‹ La femme pendant la période menstruelleChapitre 30 sur 46 · COMMENT ELLES AGISSENT · texte numérisé non relu

COMMENT ELLES AGISSENT

D'après ce que nous venons de voir, le processus physiologique qui se fait pendant l'ovulation, sans que celle-ci franchisse, pour ainsi dire, le degré d'excitation normale, peut occasionner du côté d'un cerveau parfaitement sain les plus grands désordres sympathiques. Mais si la femme est prédisposée, si son cerveau offre un locus minoris résistent iœ, si la menstruation est en souffrance et présente des anomalies, si à la cause ovarique ou cérébrale viennent s'ajouter d'autres causes agissant dans le même sens, n'est-il pas certain que nous aurons plus de chance de voir se manifester la sympathie menstruelle, et que sa fréquence et son intensité seront en raison directe de l'état pathologique préexistant constaté du côté du cerveau ou de la menstruation?

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L'ordre que nous avons à suivre dans celte étude, paraît tout indiqué. Nous étudierons tout d'abord les causes prédisposantes qui agissent sur toutes les femmes soumises à la fonction ovarique, quelle que soit l'époque de leur vie sexuelle; nous aurons à examiner ensuite des causes prédisposantes plus particulières à certaines femmes et qui varient suivant qu'on les considère à la puberté, pendant la période active ou la ménopause. D'où deux parties :

A. — Causes prédisposantes agissant sur toutes les femmes.

Elles peuvent être d'origine cérébrale ou d'origine menstruelle.

1° Causes prédisposantes cV origine cérébrale .

Le rôle joué par la prédisposition dans l'étiologie et la pathogénie des psychoses mentruelles, est des plus importants. Je le mets en première ligne, même avant celui joué par les troubles menstruels. Bien que des observations nombreuses et recueillies avec le plus grand soin établissent que le molimen menstruel est capable, à lui seul, en dehors de toute prédisposition, de pr ovoquer l'action pathologique du cerveau, il n'en reste pas moins démontré que, dans la majorité des cas, les malades présentent des antécédents nerveux. C'est un point que le médecin expert ne doit pas oublier et sur lequel il ne doit jamais manquer de porter son attention.

Une femme est prédisposée lorsqu'elle présente une grande irritabilité de la masse nerveuse se traduisant, sous l'influence de la cause la plus légère, par des modifications du caractère, des convulsions, des spasmes, voire même de simples palpitations. Dans ce cas, la prédisposition est patente et n'échappe pas à l'examen d'un bon observateur; d'autres fois, elle <st occulte, et se déclare brusquement par l'apparition île trou-

bles mentaux. Au point de vue étiologïque, elle peut être héréditaire, conge'nitale ou acquise.

La prédisposition héréditaire a pour caractère d'être transmise par les ascendants qui étaient eux-mêmes affectés d'aliénation mentale ou de névroses diverses. Très tenace et très bizarre, elle peut rester à l'état latent pendant plusieurs générations sans rien perdre de sa puissance.

La prédi:- position congénitale n'est autre chose que l'idiosyncrasie: elle imprègne la constitution tout entière, lui donne une expression spéciale et constitue le tempérament nerveux.

La prédisposition acquise est la conséquence, l'aboutissant de toutes les causes morbides, physiques ou morales qui peuvent modifier l'organisme et diminuer sa résistance ; l'éducation en est pour la femme un des facteurs les plus actifs.

Au point de vue psychologique qui nous occupe, il est une quatrième prédisposition que j'ai bien garde de passer sous silence, étant donné son importance. Je l'appellerai la prédisposition du moment; elle tient surtout à l'âge, aux habitudes à la position sociale, au milieu, en un mot aux dispositions, à l'état moral de la femme au moment où elle se trouve surprise par la menstruation.

Éducation, âge, habitudes, position sociale, milieu, tels sont les principaux agents qui, en dehors de l'hérédité et de la naissance, me paraissent exercer la plus grande influence, comme causes prédisposantes, dans la genèse des psychoses menstruelles.

Que l'on ne s'étonne pas de rencontrer tant de femmes soumises à l'influence menstruelle. Elles ont toutes, à des degrés divers, un germe de prédisposition, n'auraient-elles que celui qu'elles tiennent de leur nature même et qui rend leur système nerveux beaucoup plus vulnérable que celui du sexe fort. Elles sont nombreuses celles qui, à leur insu et sans que personne ne s'en doute, ont élu domicile sur les frontières de

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la folie, « cette région, dit le professeur Bail1, que l'on croit habituellement déserte et qui renferme non passix cent mille, mais plusieurs millions d'habitants. » Et puisqu'un rien suffit pour faire franchir la barrière, on comprend comment le simple processus menstruel puisse amener un si grand nombre de femmes sur le territoire de l'aliénation mentale.

2° Causes prédisposantes d'origine menstruelle.

Avant d'étudier par quel mécanisme les troubles de la sphère génitale augmentent la sympathie menstruelle, il ne sera pas sans intérêt de signaler, en passant, quelques groupes de femmes qui, parle seul fait du genre de vie qu'elles mènent, de la disposition d'esprit où elles se trouvent, du milieu qu'elles fréquentent, sont plus exposées que d'autres à éprouver des dérangements dans leurs époques, en dehors, bien entendu, des autres causes banales qui interviennent généralement dans l'étiologie des anomalies menstruelles. La chose me paraît d'autant plus importante au point de vue médico-légal que bien des femmes, suivant le conseil de Mme de Gasparin: « La femme ne doit pas se laisser voitdans la triste réalité de la nature, » évitent, par une fausse pudeur, d'entrer dans certains détails, qu'elles voudraient bien laisser deviner, mais dont l'aveu semble les humilier1.

Je signalerai tout d'abord les jeunes filles qui sont élevées dans les maisons d'éducation: chez elles, le premier établissement de la fonction ovarique est toujours très pénible, et elles

1 Dali. Les frontières de la folie in Encéphale, 1882, p. 0.

s 11 n"cst pas une femme, aurait-elle même perdu toute la pudeur et la vergogne de son sexe, qui ne fasse un certain mystère de tout ce qui a trait à la menstruation et en cause librement. Lombroso et Pasini, ayant examiné 122 femmes criminelles (homicides, infanticides, voleuses ou empoisonneuses), ont constaté que la plupart rougissaient lorsqu'ils les interrogeaient sur leurs troubles menstruels, alors qu'elles ne trahissaient aucune émotion, lorsqu'ils évoquaient le souvenir de leurs crimes. Voir Lombroso : L'homme criminel, trad. Paris, 1887, |>. 306

sont bien rares celles dont les époques sont régulières et ne s'accompagnent d'aucun trouble. Même observation doit être faite pour celles qui quittent leurs familles, alors qu'elles sont déjà réglées : dès leur arrivée dans le pensionnat ou quelque temps après, leur menstruation devient difficile, douloureuse, irrégulière, quelquefois même se supprime complètement. Les perturbations menstruelles sont encore plus prononcées, si au changement de demeure vient s'ajouter le séjour dans une grande ville. Le nouveau genre de vie, les habitudes qu'on ne tarde pas d'y contracter, exercent une si triste influence sur la fonction que la plupart des nouvelles venues, au dire de Trousseau l, cessent d'être réglées.

« Rien n'est plus commun, dit également Brierre de Boismont2 que de voir des jeunes filles arriver de la campagne se mettre en condition à Paris et avoir presque aussitôt une diminution ou une suppression de leurs règles. »

C'est ce qui se passe aussi dans les couvents : les novices qui y viennent prononcer leurs vœux, sont le plus souvent frappées d'aménorrhées ou d'autres troubles menstruels. Voici du reste, au sujet de la menstruation chez les religieuses, ce que pense Pidoux, dont l'étude a porté plus spécialement sur les religieuses cloîtrées: « C'est lorsque les règles sont déjà bien établies que la vie claustrale commence. Il est rare qu'après quelques mois, il n'y ait pas une diminution fort notable dans la quantité de l'hémorrhagie fonctionnelle de l'utérus. Je n'en ai observé aucune qui fût réglée très exactement et à jour fixe ; mais, chez la plupart, c'est une apparition qui, tout au plus, dure vingt-quatre heures, une véritable signature, laquelle pourtant conserve son importance vis-àvis de la santé de ces personnes. Il semble que leur économie tout entière ait subi la même modification que l'appareil utérin, de manière à ce que l'harmonie des fonctions n'en

1 Trousseau. Loc. cit., t. II, p. 630.

2 Brierre de Boismont. Traité de ta menstruation. Paris, 1842, p. 142.

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soit pas troublée. Cet équilibre ou plutôt ce consentement de tout l'organisme vivant à accepter la loi de l'appareil sexuel ne s'établit pourtant que très graduellement et souvent à travers mille accidents qui finissent par faire contracter à certains appareils des habitudes pathologiques. » Laennec raconte que dans un couvent où la règle était très sévère et où les religieuses et les novices avaient continuellement l'esprit fixé sur les punitions et les châtiments de l'autre vie, la menstruation était constamment en détresse et se supprimait presque toujours. Ceci dit, revenons à notre sujet.

D'après certains auteurs, il n'y aurait aucune relation de cause à effet entre les troubles menstruels et les troubles psychiques. Ceux-ci ne devraient être considérés que comme le résultat de l'inquiétude, de la préoccupation morale dans laquelle se trouvent les femmes qui souffrent de l'utérus ou de ses annexes. Je reconnais qu'il y a là une cause, mais une simple cause adjuvante, favorisant dans une certaine mesure la sympathie menstruelle en ajoutant son action à celle des troubles qui, eux, sont la cause principale et essentielle. Dire le contraire serait éloigner la sympathie menstruelle et nier une vérité qui tombe sous les sens. Ce qui vient à l'appui de ma théorie, c'est que les troubles psychiques comme nous l'avons dit, s'observent en dehors de toute anomalie et de tout état de souffrance de la menstruation, et qu'ils existent chez des folles inconscientes de leur situation et chez lesquelles, par conséquent, l'inquiétude et la préoccupation morale ne sauraient être revendiquées.

