‹ La femme seule, comédie en trois actesChapitre 46 sur 49 · M2 LA FEMME SEULE · texte numérisé non relu

M2 LA FEMME SEULE

soupe pas cuite, et, au lieu d'une consolatrice, une travailleuse aigrie.

MONSIEUR FÉLIAT

Croyez-vous donc que c'est par plaisir que les femmes vont à l'usine l^lles aimeraient mieux, elles aussi, la vie calme dans la maison familiale.

LE DÉLÉGUÉ

Elles n'ont qu'à y rester.

MONSIEUR FÉLIAT

Et qui les nourrira?

LE DÉLÉGUÉ

Leurs maris.

MONSIEUR FÉLIAT

Qu'ils commencent par là!... Et celles qui n'ont pas de maris? Les filles, les veuves, les abandonnées? Il vaut mieux leur donner un métier que de les forcer à prendre un amant. Ne voyez-vous pas que pour beaucoup de femmes le travail est une libération? Les blâmez-vous de réclamer leclroit au travail? Elles luttent pour cette Aictoire..^Ji

LE DÉLÉGUÉ

Je ne suis pas certain que cette victoire soit désirable. Mais non! Mais non! Quand vous aurez réussi à donner à la femme sa complète indépendance par la conquèle du Iravaii ; quand vous lui

aurez retiré ses enfants que vous confieriez à la nourrice, à la crèche, à l'école ; quand vous l'aurez déchargée de tous les soins domestiques et aussi de toutes les douceurs, de t(/utes les intimités... qui vous dit qu'un jour il ne s'en dressera pas une qui réclamera comme autant de bienfaits l'ancien esclavage, les exigences du foyer, le droit de soigner son mari et celui de bercer elle-même son enfant! Le travail de la femme est une monstruosité !

MONSIEUR FÉLIAT

La veulerie et les vices de l'homme le rendent obligatoire.

LE DÉLÉGUÉ

Quels vices?

MONSIEUR FÉLIAT

Quand il n'y aurait que l'alcool! L'argent dépensé^ en alcool est égal au total du salaire des femmes. Tout se réduirait donc à triompher de l'alcoolisme.

LE DÉLÉGUÉ

Nous ne demandons que cela.

En paroles. Mais en réalité vos politiciens se refusent à le combattre parce que les bulletins de vote sont (hins les poches des débitants.

LE DELEGUE

Vous n'avez pas autre chose à me dire?

MONSIEUR FÉLIAT

Si : Bonsoir.

LE DÉLÉGUÉ

C'est bien, monsieur. Je vais demander à Paris par téléphone, des instructions... Je crois que vous refuseriez de me prêter votre appareil...

MONSIEUR FÉLIAT

Et VOUS avez raison...

LE DÉLÉGUÉ

Je vais donc à la poste., et dans dix minutes.

MONSIEUR FÉLIAT

Allez, cher monsieur.. Seulement je vous préviens aimablement qu'il faut plus de dix minutes pour obtenir la communication avec Paris.

LE DÉLÉGUÉ, qoguenavd.

Pour vous peut-être, monsieur, mais pas pour moi... J'ai bien l'honneur...

Bonsoir.

[Le délcQïic sorL)

Page 1