INTRODUCTION XI
point n'est nécessaire ici de formules chimiques ou de microscope, et, si nos pères n'avaient pas la science que nous possédons aujourd'hui, ils avaient du moins une puissance d'observation et d'intuition supérieure à la nôtre : nous le reconnaissons tous les jours en découvrant dans leurs ouvrages les germes des plus beaux fleurons scientifiques de notre siècle. Après avoir entendu les maîtres, nous laisserons la parole aux faits ; leur éloquence ne sera pas moins convaincante. A dessein j'apporte peu d'observations personnelles ; ce n'est pas, en effet, dans un hôpital où les malades ne font que passer que l'on peut faire une pareille étude. C'est dans le monde, dans l'intérieur domestique et jusqu'au sein du foyer conjugal et de la famille qu'il m'aurait fallu pénétrer. J'y suis allé quelquefois et bien que j'aie observé de nombreux faits et obtenu des confidences soit de la part d'un mari, soit de la part d'une épouse ou d'une mère, je ne crois pas qu'il soit dans l'intérêt de mon travail de publier ces faits dont j'ai été le seul témoin et dont je ne puis établir aux yeux de mes juges l'authenticité ni la véracité. J'ai pensé que la preuve de ma thèse serait plus rigoureusement établie par des faits pris un peu partout, empruntés aux meilleurs auteurs et les plus dignes de foi ; ils n'en auront que plus de valeur et ne seront que l'expression plus générale et plus nette de la vérité que je défends.
J'ai consulté avec soin des aliénistes distingués, des
XII PSYCHOSES MENSTRUELLES
prêtres confesseurs et directeurs de couvents de femmes, des directrices de pensionnats et de refuges, des accoucheuses, des femmes du monde, en un mot, tous ceux qui, de près ou de loin, auraient pu me donner quelque renseignement intéressant mon sujet.
Je ne me suis pas contenté d'étudier l'ovulation chez la femme ; j'ai poussé mes investigations jusque chez les animaux, et, de l'étude comparative des phénomènes du rut et de la menstruation, je compte tirer de très sérieux arguments en faveur de mon travail.
Il y a un siècle à peine que le docte Cabanis, un Français de la Révolution, brisait avec la vieille Ecole, et, par ses immortels travaux sur Y influence réciproque du Physique et du Moral, jetait les véritables bases de l'anthropologie criminelle ; et, déjà, cette science s'est répandue par tout le monde, trouvant des défenseurs parmi les plus illustres jurisconsultes et médecins philosophes. Toutes les nations cependant ne se sont pas mises avec le même zèle au service de cette idée éminemment philanthropique ; c'est parmi les races latines, généralement plus sensibles, plus enthousiastes et plus passionnées pour le bien, en France et en Italie surtout, qu'elle a rencontré ses plus chauds partisans.
Influence réciproque du physique et du moral, idée toute neuve, inconnue aux siècles passés qui ne voyaient partout que Dieu et diable, appelée, je crois, à opérer toute une révolution dans le monde moral, et qui, sans