SCENE V MONSIEUR FÉLIAT, THÉRÈSE
MONSIEUR FiaiAT
Mon enfant... je ne suis, vous le savez, que l'oncle par alliance de René, ce n'est donc pas en mon nom que je vous i)arlo, c'osL au nom de ses ])arents.
TllÉUKSE
N'en dites pas davantage, monsieur Féliat. Je comprends. Je lui rends sa parole... Je lui écrirai dès ce soir.
MONSIEUK FÉLIAT
Ma belle-sœur et son mari regrettent infiniment.
THÉRÈSE
Je vous remercie.
MONSIEUR FKLIAT
Il n'y a rien dans leur décision qui marque un amoindrissement de leur estime pour vous.
THÉRÈSE
C'est bien.
MONSIEUR FÉLIAT
J'ajoute...
THÉRÈSE, sur le Ion de la prière.
Je vous en prie, monsieur, tout cela est inutile.
MONSIEUR FÉLIAT
Je vous demande pardon, je suis un peu décontenancé, je m'attendais à... à...
A quoi ?
MONSIEUR FÉLIAT
A quelque résistance... Peut-être à de l'indignation... en somme, il doit être dur... Vous aimiez beaucoup René...
THÉRÈSE
A quoi bon parler de cela... Il est tout naturel qu'il ne m'épouse pas, puisque je n'ai plus rien.
MONSIEUR FÉLIAT
En effet... Mais je... Mes vieilles idées... Enfin,
VOUS continuez à me dérouter... Mais cette fois ma surprise s'accompagne de... je ne peux pas dire de respect... presque, ma foi... et de sympathie... Je m'attendais à des sanglots, qui eussent été bien naturels, car je sais que votre affection pour René était profonde...
THÉRÈSE
J"ai la pudeur de mes larmes.
MONSIEUR FÉLIAT
Oui... Ml ! je... Enfin!...
THÉRÈSE
Alors, c'est une chose entendue... Je vous demande de ne plus m'en parler...
Soit... Voulez-vous me permettre alors de vous dire un mol sur les projets que vous exposiez tout à l'heure...
THÉRÈSE
Vous ne les cliangerez pas.
MONSIEUR FÉLIAT
Peut-être... Laissez-moi lout de; mèm(> vous conseiller comme un vieux parent, un vieil oncle. Voilà plusieurs années (jue vous venez passer vos vacances à la Tremblaye, et je vous le dis simplement,
j'ai une certaine amitié pour vous. Alors, vous m'écoutez? '
THÉRÈSE
De mon mieux...
MONSIEUR FÉLIAT
Eti bien, vous vous illusionnez... Vos sentiments sont très nobles, mais croyez-moi, vous vous préparez les pires déceptions. Attendez... Je ne voudrais pas discuter... Je voudrais que vous vous en remettiez à moi et que vous suiviez mes conseils. Venez à Evreux et soyez bien certaine que vous ne resterez pas vieille fille toute votre vie. Je vous en réponds. Même sans dot, vous y trouverez un mari. Vous êtes trop jolie, trop séduisante, trop instruite, pour ne pas troubler la tête de quelque bon Normand. Vous avez fait sensation à la matinée de la Préfecture. Si vous ne le savez pas, je vous l'apprends. Le Courrier de l'Eure vous a comparée à la fille de Rollon. C'est un éloge qu'il ne gaspille pas.
J'en suis très flattée.
MONSIEUR FÉLIAT
Savez-vous que si... enfin, si vous étiez décidée à vous marier... je pourrais...
THÉRÈSE
Je ne le suis pas.
MONSIEUR FKLL\T
Bien entendu, je ne parle que pour plus tard... Enfin, vous avez vu M. Beaudoin et M. Gambard...
THÉISKSE
Je n'ai pas l'intention de...
MONSIEUR FÉLIAT
Il n'est pas question de rien d'immédiat... Mais pour une personne aussi raisonnable que vous l'êtes, la situation de l'un et l'autre mérite...
TlIÉliÈSi-:
Jo les connais tous les deux.
MONSIEUR FÉLIAT
Eh bien, mais...
THÉRÈSE
Allons! Si j'avais deux cent mille francs de dot, me les proposeriez-vous?