Les lésions de l'utérus et des ovaires pouvant à elles seules développer et entretenir un état mental, il est évident que la femme affligée de pareilles affections offre une cause de prédisposition, que n'a pas celle dont les organes de la génération sont parfaitement sains. La chose se comprend d'autant mieux que les troubles organiques se compliquent presque toujours de troubles fonctionnels et reçoivent, à chaque mois,

une nouvelle poussée, augmentant d'autant leur influence psycho-morbide. Ce point a déjà été élucidé; je n'y reviendrai pas et n'étudierai ici que la prédisposition créée par les seuls troubles de la menstruation, à savoir : l'aménorrhée, la ménorrhagie et la dysménorrhée.

1. Aménorrhée. — a. Intoxication du sang. — Si le sang menstruel possédait réellement toutes les propriétés toxiques que lui attribuaient les anciens et que lui attribuent encore de nos jours certaines peuplades sauvages et les bonnes gens de la campagn?, l'explication des psychoses menstruelles sous l'influence de l'aménorrhée n'offrirait pas grande difficulté. Nous aurions affaire à une intoxication se manifestant par un délire analogue à celui de l'alcoolisme, de l'urémie ou à tout autre d'origine toxique.

C'est ainsi que Houillier ' expliquait la mélancolie a resistente menstrua purgatione, par l'impureté des esprits vitaux et le reflux du sang vicié de l'utérus au cerveau. « L'expérience journalière, dit-il, fait tellement voir la puissance de ces sécrétions interceptées sur l'esprit, que ce serait vouloir prouver qu'il fait jour en plein midi que d'en essayer la démonstration. » Les anciens, en effet, considéraient la menstruation comme une sorte d'émonctoire naturel destiné à débarrasser l'organisme de principes éminemment délétères. C'est cette erreur physiologique qui valut aux femmes toutes ces pratiques barbares auxquelles elles étaient condamnées pendant la période menstruelle, et leur mérita cet adage qui avait cours dans l'antiquité : « Mulier pulchra, sepulcrum dealbatum, splendidum exterius sed interius sanie et sordibus plénum, » ou cet autre : « Mulier speciosa, templum sedificatum super cloacam. »

Au livre VII, ch. xv, de son Histoire naturelle., Pline

1 Houillier. Maladies internes, liv. Ier.

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l'Ancien a écrit : « Nihil facile reperiatur mulierum proflumo inagis monslriflcum. » D'après cet auteur, et son opinion fit école, la toxicité du sang menstruel est si violente qu'il suffît de sa vapeur ou de son seul contact pour éprouver immédiatement son action nuisible : les vins nouveaux s'aigrissent, les semences deviennent stériles, les jeunes plantes sont brûlées, les greffes des arbres meurent et les fruits tombent tout desséchés, la glace des miroirs se ternit, le tranchant de l'acier s'émousse, le cuivre et le fer se rouillent, la beauté de l'ivoire disparaît; les abeilles en meurent et les chiens qui en goûtent deviennent enragés, etc.

Pour détruire les chenilles et autres insectes nuisibles aux récoltes et aux jardins, il suffit, d'après Columelle, qu'une femme, ayant ses menstrues, se promène à travers champs, les vêtements relevés jusqu'au-dessus des reins. De même Elien, pour détruire les limaces des potagers, propose d'y faire promener une dame à l'époque où elle est en communication réglée avec V astre des nuits.

D'autres auteurs, au contraire, exaltent les vertus bienfaisantes du sang menstruel. Pline le Jeune lui attribue une influence heureuse sur la marche de divers phénomènes naturels et morbides : la présence d'une femme, au moment de ses règles, à bord d'un navire, conjure la tempête, et l'administration du sang menstruel soit en topique, soit à l'intérieur, isolée ou combinée à celle d'autres médicaments puissants, peut guérir les maux de tête, les maladies de la peau, etc. Boerhaave1 parle d'un arbre qui pousse en Palestine et dont les racines sont si puissantes qu'elles ne cèdent à aucune force humaine : les prêtres juifs disent qu'il n'est qu'un seul artifice capable d'en venir à bout, c'est de faire promener tout autour de l'arbre une femme qui ait ses

1 Boerhaave. I'rxlectioncs académies, etc. Gottingue, 1739-1744, i. V, part. II, p. 517.

menstrues. Des hérétiques (les gnotistes), suivant saint Epiphane, allèrent jusqu'à enseigner que le sarig des menstrues était le sang du Christ, et ils le mêlaient comme élément divin au breuvage monstrueux qu'ils buvaient dans leurscérémonies religieuses.

Le temps et la science ont fait justice de toutes cescroyances superstitieuses, et nous ne sommes plus en droit aujourd'hui de revendiquer la raison d'intoxication pour expliquer les troubles psychopathiques consécutifs à l'aménorrhée : le sang des menstrues, en effet, ne diffère que peu du sang veineux; suivant l'expression hippocratique, il est aussi pur que celui d'une victime '.

Andral et Gavarret 2 ont constaté que la production d'acidecarbonique croit jusqu'à l'apparition des règles, reste stationnaire jusqu'à l'époque de la ménopause, augmente à ce moment pendant un temps assez court, puis décroît jusqu'à l'extrême vieillesse. En outre, chaque fois que les règles sont supprimées, le chiffre d'acide carbonique exhalé augmente momentanément. Les règles pourraient donc être considérées comme une sorte de dérivation, une soupape de sûreté, par laquelle l'économie se débarrasserait d'une partie du sang dont les matériaux non utilisés encombreraient l'organisme. Les troubles d'origine aménorrhéique s'expliqueraient par la pléthore, c'est-à-dire par l'augmentation de la masse sanguine. C'est à cette théorie que je me rattache et je vais essayer d'en démontrer le bien fondé.

b. Pléthore. — Une femme, habituée à perdre réguliè-

1 II est curieux de constater que ces croyances aient pu s'enraciner dans l'esprit des peuples et jouir d'un si fort crédit en face de l'enseignement précis d'IIippocrate : « Procedit autem sanguis velut a victima. » Tant il est vrai que tout ce qui touche à la menstruation a frappé de tout temps l'attention des hommes et exercé leur sagacité. Il semble que, surpris par l'étrangeté des phénomènes menstruels, ils n'aient pu s'en rendre compte que par l'intervention du merveilleux.

* Annuaire de chimie et de physique. Compte rendu, t. LXXXII, 1843»

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reinenttous les mois une quantité de sang aussi considérable que celle de la menstruation, ne peut pas. ce me semble, voir cette perte diminuer et surtout se supprimer brusquement, sans que tout l'organisme et plus spécialement le système nerveux n'éprouvent le contre-coup fâcheux d'une pareille perturbation.

Les accidents d'ordre pléthorique sont les plus fréquents; ils sont quelquefois évidents et se traduisent alors par des symptômes cle congestion viscérale et des hémorrhagies supplémentaires.

Celles-ci, comme leur nom l'indique, n'ont d'autre but que •de remplacer les règles supprimées; elles sont providentielles et doivent être considérées comme l'expression spontanée du trop-plein de l'économie cherchant à se débarrasser par un effort du superflu qui la gêne. Il a été donné de les constater dans toutes les parties du corps; j'en rapporte plusieurs observations dans le cours de ce travail '. Elles sont du reste si nombreuses que Puech 2 a pu en réunir plus de 200 cas.

Les œdèmes supplémentaires sont également très communs. Ils se forment aux jambes et plus particulièrement aux pieds et aux mollets. Une des malades de Berthier, à l'asile de Bourg, avait ses règles remplacées par un œdème actif de la face, avec idée de suicide.

Le cerveau, comme les autres organes, peut être le siège de poussées congestives ; nous aurons alors de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissemenls, des troubles psychiques, etc., tout dépendra du point et de l'intensité de la lésion.

Voyez ce qui se passe chez l'homme : combien de fois la folie n'a-t-elle pas suivi la suppression d'un flux hémorroïdal ou d'une ancienne épistaxis passée à l'état d'habitude3.

1 Obs. 19, 34, 101, 182, 1%, 201, 204, 251, 236.

'* l'uucli. Académie des Sciences, dée. 1861.

3 Voir Obs. in Anna. d'hy. et de méd. lc<j-, 1879, t. 1, p. 117. et in Miillor, Méd.leg., t. II, p. 115 et 2S7.

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Les ouvrages d'ophthalmologie rapportent des exemples de cécité ayant succédé aune suppression ou à une interruption brusque des règles. Comment expliquer cette perte subite de la vue, si ce n'est par une forte hvpérhémie du nerf optique ou du centre visuel. Les observations l citées par Santerson, Desmares, Andral, Musselbourg, Samblsohnde Cologne, H. Galezowski, ne laisse aucun doute à ce sujet, et souvent il fut permis de constater avec l'ophthalmoscope une congestion intense des deux pupilles.

Nombreux sont aussi les cas d'apoplexie, d'hémiplégie, de paraplégie survenus dans les mêmes conditions2. S'il en est ainsi, pourquoi les centres nobles, les centres de la pensée et de l'intelligence ne se prendraient-ils pas à leur tour ? Pourquoi, seuls, seraient-ils privilégiés et échapperaient-ils à l'action de la pléthore ?

