LE TUTEUR DE LA VEUVE
la manus, demeurant, après son veuvage, sous la puissance de son père ou la tutelle de ses agnats, ce n’était que sous le régime de la manus que l'époux avait Je droit de donner à l’épouse un tuteur testamentaire, soit qu'il le lui désignât, soit qu’il lui permît de le choisir elle-même une fois ou plus. Si l’époux avait négligé cette formalité, la veuve tombait sous la tutelle des agnats de son mari. Ce dernier avait-il laissé des enfants, ceux-ci devenaient les tuteurs naturels de leur mère ou de leur belle-mère; mais les Romains comprirent ce qu'une pareille situation aurait eu d'humiliant pour la dignité maternelle; ils permirent donc à la mère de demander un tuteur aux magistrats Fe
Ainsi, à Rome, la veuve n'était pas contrainte, comme chez les Hindous et les Grecs, à subir le pouvoir de son fils. Loin de là. Elle exerçait sur le mineur, non sans doute une tutelle juridique, mais une surveillance dont la légitimité était reconnue par. l’opinion?. Un passage de Tite-Live prouve même que, dans le vieux droit du Latium, la tutelle de la mère pouvait être exercée dans sa plus haute expression, la régence. L’historien nous apprend que Lavinie fut investie de ces fonctions, Lavinie, la timide jeune fille que nous a fait connaître Vir-
1. Gaïus, Insti£., 1, 148-154: George Long, lT'estamentum (Smith's
Dictionary).
2 Horace, Epitres, E, 1, 21, 22.