‹ La femme seule, comédie en trois actesChapitre 7 sur 49 · MONSIEUR FELL^T · texte numérisé non relu

MONSIEUR FELL^T

Alors, écoutez-moi. Je vous ai dit.., [René entre, prend un objet sur une tnl)le. M. Féliat s'est tu.)

RENÉ

Bonjour, mon oncle.

(// disparaît aussitôt.)

MONSIEUR FÉLIAT

Bonjour, René.

Il ne sait rien encore?

MONSIEUR FÉLIAT

Non... Et ma belle-sœur m'a demandé de le prévenir.

MADAME GUÉRET

A quoi bon?.-,. En somme, s'ils sont fiancés, nous n'en savons rien.

MONSIEUR GUÉRET Ob!

MADAME GUÉRET

Officiellement, nous n'en savons rien... Car nous vivons dans ce temps élrange où les jeunes gens ne consultent môme plus leurs parents...

MONSIEUR FELIAT

René avait averti les siens', qui consentaient...

MADAME GUÉP.ET

Sans enthousiasme...

MONSIEUR FÉLIAT

Oli! sans enthousiasme, ccrlcs!... Je le préviendrai donc.

MADAME GUÉRET

Le plus tôt sera le mieux.

Aujourd'hui même...

MONSIEUR GUÉRET

J'ai peur qu'elle n'ait un gros chagrin.

MADAME GUÉRET

Oh! à son âge...

MONSIEUR FÉLIAT

Qu'est-ce que je disais, lorsqu'il est entré? Ah ! oui... Vous savez que j'avais décidé d'adjointh-e à mon imprimerie un atelier de reliure. Vous avez vu le bâtiment en construction où je veux l'installer. Si les choses vont comme je l'espère, je ferai un essai de reliure d'art à bon marché. Je cherchais, pour surveiller et diriger ce nouveau service, un homme qui ne me vole pas, qui n'ait pas d'idées à

lui sur la partie, car je veux qu'il adopte les miennes, et qui, cependant n'y soit pas tout à fait étranger. Je croyais l'avoir trouvé. Je l'ai vu. Il ne me plaît pas... Voulez-vous être cet homme-là? Cela vous convient-il?

MONSIEUR GUÉRET

Si ça me convient! Oh! mon cher Féliat, quel service vous me rendez ! A dire vrai, je me demandais à quoi j'emploierais mon temps et je redoutais l'ennui... Mais ce que vous m'offrez, c'est le rêve ! Qu'en dis-tu, Marguerite?

MADAME GUÉRET

Je suis enchantée.

Alors, voilà qui est entendu?

MONSiEUii (;uÉRET, à soii beau-frève.

Vous verrez, vous ne regretterez pas d'avoir eu conhance en moi.

MONSIEUR FÉLIAT

Et votre filleule?

MADAME GUÉRET

Thérèse?

MONSIEUR FÉLIAT

Oui. Comment va-t-elle accepter la double

nouvelle de sa ruine et de la rupture de son projet de mariage ? ,

MADAME GUÉBET

Mais je la crois assez intelligente pour comprendre que l'une est la conséquence de l'autre. Elle ne s'attend pas, je suppose, à ce que les parents de René donnent leur fils à une fille sans dot.

MONSIEUR FÉLIAT

Je ne le crois pas. Mais que va-t-elle devenir?

MONSIEUR GUÉRET

Nous l'emmènerons avec nous, naturellement.

MADAME GUÉRET

Naturellement me plait.

Elle n'a aucun parent, son père me l'a confiée...

MADAME GUÉRET

Il te l'a confiée, et c'est moi qui ai eu subitement la charge d'une enfant qui ne m'était rien.

MONSIEUR GUÉRET

Oh! une enfant... Elle avait dix-neuf ans à la mort de son père.

MONSIEUR FÉLIAT

C'est accepter une grosse responsabilité que d'as-

iS LA FEMME SEULE

sumer la surveillance d'une jeune fille de dix-neuf ans.

MADAME GUÉRET, grinçant de rire.

Oh! oh! la surveillance!... Surveiller mademoiselle Thérèse!... Tu crois qu'elle est une personne à se laisser surveiller?... Tu viens de la voir pendant les vacances, cependant...

MONSIEUR GUÉRET

Tu n'as pas eu à la surveiller : elle était au Lycée.

MADAME GUÉRET

Oui, elle était au Lycée... Au Lycée de jeunes filles.

MONSIEUR GUÉRET

Elle no pouvait pas être au Lycée de garçons!

MADAME GUÉRET

Quand tu auras à faire des remarques spirituelles comme celle-là, tu pourras sans inconvénient les garder pour toi, mon ami... Depuis deux ans. elle n'y est plus, au Lycée... La voici !

{Entre Thérèse, en costume de Kalekairi de Barberine. Thérèse est une jolie fille de vingt-trois ans^ saine et gaie.)

THÉRÈSE

La cloche ! La cloche ! Marraine, vous alliez oublier la cloche !... Bonjour, monsieiu- Féliat !

{Thérèse prend une cloche sur la table.)

MADAME GۃRET

J'allais l'oublier, c'est que... tout cela est un peu nouveau pour moi.

MONSIEUR FÉLIAT

Je vous prie de m'excuser si je ne vous avais pas reconnue tout de suite.

THÉRÈSE

Ah! mon costume... Il est original, n'est-ce pas?

MADAME GUÉRET

Original, en effet.

RENÉ, paraissant au fond et disparaissant aussitôt.

Le coup de cloche!... Et en scène, mademoiselle

Voilà. [Elle sonne.) C'est à moi. [Elle sort.)

MADAME GUÉRET, un SOUpir.

Et je l'ai fait allonger !

MONSIEUR FÉLIAT

Quoi donc?

MADAME GUÉRET

Son costume ! (A son mari.) Ce que je vois de

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