Griesinger et Ashwel affirment avoir vu souvent survenir, après une cessation brusque des règles, une violente hypérhémie cérébrale aiguë et apparaître aussitôt des phénomènes d'aliénation mentale.

Observation XXXIV. — Une jeune fille de vingt ans, à la suite d'une suppression des règles, vit se former sur la cuisse un ulcère par lequel s'échappait tous les mois une forte quantité de sang. La malade ainsi que ses parents ayant demandé avec instance la cicatrisation de l'ulcère, Forestus s'y refusa. Cependant un autre chirurgien fut moins scrupuleux, et fit sécher l'ulcère. Aussitôt le sommeil s'enfuit, l'agitation survient, le délire arrive caractérisé par des idées tristes de damnation auxquelles se mêlent parfois des idées nymphomaniaques. Un homme de l'art appelé ordonne un saignée du pied, et obtient, après une évacuation copieuse, la réapparition des règles. Les désordres intellectuels cessent immédiatement et le calme renaît comme par enchantement. (Forestus, De cerebr. rnorbis, 1660, Obs. 2i.)

1 V oir Edimbur g h médical and sur gical journal, y o\. XXVI, p. 279;

Berlin. Klein Wochens ; 18 janvier 1875, n° 3 ; Gazette des hôpit ., 24 mars 1864.

*Voir l'Obs. 6.

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Observation XXXV. — Une dame ayant en ses règles supprimées, il lui survint une petite tumeur entre l'os de la pommette et celui du nez. Ennuyée de la voir saigner à certaines époques, elle prit la résolution de s'en débarrasser. Le chirurgien en fit la ligature. L'opération réussit ; mais elle fut suivie de différents désordres des facultés intellectuelles et plus tard d'apoplexie mortelle. (Cauffé, Thèse de Paris, an X.)

La guérison de ces mêmes troubles psychiques par le traitement dérivatif plaide encore en faveur de leur origine plé. thorique. Hippocrate parle de la folie guérie par les varices et les hémorrhoïdes ; au tome V, p. 709, je lis : « Les brouillards devant la vue se dissipent par d'abondantes menstrues. » Landouzy (loc. cit., p. 195) dit que la quantité de sang perdue pendant les règles n'est pas indifférente puisque l'hystérie disparaît avec une saignée ou des règles supplémentaires.

On connaît l'histoire de cette malheureuse femme atteinte d'aliénation qui, depuis vingt ans, était enchaînée dans un cabanon de l'hospice d'Angers, et qui guérit subitement à la suit d'une perte utérine grave. Les rares aliénées, qui, pendant leurs règles, recouvrent un instant la raison, sont ordinairement très pléthoriques et abondamment réglées.

Observation XXXVI. — Une institutrice, âgée de vingt-six ans, était sujette depuis quelques années à des accès de fureur utérine. Ses règles s'étant supprimées, la maladie augmenta d'intensité et de fréquence ; mais six mois après, un flux hémorrhoïdal très abondant étant survenu, les accidents nymphomaniaques disparurent complètement. (De Bienville, Traité de la nymphomanie, Paris, 1771, p. 76.)

Observation XXXVII. — Une blanchisseuse de trente-trois ans, ayant éprouvé une suppression des règles, fut prise de monomanie avec agitation, illusions, hallucinations, vertiges. Saignée de quatre palettes et, deux heures après, apparition de règles abondantes. Dans la journée même, disparition de tout délire. (Bouchot, Annales mèd. psycholog. de 1844, t. IV, p. 3 42.)

Observation XXX VIII. — La nommée Sebert, âgée de vingt-huit ans, est irrégulièrement menstruée. Survient un violent accès de

panophobiequi s'apaise avec les règles. Lorsque celles-ci sont abondantes, le délire cesse complètement : cette coïncidence est constante. [Ibidem, p. 339.)

Inutile de commenter pareils faits. Ils sont, du reste, aussi nombreux que probants: je pourrais les varier à ma fantaisie, la litte'rature médicale en abonde. Je me contente de ceux-ci et de quelques autres épars çà et là dans le cours de mon travail1; leur témoignage m'autorise à croire que la pléthore chez certaines aménorrhéiques n'est pas étrangère à la genèse des troubles psychiques.

Dans certains cas cependant la pléthore n'est pas la cause ou du moins l'unique cause à invoquer. Il est en une autre que je dois signaler. Pour toute femme qui use sans fraude des plaisirs sexuels, suppression des règles signifie grossesse ou tout au moins menace de grossesse. On comprend donc, en face d'un pareil accident, quelle doit être l'angoisse de celles qui, pour différents motifs, ont tout intérêt à ne pas devenir mères et redoutent une grossesse à l'égal d'un grand malheur : celles, par exemple, qui ont une faute à cacher ou pour qui la naissance d'un nouvel enfant créerait une charge trop lourde à la famille.

Raciborski 2 rapporte plusieurs observations de ce genre, entre autres celle d'une femme qui, ayant manqué à la fidélité conjugale, fut prise d'un véritable désespoir le jour où l'absence de la menstruation attendue lui fit craindre d'être enceinte. La suppression ne fut que temporaire et je laisse à penser quelle fut la joie folle de cette femme en revoyant ses règles si désirées et dont le retour lui rendait le désir de vivre en lui rendant son honneur.

2. Ménorruagie. — Suivant un vieil adage de l'Ecole, le sang est le régulateur du système nerveux : « Sanguis mode-

' Voir Obs. 61, 74, 110, 140, 183, 203,252.

1 Raciborski. Traité de la menstruation, p. 575.

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rator nervorum. » Il faut qu'il y ait accord parlait entre ces deux éléments ; or, l'équilibre nécessaire est rompu, non seulement par l'aménorrhée, qui augmente la masse sanguine, mais aussi par la ménorrhagie qui, en la diminuant, affaiblit l'économie et rend le système nerveux plus accessible aux impressions.

« N'est-ce pas, dit Trousseau1, une chose bien digne de l'attention des physiologistes et des praticiens, cet antagonisme perpétuel entre le sang et les nerfs, entre la prédominance de la force d'assimilation et la prédominance des phénomènes nerveux : antagonisme duquel il résulte que, plus le système nutritif et les phénomènes végétatifs sont pauvres et languissants, plus ce liquide est dépouillé des parties organisables, plus aussi les phénomènes nerveux sont mobiles, exaltés, irréguliers, désordonnés. »

La physiologie expérimentale nous apprend que, si on enlève une grande quantité de sang à un animal, il est pris aussitôt d'étourdissement et de convulsions : ces troubles cessent par la réplétion du système sanguin.

Griesinger raconte avoir vu des femmes qui, à la suite de pertes très abondantes, devinrent anémiques, puis folles.

Scholz (de Brème), dans une étude sur la folie consécutive à l'anémie, parle également d'un grand nombre de femmes qui, affaiblies par une menstruation abondante, furent prises de mélancolie simple et autres manifestations de la folie.

Esquirol racontait souvent l'observation suivante :

Observation XXXIX. — Une dame avait un accès de fureur au moment de chaque menstruation; plus l'hémorrhagie était abondante, plus la crise était violente; elle ne cessait qu'avec l'hémorrhagie. (Citée in Annal, méd. psychol., 1844, t. IV, p. 347.)

Nous avons vu dans le chapitre des névroses qu'il existe un état psychique des chlorotiques, et comment des perles men-

1 Trousseau. Cliniques de l'Ilôtel-Dieu, 1868, t. 111, p. 507.

suelles abondantes peuvent à elles seules créer une forme particulière de chlorose : la chlorose ménorrhagique. Or, les femmes atteintes de ménorrhagie sont plus nombreuses qu'on ne pense.

L'état ménorrhagique, en effet, est quelque chose de tout à fait relatif, n'ayant aucune mesure précise et bien définie, variant suivant les tempéraments et les constitutions, au point qu'une menstruation, sous des aspects normaux, peut être une vér.itable ménorrhagie et, tout comme elle, une cause puissante de débilitation. Ainsi s'expliquent certains troubles psychiques, observés à la suite d'une menstruation que l'on croit physiologique et qui, en réalité, constituent une perte trop considérable pour un organisme pauvre et délicat.

Ainsi s'explique encore l'influence salutaire de la ménopause qui, en supprimant la menstruation, supprime une puissante cause d'anémie. Baillarger1, après avoir signalé plusieurs cas de guérison de folie par la suppression des menstrues chez des femmes arrivées à l'âge critique, ajoute : « Ces faits n'ont d'ailleurs rien qui doive surprendre quand on songe à l'influence de l'anémie sur la production de la folie. Les malades qui ont guéri, étaient précisément de celles chez lesquelles l'âge critique s'était accompagné de pertes plus ou moins abondantes. »

3. Dysménorrhée. — On a dit de la folie puerpérale qu'elle est due au travail de l'accouchement2 : les douleurs sont telles que par l'excitation fébrile qu'elles provoqueraient, elles détermineraient l'asthénie des vaisseaux cérébraux et occasionneraient chez l'accouchée, malgré son anémie, une folie congestive.

Si cette explication est bonne pour la folie puerpérale, elle le sera aussi pour la folie dysménorrhéique : nous savons, en

' Baillarger in Griesinger. Maladies mentales.

t Voir lleibel. De la folie puerpérale. Paris, 1876, p. 55.

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effet, qu'une menstruation difficile n'est rien autre qu'un petit accouchement laborieux, et que les douleurs qu'elle engendre, sont en tout semblables à celles de la parturition. Elles sont, du reste, assez intenses pour qu'à défaut de tout autre explication, je trouve dans leur intensité même la cause des troubles réflexes qu'elles engendrent. La dysménorrhée agirait donc par l'élément douleur; elle agirait à la manière des coliques néphrétiques et hépatiques dont les crises, très violentes et souvent répétées, peuvent à la longue retentir du côté du cerveau.

