G. RICHELOT
On parle de plus en plus des femmes qui, dans l’intention d’exercer l’art de guérir, se livrent à l’étude des sciences médicales, en Amérique, en Angleterre, en Russie, en Suisse, en France même, et obtiennent le brevet de pharmacien ou le diplôme de docteur en médecine. Aucune législation, aucune puissance morale n’interviennent pour arrêter cette déplorable
tendance. C’est un engouement, une maladie de notre époque. Dans plus d’un pays, on crée des Écoles de médecine à l’usage des femmes. Tout récemment, à Londres, un établissement de ce genre a été inauguré. Les praticiens les plus renommés de la capitale de l’Angleterre, les maîtres qui enseignent dans les hôpitaux de cette grande ville, ont accepté le titre et les fonctions de professeur dans cette École féminine, où les dames se font inscrire en grand nombre, et où, indépendamment de la médecine proprement dite, on leur enseignera encore la chimie, la botanique, et l’anatomie comparée !
Chez nous, les femmes sont admises officiellement aux examens, et jusqu’à l’internat dans nos hôpitaux !
Laisser des femmes, des jeunes filles
suivre les cours de nos Écoles de médecine et pénétrer dans nos salles de dissection, au milieu des cadavres, c’est se mettre en contradiction choquante avec nos mœurs; leur donner place aux examens officiels, leur accorder des grades dans nos Écoles, leur concéder des titres professionnels complets, c’est, de la .part de l’administration supérieure, un acte de faiblesse ou de négligence, ce qu’on pourrait appeler l’abandon d’une portion importante de la direction sociale.
C’est la liberté, dit-on. Hélas! tant d’autres libertés moins dangereuses et plus fécondes nous manquent !
L’homme civilisé est ainsi fait, qu’avant d’arriver à la possession et à l’exercice rationnel de la liberté, il faut qu’il épuise
la liste de toutes les utopies, de toutes les excentricités, de toutes les folies, qui n’en ont que le masque. Parmi ces excentricités et ces folies, ne doit-on pas considérer l’institution des femmes-médecins comme une de celles qui méritent d’être le plus vivement combattues, car elles menacent directement la santé humaine, et, par conséquent, les plus chers intérêts de la société ?
Nos confrères de la presse médicale, en Angleterre, n'envisagent point avec indifférence cet entraînement féminin vers la médecine, ils pensent, non sans un grand sens pratique, que ce fait peut avoir les conséquences les plus graves au point de vue de l’exercice de la médecine dans l’avenir. Ces conséquences, personne ne peut les prévoir d’une manière précise ;
mais il est facile de pressentir qu’elles ne peuvent pas être bonnes.
J’ai questionné un grand nombre d’élèves en médecine. Je leur ai demandé quelle impression produit sur eux la présence des femmes dans les amphithéâtres et dans les salles de dissection. Il m’ont tous répondu : Une impression de dégoût.
Quelle autre impression pourrait produire, en effet, la vue de ces femmes, jeunes pour la plupart, avec leurs tabliers ensanglantés, avec leurs manches retroussées, avec leurs mains souillées et armées du scalpel et de la pince à disséquer, penchées sur des cadavres puants? Cet accoutrement, ces salles infectes, ces débris humains, ces rudes travaux, font un contraste repoussant avec ces formes féminines. Et ces formes féminines elles-mêmes,
dans un pareil milieu, apparaissent disproportionnées , débiles , ridicules. Les jeunes femmes qui ont assez peu de pudeur et de bon goût pour entrer dans une carrière si mal appropriée à leur sexe, ne paraissent pas se douter de ce qu'elles sacrifient. Elles perdent toutes leurs grâces, tout leur charme, tout l’attrait de leur sexe. Ce ne sont plus ni des femmes, ni des hommes.
Armées du diplôme de docteur, qui confère le droit d’exercer la médecine dans toute l’étendue du territoire français, les femmes-médecins se diront les médecins des femmes et des enfants. Mais d’abord, au point de vue de ces dames, à quel âge l’homme ces sera- t-il d’appartenir à la catégorie des enfants? Quelle sera la limite précise? Puis, pense-t-on que ces dames , foulant aux pieds le besoin de
noire siècle, celui de faire fortune le plus promptement possible, refuseront d’aller porter leurs conseils et leurs soins au malade du sexe masculin qui les appellera ? Que de raisons d’humanité et de dévouement ne mettront-elles pas en avant pour ne pas se soustraire à cet appel !
Et, dans l’exercice de l’art, supposez la doctoresse arrivée au huitième mois d’une grossesse, circonstance qui naturellement sera très-fréquente, si les doctoresses sont nombreuses, voyez-vous cette femme pénétrant dans la chambre de son client, précédée d’un ventre énorme et s’approchant avec peine du malade pour lui tâter le pouls, l’ausculter en avant, en arrière, objet elle-même de répulsion pour le malade, si le malade est un homme ou une femme, objet d’effroi par sa masse informe, si le malade est un petit enfant? Ce spec-
ih
tacle serait grotesque, s’il n’était profondément triste.
Je rencontre parfois des personnes qui, jugeant du désintéressement et de la délicatesse des médecins d’après ce qu’elles observent dans la plupart des autres professions, dans le commerce, dans l’industrie, en un mot, chez le plus grand nombre des hommes, se figurent que, si les médecins condamnent l’institution des femmesmédecins, c’est par un sentiment d’envie, et dans la crainte de la concurrence qui peut leur être faite. Rien n’est plus facile que de répondre à cette accusation ingrate et injuste.
