SCENE II
M. FÉLIAT, ptds LUCIENNE, et THERESE. Seul, M. Frliat va vers la porte et regarde du côté où madame Nérisse avait remarqué Maud et Nadia. Après un moment il donne des signes d'agitation.
MONSIEUR FÉLIAT, scaudalisc.
Oh! c'est à ne pas croire... Oh! oh! c'est à ne pas croire ses yeux... Je vais tousser pour les prévenir qu'on les voit... Hum !... Elles m'ont vu... Elles me font un petit bonjour de la main... Et elles continuent !
{Lucienne et Thérèse, en costume de ville, entrent et remarquent le manège de M. Fèliat.)
THÉRÈSE, bas.
Qu'est-ce qu'il a?
LUCIENNE
Qu'est-ce qui le met dans cet état?
[Elles veulent voir ce qui cause son émoi, et s'approchent. Il les ^entend, et se retourne.)
MONSIEUR FÉLIAT
C'est inouï!
THÉRÈSE
Vous paraissez agité... Qu'y a-t-il donc?
MONSIEUR FÉLIAT
Ce sont ces jeunes filles, dont la conduite avec ces jeunes gens est vraiment scandaleuse.
LUCIENNE
Voyons...
MONSIEUR FÉLIAT
Ne regardez pas... [Se reprenant, à mi-voix.) Oh! il est vrai...
THÉRÈSE, riant.
Il est vrai...
MONSIEUR FÉLIAT
Rien.
Vous VOUS dites : elles en font autant;
MONSIEUR FÉLIAT
Non! Non! Pas autant.
LUCIENNE
Ou ])rosque... {Dènégalion de M. Fciial.) Si!... Si... J'ai bien vu votre regard hier, à la fin de la répétition... Vous m'avez vue flirter et vous avez immédiatement imaginé des choses très vilaines. Le flirt n'est pas ce que vous pensez. Quand nous flirtons, nous jouons à l'amour avec des petits jeunes gens, comme autrefois nous jouions à la maternité avec nos poupées.
MONSIEUr. FÉLIAT
Cela ne justifie pas...
THÉRÈSE
Vous allez comprendre. On nous gâte tellement lorsque nous sommes enfants, on nous garde si jalousement aussi, que nous devinons qu'il y a en nous des forces redoutables et charmantes. Le flirt, c'est l'essai de ces forces-là.
LUCIENNE
Nous essayons nos armes.
THÉRÈSE
Mais les épécs sont mouchetées et les pistolets chargés à i)Oudre seulement.
C'est très amusani et ça ne fait de mal à personne.
TIIEHESK
Monsieur Féliat, vous nve^ lu des mauvais livres. Aujourd'hui, parmi les jeunes filles, il n'y aplùs d'oies hianches ni do demi-vierges. Nous sommes d'honnêtes petites personnes très froides et très réfléchies, cl en même temps très loyales et très gaies.
MONSIEUll FÉLIAT
J'en suis convaincu. Mais voulez-vous permettre à mon expérience...
THÉRÈSE
C'est que l'expérience, à nos yeux...
LUCIENNE
Oui, l'expérience...
TIIÉP.ÈSE
Vous avez de l'expérience : cela veut dire que vous connaissez le passé mieux que nous. Mais nous, nous connaissons mieux le présent.
MONSIEUR FÉLIAT
Je pense que ces jeunes personnes jouent là un jeu dangereux.
THÉRÈSE
Soyez sans inquiétude sur leur compte.