CHAPITRE II
Pyromanie.
Les peines infligées1 au crime d'incendie parles articles 434 et 436 du Code pénal sont assez sévères pour que cette étude mérite toute l'attention du médecin légiste. Un incendie n'est pas toujours l'effet d'un accident, ni l'œuvre de la malveillance, de la jalousie ou de la vengeance. Il peut avoir pour cause une volonté malade, agissant irrésistiblement sous l'influence d'une impulsion qui porte à incendier avec plus de force encore que la faim ou la soif ne portent à manger ou à boire.
La propension à la pyromanie est si puissante, que des incendiaires déjà condamnés ne peuvent s'empêcher de récidiver bien qu'ils sachent que la peine capitale les attend ; quelquefois, découragés par l'inanité de leurs efforts et prévoyant l'issue fatale de la lutte qu'ils soutiennent vainement contre leur penchant, à la veille de succomber une nouvelle fois, ils ont recours au suicide pour mettre fin à leurs tourments.
Il n'entre pas dans mon cadre de faire Pédologie complète de la pyromanie et de décrire tous les signes qui la font reconnaître, je ne parlerai que de ce qui a trait à mon sujet,
4 Elles varient suivant les circonstances énumérées dans l'article 434 : peine de mort, travaux forcés à perpétuité, travaux forcés à temps, réclusion. La menace d'incendie est punie comme la menace d'assassinat (Art. 436).
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voulant amener le lecteur à cette conclusion : « Lorsque sans motif bien avoué, une femme, paraissant d'ailleurs posséder toute sa raison, se rend coupable du crime d'incendie, le tribunal ne doit jamais négliger de faire statuer sur l'existence de la pyromanie, et le médecin expert dont l'examen, en pareil cas, ne porterait pas sur la menstruation, manquerait gravement à la tàclie que la justice attend de lui. »
La plupart des auteurs qui se sont occupés de la question (Ernest Platner, Osiander, K, Henke, Marc, Marandon de Montyel) accordent à la menstruation un rôle prépondérant dans la genèse de la pyromanie. C'est surtout à la puberté qu'ils ont observé son extrême fréquence ; ils l'ont notée aussi à la ménopause et pendant toute la période active de la fonction menstruelle, plus particulièrement lorsque celle-ci présente un état pathologique.
La pyromanie est si commune à l'époque de la puberté que certains l'ont définie : « Une perturbation de l'esprit qui, 'lors de la puberté, pousse les jeunes filles à commettre des incendies. » Les médecins allemands ont fait remarquer que les auteurs d'incendie étaient le plus souvent des jeunes filles de neuf, douze, quinze et dix-huit ans. C'est Henke surtout qui, parmi eux, a étudié la pyromanie avec le plus grand soin. 11 a constaté qu'elle coïncidait fréquemment avec les efforts de la première menstruation. Cette vérité résulte pour lui de la lecture des Annales judiciaires publiées par Klein. La plupart des pyromanes dont l'histoire est renfermée dans ces annales, offraient un changement insolite en rapport avec le développement retardé, arrêté ou troublé des fonctions sexuelles, au point que Henke s'est cru autorisé à admettre comme principe la proposition suivante: « L'envie du feu, chez la jeune fille, résulte particulièrement d'une involution organique irrégulière à l'époque ou à l'approche de la puberté. »
s. ICARD. 10
G.-H. Massius' s'exprime d'une manière très nelle sur l'existence de la pyromanie en rapport avec la menstruation. 11 confirme le principe établi par Henke enassurant qu'il résulte des procédures criminelles que le plus grand nombre des incendies a été commis par des personnes du sexe féminin âgées de douze à dix-sept ans. ou encore, ainsi que le démontre le tome II des Archives de jurisprudence criminelle du Nord, par des femmes arrivées à la ménopause.
Vers le commencement de 1830, nous eûmes en France une preuve éclatante en faveur du principe de Henke. A. cette époque, en effet, de fréquents et inexplicables incendies ayant désolé plusieurs contrées de notre pays, entre autres le département du Calvados, les enquêtes judiciaires démontrèrent que les personnes accusées étaient toutes des jeunes filles.