Les souffrances de la dysménorrhée suffisent à elles seules, d'après Briquet1, « pour monter le système nerveux jusqu'à un degré pathologique ». Elles sont parfois si atroces, si intolérables que, pour y mettre un terme, certaines femmes, avons-nous dit, ont eu recours au suicide.

Ajoutez que, le plus souvent, la dysménorrhéique, par une ridicule pudeur qui lui empêche de se dévoiler et lui fait dissimuler son mal, souffre en silence et sans se plaindre, obligée à vivre de la vie commune et à se soumettre à toutes les exigences d'un monde, qui, ignorant son état, n'en a aucun souci. « Voulez-vous savoir, dit Michelet 2, la personne malheureuse, vraiment malheureuse et l'image de la Pitié ? C'est la femme qui, dans l'hiver, à certaine époque du mois, souffreteuse et toute craintive de tels accidents prosaïques, est forcée d'aller au bal dans une foule légère et cruelle. »

4. Influence éloignée et médiate des troubles menstruels par l'intermédiaire d'autres organes. — Nous venons de voir par quel mécanisme l'aménorrhée, la ménorrhagie et la dysménorrhée prédisposent aux psychoses menstruelles : elles agissent directement et inirnédialement sur le cerveau. Il

1 Briquet. Loc. cit., p. 117.

! Michelet. L'Amour, p. ;>7.

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n'en est pas toujours ainsi pourtant; leur action, dans certains cas, peut se porter sur un autre organe, et alors celuici ajoute son influence à l'influence menstruelle ou se charge à lui seul de réveiller toute la sympathie cérébrale.

Les organes abdominaux sont en rapport intime avec le cerveau. Le plexus solaire présenterait même avec le plexus vertébral des anastomoses qui lui permettraient d'agir sur la moelle allongée, le cervelet, les lobes postérieurs et moyens du cerveau; c'est ce qui explique, d'après Milner Forthergill S l'état de langueur et de découragement que l'on constate dans les affections abdominales. L'influence menstruelle, se faisant sentir au plus haut point sur les organes de l'abdomen, on comprend comment la fonction cataméniale, par leur intermédiaire, puisse développer l'hypochondrie, la mélancolie, la lypémanie, en un mot, tout le cortège des affections tristes.

La congestion hépatique s'observe même avec une menstruation normale, elle est fréquente à la ménopause et couiv mune dans l'aménorrhée incomplète ou après une suppression. Or, la folie réflexe d'origine hépatique a souvent été constatée. Le Dr Poucel - rapporte l'observation d'une dame qui, sous l'influence d'un trouble hépatique, présenta tous les symptômes de Y hystérie viscérale, elle prit son mari en haine et éprouva l'irrésistible besoin de l'étrangler.

Buschmann3, dans une étude sur les troubles physiques et psychiques en rapport avec la menstruation, dit avoir été appelé près d'une femme qui, chaque mois, présentait les symptômes suivants : œdème généralisé, respiration stertoreuse, tuméfaction congestive du foie et de la rate; les seins étaient tellement gonflés, qu'ils étaient prêts à se rom-

1 Milner Forthergill in Ami. med. psych., 1878.

2 l'oucel. La congestion chronique du foie, 188 i, p. 52.

a Buschmann. Société império-royale de Vienne, séance du 28 septembre 1888.

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pre ' : à côté de ces troubles physiques, il existait d'autres troubles d'ordre psychique et notamment un véritable délire des persécutions. Un état analogue a été observe par le même auteur, au Caire, chez une Brésilienne. (Obs.XL et XLI.)

Je n'insiste pas sur la fréquence des troubles psychiques accompagnant les troubles du tube digestif; le fait est presque banal. Qu'il me suffise de signaler qu'il existe des rapports entre la menstruation et la digestion, et que la femme qui est mal réglée, souvent mal digère.

L'ectopie rénale ou rein flottant, par l'intensité et la répétition des crises douloureuses qu'elle occasionne, affecte péniblement le système nerveux et conduit rapidement le sujet à l'hypochondrie et à l'hystérie, surtout s'il s'agit d'une femme 2. Or, sur lOOcasd'ectopie rénale, 87 appartiennent à la femme (Gallais). La congestion répétée de l'organe au moment de la menstruation est invoquée par Pecquet comme une des causes de l'affection ; à cette époque, la tumeur augmente de volume, devient douloureuse et donne lieu à des paroxysmes aigus, très violents (Lancereaux). Le pronostic est d'autant plus sérieux que la malade est plus jeune et, par conséquent, plus exposée aux congestions mensuelles, la ménopause atténue généralement les accidents.

Je ne dirai rien d'autres organes : tels que le poumon, le cœur, etc., etc., etc. Des faits cliniques prouvent que ces organes, comme le foie et le rein, peuvent servir de point de réflexion et transmettre au cerveau l'excitation qu'ils reçoivent de l'ovaire.

1 La congestion des seins sons l'influence de la menstruation, surtout après une suppression, est fréquente. Or, llippocrate a écrit : « La congestion intense des seins annonce la folie, » t. VI, p. 21.

'- Voir Bouiliy. Palh. ext. maladies des régions, p. 26; et Dieulafoy. Pathologie interne. Paris, 1889, t. II, p. 490.

B. — Causes prédisposantes plus particulières à certaines femmes et à certaines époques.

Nous allons rapidement les passer en revue en les étudiant dans chacune des grandes époques de la vie sexuelle.

1° Puberté.

Toutes les jeunes filles ne sont pas également prédisposées aux troubles psychiques de la puberté. En dehors de la prédisposition héréditaire, qui est le facteur le plus important, nous devons surtout tenir compte de l'éducation que reçoit l'enfant et des conditions dans lesquelles s'effectue l'évolution pubérale.

1. Education. — Son influence est très appréciable sur la jeune fille, elle retentit sur toute son existence et contribue puissamment à faire d'elle la femme qu'elle sera un jour.

Un bloc de marbre était si beau Qurun statuaire en fit l'emplette.

« Qu'en fera, dit-il, mon ciseau ?

Sera-t-il dieu, table ou cuvette? »

Ce bloc de marbre précieux, c'est la jeune enfant, matière encore vierge, d'où doit sortir un jour, suivant la main qui la travaillera, ce quicl divinum, dont parle Tacite, cet être adorable qui sera le foyer de toutes les vertus, le centre de la famille, les délices de la société ou bien cet être dangereux et méprisable, vil instrument du mal, réceptacle honteux de toutes les immondices.

L'éducation de l'enfant est absolument faussée dès le début de la vie. A peine âgée de neuf à dix mois, on l'habille

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comme une grande personne, on l'admire et on cherche à lui inculquer des notions et des idées qui ne sont nullement en rapport avec son âge et la prédisposent à l'apparition des accidents nerveux.

Vers l'âge de onze à douze ans, dans les grandes villes, on ne laisse pas à la jeune fille le temps de se former ; on veut en faire immédiatement une demoiselle ; dans la campagne, au contraire, on retarde l'époque de la puberté, on virilise en quelque sorte la jeune fille en l'astreignant à des exercices trop violents, à des travaux grossiers et pénibles qui devraient être l'apanage exclusif du sexe fort.

« Une nourriture trop forte, soit au point de vue de l'intelligence, soit au point de vue des sentiments, est absolument funeste, » dit le professeur Bail (loc. cit., p. 12). Les tristes effets de l'une et de l'autre sont également à craindre.

Qu'on ne se figure pas que la même éducation convienne à tout le monde. C'est là un des grands vices de l'éducation des pensionnats où toutes les jeunes filles sont élevées suivant la même règle, façonnées suivant le même moule, sans qu'on exige des parents les moindres renseignements sur la constitution, le tempérament, les antécédents de leurs enfants, sans qu'on ait pris connaissance de leurs dispositions morales et intellectuelles, de leurs qualités et de leurs défauts.

a. Education morale. — Il faut que la jeune fille soit élevée dans les principes religieux, sauvegarde future de sa vertu ; mais pour ce qui est (comment m'exprimerai-je?) de la partie sentimentale de la religion qui s'adresse au cœur et à l'imagination, en promettant des joies ineffables à la vertu, et au péché des supplices éternels, soyons sobres vis-à-vis des jeunes filles à l'époque de leur formation, mesurons la sanction du bien et du mal à l'hnpresionnabilité de chacune d'elles. La puberté prédispose énormément aux hallucinations et aux conceptions délirantes religieuses. Brierrc de Boismont a

constaté que les scrupules religieux sont communs chez les jeunes filles. Leur conscience s'alarme facilement et, pour la moindre peccadille, elles se croient damnées.

Un scrupule, un enseignement imprudent, l'éloquence peu sage d'un prédicateur ont suffi, dans quelques circonstances, pour troubler, tout à la foi-, les fonctions cérébrales et la fonction menstruelle.

Observation XLII. — Une jeune fille, de bonne maison, dont la vertu répondait à la naissance, éprouve une suppression brusque des règles à la suite d'un scrupule de conscience. Aussitôt elle présente du délire et des convulsions, la santé et la raison ne revinrent qu'avec le retour de la menstruation. (Raulin, Traité des affections vaporeuses du sexe, Paris, 1758, p. 197.)