Il faut partir de ce double point de vue, d’abord que le Corps médical ne peut être, en aucune manière, assimilé à une caste jalouse de ses privilèges et désireuse de
les transmettre à sa descendance, et qu’en effet, un grand nombre de médecins ne sont ni fils, ni pères de médecins. Gela posé , qu’importe aux médecins qu’un essaim de femmes vienne augmenter le nombre des praticiens? Il faut admettre qu’il se passera un certain nombre d’années avant que les étudiantes d’aujourd’hui deviennent des médecins à clientèle. Et quand il en sera ainsi, combien de médecins d’aujourd’hui se seront retirés des affaires ou de ce monde! Eh bien, qu’arriverait-il si le nombre des doctoresses devenait considérable ? Le nombre des docteurs diminuerait en proportion. Il se ferait en grand, dans tout le Corps médical, ce qui se fait en moindre proportion dans une partie de la Bretagne, où les médecins instruits disparaissent, au grand détriment de la santé des populations, devant les
envahissements funestes du charlatanisme et de l’exercice illégal. Le Corps médicalhomme ne se recruterait que dans la mesure nécessaire pour répondre à l’appel des malades qui tiendraient à être assistés par des médecins sérieux et capables. Les jeunes gens qui, dans les conditions normales de la société, eussent embrassé la carrière médicale, avertis qu’elle n’est plus suffisamment rémunératoire , se dirigeraient vers les autres carrières. Les intérêts du Corps médical sont donc hors de cause, et l’opposition des médecins ne saurait être suspectée. Mais quels seraient les intérêts menacés? Évidemment ceux de la société, ceux de la santé publique.
Voici une preuve bien triste, entre mille, de ce que j’avance : Une jeune femme appartenant à une des familles les plus respectables de Paris, déjà mère de deux
petits enfants, était arrivée à son troisième accouchement. Par un sentiment de pudeur bien mal raisonné, elle n’avait point voulu consentir à recevoir les soins d’un médecin pendant ses couches. Elle était donc assistée par une sage-femme. À la suite de ce troisième accouchement, il se déclara une perte utérine grave. L’hémorrhagie devint promptement formidable. Voyant son impuissance , que fit la femme-médecin?... Elle s’évanouit! C’était un moyen de se soustraire à toute responsabilité; mais pendant cette syncope, la pauvre jeune mère succomba. Je le demande, voit-on les accoucheurs, en présence d’une perte utérine, s’évanouir au lieu d’arrêter l’hémorrhagie ? La syncope est dans la nature de la femme ; elle sera nécessairement un des attributs de la femme-médecin. Mais ce n’est là qu’un
des nombreux détails de ce grave et intéressant sujet de la femme-médecin, que je ne puis qu’effleurer dans ces colonnettes.
L’étude et la pratique de la médecine exigent des qualités viriles. Pour être médecin, il faut avoir une intelligence ouverte et prompte , une instruction solide et variée, un caractère sérieux et ferme, un grand sans-froid, un mélange de bonté et d’énergie, un empire complet sur toutes ses sensations, une vigueur morale et, au besoin, la force musculaire. Est-ce que ces qualités et ces aptitudes, sauf de trèsrares exceptions, peuvent se trouver réunies chez la femme? Ne sont-elles pas précisément le contraire de la nature féminine? Et ce qui ajoute aux dangers de l’institution des femmes-médecins, c’est qu’un sentiment d’amour-propre, coupable
sans doute, mais bien naturel, les entraînera invinciblement à vouloir traiter seules leurs malades, sans l’aide d’un homme, pour avoir tout le mérite de la guérison. Or, le simple retard à provoquer une consultation ne pourra- t-il pas être, dans beaucoup de cas, une cause de mort?
Je me souviens d’avoir vu dans un hôpital d’une de nos grandes villes, une jeune femme, d’environ 25 ans, d’un physique agréable, qui remplissait, dans cet hôpital, les fonctions d’externe, auxquelles elle était arrivée par le concours. Elle suivait, avec les autres élèves de l’École de médecine, la visite du chirurgien. Dans la salle des hommes, toutes les fois qu’il était nécessaire de découvrir le malade plus ou moins complètement, elle quittait le groupe des élèves et se retirait momen-
tanément dans l’embrasure d’une fenêtre.
Évidemment, c’était une situation fausse et presque ridicule ; comment faisait-elle dans la salle de dissection? Lorsque le professeur arriva à la salle des femmes, elle ouvrit sa trousse et s’arma de sa pince à pansement. C’était là qu’elle avait son service. On m’apprit alors qu’elle était la femme d’un médecin, et qu’elle était mère de trois petits enfants !
J’avoue que ces renseignements produisirent sur moi une impression pénible.