« Beaucoup de crimes, dit Osiander 2, tirent leur source d'une affection particulière du cerveau, et il est bien prouvé que la disposition à incendier peut résulter d'une semblable affection, surtout pendant le développement de la puberté. » Et cet auteur va jusqu'à vouloir donner les raisons de cette pyromanie pubérale. Il l'explique (je donne son explication pour ce qu'elle vaut et à titre de simple curiosité) par la prédominance du sang veineux sur le sang artériel, par son accumulation dans certaines parties, spécialement dans la région des nerfs de l'œil. A l'époque du développement sexuel, le sang se dirigeant vers les organes de la génération, ceux de la vision se trouveraient privés d'une grande partie de leur irritabilité et il se développerait alors un besoin de lumière déterminant l'appétence au feu.
Marc 3, étonné de l'importance que les médecins allemands
1 G.-H. Massius. Commentaires médico-légaux sur le droit civil et criminel, 2* cahier, Rostock, J 821 ; Manuel de méd. légale, Stendal, 1822. 1 Osiander. Traité du suicide. Hanovre, 1813. 3 Marc. Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1883, t. X, p. 447.
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accordaient à la puberté, a fait une enquête pour savoir si le crime d'incendie était aussi fréquent chez les jeunes filles en France qu'en Allemagne. Ses conclusions furent que, dans le plus grand nombre des cas, la pyromanie coïncide avec l'âge où « les facultés sexuelles préludent à leur développement » et que l'apparition des règles peut s'accompagner d'une propension irrésistible à incendier suivie d'exécution.
Le Dr Limas1 dit avoir constate' chez les jeunes filles incendiaires des troubles de la menstruation et des habitudes d'onanisme. 11 ajoute : « Beaucoup d'observations ont noté la coïncidence de cette disposition morbide avec le développement et avec l'exagération du sens génital. » Flemming2 fait la même remarque. Or, nous verrons plus loin que d'après Négrier, l'activité du sens génital et la force de l'appétit sexuel chez la femme se mesurent par l'activité des fonctions menstruelle etovarique.
Ce n'est pas seulement à la puberté que l'on observe la pyromanie; j'ai dit, et les observations le prouvent, qu'on l'observe encore à la ménopause et pendant toute la durée de la période active.
11 résulte de certains faits que chez la femme à l'époque des règles, comme chez la jeune fille à l'époque de son évolution pubérale, la simple vue d'un incendie est capable de faire naître une tendance invincible à mettre le feu. « La pyromanie, dit Marandon de Montyel3, apparaît souvent quand l'organisme naît et meurt à la vie sexuelle, à la puberté et à la ménopause. Parmi nos malades, deux étaient à l'époque de la première révolution génitale; une, au retour de l'âge. Ces deux périodes sont les périodes critiques de l'existence, celles où l'organe faible succombe ; mais il semblerait que
1 Limas. Ann.méd. psych., 1879, vol. I, p. lOi.
* Flemming. Archives de Horn, 1830.
3 Marandon de Montyel. Archives de Neuroloqie, 1885, t. X, p. 322, et in idem 1887, p. 19.
l'impulsion au feu se présente avec une fréquence relative telle, à ces deux phases de l'évolution vitale, qu'un rapport existerait entre elle et l'état des organes génitaux, d'autant plus que chez la femme, quand la maladie éclate durant les années d'activité génésique, elle est habituellement liée à des troubles de la menstruation, particularité que l'expert ne doit pas ignorer. » Cet aliénisteest si convaincu de l'influence menstruelle que, lorsque le diagnostic de la pyromanie est impossible par l'examen direct, soit à cause de la dissimulation des accusées, soit à cause de leur faiblesse intellectuelle qui ne leur permet pas de fournir des renseignements sur l'état de leur esprit au moment du crime, il recommande de faire entrer en ligne de compte, comme élément précieux de diagnostic, l'état sexuel de l'incendiaire : puberté, ménopause, troubles de la menstruation.
