‹ La femme supérieureChapitre 27 sur 36 · CHEF DE DIVISION · texte numérisé non relu

CHEF DE DIVISION

M. le baron Flamet de La Billardière (Athanase- Jean -François -Michel), ancien Grand* Prévôt du département de la Corrèze, Gentil* homme ordinaire de la Chambre, Maitre des requêtes en service extraordinaire, Président du grand Collège du département de la Dor* dogncy Officier de la Légion-d'Honneur, chevalier de Saint-Louis et des Ordres étrangers du Christ, d'Isabelle, de Saint- Wladimir, etc« , Membre de l'Académie du Gers et de plusieurs autres Sociétés savantes, Vice-président de la Société des Bonnes-Lettres, Membre de l'Âssodation de Saint- Joseph, et de la Société des prisons , l'un des Maires de Paris , etc.

Ce personnage , qui prenait un si grand développement typographique , occupait .cinq pieds six pouces sur trente-six lignes de large dans un lit, la tète ornée d'un bonnet de coton serré par des rubans couleur feu, visité par

l66 hfi FSMIIJC $U9iftmR£«

l'illustre M. Âlibert, médecin du Roi, et par le jeune docteur Bianchon , flanqué de deux vieilles parentes , eoTironné <fe fioks » linges , remèdes et; autres inatramana mtorteairea i giietté par le cnré da Saint^Rodh qui loi insir nuait de penièr k soft saiut. Son filsBaiiÎBmià de la Billardière dcanaadait toits iea mutina aux deux docteurs : — Croyea^voua que j'aie le Jxmhirar da conserver mon père? Le malûi a t éa aa il avait fkit une.tran^sition en mettant le mol mâttièiir ii'là place dtrmet boolMir.

La diviflioa La Bîttardière était située par aoixaine et onze mardbea de longitude seoa k latitude des mansardes dans l'ooéan ministértd d'un magnifique hâtel^ au nQrd<-èst d'une eoor, où jadis étaient des écuries» akirs .ocoiqpées par là division Clei^jeet. Un papier séparait les deux bureaux , dont les portes étaient étique>tées, le tong d'mi vaste corridor édaîifé par des jours do souffrance* Les cabinets et anticliamb^es de MM. Rabourdin et Baudoyer

LÀ FimUS SU9ÉliBVIl&. I$7

ilaienl au-dessous» au cbusième éla^ Apivès^ oém cb ilabouidîii ae trauwaieot l^ntieham^ bre. l6 Mton et Im doux osUoetade M; L« fittlardière. Au prwniçr éiage ^ eoi]|>ç t» dem par un emresol , éAaàt le logoniMt ei le bweaM de M. Eugâoe de la Brière^ seoiébrire parHw^ lier dtt iuiiiisl)pe» eemmuDiquank par um fo^ dérobée aucabhiei léel de Soq Exeèttenee j,çn ^^a ce cabinet il y en a^ait ua autte en l^r» mcMite a?ec lea graiid& appartemeps. oè cSmi JpjKceHêDoe lemvait, a^ de^ peuYoir eiMflrw ^ur à tour attQ aon leerétaîre pertÎQiiUef^aaiii téiMÂiia y et a\eç de grauda penanaagw aam 9» aecrélairf .

Trais, garçons vivaient ep pa^i à la di\i^qQ La BîUardiàre, à savoir : m gMçm pQur If»

deux bureaux, un autre commuo «W( dewt ehi^f^i et eelui du directeur de la divwQp , tous Uvw c^ufliéa et habillés par l'Ëta^ pfirtsHat oettf bvfée si (jounue > bleu de x^\\ Hi9éfé9 rouget eu petite teuuie » et pour Ui gir^n^ » l«pg«»

l68 tk FBMflOS SUPifilEUEEv

galons bleus, blancs et rouges. Celui de M. de La Billardiére avait une tenue d'huissier ; car pour flatter l'amour-propre du cousin d'un ministre , le secrétaire-général avait toléré cet empiétement qui d'ailleura ennoblissait l'admi* nistratiqn. Véritables piliers de ministères , experts des coutumes bureaucratiques, ces garçons sondaient jusqu'au tuf les employés et savaient à quel point ils pouvaient s'avancer avec eux dans le prêt , faisant d'ailleurs leurs commissions avec la pUis entière discrétion ^ allant engager ou dégager au Mont-de-Piété, achetant les reconnaissances^ prêtant sans intérêt; mais aucun employé ne prenait d'eux la moindre somme sans rendre une gratification , les sommes étaient légères , il s'ensuivait des placemens dits à la petite semaine* Ces serviteurs sans maîtres avaient neuf cents francs d'appointemens ; les étrennes et gratifications portaient leurs émolumens à douze cents francs , et ils étaient en position d'en gagner