Je me représentais le père de ces enfants visitant jour et nuit ses malades, la mère de famille passant ses journées aux visites et aux pansements de l’hôpital, aux cours de l’École de médecine, dans les salles de dissection, et les pauvres petits êtres, abandonnés, livrés à quelque servante inepte, contractant peut-être , faute d’une
bonne hygiène, le germe de quelque maladie qui empoisonnera leur existence, et recevant à coup sur d une domestique ignorante et superstitieuse des notions absurdes et nuisibles, qui ne s effaceront jamais de leur esprit que dune manièie incomplète. Et je me disais, envisageant l’immensité des études medicales . Non, la femme n’est point faite pour ces études. Elle n’est point faite pour méditer sur un squelette, pour explorer l’état de nos viscères par la percussion et 1 auscultation, pour plonger ses petites mains dans le ventre des cadavres et y chercher la cause
de la mort Elle a une autre mission
dans la société.
Ici, je m’arrête. La mission sociale de la emme, voilà un beau et vaste sujet bien
LA FEMME-MÉDECTN
iait pour attirer les pensées des hommes de cœur et de progrès. Mais le feuilleton est un asile trop humble pour recevoir un si grand personnage. Bornons-nous à dire, en terminant, que la femme-médecin est un être humain qui a dévié.
è>. Au dernier concours, la jeune dame dont je viens de parler a été nommée interne dans l’hôpital où elle remplissait les fonctions d’externe.
LES ÉTUDIANTES
Je lisais, ces jours-ci, dans un journal politique français, les lignes suivantes : « La question de principe relative à l’admission des femmes aux cours de la Faculté de médecine vient d’être tranchée, dit le Messager du Midi , en faveur de Mlle Doumergue, reçue pharmacien à Montpellier. En conséquence , Mlle Doumergue est autorisée à prendre les inscriptions
LES ÉTUDIANTES
nécessaires pour l’obtention du grade de docteur médecin. » L’Union médicale n’a pas manqué de faire savoir à ses lecteurs , dans le courant du mois dernier, que le titre de pharmacien avait été conféré à cette demoiselle; les nouvelles de cette nature ont un intérêt d’actualité, de curiosité et de bizarrerie, qui ne permet pas de les passer sous silence.
Il est donc bien avéré, bien établi, qu’en France , les femmes peuvent assister aux cours de médecine de l’État, subir officiellement les examens probatoires, et obtenir le diplôme de docteur, qui donne le droit d’exercer la médecine.
Il n’en est point ainsi en Angleterre. Les institutions médicales qui, dans ce pays, ont le privilège de la collation des grades,
LES ETUDIANTES
tiennent les femmes à distance, et ne veulent à aucun prix les admettre dans leur sein. Et pourtant , suivant l’expression consacrée , l’Angleterre est la terre classique de la liberté ! Mais dans cette question, la nation anglaise, nation éminemment pratique, est guidée par un sentiment de prudence, de raison, non moins que de haute convenance, qui l’empêche heureusement de s’égarer. Sans doute, en Angleterre , en vertu de la liberté , la femmemédecin peut exercer sans entraves l’art de guérir, aux risques et périls de ceux qui se confient à elles; mais, au moins,
1 administration supérieure, l’État, n’est
point complice de cette excentricité dangereuse.
L’opinion que je viens de rappeler est très-généralement admise dans le Corps
LES ÉTUDIANTES
médical anglais, qui repousse d’une manière absolue l’intrusion des femmes dans la pratique de l’art de guérir. L’institution des sages-femmes elle-même ne trouve point grâce devant lui. Tout récemment, la Société obstétricale de Londres a déclaré, à la presque unanimité de ses membres, que la femme n’a point reçu de la nature les conditions qui sont nécessaires pour constituer un bon accoucheur. Dans le verdict de cette Société ( c’est le mot employé par son président), on remarque la phrase suivante, toute physiologique, trèstopique, et si bien en harmonie avec la sérieuse et positive naivete du caractère
anglais ! « Les femmes sont inaptes
à supporter, pendant leurs époques menstruelles, pendant leurs grossesses, pendant toute la période de la puerpéralité , les fatigues physiques et les angoisses morales
LES ETUDIANTES
de la pratique obstétricale... « Du reste, cette phrase renferme une vérité incontestable.
C’est à cette intelligente sévérité des institutions médicales de l’Angleterre, soutenue par l’opinion générale des médecins de ce pays, que la Faculté de médecine de Paris a dû l’insigne honneur de compter dans les rangs de ses élèves la première femme qui ait obtenu de cette École célèbre le titre de docteur, Miss Garrett! Cette demoiselle, lorsqu’elle se présenta au Collège médical de Londres pour y prendre ses inscriptions, éprouva un refus formel. Le même refus lui fut opposé à Edimbourg. Mais Miss Garrett avait une volonté forte et une grande fortune. Elle intenta un procès au Collège médical de Londres, puis au Collège médical d’Edimbourg. En
LES ETUDIANTES
Angleterre les procès coûtent énormément cher. Elle y dépensa des sommes considérables. Ses efforts, cependant, restèrent sans succès; devant toutes les juridictions elle fut vaincue ; et elle ne put réussir à se constituer étudiante en médecine dans les Écoles médicales anglaises. Or, ce qu’elle n’avait pu faire à Londres et à Edimbourg, elle l’a fait tout naturellement et sans difficulté à Paris ! J’en suis un peu honteux pour mon pays.
