MONSIEUR FELL^T
Alors, écoutez-moi. Je vous ai dit.., [René entre, prend un objet sur une tnl)le. M. Féliat s'est tu.)
RENÉ
Bonjour, mon oncle.
(// disparaît aussitôt.)
MONSIEUR FÉLIAT
Bonjour, René.
Il ne sait rien encore?
MONSIEUR FÉLIAT
Non... Et ma belle-sœur m'a demandé de le prévenir.
MADAME GUÉRET
A quoi bon?.-,. En somme, s'ils sont fiancés, nous n'en savons rien.
MONSIEUR GUÉRET Ob!
MADAME GUÉRET
Officiellement, nous n'en savons rien... Car nous vivons dans ce temps élrange où les jeunes gens ne consultent môme plus leurs parents...
MONSIEUR FELIAT
René avait averti les siens', qui consentaient...
MADAME GUÉP.ET
Sans enthousiasme...
MONSIEUR FÉLIAT
Oli! sans enthousiasme, ccrlcs!... Je le préviendrai donc.
MADAME GUÉRET
Le plus tôt sera le mieux.
Aujourd'hui même...
MONSIEUR GUÉRET
J'ai peur qu'elle n'ait un gros chagrin.
MADAME GUÉRET
Oh! à son âge...
MONSIEUR FÉLIAT
Qu'est-ce que je disais, lorsqu'il est entré? Ah ! oui... Vous savez que j'avais décidé d'adjointh-e à mon imprimerie un atelier de reliure. Vous avez vu le bâtiment en construction où je veux l'installer. Si les choses vont comme je l'espère, je ferai un essai de reliure d'art à bon marché. Je cherchais, pour surveiller et diriger ce nouveau service, un homme qui ne me vole pas, qui n'ait pas d'idées à
lui sur la partie, car je veux qu'il adopte les miennes, et qui, cependant n'y soit pas tout à fait étranger. Je croyais l'avoir trouvé. Je l'ai vu. Il ne me plaît pas... Voulez-vous être cet homme-là? Cela vous convient-il?
MONSIEUR GUÉRET
Si ça me convient! Oh! mon cher Féliat, quel service vous me rendez ! A dire vrai, je me demandais à quoi j'emploierais mon temps et je redoutais l'ennui... Mais ce que vous m'offrez, c'est le rêve ! Qu'en dis-tu, Marguerite?
MADAME GUÉRET
Je suis enchantée.
Alors, voilà qui est entendu?
MONSiEUii (;uÉRET, à soii beau-frève.
Vous verrez, vous ne regretterez pas d'avoir eu conhance en moi.
MONSIEUR FÉLIAT
Et votre filleule?
MADAME GUÉRET
Thérèse?
MONSIEUR FÉLIAT
Oui. Comment va-t-elle accepter la double
nouvelle de sa ruine et de la rupture de son projet de mariage ? ,
MADAME GUÉBET
Mais je la crois assez intelligente pour comprendre que l'une est la conséquence de l'autre. Elle ne s'attend pas, je suppose, à ce que les parents de René donnent leur fils à une fille sans dot.
MONSIEUR FÉLIAT
Je ne le crois pas. Mais que va-t-elle devenir?
MONSIEUR GUÉRET
Nous l'emmènerons avec nous, naturellement.
MADAME GUÉRET
Naturellement me plait.
Elle n'a aucun parent, son père me l'a confiée...
MADAME GUÉRET
Il te l'a confiée, et c'est moi qui ai eu subitement la charge d'une enfant qui ne m'était rien.
MONSIEUR GUÉRET
Oh! une enfant... Elle avait dix-neuf ans à la mort de son père.
MONSIEUR FÉLIAT
C'est accepter une grosse responsabilité que d'as-
iS LA FEMME SEULE
sumer la surveillance d'une jeune fille de dix-neuf ans.
MADAME GUÉRET, grinçant de rire.
Oh! oh! la surveillance!... Surveiller mademoiselle Thérèse!... Tu crois qu'elle est une personne à se laisser surveiller?... Tu viens de la voir pendant les vacances, cependant...
MONSIEUR GUÉRET
Tu n'as pas eu à la surveiller : elle était au Lycée.
MADAME GUÉRET
Oui, elle était au Lycée... Au Lycée de jeunes filles.
MONSIEUR GUÉRET
Elle no pouvait pas être au Lycée de garçons!
MADAME GUÉRET
Quand tu auras à faire des remarques spirituelles comme celle-là, tu pourras sans inconvénient les garder pour toi, mon ami... Depuis deux ans. elle n'y est plus, au Lycée... La voici !
{Entre Thérèse, en costume de Kalekairi de Barberine. Thérèse est une jolie fille de vingt-trois ans^ saine et gaie.)
THÉRÈSE
La cloche ! La cloche ! Marraine, vous alliez oublier la cloche !... Bonjour, monsieiu- Féliat !
{Thérèse prend une cloche sur la table.)
MADAME GۃRET
J'allais l'oublier, c'est que... tout cela est un peu nouveau pour moi.
MONSIEUR FÉLIAT
Je vous prie de m'excuser si je ne vous avais pas reconnue tout de suite.
THÉRÈSE
Ah! mon costume... Il est original, n'est-ce pas?
MADAME GUÉRET
Original, en effet.
RENÉ, paraissant au fond et disparaissant aussitôt.
Le coup de cloche!... Et en scène, mademoiselle
Voilà. [Elle sonne.) C'est à moi. [Elle sort.)
MADAME GUÉRET, un SOUpir.
Et je l'ai fait allonger !
MONSIEUR FÉLIAT
Quoi donc?
MADAME GUÉRET
Son costume ! (A son mari.) Ce que je vois de