M. le professeur Bail a eu plusieurs fois occasion de voir et de montrer à ses nombreux auditeurs de la clinique de Sainte-Anne, des jeunes filles qui, « pour avoir entendu un sermon trop énergique, pour avoir conçu des scrupules exagérés, pour s'être préparées avec trop d'ardeur à la première communion, étaient tombées brusquement dans le délire avec ou sans hallucinations ». J'emprunte au mémoire de E. Bouchut sur la contagion nerveuse, l'observation suivante :

Observation XLIII. — Une enfant de douze ans, qui faisait sa première communion à Montmartre, fut si effrayée des terreurs de l'enfer nées dans son esprit par l'influence du prédicateur, qu'elle perdit connaissance et eut quelques mouvements convulsifs ainsi que plusieurs de ses compagnes. Le lendemain, les attaques se reproduisirent et en même temps, pendant la journée, il y eut l'hallucination d'un crucifix rouge de feu au milieu de l'espace. Cette hallucination se montra plusieurs jours de suite (Gaz. Méd. de Paris, 1869) l.

L'éducation morale ne doit pas être laissée à l'entière direction de certaines religieuses au zèle trop ardent et souvent irréfléchi. L'autorité ecclésiastique agit très sagement lors-

' Voir aussi les observations 170, 171.

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qu'elle met à la tête des couvents des prêtres expérimentés, pour surveiller et diriger eux-mêmes l'éducation des jeunes filles qui y sont élevées.

Rien, du reste, au moment de la puberté, ne saurait remplacer le rôle de la mère. « J'estime fort l'éducation des bons couvents, a écrit Fénelon, mais je compte encore plus sur celle d'une bonnemère quand elle est libre des'yappliquer1. » Une autre cause prédisposante très importante, c'est le passage brusque de la jeune fille de la vie calme et sereine du pensionnat àla vie fiévreuse et tourbillonnante du monde. Elle part pleine d'illusions, et elle n'a pas encore fait la moitié de sa route, qu'elle reconnaît son erreur et ne compte plus que des déceptions. Souvent la mère qui aurait dû initier lentement son enfant et lui servir de transition naturelle, vient encore aggraver la situation par l'intervention de son amour égoïste, se cachant assez mal sous le masque de l'amour maternel. Elle veut établir sa fille, et alors rien n'est négligé : spectacles, bals, concerts, privations de toute sorte, et puis... insuccès et déboires. Ces émotions brisent la jeune fille, troublent la fonction menstruelle, épuisent son système nerveux et lui enlèvent toute résistance morale.

b. Education intellectuelle. — Les victimes de l'éducation intellectuelle sont encore plus nombreuses : celle-ci, en effet, est mal comprise et nullement en rapport avec la vocation et les aspirations de la femme. Dans les pensionnats, l'ovulation et la menstruation sont généralement en souffrance : des occupations intellectuelles trop assidues, trop abstraites, une vie renfermée et loin de la famille, exercent une influence défavorable sur la marche des fonctions dévolues aux organes reproducteurs.

M. Dujardin-Beaumetz, médecin depuis vingt ans à l'Ecole

1 C'est dans ce sens que Napoléon disait : <> L'avenir d'un enfant esl toujours l'œuvre de la mère. »

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normale supérieure des institutrices de Paris, a signalé, à l'Académie de médecine1, le triste résultat du surmenage intellectuel chez la jeune fille : aménorrhée, hystérie, excitabilité du système nerveux.

A. de Gandolle a fait remarquer la grande proportion de jeunes filles destinées à la profession d'institutrice qui, dans la Suisse française, dans le canton de Genève et deNeufchàtel, entre, chaque année, dans les établissements d'aliénées.

Schaftesbury, président de la Commission of Lunacy, disait, à la Chambre des lords, qu'en 4882, sur 483 personnes appartenant à l'enseignement, admises clans les asiles d'Angleterre et du comté de Galles, on comptait 435 femmes.

Le malaise physique et moral qui, chaque mois, menace la femme et la tient indisposée pendant plusieurs jours, doit nous engager à veiller avec le plus grand soin sur sa santé, sur celte de son corps comme sur celle si fragile de son esprit, et à éloigner d'elle tout ce qui pourrait favoriser l'influence menstruelle. Voilà pourquoi Guibout2 veut que l'on ménage l'intelligence de la femme, qu'on ne la fatigue pas par des travaux trop assidus, par des études arides, difficiles, trop élevées, sous peine de porter atteinte à sa santé, d'imposer à son esprit une tension trop forte, au risque de l'affaiblir et de le fausser en lui imprimant une direction qui n'est pas dans ses moyens.

Au surmenage de l'intelligence et du sentiment, s'ajoute encore la triste influence des lectures faites à tout hasard et dans toutes sortes de livres. Tissot disait au siècle dernier3 : « Si votre fille lit des romans à quinze ans, elle aura des vapeurs à vingt ans. s 11 ne sera pas déplacé, je crois, de rappeler ce conseil aux mères de famille qui ont à cœur l'in-

1 Séance du 14 septembre 1888.

- Guibout Loc. cit., p. 379 et 380.

3 Tissot, in Compendium de médecine, t. V, p. 85.

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térêt de leurs enfants, dans un siècle où nous sommes inondés par lesélucubrations malsaines de cerveaux plus ou moins malades ou travaillés par le vice.

2. Conditions dans lesquelles s'effectue le premier écoulement sanguin. — a. Conditions morales. — Les règles, suivant Bordeu, sont les compagnes et l'aurore delà puberté. Or, nous savons quelles sont les dispositions morales de la jeune fille à ce moment intéressantde son existence. A la vue de ce sang dont on lui a laissé ignorer la signification», son trouble augmente encore ; puis, dans quelque temps, elle comprend tout, ses idées se fixent, elle sent ce qu'elle veut, elle sait ce qu'elle aime, et voilà que dans la société où elle commence à entrer, tout va s'opposer à la réalisation de ses désirs les plus légitimes.

Ces désirs que plusieurs essaient de tromper par des habitudes honteuses, deviennent quelquefois un véritable besoin, et la jeune fille qui en est agitée, qu'elle succombe ou qu'elle résiste, en éprouve toujours les plus grands détriments pour la santé: vertueuse, elle luttera sans cesse et dépensera contre le penchant qui l'entraîne, toutes ses forces physiques et morales; vicieuse, elle se laissera dominer par sa passion, ne mettra plus de bornes à son assouvissement et deviendra la malheureuse victime de sa puissante organisation sexuelle.

Pour un grand nombre, la puberté et les quelques années qui la suivent, ne sont qu'une longue mélancolie remplie de larmes et de tristesse : d'où fréquence et variété des troubles menstruels et nerveux.

b. Conditions physiques. — L'écoulement sanguin luimême, en devenant une cause d'affaiblissement , augmente

1 Lignât rapporte l'observation d'une jeune iille qui fut aux portes de la mort, faute d'avoir été prévenue sur ce qui devail lui arriver; in Michel Villemont : L'Amour conjugal ; Paris 1886, p. 1"7.

encore le nervosisme de la jeune fille. Ne voyons-nous pas chez les enfants une hémorrhagie insignifiante s'accompagner de violentes convulsions ? Or, qu'est-ce que la convulsion chez l'enfant dont les facultés psychiques dorment encore dans leur état rudimentaire, si ce n'est une forme du délire ? Evidemment la jeune fille est plus forte, mais elle n'est pas encore formée, et c'est au moment même où elle se développe le plus, où la nature a le plus besoin de matériaux pour achever rapidement son chef-d'œuvre, qu'elle perd cette quantité de sang, toujours très précieuse, quelquefois très abondante.

Quelque minime qu'il soit, du reste, ce tribut payé à la nature, nous le trouverons souvent trop onéreux si nous considérons le tempérament débile et faible de toutes nos jeunes filles, surtout dans les grandes villes où nous ne voyons plus que les pâles couleurs de la chlorose et de l'anémie.

Ajoutons le défaut absolu d'hygiène et les conséquences funestes de ce ridicule préjugé sur lequel les hygiénistes1 ont, à diverses reprises, attiré l'attention des mères de famille et directrices de pensionnat. Je veux parler de ce travers singulier qui porte les personnes chargées de l'éducation à faire envisager par leurs élèves la fonction menstruelle et tout ce qui a trait à la génération, comme quelque chose de honteux et de bas dont une fille honnête ne doit ni parler ni s'occuper.

Gueneau de Mussy2 dit avoir vu des jeunes filles qui avaient cru bien faire et entrer dans l'esprit de leur éducation en supprimant l'écoulement de leurs règles par des pédiluves froids, et avaient amené dans leur santé les désordres les plus graves.

Le règlement n'établit souvent aucune distinction entre

1 Voir Gallippe. De la menstruation dans les maisons d'éducation. Bulletin de la Société de médecine publique, 1880, III, p. 277. - Gueneau de Mussy. Cliniques médicales, 1885, t. VI, p. 531.

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l'enfant et la jeune fille pubère. Celle-ci, surprise par récemment sanguin, n'ose rien dire ; elle est astreinte à la promenade commune, obligée à sauter et à courir comme les autres, et, si elle souffre, si elle a des pertes abondantes, ce qui est fréquent, elle manque des soins de toilette les plus élémentaires, s'assied, marche et couche avec une chemise durcie et toute souillée du sang menstruel.

2° Période active.

Pendant la période active, comme à la puberté et à la ménopause, toutes les femmes à quelque classe qu'elles appar" tiennent et quelle que soit leur situation dans le monde, ne sont pas également prédisposées : en dehors des causes communes que j'ai déjà signalées, il existe une prédisposition particulière, propre à chaque femme et qui tient à ses habitudes, à son milieu, à la position qu'elle occupe dans la société.

Je dois tout d'abord établir une différence entre la femme du monde et la femme du peuple; il est certain, en effet, toutes • choses égalesd'ailleurs, que la mondaine qui ne sait comment passer ses heures et dont la vie n'est qu'une longue surexcitation nerveuse, offre plus de prise à la sympathie menstruelle que Partisane dont la vie n'est qu'un travail continuel et qui trouve son bonheur loin de toute intrigue, au sein même de la famille.