presque autant avec les employés , car les dé* jeùners de ceux qui déjeûnaient leur passaient par les mains. Dans certains ministères, le concierge apprêtait ces déjeuners , et en 1817 la conciergerie du ministère de la guerre valait ainsi près de quatre mille francs. Les garçons trouvaient quelquefois dans leur paume droite des pièces de cent sous glissées par des solliciteurs pressés , et reçues avec une rare impas* sibilité. Les plus anciens ne portent la livrée de Pétat qu'au ministère , et sortent en habit bourgeois.

Celui des bureaux était le plus riche , il exploitait la masse des employés. Homme de soixante ans , ayant des cheveux blancs taillés en brosse, trapu, replet, le cou d'un apoplectique , un visage commun et bourgeonné , des yeux gris , une bouche de poêle , tel est le profil d'Antoine , le plus vieux garçon du ministère. Antoine avait fait venir des Echelles en Savoie et placé ses deux neveux , Laurent et

170 LA FJOUiS SUnÉMKURlU

Gabfiél > l'uo aapràa dM ch^ , i'atfbre aiqpffw Al dîrec)ear.. Tailléa eapIeUi dnfky MKUtoq kiuv onole : treole à quarante asa y phydonori mie de compiiflMmiiare » re€»Yfiars.de o^ntare^ marques la soir à un tbôàtee royale piaco&ok? taïutea |iar t'ii^ueDce de M. de La Bilfaardîère » caftdèuK Sav<^}Qurda étaiaôt m^rtéaà d'habllee Uandbiaaeuaea de denteUea qui reiH^bai^M «ueâ leaçaehemtreab L'oocle non marié > ses neveux el leurë femmes «vaieèi tous emomble , et beaucoup mieux quç ia plupart des aoua-^ciieia^ Gabriel et Laurent , ayant à peine dix ans dé place , n'éuiient paa arrivéa à mépriaer )e 00slume du gouvernfiB|ient: ila sortaient en livrée^ fiers comme dea auteura dramaliquea après un $ûoeè3 d^argent. Leur oncle » qu'ils servaietnl aveq iànatisme el qui leur paraiaaait un honfime aubtil , iea iniliail lentement, aux myar térea du métier. Toua trois Tenaient ouvrir les bureaux, Iea nettoyaient entre sept et. but!

heures , liàaijent les journaux ou poUtiquaient

à kwr mMiérQ aur Ids affiâres de la <jliv»icm avec d'autres garçons , échangeant e^tra «iix leurs renaeigMineM reapeçiifa* hmti y eemme W.dQiooftliq^e&mNierM8 jqiri aayeat par&itdt »eftt bien les aAîûrea daJeuf a iiia{|;i?e«, étiMeQ^ Ua dam le mieiatàre CMime 4e9 artMgeéei an oratre de leot* toîle» iU iSMrtaîaM la piMa légère

L41 jeudi malin > lendemam de ta seirée ou* nîitérieUe et dp la iCHfée de M. :Rabow(Kn » au >yi l'onde ae.&i«ait k barbe assisté de iieveux dans l'antic h agib r et de bi l>Wk^ lioB » au aecond étage » ilt furent. surpris par l'arcivéi impréirue d'un employé* . .

\ -^ C'est M. Dutocq » dit Antoine > je le re^ eennaia à «en pas de filou , il a teuiJQttrs l'air da patiner cet homme-là ! H tombe aur ^otre doa aana qu'en saobe par ou U est Yenu« Hier , contre son hsbitude > il est resté le dernier diina le bureau delà Diyîiion > esi^eée qui m

l'J2 Là FEMME SUl^ÉRIEURE.

lui est pas arrivé trois fois depuis qu'il est au ministère.

