‹ La femme romaineChapitre 272 sur 313 · Tacite,: Ann · texte numérisé non relu

Tacite,: Ann

Le Sénat qui a fait ou qui fera frapper des médailles en l'honneur de l’impératrice !, le Sénat veut nommer la veuve d’Auguste « mère de l’empereur, mère de la patrie ». Tibère refuse. Il ne consent même pas à être officiellement appelé « le fils de Julia ». Il s'oppose à d’autres distinctions que l’on veut accorder à sa mère, et ne souffre même pas que la nouvelle Augusta ait un licteur ?.

Cependant Tibère garde encore des ménagements avec Livie. Il a besoin des conseils que peut seule lui donner la femme qui fut initiée à la politique d’Auguste. Il a besoin aussi de l’aide que ne lui refusera pas l’ancienne marâtre des jeunes Césars *. Comme Auguste, il subit donc l’ascendant de Livie, non pas, comme son prédécesseur, avec l’entrainement de l'affection, mais avec la haine que lui inspire un joug dont il ne peut cependant se passer.

Aux premiers temps de son règne, Tibère confie à Livie une mission diplomatique. Alors qu’il vivait disgrâcié à Rhodes, il eut à se plaindre d’Archélaüs,

1. Pour les médailles frappées en l'honneur de Livie sur bien des points de l’empire romain, voir Beulé, Tibère ef l'héritage d'Auguste; Panckoucke, Dissertations sur Tacite. Livie apparait sur ces médailles comme prêtresse d'Auguste, ou comme déesse de la justice, de la piété, du salut. Sur une monnaie de Smyrne, elle est nommée Junon; de l’autre côté de la médaille, est représentée Julie sous le titre d'Aphrodite. D'autres médailles nous montrent Livie avec Auguste ou avec Tibère,

… 2. Tacite, Ann., 1, 14; Suétone, Tibère, L. 3. Suétone, id., id. ; Beulé, Tibère et l'héritage d'Auguste.

roi de Cappadoce. L'empereur se souvient de ce grief de l’exilé. A son tour il veut humilier celui qui l’a humilié. Mais il faut pour cela que le roi de Cappadoce vienne à Rome; et c'est Augusta qui écrit au vieux Archélaüs pour l’attirer dans le piége que lui tend son fils *.

En général cependant, et lorsque l'intérêt de son ambition le lui permettait, Livie conseilla à Tibère la modération. Tant qu’elle vécut, le bien et le mal luttèrent dans l’âme profondément troublée de cet empereur. Pendant ce temps, il se montra souvent juste. La clémence même ne fut pas tout à fait exclue de sa politique. Livie qui, disait-on, avait donné autrefois à Auguste un mémorable conseil de générosité ?, Livie prouva qu’elle saurait encore, au besoin, émettre auprès de Tibère un semblable avis : elle ne souffrit pas que, sous le règne de son fils, l’on appliquât, à cause d’elle, la loi qui punissait les crimes de lèse-majesté, et qui ne protégeait que deux personnes, l'empereur et sa mère *.

Toutefois la prudence politique de l’impératrice l’abandonnaïit quand il s'agissait de soutenir une favorite. Ainsi un homme d’un caractère élevé, ayant cité en justice Urgulanie, amie d’Augusta, cette matrone se fit porter au palais impérial. Tibère

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