Autre question importante et à laquelle je veux répondre un peu plus longuement : « La femme est-elle mariée, veuve ou vierge, en un mot, peut-elle céder librement et donner satisfaction au besoin de son cœur et de ses sens; ou bien, très portée à l'amour et victime du devoir et des convenances, se consumc-l-elle lentement en des désirs inassouvis ? »

a. — L'usage des plaisirs de l'hymen, en effet, n'est pas sans influence sur le moral de certaines femmes. Les anciens (Platon, Hippocrate, Gallien), des auteurs plus récents (Fresnel, Forestier, Hoffmann, Withof1, Bordeu, Cabanis) regardaient la continence absolue comme la cause unique des troubles nerveux observés chez la femme. Ils expliquaient2 son action nuisible par Y aura seminalis, qui « s'accumulait dans l'organisme, agitait le sang et secouait tout le système nerveux ». Leur opinion, pour être exagérée, erronée même n'était pas précisément dénuée de toute vérité, et des faits nombreux ont prouvé l'influence heureuse du mariage sur la marche de certaines psychopathies, surtout lorsqu'elles sont d'origine ovarique.

Négrier conseille le mariage aux femmes qui, puissamment menstruées, éprouvent tous les mois des troubles psychiques en rapport avec la fonction cataméniale. « Ces femmes, dit-il (loc. cit., p. 172), sont souventd'une fécondité remarquable. Le mariage chaste est évidemment pour elles le premier des moyens de guérison radicale, comme il est aussi la vraie source d'une santé florissante. » Plusieurs de nos observations semblent donner raison à cet auteur.

D'une manière générale, lorsqu'un organe ne remplit pas la fonction pour laquelle il a été créé, il en résulte des perturbations morbides dont la fréquence et l'intensité sont en raison directe de l'importance de l'organe et de la fonction. Or, est-il une fonction plus importante et dont l'exercice soit sollicité avec plus de force que celle de la génération ? Dans toutes les religions, elle fait l'objet d'un précepte divin, et l'intensité du besoin qui nous y porte, ne peut s'expliquer que par la grandeur du but qu'elle a à atteindre.

C'est pour cette fonction seule que la femme semble avoir

1 Withof. Traité des eunuques ou De castris commentaliones quatuor, a Voir Bordeu, loc. cit., t. If, p. 962; et Cabanis, loc. cit., t. III, p. 310.

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été créée : pr opter uterum millier condita est ' . Dans toutes les langues, les mots femme et engendrer ont la même origine étymologique. Platon disait que la matrice des femmes est un animal qui veut à toute force concevoir et qui entre en fureur s'il ne conçoit pas.

Bâillon affirme que l'hystérie n'arrive qu'aux filles que l'on marie tard, et, d'après Louyer-Villermay, les accidents seraient moins prononcés chez les femmes mariées. Dugès, Mmc Boivin, Briquet, Landouzy et d'autres considèrent, comme prédisposées à l'hystérie, les femmes qui ont toujours vécu dans la continence et celles qui, ayant usé du mariage, sont obligées de s'en priver2.

Les femmes des harems qui sont abandonnées de leur maître ou qui n'en reçoivent des visites que très éloignées, sont plus exposées aux troubles névropathiques que leurs compagnes plus favorisées. Cette remarque a été faite par tous les médecins qui ont exercé auprès des grands de

1 M"™ de Staël dit quelque part que les femmes ont été créées pour produire et que celles qui ne font pas d'enfants, font des livres. Chose singulière! il semble que pour certaines femmes, la progéniture intellectuelle, comme pour d'autres la progéniture utérine, soit intimement liée aux fonctions de l'ovulation. On cite, en effet, des femmes de lettres célèbres par leurs écrits, qui ne composaient que pendant le temps de leurs époques. Au dire de Raciborski, p. 466 et 85, l'imagination s'exalte souvent pendant les règles, et il n'est pas rare de voir des élans généreux, des conceptions d'esprit étonnantes, des compositions surprenantes par leur fond et surtout par leur forme. 11 ne faut pas que le fait nous étonne : nous savons que certaines aliénées n'ont un moment de lueur que pendant le temps de leurs règles. Brierre de Boismont (p. 97) rapporte l'observation suivante (Obs. 44): « Une dame, mariée à un pharmacien, éprouve une telle surexcitation quand elle est menstruée, qu'elle élonne toutes ses amies et ne se reconnaît pas elle-même. Elle s'entretient alois de sujets qui ne sont point en rapport avec ses habitudes ordinaires ; parle histoire, géographie, politique, fait des vers, écrit des harangues. Elle a deux sœurs dont l'une présente les mêmes symptômes, l'autre a des attaques d'hystérie. »

5 Vix unam invenies quae prope maritum impotentem decumbere possit : idem de uxoribus a mariti neglectu valet (Frank1. Gueneau de Mussy dit avoir observé plusieurs cas d'érotisme ou de nymphomanie développés sous l'influence de cette cause (t. II, p. 317^.

l'Orient, et, entre autres, par le D1' Gombay . La statistique nous apprend que le mariage, même quand il est stérile, est une grande mesure préventive contre la folie.

Voyez ce qui se passe chez les animaux, lorsque le besoin génésique ne peut être satisfait. D'après le professeur Peter1, tout semble prouver que chez les chiens la salive, sous l'influence d'une excitation génésique intense et contrariée, acquiert les qualités virulentes de la salive rabique. Le Cœur2, de l'Ecole de Médecine de Caen, apporte de très sérieux arguments et des faits nombreux en faveur de l'origine génésique de la rage spontanée chez les chiens : il demande qu'on traite ces animaux avec douceur et qu'on leur donne la clé des champs afin qu'ils puissent sans obstacle convoler, quand il leur plaît, à de faciles amours ; d'autres ont proposé l'émasculation.

Les génisses, les chattes et la plupart des femelles tombent dans la torpeur et la prostration, dans une espèce d'état mélancolique qui souvent leur est funeste, lorsque, pendant le rut, elles n'ont pu recevoir les approches du mâle.

Le professeur Goste, du collège de France, rapporte l'histoire suivante :

« Deux magnifiques chattes angora, élevées dans un appartement où elles n'avaient jamais été eu rapport avec le mâle, commencèrent à entrer en chaleur quand vint l'époque de la puberté. Les signes extérieurs du rut durèrent d'abord huit, dix ou douze jours, mais, dans certains cas, se prolongèrent bien davantage. 11 s'écoulait quelquefois des mois entiers avant que l'éréthisme s'apaisât. Ces femelles entraient alors dans un état violent : elles étaient en proie à une agitation nerveuse qui les faisait tomber dans un marasme croissant et ne reprenaient leurs forces que lorsque le rut avait cessé, c'est-à-dire après la rupture ou la résolution des capsules ovariennes dont l'évolution était trop lente.

1 Peter. Clinique médicale in Semaine médicale, 21 novembre 1888.

2 Le Cœur. Elude sur la rage, son éliologie, sa transmission, sa fréquence. Paris, 1850.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCUOSliS MENSTRUELLES 12]

Enfin l'une d'elles, tourmentée depuis quarante jours par cette ardeur inextinguible, menaçait de périr de consomption. Craignant alors de la perdre, je pensais qu'il n'y avait qu'un seul moyen de la sauver, c'était de déterminer la rupture immédiate des capsules en ranimant une fonction languissante. Pour atteindre ce but, la chatte fut enfermée, pendant une nuit seulement avec le mâle, et, le lendemain matin, tous les signes caractéristiques du rut avaient disparu. L'influence du coït avait triomphé de tous les obstacles et ramené le calme dans l'organisme depuis si longtemps troublé1. »

Or, la femme a aussi son rut : de par la nature, comme la femelle, elle est soumise à l'excitation périodique. Tous les moments sont égalementbons pour goûter des plaisirs de l'amour; c'est ce qui, d'après le langage humoristique de La Rochefoucauld, distinguerait la femelle de la femme ; mais, pour la procréation, il n'en est pas de même. Il y a pour elle des moments choisis, des époques marquées : ce sont les jours qui précèdent ou qui suivent l'écoulement menstruel. Le conseil que donnait Hippocrate sur la stérilité : « Virum adeat ineunle purgatione menstrua », est basée sur ce fait d'observation biologique. C'est celui que préconisent encore les médecins d'aujourd'hui, et bien des ménages, désolés de ne pas avoir d'enfants, se sont bien trouvés de l'avoir mis en pratique. Il ressort, en effet, des travaux d'Osiander, de lleckel, de Gendrin, de Pouchet, de Négrier, de Coste, d'Èngelman. de Bischoff, de Raciborski, de Courty, etc., etc., que la menstruation est le résultat d'un travail ayant son point de départ dans l'ovaire au moment du développement, de la distension et de la rupture de la vésicule de de Graaf. L'opinion de ces auteurs, il est vrai, a rencontré quelques adversaires : l'origine et le rôle de la menstruation ne semblent pas encore être définitivement établis ; la théorie de sa coïncidence avec l'ovulation n'en est pas moins jusqu'à présent la seule théorie classique.

1 Coste. Histoire générale et particulière des êtres organisés. Paris, 18i7, t. I, p. 230.

Donc tous les mois, il y a ponte de l'œuf humain ; la femme en est avertie par la menstruation qui la rappelle impérieusement à son rôle physiologique et l'invite à devenir mère. Quoi d'étonnant qu'elle se sente alors plus portée à l'union sexuelle, et qu'elle éprouve des désirs plus intenses en rapport avec ce qui se passe du côté des ovaires ' ? Dans tout son être retentit ce cri de la nature : « Ne laisse pas mon travail inutile, le moment est venu de me secourir et de donner ensemble la vie à un enfant. »

C'est pour répondre à ce cri que les législations et les coutumes des peuples, souvent inconscientes, mais toujours sages lorsqu'elles sont anciennes et universelles, ont voulu que de tout temps et dans tout pays, l'âge de la nubilité eût pour base celui de la première menstruation. Ce cri, l'animal lui-même le comprend, et il cède à l'impulsion qui l'entraîne, mais la femme, elle, doit" résister : la raison, les convenances sociales lui en font un devoir.

