Suétone, Octave Auguste, c
on
Des cinq enfants que la première Julie avait mis au monde, il ne restait plus qu'Agrippine.
Cette dernière petite-fille d'Auguste n’avait pas, comme sa sœur Julie, sucé le poison des vices maternels. L'orgueil de la fille des Césars avait seul passé en elle. Cette chaste et fière créature traversa une époque de corruption et d’abaissement moral ‘sans qu'une souillure l’atteignit, sans que la tempête qui s’acharnait contre elle courbât sa tête altière. Comme le chêne inflexible, elle fut renversée sans avoir vlié.
Auguste lui fit donner l'éducation élevée et sévère
qui avait si mal profité aux deux Julie, mais qui produisit en elle des fruits salutaires.
Agrippine était spirituelle comme la princesse à qui elle devait le jour. Suétone nous apprend qu’Auguste lui écrivit une lettre dans laquelle il louait son esprit, tout en la prémunissant contre cette recherche de langage et de Aioek si opposée à la simplicité antique !.
Agrippine était belle. Un buste qui la représente ? nous donne l’idée d’un type caractérisé, rayonnant d'intelligence, et d'où la fermeté n’exclut pas la dou-
ceur. La célèbre statue du Capitole donne à Agrip-
pine quelque chose de plus viril, de trop viril même; mais cette accentuation des traits, cette puissante
1. Suétone, Octave Auguste, LX1V, LXXI1I, LXXXVI. 2. Au musée du Louvre, salle des empereurs romains.
expression du visage, révèlent mieux l’énergique et fougueuse nature de l'héroïne #.
Auguste fit épouser à cette princesse Germanicus, le digne fils de Drusus. Elle comprit le noble caractère du jeune héros, et aima son mari avec toute la passion que peut éprouver un cœur ardent. Sa tendresse conjugale, sa pureté, dirigeaient vers le bien l’impétuosité de son caractère ?.
Après la mort d'Auguste, les légions de Pannonie s'étant révoltées, et Germanicus s'étant rendu au milieu d'elles pour les calmer, Agrippine suivit son époux. Elle portait un enfant dans ses bras, elle allait en mettre un autre au monde. Mais la révolte devenant plus menaçante, les amis de Germanicus exhortèrent celui-ci à renvoyer sa femme et son fils. Le général hésita longtemps. La courageuse Agrippine ne balançait pas, elle! En restant au lieu du péril, elle voulait témoigner qu’elle n'avait point dégénéré de la race d’Auguste. Mais Germanicus prit enfin la résolution de faire partir sa compagne et son enfant : ce ne fut pas sans les serrer bien des fois contre son cœur en versant des larmes. | - Agrippine ne partait pas seule. D’autres épouses quittaient avec elle le. camp où résidaient leurs maris. < | Les gémissements des fugitives parviennent aux