Taguet1 admet que toutes les pyromanes, si elles ne sont pas épileptiques ou hystériques, présentent une anomalie de la menstruation. « Le retard, l'absence, le désordre ou la suppression de l'évacuation menstruelle, dit Marc2, sont de la plus haute importance, lorsqu'il s'agit de juger l'état physique des filles incendiaires. » Esquirol 3 est du même avis.
C'est pour avoir négligé ces préceptes que, si souvent, la justice condamna comme criminelles des pauvres femmes absolument irresponsables de leurs actes. Je pourrais multiplier les exemples à l'infini : on n'a qu'à feuilleter la Gazette des Tribunaux pour voir que les juges n'ont pas toujours su profiter des lumières que lui offrait la science.
Observation LXV. — Une jeune fille de seize ans met le feu à une auberge. Le procureur soutient l'accusation avec véhémence et repousse l'admission de toute cause atténuante : « Un verdict
1 Tuguet. Ann. méd. psych., novembre 1872.
5 Marc. De la folie dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires. Paris, 1840, t. I, p. 379.
3 Esquirol. Maladies mentales, t. I, p. 60.
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d'acquittement ne viendra pas affliger la justice. » (Annales d'hyg. et de méd. lég., 1838, t. XX, p. 220.)
Trélat, à qui j'emprunte cette observation, la l'ait suivre du commentaire suivant :
« Les débats n'indiquent pas même qu'on ait eula pensée de faire constater l'époque, les circonstances, la régularité ou l'irrégularité de l'évolution menstruelle. C'est une investigation qu'il ne faut jamais négliger, la monomanie incendiaire est très fréquente à l'âge du développement sexuel, et tout ce qui le retarde, l'avance ou le caractérise, acquiert une grande valeur en médecine légale. Ces documents se lient essentiellement à l'instruction judiciaire, et, dans l'état actuel de la science, il n'est plus permis aux tribunaux d'en méconnaître l'importance et la nécessité. »
Observation LXVI. — Au mois de juin 183o, un incendie éclate à Bonneville (Calvados) ; un mois après, le 12, lo, 16, 18 juillet, autres incendies. La coupable est la nommée Elise liibaux, âgée de quinze ans. Elle fait des aveux complets, et l'enquête ne peut assigner à ses actes criminels qu'un fatal instinct de destruction et une rare précocité de vice. Le tribunal ne songe pas à s'éclairer de la science médicale et condamne la jeune fdle. (Voir Gazelte des Tribunaux, 24 juin 1836, p. 742.)
Observation LXVII. — Rosalie P..., bizarre dès l'enfance a des antécédents héréditaires. La puberté se passait sans orage, lorsque, vers sa seizième année, en voyant mourir son père d'apoplexie, elle éprouve un arrêt de la menstruation. Aussitôt la bizarrerie augmente, l'humeur parait moins égale et survient une espècede stupeur qui la rend indifférente pour sa mère qu'elle aimait pourtant et qu'elle laisse mourir. A dix-huit ans, elle entre chez les Trappistines de Vaise; même état psychique, elle devient d'une dévotion qui effraie même ces dames, menace à plusieurs reprises de se tuer et finit par se précipiter dans une pièce d'eau. Congédiée de chez les Trappistines, elle entre au couvent de Maubec, d'où elle sort bientôt pour cause de maladie. Le certificat du médecin porte : gastralgie, dysménorrhée, surexcitation. Ileçue chez les Bernardines, elle édifie tout le monde par sa bonté, sa piété, sa moralité, et néanmoins, du 22 au 26 septembre, elle
allume cinq incendies dans le couvent, vole cinq couverts d'argent, 80 francs et un coffre plein d'écus ; le 15 octobre, nouvel incendie. Traduite devant la cour d'assises, sur la déclaration du jury, sœur Rosalie a été condamnée à cinq ans de travaux forcés. Or, la menstruation chez elle était en souffrance. Bien plus, les cinq pre miers incendies et les vols coïncidèrent avec une période menstruelle ; le 22 septembre, en effet, jour du premier incendie, sœur Rosalie avait ses règles et il est fort probable que le sixième incendie, étant donné son époque, coïncida aussi avec une période menstruelle. Dans le rapport du médecin expert, je n'ai pas yu qu'il fût question de l'examen menstruel. (Berthier. Gazette méd. de Lyon, 1838. p. 148.)
