LA PUDICITÉ PATRICIENNE
plus redoutables. La sévère pureté de la matrone la protégeait plus sûrement que le tribunal domestique ; et nous verrons bientôt que l'épouse sacrifia sa vie même à son honneur.
La Pudicité, cette vigilante gardienne de la ma-
trone, la Pudicité recevait de celle-ci des honneurs
particuliers. Sous le nom de Pudicité patricienne, elle avait naguère une chapelle à Rome. Pour qu’une femme y fût admise, il fallait qu'elle n’eût été mariée qu’une fois, et qu’elle joignît à la chasteté des mœurs la pureté d'un sang aristocratique. La matrone plébéienne n’y était pas admise. L’an 296 avant Jésus- Christ, pendant des supplications publiques qu'avait ordonnées le Sénat, une femme se vit repousser de cette chapelle. Cependant cette femme était pure, et le sang des vieilles races coulait dans ses veines; mais elle était mariée au consul plébéien Volumnius, et, suivant les matrones nobles, c'était là une mésalliance qui la rendait indigne de pénétrer dans l’enceinte consacrée à la Pudicité patricienne.
Une vive querelle suivit l’affront que reçut Virginie. La noble femme protestait qu’elle avait eu le droit d'entrer dans la chapelle, N’était-elle pas née comte de Champagny, les Césars. — Lorsque la matrone était appelée en justice par l’un de ses concitoyens, les rudes formalités du vieux droit romain s’adoucissaient en sa faveur, et son
adversaire ne pouvait porter la main sur elle pour la conduire devant les juges. Valère Maxime, I, 1, 5.