Bordeu a écrit2 : « Il est certain que l'esprit séminal remonte tous les ressorts dans une femme comme dans un homme, qu'il maîtrise, conduit et dirige tout l'individu dans le physique comme dans le moral », et, d'accord avec les anciens physiologistes, il enseignait que c'est surtout aux époques menstruelles que l'aura seminalis est sécrété en grande abondance. Bordeu, comme ceux qui l'avaient précédé, interprétait mal le mécanisme du fait, mais le fait luimême, il l'avait bien observé. Changeons le mot aura seminalis par cet autre instinct sexuel ou besoin génésique, et notre théorie est la leur. Avec elle, nous comprenons comment la femme dont le système nerveux est alors si puis-

1 Voir ch. vi, p. 206. Excitation génésique et menstruation. La femme qui fait l'objet de l'Obs. 155, déclare qu'à chacune de ses époques, elle est tellement portée à l'acte vénérien, que rien ne pourra jamais l'empêcher de succomber.

5 JJordeu. Loc. cit., t. 11, p. 963.

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samment travaillé et secoué, puisse ne pas toujours sortir triomphante de la lutte qu'elle a à soutenir contre elle-même, contre sa volonté impuissante, contre ses sens violemment sollicités, et trahisse par des troubles psychiques variés l'agitation intérieure qu'elle essaie en vain de dissimuler.

Yoyez ce qui arrive chez la jeune fille chaste qui vient d'être fiancée. Le contact de celui qu'elle aime, la douce intimité et la familiarité qui s'établissent bientôt, les aimables prévenances dont elle est l'objet, stimulent chez elle les fonctions sexuelles, alors que, d'autre part, la plus sévère retenue lui est imposée par les habitudes et les contraintes de la vie civilisée. Et, dans ces conditions, un état nerveux se développe, voire même quelquefois un véritable e'tat mental1. Or, la même chose se passe pour la femme à l'époque de ses règles, à cette seule différence en plus que l'excitation génésique au lieu d'être en quelque sorte artificielle et de venir du dehors, est toute naturelle et la conséquence inévitable du travail ovarique.

L'influence de l'éducation, l'habitude de dominer e$ de vaincre ses passions, peuvent faire que certaines femmes, à tempérament peu prononcé, perdent ou plutôt oublient l'instinct génital; et cet état nerveux particulier, ce malaise général mal défini qu'elles présenteraient pendant la période menstruelle, ne serait que la sanction inconsciente d'un devoir naturel non accompli, se cachant sous les apparences d'une satisfaction purement personnelle.

b. — La privation des jouissances sexuelles peut être funeste non seulement parce qu'elle est contraire au but de la nature, mais encore parce qu'elle exerce une fâcheuse influence sur la marche de la menstruation.

De Gardane, parlant de l'action bienfaisante du coït sur la fonction ovarique, affirme que là est la raison pour laquelle

1 Consulter Savages : Les troubles d'esprit développés à l'occasion des fiançailles, in Journal of mental science octobre 1888.

on voit la vie célibataire déranger le flux menstruel et le mariage au contraire en favoriser le cours. « Les femmes de complexion amoureuse, dit-il1, ont des règles plus abondantes lorsqu'elles satisfont leurs désirs, tandis que la malheureuse fille qui lutte sans cesse contre ce penchant de la nature, dépérit consumée. De là le chagrin, la tristesse, l'ennui, le dérangement des mois ou d'étranges désirs, les cachexies différentes auxquelles sont sujettes les femmes qui n'habitent pas avec leurs maris, et les religieuses. »

On ne saurait nier que certains auteurs et plus spécialement ceux qui ont précédé notre siècle, se basant sur l'aphorisme hippocratique : « Fœmina hysterica eget viri, ergo virpraebandusest », ontexagéré les bienfaits du mariage comme agent thérapeutique, et n'ont fait souvent qu'aggraver le mal de leurs clientes en leur administrant un mari. Il n'en est pas moins vrai cependant que tel que nous l'entendons, c'est-à-dire non une simple union officielle, mais une union physique et morale des êtres selon les vues et le but de la nature, le mariage est considéré à juste titre comme un excellent remède dans certaines affections ou mieux chez certaines malades.

C'est ainsi qu'il réussit très bien contre l'aménorrhée, et Hoffmann avait raison lorsqu'il disait que l'emménagogue le plus puissant est un mari jeune et bien-aimé. Les œuvres de Yan Swieten renferment l'histoire d'une femme qui n'avait pas été réglée jusqu'à quarante ans et qui, mariée à cette époque, fut menstruée périodiquement pendant deux ans.

Le mariage favorise l'ovulation2; c'est pourquoi, dans le

De Gardane. De la Mejiopause.Pa.via, 1821, p. 32. s Des observations nombreuses et des expériences suffisamment répétées et variées par plusieurs auteurs, entre autres, par Coste, ne laissent aucun doute sur l'influence heureuse que l'excitation génésique exerce sur l'ovulation, du moins chez les animaux. Il suffit de la présence de l'étalon dans une écurie pour faire devancer l'époque habituelle du rut chez les juments voisines. Les lapines qu'on laisse avec le mâle entrent plus souvent en rut que celles que l'on tient éloignées.

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cas de dysménorrhée, Bcrnulz ' le conseille et cela dès l'âge de dix-huit ans, parce que si l'on attendait plus longtemps, la dysménorrhée pourrait persister et de plus entraîner la stérilité.

J'ai vu à la Clinique, dans le service du professeur Tarnier, une femme qui, depuis la puberté, éprouvait à chaque époque des douleurs atroces : le mariage fît disparaître tous ces accidents dysménorrhéiques et amena la menstruation à son état normal. Brierre de Boismont dit que, sur 2o femmes mariées, il en a rencontré 14 chez qui la menstruation n'était devenue régulière qu'après le mariage2.

La privation absolue des plaisirs sexuels, surtout chez la femme qui en éprouve fortement le besoin, favoriserait donc la sympathie menstruelle de deux manières : la première en créant à chaque époque un état nerveux admirablement préparé pour l'éclosion des troubles psychiques; la deuxième, en déterminant la dysménorrhée et autres troubles de la menstruation.

Observation XLV. — La nommée Bourg est amenée à la Salpêtrière, le 3 janvier 1835, dans l'état le plus extraordinaire de la manie la plus violente : elle déchire et brise tout, les yeux sont rouges; la figure, enflammée; les propos, les cris incohérents; elle est dans le désordre le plus affreux, les cheveux épars, les vêtements en lambeaux, ses règles coulent abondamment. Ces symptômes durent depuis quatre jours avec la même intensité. Le cinquième jour, elle commence à se calmer, le sixième jour, elle parle seule, et, le lendemain, elle me rend ainsi compte de son état : « Je suis mariée, mais mon mari est absent depuis deux ans; j'ai beaucoup de tempérament, et c'est son absence qui est cause de ma maladie; car je suis plus pure que personne, mai? chez moi la nature parle, el c'est elle qui cause tout mon mal. Je vous dis cela sans aucune idée sale, mais comme une vérité que je

1 Bernutz, in Courrier médical, 1874, p. 158 et suiv.

* Uippocrale a écrit : « D'un autre côté, le coït, échauffant le sang et " l'humectant, rend la voie plus facile aux menstrues : or, si les mens- « trues ne cheminent pas, les femmes deviennent malades. » T. Vil,

sens profondément et qui me désole. » (Scipion-PineL Tr<a7é de Pathologie cérébrale, Paris, 1844, p. 420 '.)

3° Ménopause.

Les troubles psychiques observés à la ménopause peuvent reconnaître les causes suivantes :

1° Pléthore nerveuse. — Cette explication appartient à Raciborski. D'après cet auteur, l'innervation du grand sympathique, privée de l'important débouché que lui présentait périodiquement l'orgasme ovarien, répandrait l'excédent de sa force sur d'autres fonctions qui, par leur hyperactivité, lui assureraient son parfait équilibre.

Or, de toutes les fonctions, celles de l'intelligence et des facultés morales sont certainement celles dont le travail demande la plus grande somme d'influx nerveux. Ce sera donc par elles que l'organisme se débarrassera de la surcharge qui menace de l'encombrer.

L'expérience démontre, en effet, que les femmes qui savent se créer un travail absorbant, donner à leurs idées et à leurs sentiments une direction nouvelle, soit en s'appliquant plus activement aux soins de la famille, soit en s'adonnant tout entières aux œuvres de charité et de bienfaisance, évitent plus facilement les troubles de la pléthore nerveuse, sortent plus souvent indemnes de l'époque critique que celles qui, confiantes en la nature, s'en remettent à son entière direction et se reposent sur elle du soin de régler la dépense nerveuse.

Instinctivement, du reste, la femme éprouve alors le besoin de changer son genre de vie et de modifier ses habitudes. Plusieurs donnent dans la de'votion ou le bel esprit; d'autres

1 Plusieurs observations de ce genre se trouvent disséminées çà et là dans le cours de mon travail.

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se lancent dans l'intrigue et ne vivent plus que de scandales et de bavardages; d'autres encore aiment à s'entourer d'un essaim de jeunes filles qu'elles ont soin de choisir brillantes de fraîcheur et de beauté, et passent leur temps à les endoctriner, aies diriger et à les marier.