Observation LXVIII. — Jeune fille, âgée de quatorze ans et dix mois qui, dans l'espace d'un an, incendia deux fois afin de quitter ses maîtres et de retourner chez ses parents. Dès son premier interrogatoire, elle avoua le second incendie et se déclara spontanément coupable du premier, dont on ne l'avait pas soupçonnée. L'avocat de l'accusée, ayant cherché à prouver l'absence de maturité intellectuelle, comme aussi l'existence d'un trouble physique et moral, fui contredit par le médecin légiste chargé du rapport. La Faculté de Leipzig, consultée sur la question de savoir si les assertions de ce dernier étaient suffisantes, déclara que, chez les enfants, surtout chez les jeunes filles, la nostalgie est une passion des plus violentes et en même temps des plus naturelles ; que la menstruation, lorsqu'elle n'est pas encore normalement établie, exerce une influence sur l'état moral du sexe féminin; que, chez les très jeunes filles, à l'époque qui sépare l'enfance de la puberté, la roideur du caractère et ce qu'on appelle vulgairement tête évaporée avec tendance à des déterminations audacieuses et déses pérées, sont moins souvent le résultat d'un mauvais naturel que d'un trouble des fonctions nerveuses ; que l'accusée s'est trouvée, à la fois, dans un âge critique ainsi que dans les circonstances dont il vient d'être parlé, et que chez elle le flux menstruel a été parfois excessif, parfois faible et même nul. La question cependant fut résolue autrement par le tribunal qui déclara la jeune lille irresponsable du premier incendie, mais responsable du second, se basant sur ce que ses règles étaient établies et qu'aucun fait, aucun symptôme morbide n'existaient pour prouver qu'un désordre de la menstruation avait pu contribuer à déranger ou à affaiblir les fonctions intellectuelles. En conséquence, la prévenue fut con-
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damnée à la peine de mort!!! (Ernest Platner, Quest. med. forens. Part. XII. De excusalione œlatis observatio. Lipsiœ, 1824.)
Observation LX1X. — En 1802, une femme de quarante-cinq ans fut décapitée et son corps brûlé dans une ville d'Allemagne pour crime d'incendie. La manie incendiaire lui était venue depuis qu'il lui avait été donné, vers l'âge de la ménopause, d'être témoin d'un incendie dans son pays. Elle donnait pour raison que c'était chez elle un penchant irrésistible. Malgré la crainte, la terreur et le repentir qu'elle éprouvait après chaque incendie, elle ne pouvait s'empêcher de recommencer une autre fois. (Archives générales de médecine, t. VIII, p. 317.)
Dans d'autres cas, et malheureusement ils ne sont pas assez nombreux, les tribunaux ont su tenir compte de l'opinion du médecin expert. Albrecht Mickel i appliqua la doctrine de Kenke dans un cas fort compliqué relatif à une incendiaire âgée de seize ans. Dans quelques observations extraites des Annales de Klein, les circonstances de la menstruation ont même été indiquées dans les actes judiciaires, bien que, presque toujours, les recherches médicolégales n'aient pas été assez profondes. Toutes les fois que la Faculté de Leipzig a été consultée, elle s'est fermement prononcée en faveur de l'influence de la menstruation et du développement sexuel sur l'origine de la monomanie incendiaire.
