M2 LA FEMME SEULE
soupe pas cuite, et, au lieu d'une consolatrice, une travailleuse aigrie.
MONSIEUR FÉLIAT
Croyez-vous donc que c'est par plaisir que les femmes vont à l'usine l^lles aimeraient mieux, elles aussi, la vie calme dans la maison familiale.
LE DÉLÉGUÉ
Elles n'ont qu'à y rester.
MONSIEUR FÉLIAT
Et qui les nourrira?
LE DÉLÉGUÉ
Leurs maris.
MONSIEUR FÉLIAT
Qu'ils commencent par là!... Et celles qui n'ont pas de maris? Les filles, les veuves, les abandonnées? Il vaut mieux leur donner un métier que de les forcer à prendre un amant. Ne voyez-vous pas que pour beaucoup de femmes le travail est une libération? Les blâmez-vous de réclamer leclroit au travail? Elles luttent pour cette Aictoire..^Ji
LE DÉLÉGUÉ
Je ne suis pas certain que cette victoire soit désirable. Mais non! Mais non! Quand vous aurez réussi à donner à la femme sa complète indépendance par la conquèle du Iravaii ; quand vous lui
aurez retiré ses enfants que vous confieriez à la nourrice, à la crèche, à l'école ; quand vous l'aurez déchargée de tous les soins domestiques et aussi de toutes les douceurs, de t(/utes les intimités... qui vous dit qu'un jour il ne s'en dressera pas une qui réclamera comme autant de bienfaits l'ancien esclavage, les exigences du foyer, le droit de soigner son mari et celui de bercer elle-même son enfant! Le travail de la femme est une monstruosité !
MONSIEUR FÉLIAT
La veulerie et les vices de l'homme le rendent obligatoire.
LE DÉLÉGUÉ
Quels vices?
MONSIEUR FÉLIAT
Quand il n'y aurait que l'alcool! L'argent dépensé^ en alcool est égal au total du salaire des femmes. Tout se réduirait donc à triompher de l'alcoolisme.
LE DÉLÉGUÉ
Nous ne demandons que cela.
En paroles. Mais en réalité vos politiciens se refusent à le combattre parce que les bulletins de vote sont (hins les poches des débitants.
LE DELEGUE
Vous n'avez pas autre chose à me dire?
MONSIEUR FÉLIAT
Si : Bonsoir.
LE DÉLÉGUÉ
C'est bien, monsieur. Je vais demander à Paris par téléphone, des instructions... Je crois que vous refuseriez de me prêter votre appareil...
MONSIEUR FÉLIAT
Et VOUS avez raison...
LE DÉLÉGUÉ
Je vais donc à la poste., et dans dix minutes.
MONSIEUR FÉLIAT
Allez, cher monsieur.. Seulement je vous préviens aimablement qu'il faut plus de dix minutes pour obtenir la communication avec Paris.
LE DÉLÉGUÉ, qoguenavd.
Pour vous peut-être, monsieur, mais pas pour moi... J'ai bien l'honneur...
Bonsoir.
[Le délcQïic sorL)