Suétone, Claude, 11, x
pentumle char triomphal dé son époux, se plaisait à .
quitter pour un infâme repaire-le palais des! Césars.
Mais ïl ne lui suffit pas de donner pour rivaux à:
l’empereur les moindres de'ses sujets : lui vivant, elle se remarie sans même lui avoir signifié la répu-
diation; Moins entraînée par la passion de l'amour! que:par l’attraitinouveau d’un crime sans'exemple, : Messaline. épousé Silius, le: plus beau des Romains.
La cérémonie matrimoniale s’accomplit suivant les
rites,/la dot est comptée devant les augures, la fête: nuptiale estbrillante. Lorsquel’empereur est instruit : dece fait mouï, il'estsaisi de terreur :ilcraint d’avoir :
été remplacé aussi bien comme empereur que comme
mari ; et Claude se réfugie dans le camp des préto2: riens. Puis il revient à Rome. Messaline préside à”
une bacchanale célébrée dans son palais. Informée
du retour de l’empereur, elle se:sauve dans lesijars:
dins de Lueullus: Cependant elle ne déséspère pas
de sa cause : elle n'ignore: pas/quel est son empire: sur le faible Claude, et.elle le juge assez insensé
pour-qu'en:la révoyant il'oublié tout, hors l'amour
qu’elle lui a inspiré. Elle va: donc au-devant de luis:
L'impératrice ne trouve d'autre voiture qu'un de ces tombereaux qui enlèvent la boue : digne char de la souveraine qui-ne vivait que dans la fange!:
Le tombereau rencontre la voiture de l'empereur. Messaline crie au prince qu’elle est la mere de ses enfants, qu'il ne doit pas la condamner sans l'avoir
sie
entendue. Peut-être Claude qui, pendant le traj et, a parlé-dé la coupable tantôt avec indignation, tantôt avec attendrissement, | peut-être: Claude! se: laisserait-il toucher ; mais l’affranchi Narcisse est‘auprès de:lui,:et Narcisserést devénu l'ennemi de: Messaline. Plushaüt qu'elleencore, illélèvela voix pour rappeler à Fémpereur:la scène: scandaleuse qui a rendu lim: pératricebigame: Mais la voix $éule de l’affranchi couvre:la voix Ide:la jéuné:femme :: Claude qui ne peutplus entendre l'impératrice, peut encoré lavoir, et fléchir devant sa béauté. Pour occuper les yeux du prince, Narcisse lui fait liresun mémoire où sont consignés les: débordements de Messaline.:L'empereurlit, daivoiture-roulelvers Rome : Messaline est vaine onilse2oM octo 8:
C'est'aussi- Narcisse qui renvoie! les intercesseurs queda-coupable a députés! vers-son: mari ; ses petits enfants, Octavie-et Britannicus;-et cette souveraine puissanceu la grande Vestale. Claude!se taisait tou- JOWNSS2nL Sos sou: fa’ .ta:.abrrs |
Silius let-les autres complices:de Messaline;sont punis-de mort. L’impératrice est retournée dans les jardins de, Lucullus. Elle ;espère encore,etnon:sans raison! L'empereur, quis’est mis à table plus tôt que de coutume,.est disposé à l’attendrissement par le vin etla bonne chère; il ordonne que l’on fasse venir «cette pauvre femme ». Narcisse comprend que les roles vont être intervertis; et que, d’accusateur, il
ADD 4 NESSADINe
va devenir accusé. Il quitte précipitamment l'empereur ; ét, au nom de son maître; donne aux soldats dé garde l'ordre d'aller tuer Mesgsaline. 1 ?! 1° 201 Toujours dans les jardins de Luctillus l'impératrice, étendue à terre, a perdu touté espérance. Pleurant et gémissant, elle ne veut pas mourir. “Lépidé, sa mère, autrefois outragée par elle, est révenue près d elle à ce moment d'éxpiation Suprême: Lui’ présen.. tantune épée, Lépida la sollicite én vain de dévaricer la Séntence de Son juge! C’est alors qué paraissent les exécuteurs. Messaline, sentant qu'elle ‘ést’/perdué, s’arme du fer? maïs éllé né peut que l’approcher de son sein; ellél n'a pas lé! courage de S'en’ frapper, ét c'est