Quelles sont les règles à suivre lorsque le médecin se trouve chargé d'investigation sur l'existence de la pyromanie sous l'intluence de la menstruation? Voici d'après Marc, les circonstances qui doivent être prises en considération :
1° L'époque à laquelle la pyromanie se développe chez les jeunes sujets comme résultat d'un développement anormal des fonctions sexuelles, coïncide à peu près avec l'intervalle compris depuis la douzième jusqu'à la vingtième année, quelquefois de la dixième à la onzième année.
1 Albrecht Mickel. Matériaux sur la psychologie judiciaire, 1820.
2° S'il existe des symptômes, des indices d'un développement irrégulier, des signes de mouvements critiques marqués au moyen desquels la nature cherche à parfaire l'évolution, ils doivent être saisis en faveur de l'inculpée.
3° S'il existe, avant l'exécution de l'acte incendiaire, des symptômes de développement dans l'appareil génital, comme des efforts de menstruation, ils mériteront la plus grande attention. Ils rendront d'autant plus vraisemblables que le travail du développement sexuel trouble les fonctions du cerveau, qu'ils seront eux-mêmes étayés d'autres symptômes comme absence, retard, suppression, diminution, abondance, difficultés et autres désordres de l'évacuation menstruelle.
Marc ne dit rien de la période active, ni de la ménopause. Le médecin expert cependant, quel que soit l'âge de l'inculpée, doit toujours rechercher l'influence de la menstruation et voir si l'impulsion incendiaire a coïncidé avec une époque menstruelle ou avec rétablissement de l'âge critique ; il ne doit jamais manquer de consigner ces circonstances dans son rapport.
Observation LXX. — Une jeune fille de douze ans allume trois incendies et étouffe à dessein deux enfants. (In Annules judiciaires de Klein, vol. VII.)
Observations LXXI et LXXII Une nommée Kostorf, âgée de
douze ans et demi, et une autre jeune fille mettent le feu pour pouvoir quitter leurs maîtres. [Idem., vol. XIII.)
Observations LXXI1I et LXXIV. — Komnraska, âgée de douze ans et demi, et Florin, âgée de quatorze ans, toutes deux servantes et mécontentes de leur position, mettent le feu pour quitter le service. (In idem., vol. XX.)
Observation LXXV. — Thréèse X..., âgée de quatorze ans, est une héréditaire vésanique par sa mère et par son père. Avec une ruse et une habileté incroyables, elle était parvenue à tromper la surveillance et avait mis sept fois le l'eu pour se venger de sa famille et des habitants du village qui, sans affection ni sympathie pour elle, lui infligeaient de mauvais traitements ou la poursuivaient de quolibets. Elle était toujours la première et la plus
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empressée à porter secours. Or, Thérèse était à l'époque critique de la puberté : réglée depuis un an, sa perversion morale et instinctive s'en était accrue ainsi que ses habitudes déjà anciennes d'onanisme et de lubricité. Irresponsable. (Marandon de Montyel, Archives de neurologie, 1885, t. X, p. 343.)
Observation LXXVI. — Une jeune paysanne, âgée de quatorze ans, mit le feu après avoir été maltraitée par sa maîtresse. Elle avoua tout et ne donna aucun signe d'aliénation mentale. Cependant la Faculté de Leipzig, se fondant d'une part sur la faiblesse des facultés 4iiorales et d'autre part sur l'absence de tout développement sexuel chez cette fille, la déclara irresponsable. (Ernest Platnei , Quest. med. forens. De veniaœtatis observatio. Lipsiœ, 1824.)
Observation LXXVII. — Une fille de moins de quinze ans, nommée Grabowska, atteinte de nostalgie, mit deux fois le feu, afin de pouvoirquitler ses maîtres. Elle déclara que, dès le moment où elle entra à leur service, elle fut sans cesse obsédée du désir d'incendier. On a remarqué que cette fille a souffert pendant longtemps de violents maux de tète et que la menstruation était en retard chez elle. (Marc, Ann. d'hygiène et de médecine légale, 1833, t. X, p. 435.)
