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3, Tacite, Ann., x1v, 22,

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veillante attention du bourreau couronné. Et Néron attend.

Un affranchi se trouve qui dépose contre Antistius, son ancien maître. Alors Pollutia, immolant à son amour filial le long ressentiment de son veuvage, Pollutia va de Formies à Naples pour implorer le tyran qui lui a ravi son époux. L'accès de la demeure impériale lui étant interdit, elle poursuit le prince dans les lieux où il passe, et lui apparaît tour à tour éplorée et menaçante, le suppliant ou le maudissant ‘. Mais l’accent de la piété filiale peut-il émouvoir le cœur d’un parricide? Néron demeure inflexible, et Pollutia vient annoncer à son père qu'il faut « renoncer à l'espérance et se soumettre à la nécessité ?». Antistius a compris; et le dénouement de cette tragédie domestique nous montre Antistius, Sextia, Pollutia, qui, après s'être ouvert les veines, se sont fait porter dans des baignoires où ils attendent la mort « en contemplant, le père, sa fille; la grand'mère, sa petite-fille; et celle-ci, l’un et l’autre *; » tandis que chacun des trois demande au ciel une grâce suprême : celle d’expirer avant les deux autres! Mais, suivant « l’ordre de la nature », la mort prend d'abord l’aïeule, puis le père, et enfin la

1. Tacite, Ann., xvi, 10, et plus haut, x1v, 59. Sr abjicere spem et uti necessitate. Id., 2d., xvi, 11.

3. .… . pater filiam, avia neptem, illa utrosque intuens.. Id., id., id., id.

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fille. Nulle amertume n’a été épargnée à Pollutia; ct, pendant son agonie même, la veuve s’est vue deux fois orpheline.

Antistius, sa belle-mère et sa fille ont échappé au tyran; mais si leurs Âmes ne sont plus en sa puissance, leurs corps lui appartiennent, et sont condamnés au supplice! Toutefois Néron veut se montrer bon prince ; et n’épargnant même pas à la majesté de la mort l'ironie satanique, il permet que ces trois cadavres choisissent eux-mêmes le genre de leur trépas…

Quelque solennelle et touchante que puisse être la scène qui mit fin à ces trois nobles existences, n’oublions pas que ce dénouement est encore un suicide. C'est là une tache qui n’obscurcit point l'image de Servilie. Comme Pollutia, Servilie a vu son mari exilé ; mais du moins elle n’a pas eu à pleurer la mort de celui-ci; elle n’a pas assisté aux horribles spectacles qui ont à jamais assombri de leur voile ensanglanté l'imagination de Pollutia. Ayant moins souffert, elle est restée plus douce envers la vie; et cependant, elle aussi, elle comparaît devant le Sénat qui va juger son père, accusé en même temps que Thraséas.

Éloignés l’un de l’autre, le père et la fille sont devant le tribunal des consuls.

L’accusateur va nous faire savoir quel est le crime dont Servilie est inculpée : il lui demande si

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elle.a vendu ses parures de noces et son collier, afin de pouvoir consulter et payer des devins?

Étendue à terre, la jeune femme ne répond d’abord que par ses larmes et par son silence. Longtemps elle demeure dans cette attitude; puis elle embrasse les autels, et avec la candeur et la touchante naïveté de ses vingt ans,-elle proteste que jamais elle n’a invoqué des dieux impies que pour obtenir que le prince et le Sénat lui conservassent son malheureux père. « De même que j'ai donné mes pierreries et mes vêtements, et les insignes de ma dignité; de même j'eusse donné mon sang et ma vie s’ils m’eussent été demandés! Quel est le nom de ces devins inconnus de moi jusqu’à présent; quels arts ils exercent, c’est leur affaire. Jamais nulle mention du prince ne m'a été faite, sinon (en le plaçant) parmi les dieux. Cependant mon infortuné père l’ignorait ; et s’il y a crime, seule j'ai péché !! »

Elle n’a pas achevé ces paroles, et son père, son pére qu’elle n’osait regarder tant elle redoutait d'avoir, par son imprudence, aggravé la situation du vieillard, son père l’interrompt. Attestant l'innocence de cette jeune femme qui, par son âge, n'aurait pu prendre part au complot dont il est accusé, Soranus s'offre, lui seul, à la persécution de ses ennemis.

Alors, ni la présence de l’empereur, ni la réunion

1. Sic gemmas et vestes et dignitatis insignia dedi, etc. Tacite, Arin SAND a

Ra,

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du Sénat, ni l'appareil d'un tribunal, ne peuvent comprimer l’élan qui précipite le père et la fille dans les bras l’un de l’autre; mais les licteéurs les retiennent... Toutefois leur séparation ne sera pas longue, et la mort va les réunir. Condamnés tous deux, ils ont la liberté de choisir le supplice qu'ils préféreront :. Ici du moins, cette faculté n’est pas dérisoirement accordée à des cadavres.

Ainsi que nous le disions dans un chapitre précédent, les types de Pollutia et de Servilie vengent dignement l'humanité, sous le règne d’un parricide. Mais quel temps que celui où le crime a de longs triomphes, et où la vertu ne sait que se cacher dans la tombe!

Parricide, époux de l'indigne Poppée, meurtrier de ses deux femmes, corrupteur et bourreau de son peuple, persécuteur du christianisme dont nous allons bientôt saluer la divine aurore, Néron subit son châtiment. La révolte des Gaules lui fut annoncée au jour annivezsaire de la mort d'Agrippine; et quand, pour échapper à ses ennemis, il se frappa lui-même, c'était le jour d’un autre anniversaire : celui de la mort d'Octavie *. |

Irons-nous plus loin? Continuerons-nous cette étude désolante? La suite des annales romaines nous offrira-t-elle ce refuge moral que nous avons vaine-

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