EN PARTICULIER
Les troubles psychiques en rapport avec la menstruation sont aussi variés que fréquents. Toutes les facultés' morales peuvent être atteintes, soit simultanément, soit séparément, et dans des limites qu'il est impossible de déterminer, tant elles sont instables.
Le délire peut être général ou systématisé, c'est-à-dire porter sur l'ensemble des facultés et les toucher toutes en même temps ou être réduit à certains groupes d'idées ou de sentiments.
Il affecte tantôt la forme maniaque aiguë, tantôt la forme dépressive : tout dépend de l'âge, de la disposition d'esprit, du caractère, des habitudes et surtout de la prédisposition de la femme. La forme maniaque est plus commune à la puberté et pendant la période active; la forme mélancolique avec ou sans hallucinations, plus commune à la ménopause. Chez les prédisposées, la menstruation agissant comme cause occasionnelle, les troubles psychiques sont le plus' souvent de même nature que ceux éprouvés antérieurement et dont l'existence plus ou moins éloignée constitue la prédisposition.
Les troubles de l'intelligence sont les moins fréquents ou du moins rarement non accompagnés. C'est sur la sphère du sentiment et plus spécialement sur celle de la volonté que la menstruation fait le plus sentir sa triste et puissante influence. L'instinct se pervertit : c'est alors le moment de toutes les
passions. La moindre résistance, la moindre contrariété irrite la femme. Elle n'a plus des désirs, mais des besoins impulsifs, des nécessités fatales, des penchants irrésistibles dont elle ne peut se débarrasser qu'en leur donnant pleine et entière satisfaction.
Rien de bien fixe également pour l'époque de l'apparition des troubles. Chez la plupart, ils commencent la veille ou l'avant-veille de la menstruation, atteignent leur apogée au moment de l'écoulement et diminuent avec lui; chez quelques-unes, ils précèdent de plusieurs jours la menstruation et cessent dès les premières gouttes de sang : l'écoulement joue alors le rôle de crise salutaire et ramène immédiatement le calme ; ce n'est que très exceptionnellement qu'ils apparaissent après la menstruation.
Je vais étudier en détail chacun de ces troubles. , Je commencerai par ceux de la volonté puisqu'ils sont les plus fréquents et les plus importants au point de vue médicolégal. Je suivrai dans leur étude la marche suivante: 1° délire des actes (kleptomanie, pyromanie, dipsomanie, monomanie homicide) ; 2° délire des instincts (nymphomanie, monomanie suicide); 3° manie aiguë, délires innommés, impulsions diverses se rapportant tantôt au délire des instincts, tantôt au délire des actes (actes de violence, de destruction, de fureur aveugle et subite).
Après les troubles de la volonté, j'étudierai ceux des sentiments et des affections (méchanceté, fourberie, dissimulation, mensonge, révolte, haine, jalousie, vengeance).
Enfin, en dernier lieu,, arriveront les conceptions délirantes ou troubles de l'intelligence (idées de désespoir, de ruine, de maladie, de persécution; délire religieux ; illusions, hallucinations de l'ouïe, delà vue, de la sensibilité générale ; hallucinations génitales, etc.).
Je terminerai par quelques considérations pratiques se rapportant plus spécialement à la médecine légale.