Observation LXXV1II. — Le 28 août 1835, Joséphine Duchemin, âgée de quatorze ans et demi, met le feu chez ses maîtres. On ne put trouver aucun motif pour expliquer pareille détermination. Joséphine avait eu soin de mettre à l'abri du danger, au moment où personne ne la soupçonnait encore, l'enfant du fermier confié à sa garde. [Gazelle des Tribunaux, 9 septembre 1835, p. 107-9.)
Observation LXX1X. — Marie-Emilie, âgée de seize ans, n'ayant jamais été menstruée, éprouve des maux de tête, des palpitations, desgoûls bizarres. Puis, sous l'empire d'instinct morbide, elle met le feu dans plusieurs endroits et vole dans les églises. On la traduit en cour d'assises, qui la renvoie à l'asile d'aliénés de Maréville. Sous l'inlluenee d'une médication appropriée, les règles sont venues, les instincts se sont modifiés, le caractère s'est montré plus franc, plus expressif, et deux ans après son entrée, elle offrait les signes d'une franche guérison. (Morel, Etude classique sur les mal. ment., 1852, t. I01', p. 319.)
Observation LXXX. — Kleinbarth, âgé de dix-sept ans, a incendié afin de sortir de l'état de domesticité où elle se trouve chez ses parents. Il n'existait en elle aucune trace sensible d'aliénation
mentale. Parmi les motifs donnés pour établir que l'accusée n'est pas responsable de son acte, la Faculté de Leipzig fait surtout valoir que, bien qu'âgée de dix-sept ans, la fdle Kleinbarth n'est pas encore réglée et que ses organes de la génération n'offrent encore aucune apparence de développement. (Ernest Platner, Quest. med. forens, part. XV, Leipzig, 1824.)
Observation LXXXI. — La jeune Eugénie P..., jusqu'alors bien portante et n'ayant jamais présenté de troubles intellectuels, a ses premières règles en février 1877. Elle a dix-sept ans. Pendant les trois jours qui ont précédé l'hémorrhagie, elle éprouve des douleurs abdominales, de la céphalalgie, des insomnies. Elle entend en elle-même des voix confuses, mais impératives qui lui commandent de mettre le feu. Elle ne peut résister à cette impulsion, et incendie la maison où elle est en service. Aussitôt après elle se sent calmée
La deuxième époque menstruelle a eu lieu en septembre de la même année et s'est passée régulièrement.
La troisième survient le24mars 1878 et se complique, comme la première fois, d'accidents nerveux, d'anxiété, d'obsessions, d'impulsions irrésistibles; dans cette même journée, elle met le feu à la maison de ses parents. A parLir de cette époque, lesrègles n'apparaissent plus, et, pendant tout le temps de leur disparition, la ma. lade, chez qui je constatai les stigmates de l'hystérie, fut plusieurs fois atteinte de délire.
Dans la nuit des 6 et 9 août, rires incoercibles, impulsions à détruire. Elle tente de se couper les cheveux. Elle dit qu'elle ne se couperait pas le cou, mais se pendrait bien; on approche évidemment d'une époque menstruelle. En effet, le 13 août de 9 heures à minuit, elle est prise de violentes convulsions hystériques avec délire ; elle se tord, se roule, criant qu'elle étouffe, que tout brûle, qu'elle veut mettre le feu aux quatre coins, qu'elle veut tout casser, tout briser. Je remarque que sa chemise est tachée d'un peu de sang : elle a ses règles pour la quatrième fois, mais elles se suppriment dès le lendemain. La malade avoue que la veille, elle a été tout le jour mal à l'aise, anxieuse, qu'elle sentait venir l'accès et qu'elle a elle-même demandé la camisole. Elle ajoute ne se souvenir de rien de ce qui s'est passé pendant sa crise. A mesure que la menstruation devient plus régulière, le calme renaît.
Les 12 mars, 7 avril, o mai, retour d'une menstruation régulière et normale, disparition de tout symptôme hystérique ou vésa-
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nique; la malade est renvoyée comme guérie. (Cullere, Les frontières de la folie, Paris, 1888, p. M9.)