Miss Garrett est la proche parente d’un orateur de la Chambre des Communes anglaise, qui s’est tait remarquer par de nombreux discours dont le but était le développement et le progrès de l’instruction générale , et qui a revendiqué en faveur des femmes le droit de vote dans les élections pour le Parlement. Elle-même, il
LES ÉTUDIANTES
n’y a pas bien longtemps , a présidé un vaste meeting féminin tendant à obtenir pour son sexe ce droit de vote. Lorsqu’elle était élève de la Faculté de médecine de Paris, elle avait à peu près une trentaine d’années. C’était une assez belle personne, dont on admirait les magnifiques cheveux blonds. Sa tenue était convenable et digne ; et, sous ce rapport, elle se distinguait de la plupart des autres étudiantes.
Aujourd’hui , Miss Garrett, docteur en médecine de la Faculté de Paris et devenue la femme d’un riche négociant , M. Anderson, est à la tête d’un hôpital d’enfants, à Londres. On dit des merveilles de la richesse et de l’élégante splendeur de son
cabinet de consultation.
Une autre étudiante a laissé des souvenirs à l’École de médecine de Paris , Miss
LES ÉTUDIANTES
Putnam, docteur en médecine, elle aussi, de notre heureuse Faculté, et, en ce moment, professeur dans une université libre de New-York. La biographie de Miss Putnam n’a pas moins d’intérêt que celle de Miss Garrett. Son père , propriétaire d’une des plus grandes maisons de librairie de New-York, est l’éditeur d’une publication périodique très-importante , le Putnam' s Magazine , où la doctoresse a fait imprimer de nombreux articles de médecine, et, en particulier , un roman médical. Miss Putnam s’est mariée, à ^New-York, avec le docteur Jacobi , cousin du socialiste allemand. On dit que le mari et la femme ont chacun une fort belle clientèle.
Mais quelle idée doit-on se faire des travaux et des études de toutes ces étudiantes, dont on compte un douzaine à l’École
LES ÉTUDIANTES
de médecine de Paris? En général, les épreuves de ces daines sont d'une grande faiblesse, et ne révèlent ni une forte intelligence, ni une instruction solide. Évidemment, elles sont hors de leur voie naturelle. Miss Garret , par exemple, qui avait choisi pour sujet de thèse la migraine, — c’était bien là un vrai sujet féminin, — n’a produit qu’une œuvre médiocre.
Il paraît, toutefois, qu’il faut faire une exception en faveur de Miss Putnam , qui a bien passé tous ses examens, et qui, finalement , a été reçue à sa thèse avec la note extrêmement satisfait!!! Elle avait choisi pour sujet de cette thèse , la graisse neutre et les acides gras envisagés exclusivement au point de vue physiologique. Pour composer cette thèse, elle s’était livrée à un
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grand nombre d’expériences sur une multitude de petits chats , qu’elle sacrifiait après les avoir nourris pendant un temps plus ou moins long avec de l’huile de foie de morue. — Où était la Société protectrice des animaux de Norwich ! — La thèse de Miss Putnam a été considérée comme une bonne thèse. Cependant , à la lecture, on sent qu’il manque à son auteur ce qu’on pourrait appeler l’esprit scientifique. On y trouve beaucoup d’érudition, de nombreux matériaux. Mais ces matériaux n’ont pas été convenablement utilisés. C’est un travail mal digéré , une quantité énorme de labeur pour un mince résultat.
On devait s’attendre à cette insuffisance intellectuelle chez les femmes qui ne craignent pas d’aborder les études si ardues de la médecine. Mais il est des faits qu’on ne
LES ETUDIANTES
pouvait guère prévoir, et dont le récit curieux est digne de toute l’attention de l’observateur et du philosophe. Tels sont ceux dont l’Université de Zurich a été le théâtre.
L’année dernière , cette Université n’avait pas moins de 180 étudiantes, presque toutes Russes, quelques-unes Hongroises ou Allemandes , une seule Française. Sur ce nombre il y avait 120 étudiantes en médecine ! L’Université de Zurich offrait donc l’exemple d’une rare prospérité. Or, il est extrêmement probable que cette prospérité va diminuer, et voici pourquoi :
Dans le courant de Tannée 1873, à propos d’une discussion socialiste qui s’était élevée, au sein de l’Université de Zurich, entre un Allemand du nom de Guillaume et un Russe nommé Bakounine, une ef-
LES ETUDIANTES
froyable mêlée a eu lieu entre les étudiantes de cette' Université. Ces dames sont descendues sur la voie publique ; et là , s’est livrée une véritable bataille. Plusieurs étaient armées de revolvers et ont fait feu. Il y a eu des blessées.
Ne feraient-elles pas mieux, toutes ces femmes , de vivre tranquillement , en bonnes ménagères, en bonnes mères de famille, au foyer conjugal? Et peut-on donner le nom de liberté au laisser-aller qui tolère et autorise de pareilles extravagances ?
L’empereur de Russie, informé de ces désordres, est intervenu; et, par un ukase spécial, il a décidé que l’exercice de la médecine serait interdit dans l’empire russe à toute femme qui aurait fait ses études médicales et pris ses grades à l’Uni-
LES ETUDIANTES
versité de Zurich. C’est un coup funeste porté à cette Université.
Cette sévérité, d’ailleurs, n’est que trop méritée. Un jour le professeur Biermer, atteint d’une affection douloureuse de la gorge, pria les élèves de ne plus fumer dans les salles des cours, pendant la durée de sa maladie, car la fumée du tabac auer-
mentait ses. souffrances. Le lendemain, la foule des étudiants et des étudiantes envahit l’enceinte universitaire comme d’habitude. Tous les étudiants avaient jeté leurs cigares avant d’entrer; toutes les étudiantes entrèrent avec d’énormes pipes à la bouche et fumant comme des caporaux! ! !
