‹ La femme romaineChapitre 282 sur 313 · Tacite, Ann · texte numérisé non relu

Tacite, Ann

oreilles des rebelles. Ceux-ci quittent leurs tentes. Parmi ces femmes qui fuient sans suite, sans escorte, ils reconnaissent Agrippine, Agrippine, la petite-fille d'Auguste, Agrippine, la femme de Germanicus, Agrippine, l'épouse chaste et féconde qu'ils respectent et qu'ils aiment ! Et ce sont eux qui ont provoqué sa fuite, et c’est chez l'étranger qu'elle va chercher une protection contre eux! L’attendrissement, la jalousie, bouleversent leurs cœurs. Ils s’élancent vers Agrippine, arrêtent ses pas, lui demandent de ne pas les abandonner. Une partie des révoltés reste auprès d'elle ; l’autre se rend auprès de Germanicus. Tout entier à la douleur et à la colère dont le pénètre le sacrifice qu'il vient d'accomplir, le général dit aux rebelles qu'en éloignant sa femme et son enfant, il a voulu épargner aux légions un crime affreux : le meurtre de la petite-fille et de l’arrière-petit-fils d’Auguste. Les légionnaires sort aux pieds de Germanicus; ils implorent, avec leur pardon, le retour d'Agrippine et de son enfant. Germanicus permet que son fils lui soit ramené ; mais Agorippine allant devenir mère, il ne veut pas qu’elle s'expose à subir dans un camp les rigueurs de l'hiver ‘.

Plus tard nous retrouvons Agrippine au milieu des légions romaines. Pendant que Germanicus navigue avec une partie de ses troupes, sa femme est res-

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tée avec les légions qui suivent la route de terre. Soudain le bruit court que les Germains ont enve- Joppé l’armée et qu'ils s’'approchent des Gaules. La terreur accable lessoldats. Agrippine entend proposer la destruction du pont qui traverse le Rhin. Elle s'y oppose ; et, assumant l'autorité et la responsabilité d'un général en chef, elle demeure à la tête du pont, louant et remerciant les légions qui lui ont obéi et qui défilent devant elle. Agrippine ne se borne pas à passer les soldats en revue, à répandre aussi des largesses parmi eux : elle reste femme pour soigner les blessés, pour subvenir au dénuement des soldats malheureux.

Deux fois Agrippine a sauvé l'honneur des aigles romaines. Tibère lui en sera-t-il reconnaissant? Ah! pour ce prince timoré et cruel à la fois, quelle rage au contraire que de voir la petite-fille d’Auguste populaire et adorée! Des soldats révoltés que n'avait pu subjuguer le nom de l'empereur, ces soldats ont été vaincus par la douleur d’avoir fait fuir Agrippine! C’est encore l’ascendant d’Agrippine qui vient d’empêcher les légions romaines de flétrir leurs étendards ; elle est plus que la femme de leur chef : elle est leur général !! |

Nous nous souvenons qu'après le triomphe de Germanicus à Rome, le jeune vainqueur reçut le

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