2. Plétuore sanguine. — La menstruation s'arrêtant à la ménopause, la masse sanguine augmente de toute la quantité de sang que la femme était habituée à perdre régulièrement à chaque époque menstruelle : d'où amélioration de l'état général et disparition de certains troubles pour les femmes anémiques; pour les femmes sanguines, au contraire, apparition de symptômes pléthoriques.

Les bouffées de chaleur, les céphalées intenses, les éruptions diverses, les congestions multiples que présentent alors presque toutes les femmes, indiquent bien l'état de pléthore; ce que prouve encore plus clairement le traitement dérivatif emplo}'é par l'art et la nature pour ia guérison de tous ces accidents.

Oi^ervatiox XLV1. — Une femme, parvenue à l'âge de retour, fut prise d'hémorrhoïdes, de fureur utérine et d'envie de se détruire; un écoulement de mucosité et de sang par l'anus la guérit de ces symptômes. (Annales tVhyg. et de mêd. légale, 1841, p. 171.)

Les accidents dus à la pléthore ménopausique peuvent encore exister longtemps après la cessation du flux cataménial. Pendant, de nombreuses années, tous les mois, il y a comme un réveil menstruel, et c'est à ce moment qu'apparaissent les troubles psychiques.

Observation XLVII. — Une femme de quarante-cinq ans, qui n'était plus réglée, devint aliénée aux époques où venaient autre- Ibis ses règles; le délire durait plusieurs jours. Dans l'intervalle de ces retours d'aliénation, cette malade était d'un calme parfait, (Belhomme, Recherches sur la localisation de la folie.) Paris, 1 8 48 .

Observation XLYIII. — Vers l'âge de cinquante ans, une femme atteinte de délire maniaque cessa d'être réglée. Le délire

qui était continu, prit alors la forme périodique, et, tous les mois, pendant quatre à cinq jours (temps que durait la menstruation et à l'époque correspondante), la malade était en proie à tous les symptômes de la manie incohérente. (P. Berthier, Clinique de la Madeleine de Bourg, 1861.)

Observation XLIX. — Femme G..., quarante-huit ans : délire des persécutions développé à l'époquede la ménopause. Chose curieuse ! Bien que cette femme ne soit plus réglée depuis deux ans, les jours qui précèdent mais surtout qui accompagnent l'époque à laquelle paraissaient autrefois ses règles, on remarque chez elle une très sensible agitation. (Bruant, Thèse de Paris, 1888, p. 67.)

Brierre de Boismont cite 25 femmes dont les accidents ménopausiques durèrent un laps de temps qui varia de deux à vingt-deux ans (loc. cit., p. 240). Cabanis en a observé qui, dix ou douze ans après avoir cessé d'être réglées, éprouvaient encore, chaque mois, une pléthore locale, une sensation de pression et de tension vers l'utérus et divers autres symptômes dont s'accompagne la menstruation véritable (loc. cit., t. III, p. 352). Charpentier1 rapporte l'observation d'une femme chez laquelle les règles cessèrent à quarante-huit ans et qui, à soixante ans, vit apparaître pendant deux ans ses époques avec la même régularité et la même intensité que lors de son âge adulte.

Les auteurs qui considèrent la ménopause comme cause ordinaire de la démence paralytique chez la femme (et ils sont nombreux) invoquent une action réflexe neuro-paralytique, qui, favorisant l'accès du sang au cerveau et occasionnant ainsi des congestions répétées de l'organe, déterminerait à la longue une périencéphalite interstitielle diffuse 2.

Je passe les autres théories, car elles ne sont autres que celles développées plus haut au sujet des accidents pléthori-

* Charpentier. Traité des accouchements, t. I, p. 88.

* Voir Sepelli. Paralysie générale chez la femme, in Ann. méd. psijch., novembre 1884.

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ques survenus à la suite d'une aménorrhée ou d'une suppression brusque des règles pendant la période active.

3. Antécédents menstruels et nerveux ; position sociale de la femme; son état moral; réveil de l'instinct génésique. — a. — Toutes choses égales, les troubles nerveux, à la ménopause, se manifestent plus facilement chez les femmes qui ont déjà présenté des crises en rapport avec la menstruation, et plus spécialement chez celles qui ont eu à souffrir lors du pre mier établissement menstruel. Certaines femmes ont vu reparaître à la ménopause les accidents qui avaient accompagné leur puberté et dont elles avaient été débarrassées pendant tout le temps de la période active.

Observation L. — Guislain a vu une manie se manifester à l'époque de la puberté, cesser immédiatement après une première et seule menstruation et se montrer de nouveau à l'époque de la ménopause après vingt-cinq ans de calme parfait. (Leçons sur les phrénopathies, t. II, p. 7o '.)

b. — La distinction que nous avons établie plus haut entre la femme du monde et celle du peuple, doit être maintenue pour la ménopause : l'état moral, en effet, sera moins marqué chez l'ouvrière dont la vie a été plus sérieuse, dont les jours se sont passés à gagner du pain pour ses enfants et non à s'enivrer des succès éphémères d'une beauté qui passe. « Les orages de la cessation menstruelle, dit EsqUirol, l'abandon du monde et de ses plaisirs exposent les femmes à mille maux divers, particulièrement celles qui ont fait du monde et de la coquetterie l'unique occupation de leur vie frivole. » « Vieillir les irrite, ajoute Renaudin, et le vide qui se fait autour de celles qui n'ont pas su placer le bonheur dans la famille, est la cause d'un agacement continuel qui se révèle presque toujours par différents désordres intellectuels. »

c. — Et vraiment, n'est-ce pas pénible pour ces femmes

1 Les Obs. 89 et. 129 sont aussi caractéristiques.

S. IC/UID. 9

qui ont eu les plus beaux succès, de voir leurs charmes disparaître tous les jours, de descendre de ce piédestal que leur avaient élevé des milliers d'adorateurs, pour être reléguées dans l'oubli comme un meuble inutile que la société égoïste rejette avec dédain.

Ce miroir où elles se contemplaient autrefois avec tant de satisfaction, ne leur montre plus que des ruines et leur arrache des larmes de dépit. Tous les artifices, au détriment même de la santé, sont alors employés pour essayer de reconquérir l'influence d'autrefois ; mais, peine inutile ! replâtrage superflu ! de tous leurs triomphes, il ne leur reste plus que le triste souvenir. Elles se voient bientôt contraintes d'abandonner à des plus jeunes et à des plus belles qu'elles la place où elles avaient régné en souveraines, pour aller dans la retraite cacher leurs rides et se livrer tout entières à leur mélancolie *.

Heureuses celles qui font de nécessité vertu, acceptent avec résignation le congé que leur donne le monde, et savent remplacer par des jouissances pures, par des occupations sérieuses une vie pleine de frivolités et de plaisirs qui ne sont plus de leur âge !

cl. — L'appétit vénérien disparaît ordinairement à l'époque de la ménopause, et ce n'est plus que par devoir et pour la paix du ménage que la femme consent encore aux rapports conjugaux. C'est la conséquence naturelle des modilications que subissent les organes de la génération : ceux-ci, en effet, se flétrissent et, par suite de l'atrophie des ovaires et des autres annexes, perdent leur sensibilité et leur excitabilité

1 Pareil phénomène s'observe chez les animaux, surtout chez les animaux domestiques, qui, en perdant leurs grâces avec les années, perdent aussi les caresses de leur entourage. Lombroso rapporte le fait suivant dans son traité de l'Homme criminel. Une chatte angora en vieillissant devint laide, elle fut négligée et maltraitée par les gens de la maison. Son caractère s'en aigrit, et elle qui avait toujours été fort tendre, perdit, alors, tous ses instincts maternels : elle refusa la nourriture à ses petits et en dévora même un.

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normale. Nous verrons cependant au chapitre consacré aux troubles génésiques que les feux de l'amour (je parle de l'amour physique et sexuel) déjà bien peu ardents, loin de s'éteindre alors complètement chez toutes les femmes, semblent vouloir se raviver chez quelques-unes pour briller d'un nouvel et dernier éclat. L'absence de toute satisfaction sexuelle devient pour celles-ci un véritable supplice, dontTissue fatale a été pour certaines des habitudes honteuses, pour d'autres des scrupules exagérés, la mélancolie, le suicide même.

Observation LI. — Une femme supporta sans se plaindre et le plus facilement du monde, jusqu'à la ménopause, la négligence de son mari; mais, arrivée à cette époque, l'excitation génésique fut telle qu'elle devint intolérable, et elle se donna la mort pour éviter de manquer à la fidélité conjugale. (Gueneau de Mussy, Cliniques médicales, t. II, p. 344, Paris, 1885.)

Je me résume.

L'anatomie et la physiologie du système nerveux nous permettent de comprendre comment, par la voie du grand sympathique, la menstruation, même normale, peut porter son influence jusqu'aux fonctions cérébrales; à la cause première et essentielle qui est le molimen menstruel ou excitation engendrée par le travail physiologique de l'ovulation, viennent presque toujours s'ajouter d'autres causes prédisposantes et adjuvantes (prédisposition nerveuse, acquise ou héréditaire, anomalies menstruelles, etc.).

J'ai longuement discuté l'action de toutes ces causes réunies, ayant soin d'attribuer à chacune la part qui lui revient dans l'étiologie et la pathogénie de la sympathie menstruelle; j'ai minutieusement analysé leur mécanisme, et leur influence me paraît solidement établie.

Il ne me reste plus qu'à apporter des faits et à décrire les ormes principales qu'affectent les troubles psychiques d'origine, menstruelle : c'est ce qui va faire l'objet de la seconde partie de ce travail.

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