Ces tristes faits portent un grand enseignement : ils démontrent que ce n’est
LES ETUDIANTES
point impunément que la femme sort de ses attributions naturelles pour empiéter sur celles de l’homme. Pour nous médecins, c’est un devoir de le proclamer bien haut.
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J’ai dit, et je le maintiens, que l’entraînement des femmes vers les études médicales et 1 obtention du grade de docteur en médecine est une maladie de notre époque. On ne saurait trop, sur cette matière, éclairer l’opinion publique. L’épidémie menace de s étendre. Voyez ce qui se passe en Angleterre. Mes lecteurs doivent se rappeler que miss Garrett n’a pu obtenir d’être inscrite comme étudiante, ni à Londres, ni à Edimbourg. Eli bien, voici que M. Cowper-Temple vient d’être admis a présenter au Parlement anglais un bill
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qui aura pour résultat, s’il est voté, de « dissiper tous les doutes relativement au pouvoir, que possèdent les Universités de l’Ecosse, de recevoir les femmes comme étudiantes s, et de leur conférer les grades universitaires. » Je ne crois pas qu’il soit prudent de laisser passer avec indifférence cette folie contemporaine.
Les deux feuilletons que j’ai consacrés à ce sujet d’un intérêt général ont été reproduits par plusieurs journaux. G est une marque de haute approbation et un grand honneur pour moi. Mais ils n’ont pas rencontré que des approbateurs. Un défenseur des femmes-médecins, une doctoresse de Londres, m’ont adressé des objections. J’ai recueilli moi-même, dans plusieurs journaux de médecine français, anglais, américains et allemands, des arguments et
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des faits contraires à la thèse que je soutiens. J’ai réuni toutes ces pièces, j’en ai fait un dossier, que je vais faire passer sous leb yeux de nies contrères. Après avoir exposé loyalement les raisons invoquées contre ma manière de voir, je m’attacherai à les réfuter, et j’espère porter la conviction, même dans l’esprit de mes adversaires de l’un et de l’autre sexe.
^oici, d’abord, la lettre que j’ai reçue d un étudiant en médecine de la Faculté de Paris :
Paris, 27 janvier 1875.
« Monsieur,
« Je lis dans le numéro du 23 janvier de I’Union Médicale, sous la rubrique « Cau-
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ZlO
sérié confraternelle , » un article relatif à fune des questions les plus débattues aujourd’hui, celle de savoir si les femmes peuvent ou non apprendre et exercer la médecine.
n Bien que les faits cités par M. G. R- ne soient que trop exacts, il me paraît en avoir tiré des conclusions un peu sévères, et je compte sur votre impartialité pour insérer dans votre estimable Revue les quelques lignes qui suivent.
« Agréez, Monsieur le rédacteur, l’assurance de ma considération distinguée.
« E. P***, étudiant en médecine.
a Le côté vraiment important de la question est celui-ci : La nature même de 1 esprit de la femme lui permet-elle l'étude si ardue de la médecine, ou bien, au con-
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/il
traire, y a-t-il chez elle une infériorité intellectuelle qui l’empêclie de s’élever audessus des connaissances simplement pratiques jusqu’à la généralisation?
« M. G. R. n’hésite pas à affirmer cette « insuffisance » de l’intelligence féminine. L’expérience, pour lui, la démontre clairement : l’esprit de synthèse et les vues vraiment scientifiques manquaient aux thèses de miss Garrett ou de miss Putnam.
« Sans contester ici l’exactitude de cette appréciation, nous dirons seulement pourquoi ces expériences ne nous paraissent pas probantes. Nous autres, hommes, nous n’abordons nos études définitives, médicales ou autres, qu’après avoir, par une éducation de plusieurs années, préparé notre esprit. Dans cette longue période qui
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s’étend depuis la première lettre que nous avons épelée jusqu’au baccalauréat, qui clôt et constate nos études universitaires, non - seulement nous avons acquis des connaissances particulières et des sciences spéciales, mais, et c’est là le grand côté de notre instruction, nous sommes devenus aptes à saisir la science elle-même, à généraliser; nous avons appris à apprendre. Où est, nous le demandons, pour les femmes l’équivalent de cette immense préparation? Et s’il est vrai qu’il y ait, de notre intelligence à la leur, une différence d’essence, à quoi bon ce mouvement si général et qui fait tant d’honneur à l’époque moderne, ce mouvement qui a élevé le niveau de l'éducation de la femme si fort au-dessus de ce qu’elle était il y a un siècle? Et ce n’est point là un simple perfectionnement, un progrès partiel , c’est la conséquence ,
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encore incomplète, du changement radical qui s’est opéré dans notre façon d’envisager la femme. Nous voulons, aujourd’hui, non pas une compagne un peu plus instruite, mais une égale, et nous lui donnons, pour qu’elle le devienne, toutes les ressources qui étaient jusqu'ici notre apanage exclusif.
