‹ La femme romaineChapitre 307 sur 313 · PRINCESSES DES TEMPS POSTÉRIEURS · texte numérisé non relu

PRINCESSES DES TEMPS POSTÉRIEURS

ment cherché dans le néo-stoïcisme? Une Plotine, associée aux grands desseins de Trajan, et lui choisissant un successeur dans Adrien ‘, nous dédommacerait-elle suffisamment d’avoir trouvé dans les deux Faustine de nouvelles Messaline, mais des Messaline admises après leur mort à la gloire de l’apothéose; des Messaline en l'honneur desquelles furent instituées des Vierges faustiniennes ??

Avec les empereurs d’origine syrienne, sortironsnous de l’élément romain, si toutefois celui-ci existe encore, et parlerons-nous des femmes quijouentalors un rôle considérable ? Une Julia Domna, mère aussi malheureuse que tendre; une Julia Mœsa et une Julia Mammæa*, qui règnent sous le nom d'Alexandre Sévère, fils de celle-ci, petit-fils de celle-là, et qui, malgré l'ambition de l’une et l'avarice de l’autre, ont l'honneur de former un prince vertueux, toutes ces mères nous feront-elles oublier que la digne mère d'Héliogabale, Julia Sæmis, plus honorée encore que la seconde Agrippine, pénètre dans l'enceinte du Sénat, signe comme témoin le sénatus-consulte

1. Spartien, Adrien, 2-4, ete. Signalons, au musée du Louvre, la belle tête rapportée qui surmonte la statue de Plotine. Cette figure de femme âgée est le type d’un homme d'État et le type d’un penseur.

2. Voir J. Capitolin, Antonin le Pieux, in, vin; Marc Antonin, XIX, XXVI.

3. Suivant une tradition, Julia Mammæa aurait entendu les leçons d’Origène. A. de Broglie, l'Église et l'Empire romain au ive siècle.

rendu en sa présence, et paie un jour de sa vie l’outrage qu’elle a infligé à ce qui reste du nom romain ‘2

En vain continuerions-nous de feuilleter les annales paiennes, nous n’y retrouverions plus la grande et simple apparition que nous avons évoquée au début de cet ouvrage : la femme gardienne du feu sacré, soit que, Vestale, elle veille au foyer national, soitque, vierge ou matrone, elle veille au foyer domestique.

C'est que ce feu sacré qui, aux temps primitifs, rappelait l’inviolable pureté de la Vestale, l’innocence de la jeune fille, la fidélité de l'épouse, le dévouement de la mère, et enfin le patriotisme de la Romaine, ce feu sacré n’était que la lointaine image de cette flamme divine qui guida l'humanité naissante,

La vie de sacrifice exigée de la Vestale, l’austère existence imposée à la jeune fille et a la matrone, n'auraient pu subsister à travers les siècles qu'en provenant directement de cette vraie foi qui seule est éternelle, et seule aussi fait participer à son éternité les vertus qu’elle enfante. Privées de ce principe de vie, les anciennes vertus romaines ne pouvaient que disparaître. Ce que fut la dégration de la Vestale, ce que fut la corruption de la jeune fille et de la matrone, l’histoire nous l’a révélé.

1. Voir Lampride, Héliogabale, w, ete. C'est cette même femme qui présida le Sénat féminin institué par son fils. Voir plus haut, page 341.

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Mais, au sein même de cette Rome déchue, une autre Rome naîtets’élève, non pasau milieu des splen- . deurs officielles de la ville impériale, mais dans les artères souterraines que s’est creusées la Rome nouvelle : c’est la Rome des catacombes, c’estla Rome chrétienne ! Là, dans ces silencieuses galeries; nous trouvons ce refuge moral que nous cherchions wainement ailleurs. La brûle ce vrai feu sacré vers. lequel notre pensée se reportait au début de notre livre; le seul feu sacré qui inspire à la vierge la force de renoncer aux douces espérances du mariage.et de la maternité; le seul feu sacré qui jette un reflet divin sur les tendresses de la famille et leur donne la durée de l'éternité; le seul feu sacré qui, tout en vivifiant le culte du sol natal, remplisse l'âme de ces deux sentiments inconnus à l’antiquité païenne : Famour du Dieu unique, éternel, l’ardeur de la charité ! Ce feu sacré anime d’une telle énergie les cœurs'où il pénètre, que non-seulement la femme court d’ellemême à d'affreuses tortures plutôt que de le laisser s'éteindre; mais qu'elle aime mieux assister au supplice de ses enfants que de leur voir perdre la flamme divine! Ce feu sacré n'existe pas sous une forme matérielle : c’est l'Esprit saint! Il ne brûle pas seulement dans le temps: il brûle dans l'éternité. Le feu sacré de la Rome païenne, ce feu que l’on disait perpétuel, ce feu s’est éteint, parce qu'une main humaine l’avait allumé; le feu sacré de la Rome chrétienne

vivra toujours, car il est d'essence divine : c’est le seul feu perpétuel! Après plus de dix-huit siècles, ne le voyons-nous pas, dans son action la plus haute, la plus immédiate, départir à un grand et saint Pontife la même lumière céleste qu’il donnait à saint Pierre et à ses successeurs pour éclairer les nations : la même force dont il les remplissait pour soutenir, au milieu des persécutions, les droits de la Rome chrétienne! |

Mais pour que cet Esprit de vérité et d'amour püût descendre et rester dans l’ancienne Rome, il avait fallu que le Verbe fait chair eût racheté de son sang et éclairé de sa doctrine cette humanité qui avait agrandi, par les crimes de chaque peuple, l'étendue de la tache originelle. Il avait fallu que l’Église de Jésus-Christ instruisit Les nations, les purifiât par la pénitence, les lavât dans les eaux régénératrices du baptême, les nourrit du Dieu de l’Eucharistie, les sanctifiat enfin par tous ses sacrements.

En sauvant le monde, le Dieu qui s'était incarné dans le sein de la Vierge conçue sans péché avait aussi relevé la femme de son antique déchéance. Dans la Rome païenne, la femme ne s'était souvent dérobée que par une folle émancipation aux entraves que lui avait imposées le droit quiritaire'. Elle n'avait souvent échappé au joug de la loi que pour

{. Comte Franz de Champagny, les Césars, ouvrage cité.

tomber sous lé joug plus tyrannique de ses passions déchaînéés. En affranchissant sôn âme dela servitude du péché, l'Église de Jésus-Christ la rend digne de la liberté qw’ellé lui donne-et des droits sacrés qu’elle lui confère. Là femme chrétienne voit disparaître les dérnières traces de cette perpétuelle minorité à laquelle l’assujettissait la loi. Elle obtient enfin cé droit dont elle n'avait jamais joui, même à l'heure de ses plus enivrants triomphes : la tutelle de ses enfants. À :

Il ne convient pas de décrire dans un simple épilogue le rôle considérable que remplit là fèmme dans la Rome chrétienne, la vraie Rome éternelle. Avec la Romaine du paganisme, nous quittons les temps anciens. Avec la Romaine du christianisme, rous entrerions dans les temps nouveaux. Mais s’il plaïtà Dieu que nous achevions nos études sur la femme, cé sont les martyres romaines et les pieuses disciples des Pères de l'Église latine qui nous conduiront à la femme française, cette admirable personnification de la femme chrétienne !

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