouliez lui dire seulement qu'on la demande. — Mais entrez donc, monsieur... certainement je ne vous laisserai pas a la porte.

Que le diable emporte la voisine avec ses politesses, me voilà obligé d'entrer chez je ne sais qui, et je trouve là deux autres femmes, qui sont au moins des blanchisseuses ou des ravaudeuses; elles sont assises autour d'un poêle, mais elles se lèvent à mon aspect, tandis que la voisine me présente une chaise.

— Donnez-vous la peine de vous asseoir, monsieur. — Madame, c'est inutile, je veux dire un mot à Ninie, et... —Monsieur, il ne voua en coûtera pas plus de vous asseoir I...

Dans ce moment, Ninie sort d'une pièce voisine à demi habillée en me disant : — Me voilà, iuh bon ami, je serai bientôt prête ; c'est qaw je mets ma robe neuve, et je ne pouvais pas m'habiiler toute seule... ella est lacée par derrière; mais madame Ballû a la complaisance de m'aides.

Il faut se résigner, ie m'assieds pendant que madame BaM taMtl

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