« Pour être encore généralement répan- '< due, dit M. Acollas, dans son remar- * quable Manuel du droit civil , l’opinion « de l’infériorité de la femme est exac- « tement du même ordre que celle qui con- « sisterait à soutenir aujourd’hui que l’ou- « vrier est inférieur au capitaliste qui
« l’opprime Ce qui, bien plus que les
« différences naturelles , crée l’inégalité « entre les hommes, ce sont les différences « qui dérivent de l’éducation : or, si cette
uu
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« proposition est vraie pour l’ouvrier, elle « l’est aussi pour la femme, et nous « sommes fondé à croire que l’infériorité « générale de ses aptitudes par rapport « à l’homme a pour cause essentielle la « différence de l’éducation... Voilà à quoi « a tenu jusqu’ici cette infériorité , et « encore combien d’exceptions, combien « de femmes qui ont atteint un niveau que « peu d’hommes ont dépassé ! »
« En Amérique, l’expérience a été faite, et voici ce qui est résulté de l’institution des Écoles mixtes : dans l’important Collège d’Oberlin, non-seulement les femmes ne se sont pas montrées inférieures aux hommes, mais elles les ont en majorité dépassés, et cela dans les hautes sciences!
« Le problème est donc résolu : l’expé-
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rience même, partout où elle s’est opérée dans des conditions rationnelles, a montré qu’entre les intelligences des deux êtres à figure humaine, l’une n’était pas supérieure et l’autre inférieure : l'intelligence de la femme est l’égale de la nôtre.
« Un mot maintenant, pour terminer, sur un autre côté de la question, que j’appellerai le côté des convenances. Les faits que cite M. G. R., relatifs aux étudiantes de Zurich, sont malheureusement trop exacts. Mais l’expérience que nous faisons actuellement à la Faculté de Paris est là pour témoigner que de pareils désordres ne découlent pas nécessairement du fait que les femmes abordent les études médicales.
M. G. R. oublie trop que, parmi les étudiantes que possède en ce moment notre Faculté, il n’en est pas une dont la con-
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duite ne soit à l’abri du plus léger reproche, pas une dont la tenue, à l’hôpital, au cours, au pavillon, soit de nature à inspirer un autre sentiment que le respect, et, dois-je le dire? l’admiration. Que M. G. R. ne se récrie pas. Oui, nous les admirons, parce qu’en bravant les préjugés et l’opinion publique, elles ont compris que le seul moyen de conquérir leur indépendance et de renverser la domination de l’homme, est d’entrer en lutte avec lui pour l’une des plus importantes fonctions sociales, « de « briser, suivant l’expression de M. Acollas, « les liens qui enserrent son activité, » de donner, en un mot, une démonstration par le fait. Et, au lieu de rougir pour notre pays de l’asile et de la liberté qu’il leur olfre, nous somme fiers que ce soit en France que puisse s’accomplir ce généreux mouvement, et nous laissons volontiers à
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la rigoriste Angleterre et aux autocrates russes le monopole de leurs verdicts et de leurs ukases. »
Cette lettre, depuis que je l’ai, reçue, a paru dans un journal politique, mais avec de nombreuses variantes. Dans le texte qu’on vient de lire, le style est modéré et de bonne compagnie; dans celui qui a été livré à la grande publicité, il est devenu passionné, violent. L’auteur de la lettre parle de son indignation , et déclare qu’il n’est pas possible d’être moins Français que moi!
On le voit, mon contradicteur est jeune, et je lui pardonne bien volontiers ses emportements, car, à son âge, il y a des fibres sensibles, dont les vibrations parfois trop vives portent le trouble dans l’esprit.
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Quand il aura, comme moi, vieilli sous le harnais, il aura plus de sang-froid, et il jugera les choses tout autrement.
A côté de sa lettre, je vais placer celle qui m’a été envoyée de Londres par un confrère féminin, et qui, d’ailleurs, est écrite en assez bon français :
13, Granville Place Portman Square, Londres W. Le 4 février 1875.
A Monsieur le rédacteur de /’Union Médicale.
« Monsieur,
« En ma qualité d’abonnée à I’Union Médicale, j’en reçois régulièrement les
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numéros. Dans celui du 23 janvier, j’ai lu avec attention le feuilleton, et j’ai l’honneur de vous faire observer certaines affirmations inexactes que j’y ai notées :
« 1° Miss Garrett n’a jamais intenté de procès à aucun Collège médical, soit en Angleterre, soit en Écosse. Miss Garrett éprouva, il est vrai, un refus formel lorsqu’elle se présenta pour prendre ses inscriptions au Collège médical du London Hospital . Un Collège médical dit de Londres n’existe point, sauf celui qui vient d’être fondé pour les femmes, sous le nom de London School of Medicine for Women. Chez nous, les Écoles médicales sont presque toutes connues sous le nom de l’hôpital auquel elles sont attachées.
« 2° Miss Garrett, ou plutôt M1S Anderson,
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dirige un service à un hôpital de femmes , et non pas à un hôpital d’enfants à Londres.
« 3° Le chiffre des étudiantes, à Zurich, était, l’année dernière, fort restreint, et n’atteignait pas de très-loin le nombre cité de 180.