Sous l épéé du pa dés soldats" a RAS trice tombe inorte. : sde 19 OF Messaline atteinte du châtiment suprême däns lés jardins de Lücullus, ‘ces jardins achétés par’elle au prix d’un exécrablé forfait, ah !'c'était là une juste punition! du ciel‘! Un jour; au temps de sa puissanée, elle Convoitait ces célèbres ombragés!: Mais Asiatieus lés possédait. Lé propriétaire de ces/jardins fut'accusé d'un crime imaginaire. Il se défendit devant l’emperéur avec la noblesse d’un patricienétla loyauté d'un soldat ; et l'impératrice, qui était présente à cet entretien, fut émue jusqu'aux larmes! Elle se rétira pour cacher son trouble; et tandis qu'elle essuyait ses pleurs, elle parla à Vitellius; cét indigne courtisan qui, une fois, lui ayant demandé comme une fa-
MESSALINE à 461
veur insigne la grâce de la déchausser, Lui. avait ravi un mignon. soulier, le: gardait. entre sa tunique et sa toge, et le portait de temps en temps. à ses lèvres !
Pour tramer la perte d'Asiaticus, Vitellius était le EE de Messaline, Que lui dit-elle, alors, que. ses yeux;étaient, encore, humides. de l'émotion que lui avait fait éprouver. Agiatious? Bien certainement elle luiavouait qu'elle xenonçait,à poursuivre. ce noble RE Non. Tout en s'attendrissant sur l’homme qu’elle persécutait, elle de . à Vitellius de ne pas. le laisser échapperi. 1:21 |
: Ge fut,ainsi que Messaline acquit, avec lé is ane le lieu,de son propre SUPpice.. his :
On. annonça, simplement, à: Claude: que l’impéra-
trice était morte. Il ne demanda pas comment. Il se fit verser à boire et acheva son repas... 1
« Cette, äinsensibilité. ne se démenti. point Les. jours un Toutefois, quelque,temps après, en.se mettant à table, Claude eut. une, distraction qui lui, fit demander «pourquoi; madame. ne venait pas ? natle
-Ce;n'était qu'au gré.de ses brutales passions, que
:Messaline se servaitide l'empire qu'elle.exerçait sur Claude. Lui imposaitrelle dessarrêts de proseription, c'était pour satisfaire les. haïnes aveugles, que, lui nspirait ou:la jalontigs ou l'amour déçu, ou.la cupi- AR Tacite, Anh. ST, GE 2, YuAS, 26- 38; HA Claude, xvu,
de “Vitellius, un; En Vif . Cur domina non veniret. Suétone, Claude, XXXIX:
dité, ou l'aspectde la'vertu, ce reproché muet! Nulle ligne politique dans sa conduite. Messaline va où la mène cette nature bestiale que révèle si bien la statue du Louvre ‘. Aucune lueur d'intelligence n’éclaire la beauté seulement: plastique du ‘visage.'Quelque chose de bas et de méchant se lit dans'la .physionomie; le regard'est celui de la bête fauve -convoitant sa proié et semblant menacer ceux qui ne lui'permeéttraient-pas de lasaisir: | EE
Telle rne:serà pas la femme qui va prendre la place de l'épouse châtiée. | Certes, Agrippine- qui porter le même: nom que la veuve: de Germanicus, sa mêre!?, Agrippine n'a point recu en partage l'inviolablé pureté de cette grande matrone; ellé n’a hérité qué de l’orgubil et de la violence: qui perdirent la première Agrippinestet selle y joint l'astuce de Livié, sa bisaïeule: paternelle,: elle possède malheureusement aussi la dépravation de son taïeule maternelle} Julie: Mais, à la’ différence de’ Messaline; Agrippine est mesurée dans ses: débordements; le vice n'est pour elle qu’un moyen d’assouvir son ambition. politique. Pour'dominer, l'orgueilleuse fille des Césars se donne à tun'affranchi de Claude, Las tout-puissant Pallas ? ;
1 Salle empereurs romains. m0
2, Sous les empereurs romains, les SŒUrS, au lieu d’être toujours distinguées l’une de l'autre par un adjectif ordinal (voir plus haut, page 28), recevaient quelquefois des noms : DAMES
. Clarac, Antiques du musée du Louvre.
