RE\É
Mais alors !... (// va à la porte r/e tjauc lie.) Mnùtimc Nérisse !
MADAME NÉRISSE, (lll (leliors.
Voilà... Je suis prête...
Je voulais vous prévenir qu'lJlric sera à voiro droite... Et s'il bal'ouillo. enchainezl oncliainez!
MADAME NÉRISSE, (le même.
liieu... C'est à moi?
RENÉ
C'est à vous. [A madame Guérel.) A'ous pensez aux trompettes?
MADAME GUERE
Oui... Mais cependant il sera bon de me prévenir.
RENÉ
Comptez sur moi,
(// sort.)
MONSIEUR FÉLL\T
Savez-vous bien que si elle A^eut, elle trouvera à se marier à Évreux.
MADAME GUéRET
Sans dot?
MONSIEUR FÉLIAT
Sans dot. Au bal de la Sous-Préfecture, elle a fait sensation... Elle est jolie, d'ailleurs.
MADAME GUÉRET
Elle a sa jeunesse.
M. Gambard m'a fait très nettement des ouvertures à ce sujet.
MADAME GUÉRET
M. Gambard ?... M. Gambard des jardins de l'Ëvêché ?
MONSIEUR FÉLIAT
Lui-même.
i2J:2 LA FEMME SEULE
MADAME GUERET
Mais il est très riche.
MONSIEUR GUÉRET
Il a quarante-neuf ans.
MADAME GUÉRET
Elle ne saurait émellre des prétentions exagérées...
MONSIEUR FÉLIAT
Et je crois que M. Beaudoin...
MONSIEUR GUÉRET
Il est presque infirme.
MADAME GUÉRET
Elle ne trouverait pas l'équivalent à Paris.
Elle ne voudra pas de ces maris-là.
MONSIEUR FÉLIAT
On pourrait essayer d<' lui laire comprendre que la raison... ^
[Entre Renc toujours a/f'airè, Lucienne le suit. A ce moment, M. Féliat se trouve debout, à côté du (juichet par où Barberine doit parler. René l'en écarte sayis politesse.)
RENE
Pardon, mon oncle, ne restez pas là devant le guichet.
MONSIEUR FÉLiAT, s' écartant.
Pardon... Je ne savais pas.
RENÉ
Oh ! j'ai encore un moment...
MONSIEUR FÉLIAT
Sapristi, je ne t'avais jamais vu si affairé... Et chez ton patron on te reproche d'être un mollasson et un rêveur...
MADAME GUÉRET
C'est probablement que René a plus de goût pour le théâtre que pour les affaires...
RENÉ, riant.
Ça, on peut le dire ! (A Lucienne.) A vous. Approchez... Soulevez... Pas encore... Là... Allez...
LUCIENNE, au guichet.
(( Si vous voulez boire et manger, vous n'avez d'autre moyen que de faire comme ces vieilles femmes que vous n'aimez pas, c'est-à-dire de filer... ))
RENÉ
Très bien.
LUCIENNE, à M. Féliat.
Je vous demande pardon, monsieur... .le n'ai pas encore eu le temps de vous saluer.
MONSIEUR FÉLIAT
Eh ! c'est mademoiselle Lucienne, qui est venue cet été aux vacances voir son amie madenidiselle Thérèse... Je no vous reconnaissais pas.
LUCIENNE
Parce que je suis en Bavberine... Je suis bien heureuse de jouer ce rôle-là... C'est moi qui dis la phrase si tendre et si caressante et d'un si joli rythme... vous savez... qui résume si bien le tableau idéal de la journée d'une épouse : « Je me lève, je vais à l'oflicc. à la basse-cour, je prépare ton repas, je t'accompagne à l'église, et je te lis une page, j(! couds une aiguillée et je m'endors contente sur ton C(eur... »
MONSIEUR FÉLIAT
Voilà qui est très bien... Jiarberine, c'est de (jui donc, déjà?
Alfred de Musset.
MONSIEUR l'ÉLLM, ù madame Gucrct.
Ah! oui. |)arr;iit(Miienl. Alfred de Musset... Ji^ l'ai
lu dans ma jeunesse... C'est un poète pour lequel on fait faire souvent de très^jolies reliures...
RENÉ
Mon oncle... mon oncle... Je vous demande pardon... Vous parlez un peu haut... Nous avons peine à entendre la réplique...
MONSIEUR FÉLL\.T. Irès pull.
•Je suis confus... je suis confus...
RENÉ, à Lucienne.
A vous !
LUCIENNE
« Seigneur,, ces cris ne servent de rien. Il commence à se faire tard, si vous voulez souper il est temps de filer... » Là... Il faut que j'aille répéter avec Ulric...
[Elle sort en courant après un petit geste d'adieu à M. Féliat.)
RENÉ, à madame Guéret.
Les trompettes, n'est-ce pas, madame ?
MADAME GUÉRET
Oui, oui, les trompettes!... Soyez tranquille, [Lucienne et René sortent.)
Tu joues de la trompette?
Oui, au piano.
MADAME GUERET
MONSIEUR FELIAT
Je ne sais où je dois me mettre? Je voudrais être certain de ne pas gêner le cours de la représentation. Je n'ai pas l'habitude des coulisses...
MADAME (lUÉUET
Mais moi non plus...
[Entre Thérèse en Kalekairi, suivie de René.)
THÉRÈSE
C'est à moi... c'est à moi... !
MONSIEUR FÉLiAT, à madame Gticrct.
Elle a tout à fait l'air d'une comédienne... dune professionnelle...
RENÉ, à Thérèse.
Allez !
THÉRÈSE, au guichet.
« La maîtresse dit, [)uisque vous ne liiez pas, que vous vous passerez de soup(>r, elle croit que vous n'avez pas faim, aussi je vous souhaite une bonne nuil. » [Elle referme le yuichel. Très ijaic.) Bonjour,
RENE
Venez, venez. Nous n'avons pas une seconde avant notre entrée...
THÉRÈSE
A tout à l'heure... A tout à l'heure ! [Elle sort.)
RENÉ, « madame Guéret.
Allez, madame, c'est à vous ! Mais madame, allez donc.
MADAME GUÉRET
C'est bien ! C'est bien !
[Elle sonne au piano un appel de irompelles.)
RENÉ
Parfait.
MADAME GUÉRET
Ouf ! C'est fini ! Nous allons enfin pouvoir causer tranquillement... Si elle est assez sotte pour refuser les deux partis que tu lui proposes...
MONSIEUR GUÉRET
Elle les refusera, sois-en certaine.
MADAME GUÉRET
Nous la garderons donc avec nous. Mais je ferai mes conditions.
Tes conditions ?
i28 LA FEMME SEULE
MADAME GUKHET
Je no veux pas do scatulalo à Evroux.
MONSIEUK GUKIîET
Elle n'y fora pas scandale.
MADAME GUÉHET
Parce quelle changera. Il faudra bien qu'elle se (lise qu'elle devra laisser à la capitale toutes ses allures d'indépendance.
MONSIEUR GUÉRET
Quelles allures?
>LM)AME GUÉRET
^ Je parle par exemple de sa prétention d'écrire des lettres et d'en recevoir sans aucun contrôle. (A son frère.) Elle a. su s'arranger de telle façon que je ne vois même plus les enveloppes de son courrier. [A son mari.) Je parle aussi de ses allures «l'étudiante...
MONSIEUR GUÉRET
Elle va aux cours, aux conférences, avec des petites amies à elle...
MADAME GUÉRET
Elle n'ira plus nalundloment, et elle devra aussi renoncer aux sorties non accompagnée.