« 4° A propos de la phrase : « Cette sévé- « rité n’est que trop méritée, » je me permets, Monsieur, de vous rappeler que telle n’est pas l’opinion des professeurs de Zurich, puisque, dans l’année 1873 , cette Université adressa au gouvernement russe une protestation (dont je pourrais vous faire voir le texte), contre l’ukase qui rappelait de Zurich la totalité des étudiantes russes. Un professeur éminent de cette même Université écrivait au Scotsman du 27 juin 1873, que l’ukase n’était autre
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chose qu’une violente protestation politique de la part du gouvernement russe, et que le résultat, au moins pour Zurich, en ce qui concernait la question des études des femmes, en avait été que l’on s’était déclaré plus généralement et plus librement que par le passé en faveur des personnes estimables et sérieuses qui y poursuivaient leurs études.
« Je vous adresse ces rectifications, Monsieur le rédacteur, persuadée que vous les accueillerez avec empressement dans votre journal, car la Presse a pour devoir de proclamer la vérité, d’éclairer les esprits, et de retracer fidèlement les événements tels qu’ils se sont passés.
« Quant à la Société obstétricale de Londres, dont il est question également dans le feuilleton que je viens de citer, elle
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ne s’est point fait honneur, aux yeux de certains de ses membres, enfermant d’une main ses portes aux femmes, tandis que, de l’autre, elle porte à huis clos de rudes coups à leur intelligence et à leur sagacité. Gela s’appellerait, d’hommes à hommes, d’un nom un peu blessant ; mais les femmes ne disent pas de vilains mots; — voilà pourquoi je me tais et m’abstiens de toute appréciation de la conduite de ces messieurs.
« Agréez, Monsieur, l’expression de ma haute considération.
« Frances-Elizabetli Hoggan, M. I).,
« Pliysician to tlie New Hospital « for Women, London. »
On voit, par cette lettre, que le verdict de
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la Société obstétricale de Londres n’est pas accepté par toutes les dames anglaises. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui qu’en Angleterre, en dépit de ce verdict , l’exercice de la médecine est revendiqué en faveur des femmes, et que la supériorité même de la femme sur l’homme, dans l’art des accouchements, est affirmée. Une dame trèssavante et très-lettrée, Mmo Anna Puéjac, sage-femme en chef de la Maternité de Montpellier, m’apprend, dans la Gazette médicale de V Algérie, qu’une sage-femme anglaise, Elisabeth Nihell, qui vivait dans la seconde moitié du xvme siècle, a publié un Traité d’ obstétrique', et que ce traité, traduit en français, a paru en 1771 chez l’imprimeur du roi de France et de Navarre. Or, ce traité n’est guère qu’une violente diatribe contre les accoucheurs, en faveur des sages-femmes. Rien n’y manque, dit
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Mmo Anna Puéjac, arguments moraux, historiques, philosophiques, bibliographiques et religieux! La sage-femme anglaise soutient que les femmes ont seules les qualités nécessaires pour faire les accouchements, parce qu’elles ont les mains petites et douces, plus de patience dans l’esprit et un cœur plus compatissant. Elle s’étend très - longuement , et même d’une façon piquante, sur la haute inconvenance qu’il y a dans l’intervention d’un homme pour les soins si intimes de l’accouchement. Et pour arriver plus sûrement à ses fins, elle prend à partie les maris, les excite, les raille, et trouve qu’ils font une assez sotte figure, quand leurs femmes sont soignées par un accoucheur!
Ici, Mmc Anna Puéjac s’arrête; elle n’ose reproduire les paroles de sa collègue de l’autre siècle !
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A l’époque où Elisabeth Nihell vivait, les études obstétricales étaient très-insuffisantes pour les hommes; et c’était avec beaucoup de raison qu’elle affirmait qu’il faut avoir vu opérer ailleurs que sur les mannequins des amphithéâtres des Facultés, et qu’elle accusait Smellie de faire de mauvais élèves , parce qu’il enseignait à l’aide d’un automate en bois dont le ventre était en cuir. Il y avait dedans , dit-elle , une vessie bouchée pleine de petite bière, pour simuler les eaux roussâtres de l’amnios; au milieu de cette petite bière nageait une poupée en cire. Le même maître recommandait à ses disciples de s’affubler, au moment d’officier, d’une robe de toile !
Il va sans dire que Mme Anna Puéjac partage plus ou moins explicitement la manière de voir de la sage-femme anglaise. (t Je crois devoir ajouter, dit-elle, sans pré-
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tendre nullement ramasser la vaillante épée de ma collègue du xvme siècle, qu’à mérite égal , une femme est bien préférable à un homme au chevet du lit d’une accouchée. La sage-femme mâle, pour me servir des termes d’Elisabeth Nihell, est bien déplacée dans les accouchements simples, car elle est fort embarrassée de la puérilité de son rôle, elle ne sait pas l’encadrer dans ces jolis riens qui ne sont que des mièvreries quasimaternelles, très -précieuses aux femmes qui souffrent, et qui ne peuvent couler de source que d’un esprit et d’un cœur vraiment féminins. »
Les médecins du Danemark, nos contemporains, paraissent incliner pour concéder aux femmes la pratique de l’art
de guérir. Dans une réunion de plus de
deux cents médecins danois , qui s’est
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tenue, en août dernier, à Aarliuus, et où diverses questions professionnelles ont été agitées , on a discuté la prétention manifestée par les femmes d’entrer dans la profession médicale. Eh bien , le sentiment général de l’assemblée a été qu’il n y avait aucune raison incontestable qui s’opposât à ce que les femmes traitassent les maladies de leur sexe, et qui les empêchât de le faire avec habileté et succès. Quant a la pratique des accouchements, nos confrères danois ont déclaré qu’il est hautement désirable qu’elle soit retirée des mains des sages-femmes actuelles, et qu’elle soit confiée à des femmes munies des grades universitaires !
