LA MÈRE
gile, et qui, devenue matrone, est considérée-1par Tite-Live comme une femme d’un grand caractère. Avec une autorité qu'elle sait, faire respecter elle exerce la régence. à. Lavinium, ville, àrlaquelle son époux a donnéson, nom, Devenu majeur, Ascagne, son fils ou son. beau-fils, la laisse régner à Lavinium, et.va fonder Albe:la-Longuef.
Certes, elles eussent été dignes-de tous les droits maternels, ces femmes.qui n'avaient pas seulement mis. des enfants au monde, mais qui les avaient nourris; et. de leur lait, et de leurs vertus; ces femmes qui avaient, donné, à.la' patrie, dans leurs fils, de grands citoyens, dans leurs filles, de chastes matrones;, ces femmes qui tiraient leur principale gloire de leur dévouement maternel joint à leur vigilance domestique ?.
Les droits mêmes que la loi lui refusait et que:la nature lui.donnait cependant, la mère savait les revendiquer. Souvenons-nous de cette femme de: l’antique Latium, cette Amata que Virgile a dépeinte avec un si énergique relief. C’est elle qui choisit l'époux de sa fille; c'est elle qui s'oppose à ce que
1, Tite-Live, 1, 3.
- 2. Voir Tacite, Dialogue sur les oraleurs, xxvin. Le Même historien nous dit qu'autrefois la mère était aidée dans sà mission éducatrice par quelque parente vertueuse et âgée qui présidait aux travaux et aux jeux des enfants, et dont la présence seule imprimait aux divertissements mêmes de la jeunesse un caractère de pieuse retenue.
Lavinie épouse un étranger. Elle chérit Turnus, le fiancé que, dans son cœur, elle a donné à sa fille; et d'ailleurs elle ne veut pas que cet Énée, ce Troyen, puisseiun jour lui ravir son enfant et l'entrainer audelà des mers: C’est la douleur qui parle d’abord en elle;.et ce n'est que par ses larmes qu’elle essaie d’abord de fléchir son époux. Mais quand celui-ci lui résiste, son désespoir devient de la fureur. Comme
Ja lionne qui emporte ses petits, elle prend sa fille,
la cache dans les forêts qui couvrent les montagnes. Ici, par un anachronisme, Virgile place dans l’antique Latium ces Bacchanales qui ne s’introduisirent à Rome que tres-tard, et il livre Amata à tous les transports des Bacchantes. N'importe, ne nous arrétons pas à ces libertés de la poésie, et ne nous occupons que de la vérité avec laquelle Virgile a su faire protester cette reine et cette mère contre l'atteinte que reçoit son autorité maternelle. Amata insuffle sa rage à toutes les matrones latines, et c'est devant celles-ci qu’elle en appelle au droët des mères '. La reine est l’âme de la lutte guerrière que les Latins soutiennent contre les Troyens, et dont Lavinie est l'enjeu. Mais quand les revers accablent ses sujets et leurs alliés, quand Turnus va proposer à Énée ce duel qui décidera du sort de Lavinie, ce ne sont plus les transports de la colère qui animent ia souve-