Observation LXXXIl. — Servante de dix-sept ans, continuellement poursuivie, disait-elle, par une voix qui lui ordonnait d'incendier et ensuite de se détruire.
Après avoir incendié, une première fois, elle avait regardé avec calme et plaisir l'incendie éclater; la seconde fois, elle s'était empressée de donner elle-même l'alarme, et, immédiatement après, elle avait essayé de se pendre. On ne put découvrir en elle aucune trace de dérangement intellectuel; mais, depuis l'âge de quatorze ans, elle avait été sujette à des spasmes qui, plus tard, dégénérèrent en épilepsie, dont les accès devinrent plus violents chaque fois qu'ils coïncidèrent avec l'époque menstruelle. Or, elle avait eu un fort accès, précédé d'une anxiété extrême, plusieurs jours avant l'incendie. La Faculté de Leipzig, consultée, fit remarquer la connexion entre l'épilepsie et l'anxiété qui caractérisait chaque époque menstruelle, et déclara l'accusée irresponsable (Eraest Platner, De àmenlia occulta alla observaiio qusedam, Qusest. mcd. forens. Part. II.)
Observation LXXX1II. — La nommée Weber, servante, âgée de vingt-deux ans, mit trois fois le feu. Sa maîtresse avait remarqué en elle de la tristesse. Des témoins établirent que cette fille avait éprouvé, deux ans auparavant, une maladie qu'accompagnaient de violents maux de tête, une circulation sanguine très agitée avec perte de connaissance et accès épileptiques; enfin que, depuis cette époque, la menstruation avait cessé. (Marc, Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1833, t. X, p. 435.)
Observation LXXX1V. — La femme Toussaint met le feu à une grange dans laquelle se trouvait une servante qu'elle disait avoir commerce avec son mari. Elle a déclaré au tribunal que : <■< Huit jours avant ce mallieur, elle avait éprouvé une perte de sang considérable et, à la suite, un ou deux jours de délire, que depuis ce temps sa tête était affaiblie, qu'elle avait eu des idées singulières, que l'idée de mettre le feu lui était venue, lorsqu'elle était couchée, qu'elle s'était levée et habillée et qu'elle était partie, en bas et en ebaussons, n'ayant plus la tête à elle. » Elle fut déclarée non coupable. (Gazette des Tribunaux, 23 lévrier 1831.)
Observation LXXXV. — D'un tempérament sanguin, Marie-Anne B..., a toujours joui d'une santé physique excellente, niais comme la menstruation se produit insuffisamment chez Hlr, elle a l'ba-
bitude de se faire saigner deux fois par an. A défaut de cette précaution, elle est prise de maux de tête, de bourdonnements d'oreilles et d'éblouissements. Elle a des antécédents héréditaires.
L'envie d'incendier s'était développée chez elle depuis que le l'eu du ciel avait brûlé la maison d'un voisin : « C'était pendant la nuit, dit-elle; j'ai entendu du bruit, j'ai vu le feu, j'ai eu une frayeur horrible; puis après, cela ne m'a plus rien fait; au contraire, quand tout a été éteint, j'aurais voulu voir encore les llammes. »
Or, à ce moment-là, elle avait ses règles depuis la veille; sous l'influence de l'émotion qu'elle éprouva, elles se supprimèrent pour ne revenir que trente-neuf jours après, et ce fut pendant cet intervalle que, poussée par une impulsion irrésistible, elle incendia plusieurs maisons. « Je suis comme les hommes quand ils sont ivres, disait-elle, ils demandent encore à boire; moi, j'ai vu du feu, cela m'adonne envie de tout brûler. » (Legrand du Saule, La folie devant les tribunaux, Paris, 1864, p. 463.)
Observation LXXXVI. — Femme de quarante-sept ans qui, en vingt-trois jours, alluma huit incendies. C'est à l'influence de la ménopause que le médecin de la localité rattache cet accès de pyromanie. (Archives de Neurologie, janvier 1887, p. 41 ).
Voir également les observations 26, 53, 216, 225.