PRÉFACE. XXXIX
siède. Qui^ parmi les souverains d'aujourd'iiiii, aurait la géaérosité de Napoléon, tant accusé de comprimer les œuvres de Tesprit 9 et qui sachant son ennemi Ghénier embarrassé dansjses finances ^potir un mobilier imprudemment acheté, lui fit parvenir cent mille francs en lui laissant ignorer de quelle main ils venaient? Aujourd'hui le plus touchant récit de la plus touchante des infortunes littéraires obtiendrait une aumOne de cinq cents francs. Est-ce un bureaucrate qui peut avoir le large esprit d'un protecteur des arts., dés sciences et des lettres ? Il ne s'enquiert pas des belles intelligences en proie à
la misère, il pense aux gens médiocres qui lui adressent une demande sur pfipier TelUèrCj dont le ppx ne se trouve pas toujours dans la poche d'un poète aux ajbois. N'est-ce
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acheter un licou trop cher? Aujourcfhuî Ton ne paie que les services militaires de la presse : on maquignonne des affaires, on:
n -élève pas des œuvres d'art. Certes , parmi la conscription des écrivains enrôlés depuis 1830 , on peut dire que, hors trois hommes^ MM. Thiers, Barthélémy, Mignet, le pouvoir n^a enrichi que des médiocrités.
Ainsi donc, la Propriété Littéraire est une nécessité nouvelle. M. le marquis de Gustine a des yeux bien complaisants s'il aperçoit les produits de l'intelligence cotés à la Bourse comme ceux de l'industrie; c'est précisément parce que les livres ne sont pas admis Ëonune des colzas ou des cotons que les auteurs sont volés en Belgique de leur vivant, et dépouillés après leur mort par Tabsurdé loi de la Convention. Le peu de faveur qui
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s'attache à la Propriété Littéraire se conçoit quand le pouvoir considère sa constitution comme la perte d'un moyen corrupteur , et quand des esprits aussi distingués que l'est celui de M. de Custine l'attaquent dans son essence, le sentiment d'honneur. La littérature française est déjà bien assez appauvrie, elle est assez menacée de mort par la Contrefaçon qui enlève à l'écrivain le fruit de ses veilles , par le Vaudeville qui met en coupe r^lée les bois qu'elle a semés^ sans que dans ses foyers on lui reproche les restes du festin belge dont elle vit. S'il se publie encore des livres en France, qui doit ses plus belles conquêtes a sa langue et a sa haute littérature, c'est qu'une main de papier, deux plumes d'oie et un godet d'encre valent encore entre cinq cents et mille francs, et qua ce
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prix il y a des aâteurs qui peuvent avoir du pain.
Ceci n'est pas une digression , mais une explication poi^tivemënt littéraire. Lesfragmens de l'œuvre entreprise par l'auteur subtôsent alw^ les lois capricieuses du goût et de la oonvaaance des marchands. Tel journal a:
demandé un mwceau qui ne soit ni trop»
long, ni trop court, qui puisse ^trer da»; tant de colonnes et de td prix. L'auteur va dan3 son magasin, dit : J'ai la Maison Nucingeni II se trouve que la Maison N%içi»geii^ q^i convi^Dit pour la longueur, pour la lar?
geur, pour le prix, parle de choses trop épineuses qiû ne cadrent point avec la po-- Ikkfue du jçumal. La JUaï^on Nuoingen de^ meure sur les bras de l'auteur. Eh bien, prenez to Torpille? a La Torpille est une grisette ,
et ron a déjà crié paur la Vieflie FiUe. Nos.
' lecteurs^ qui lisent les horreurs de la Gaz^e* ies Tribimmm et les in&mies des anaonices,.
çiùi hurlé pour les seins trop voUimineul de mademoiselle Gormon et pour la comi({ue> feaude d'uue grisette normande qui se dit grosse afin de se fiiire donner, par des âmes pieuses et par un vieux libqrtin, la somme nécessaire pour un petit voyagea Paris. Don^ nez-nous quelque chose entre le sermon et la littérature 9 quelque chose qui faisse des cokmnes et pas de scandale y qui soit drama?
tique sans péril, comique sans dr^rie ^ gdillotinez un hcmime, ne peignez ni fournisseur impuissfluit, ni banquier trop hardi y cela n'existe pas* » Que faire de ces tableaux retournés dans l'atelier? on les expose daus les deux premiers volumes venus» 11 faut subi?
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les exigences(}e la Lib)*airie.La Librairie vient, elle veut deux volumes ni plus ni moins, ou un bout de conte pour mettre à ceci plus d'ampleur. Elle a ses habitudes de format , elle tient à ses marges. Elle abhorre aujourd'hui ces délicieux in- 18 nommés Adol" phe y Paul et Virginie , etc. Eh bien , vous qui riez de cet état de choses, ou vous qui pleurez , croyez-vous que l'art y perde ? L'art se plie à tout , il se loge partout , il se blottit dans les angles , dans les culs de four, dans les segmens de voûte; il peut bril^ 1er en toutes choses , quelque forme qu'on lui donne. Autrefois il en était ainsi. Un jour, le prieur des dominicains de Milan vient trouver un grand mécanicien, un grand auteur, un grand peintre nommé Léonard, et lui dit : J'ai, au bout de