. Tacite, Ann." x1, 25:
lle prodigue ses séductions à Claude, son oncle, et . contracte avec lui une alliance matrimoniale que. les -Romainsconsidèrentcomme incestueuse!. Mais qu’im- “portait à cette femme qui, corrompue dès sa jeunesse; ainsi. que sa sœur, par son propre frère, l'horrible Caligula, allait, dans son âge mûr, corrompre son propre fils, Néron, pour tenter de raflermir sa domination chancelante ! C’est avec une profonde répulsion que la plume se prête à retracer de si exécrables actions ; mais, pour bien comprendre l'immense bienfait du christianisme, n'est-il pas nécessaire: d'indiquer, ne füt-ce que par un geste de souverain mépris, la dégradation de cette société qu'allait régénérer la foi de l'Évangile 2: | Après qu'Agrippine fut devenue la! femmé de l’em- pereur, l’on eût pu croire qu’une nouvelle: Livie venait de prendre les rênes du pouvoir. Avec la brutale Messaline, tout gouvernement était impossible. Si l'on nous permettait d'employer une vieille métaphore, nous dirions que le vaisseau de l'État allait à la dérive, sans autre direction que celle que: lui imprimaient ces flots aveugles : les passions de Messaline! Messaline était la mer orageuse qui secouait le navire. Agrippine fut le pilote dont la main vigoureuse saisit le gouvernail. «Son joug fut grave et
1. Tacite, Ann, x, 1-8 ; Suétone, Claude, xxvi, xxxix. Un décret du Sénat autorisa, à cette occasion, le mariage des nièces avec leurs oncles paternels, Tacite,. xu, 7; Suétone, Claude, xxv1.
presque viril ',» nous dit Tacite. Le peuple romain retrouvait quelque dignité dans l'obéissance que lui imposait, non sans hauteur cependant, la fille de Germanicus, la femme qui lui avait inspiré une sympathique pitié alors que, revenue de l'exil auquel l'avait condamnée Caligula, elle s'était trouvée exposée à la haine de Messaline 2.
Mais pour que la nouvelle impératrice eût pu reprendre le rôle de Livie, elle aurait dû, comme sa bisaïeule, se posséder elle-même, et cet empire lui manqua trop souvent. Son enfance, son adolescence, furent trop agitées pour que la fougueuse nature | qu'elle avait reçue de sa mère eût pu être contenue. Née dans cette Germanie où son père et sa mère étaient obéis comme des souverains et adorés comme des dieux, elle se trouvait, à l’âge de deux ans, parmi les cinq enfants de Germanicus que le doux héros avait placés sur le char triomphal qui le ramenait à Rome. L'année suivante.elle perdait son père. Elle grandit au souffle orageux des luttes que la veuve de Germanicus soutenait contre Tibère, et qui eurent pour résultats l'exil et la mort de la première Agrippine et de deux de ses fils.
La seconde Agrippine garda toujours l'empreinte des influences sous lesquelles elle était entrée dans
1. …. adductum et quasi virile servitium, Tacite, Ann.,xn, 1. 2. Id., id., id., id., et plus haut, x1, 12.
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