Ce qui n’est encore qu’à l’état de contemplation chez nos confrères du Danemark, est depuis longtemps une réalité et
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sc réalise de plus en plus tous les jours dans beaucoup d’autres pays. Aux États- Unis d’Amérique, le 1er octobre dernier, on posait la première pierre de l’édifice qui sera le Collège médical féminin de Pennsylvanie. Dans le Connecticut, la Société de médecine de Hartford , en admettant dernièrement au nombre de ses membres titulaires, mistriss doctor Ellen E. Hammond , reconnaissait clairement la légiti- . mité de la présence des femmes sur le terrain professionnel.
En Russie, l’idée a pris un corps, et ses progrès sont rapides. Toutes les mesures ont été adoptées, par l’État, pour 1 instruction médicale des femmes sur une grande échelle. Cette instruction est donnée , sous la direction d’une dame , avec l’aide de trois surveillantes des classes , à
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l’Académie de médecine de Saint-Pétersbourg, dans les mêmes bâtiments et par les mêmes professeurs que pour les étudiants-hommes, mais à des heures différentes. Lorsque ce fait a été communiqué au journal anglais le Times , deux cent quarante jeunes filles suivaient les cours de médecine depuis trois ans. Les études complètes devant durer quatre années , aucune d’elles n’avait encore quitté l’École pour se livrer à l’exercice de sa profession. Un petit nombre seulement de ces étudiantes appartenaient à la capitale de l’empire; la plupart venaient des provinces, et faisaient leur éducation médicale aux frais des administrations locales, à la condition qu’après leurs études complètes , elles iraient exercer dans les localités qui en faisaient les frais. Et dans plusieurs de ces localités , leur retour était vivement
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souhaité, car dans les parties éloignées du vaste empire russe, l’assistance médicale manque complètement.
La Russie ne pouvait pas s’arrêter en si beau chemin. Un journal de Vienne, le Medecinisch-chirurgische Centralblatt , nous apprend que le comité de la Société instituée à Saint-Pétersbourg pour les soins à donner aux malades et aux blessés en temps de guerre, vient d’approuver la proposition d’admettre les femmes à remplir les fonctions de chirurgiens d’armée sur les champs de bataille et dans les hôpitaux militaires. En conséquence, on se propose d’instituer , dans l’Université russe, un cours d’instruction spéciale pour les chirurgiens militaires femmes ( Feldscheere rinnen ) !
C’est une approbation explicite et offi-
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cielle de la doctrine de la femme-médecin.
Il y a une tradition légendaire , pleine de charmes, qui nous représente la femme, dans les châteaux féodaux du moyen âge, prodiguant ses soins aux malades et aux blessés. La femme était là le seul médecin, voire même le chirurgien de la famille et de son entourage. La littérature de l’époque élève bien haut le talent et les bienlaits de ces gracieux et charitables praticiens. Pourquoi donc , de nos jours, la femme serait-elle déshéritée de ses admirables aptitudes?
Pour justifier la revendication de l’exercice de la medecine en faveur de la femme, on met en avant une argumentation qui tend à présenter la femme comme étant égale a 1 homme sous tous les rapports. Le
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docteur Gaillard Thomas , de New Y ork , dit nettement et sans restriction que. si la femme était placée dans des conditions favorables, elle ne serait notablement inférieure à l’homme, ni pour le développement intellectuel ni pour le développement physique.
Ce sujet, qui paraît être à l’ordre du jour en Amérique et en Angleterre, a été traité d’une manière remarquable par un médecin anglais très-estimé , le docteur Henry Maudsley, et par la femme qui, en ce moment, dit l’auteur de l’article auquel j’emprunte ce renseignement , dans la Medical Press , « peut être considérée comme le champion par excellence de l’éducation des femmes, Mistriss Garrett- Anderson. »
Il a été repris plus récemment et avec beaucoup de force par un médecin distin-
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gué de Boston, le docteur Edward H. Clarke, ancien professeur de matière médicale au Harvard College.
Les partisans de la femme-médecin insistent principalement sur la question du développement physique de la femme qui, selon eux, pourrait rivaliser de force avec l’homme, si son hygiène était convenablement dirigée dès son enfance. Je viens au-devant de ce dernier argument, et j’apporte à son appui un fait qui ne peut manquer d’intéresser mes lecteurs, et par laquelle je termine cet exposé. Voici ce fait :
Les patineurs de Pennsylvanie , après avoir longtemps cherché un roi, sans pouvoir s’entendre dans cette recherche, ont pensé que le meilleur moyen de se mettre d’accord était d’élire une reine. Et en effet, ils ont proclamé reine des patineurs Miss
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Jenny Bretton, pour avoir fait, en trois heures trente-cinq minutes, un trajet de neuf lieues!!!
Je viens de réunir en un faisceau formidable, sans chercher à leur enlever rien de leur force, les principaux faits et arguments qui contredisent mes opinions relatives à la femme - médecin. Dans une prochaine Causerie confraternelle , je les discuterai, je les apprécierai, et il ne me sera pas difficile d’en démontrer toute la faiblesse.