Trente«-huit ans , un visage oblong à temt bilieux^ des cheveux gris crépus, ^ujours tàil« lés ras; un front b^s ^ d'épais sourcils qui se rejoignaient , un nez tordu, des lèvres pincées, des yeux vert-clair qui fuyaient le regard du prochain , une taille élevée , l'épaule droite légèrement plus forte que l'autre ; habit brun , gilet noir , cravate de foulard y pantalon jaunâtre , bas de laine noire , souliers à nœuds barbottans: vous voyez M. Dutocq , commis principal du bureau Rabourdin. Incapable et flâneur | il haïssait sou chef. Rien de plus na« turel. Rabourdin n'avait aucun vice à flatter , aucun côté mauvais par où Dutocq aurait pu se rendre utile. Beaucoup trop noble pour lui nuire 9 son chef était aussi trop perspicace pour se laisser abuser par aucun semblant, Dutocq n'existait donc que par la générosité

LÀ FEMME SUBÊRIBffBE. Î^S

fie Raboordin et n'avait aucun espoir ' d'avan- Gemeht tant qu'il mènerait la Division. Quoique se. sentant sans moyens pour occuper la place supérieure , Dutocq connaissait assez les bureaux pour savoir que l'incapacité n'empêchait point d'émarger. L'exemple de M. La Billardiére était frappant. Dûtocq. en serait quitte pour chercher un Babourdtn paitni ses rédacteurs. La méchanceté combinée avec l'intérêt personnel équivaut à beaucoup d'esprit ; trè^-méchant et très-intéressé , le sieur Dutocq avait donc tâché de consolider sa position en 3je faisant l'espion des bureausj:. Dés 1816, il prit une couleur religieuse très-fontée en pressentant la faveur dont jouiraient les gens que , dans ce temps ^ les niais comprenaient tous ior distinctement sous le nom àe jésuites. Appartenant à la Congrégation sans être admis à ses mystères , Dutocq a;llait d'un bureau à l'autre ^ explorait les consciences en disant des g^udrio-^ les^ et venait paraphraser se^ rapports à M* des

^74 ^^ mmift tuMmvRtj

iMpÊsklXy ifo'ilinitvuiiait dtesi^ltts pettbi^^ mmm%y m ubttà ^a» te seoréiléM^iéaénd ékfOÊÊàt «oatrat ht mmmte ptr m pnrfoodi

lii iHti de ce BcmoesAt |^cfok|ae> Jtetwq lui fdaii; f faMQMir 4ti ^ecroift messa^ de dei lèAifieaiâix ) qui iolét«ii oet hôiMiie iatmmde «n pemsAt qm té hasard pMvait le lui rendra mile) lie fàt^^ ^u^à le tirer de peme Mm qiielttae g^imd penonnage » par «m terïômt Iiiisi4a]^é L'un et r«iicre «e «ottipremeiit Msti ^ Dutôd) œinfSHiâfit m» tMte 1[>oiiiie fortune , 4fk «f Toytim mè boaue place^ et il rtesUil g«rçM« 9«il0ect ^mst Mxeoédé à IL Loiret r«teé) tdAH dftfii HM peÀsim l^oiirgeoiee) <dt mie à 4â t«>ifàile^ tSiS ) ^époi|ue à laquelle ii y «il yen île dimx k ftîn p»iêâ ted employé», fl deaiMh mit à «m ciiii|isièiM iMag^ ^ me Sjwl-liiiiliiâetet4iaDeré, prèidu l^elaii^Royal dftM mat «laidOâ À eltée. I^saiontié pour les colieotîom de vîeilleâ gravuf^ ^ il Toutftit avoir tout Reifih

MMlàt^ tout Gfaaiftet^ loèt Bùysdaftl <et Câl» ha ) Al^reoUt Durer ^ etcv Cottime b ))kipart dés )gBm à €0lfoeliMs et cël»x ^i iiNrt; MiH^ mêmes leinr métiàge^ 4( .prétendait ^Mhetëlr kb tliéseB'àbeii toftl*chéw H Ttvaitdafituoe^MSioil t^ de Beftune ^ et |)AS6ait la ^aok^ dâMi le Pa^ Ims-Royal , alteM pàiibis M ^Nsâtaéle^ giéœ à diibnlèly <{èî kâ deiMak un èiltet tl'aulSiir par sci&aiiie, Uti mM aur fi<ibt*uelé

Qttdtque suppléé par Sétestien^ s^quél fl ébaBdannait la pauvre iad^BiiUé que Yous «à- 9Ds^ Dubmel veoaii; oependànl au * bureau ^ mais uni^âeunrat pour se crcriifè 9 |)Our se dire MifiHdief et tolidier de^ appoînieineho. I( £iitait ii» pëdtë tbéàtMi dans le feuillete6 d'«wi jour«- Ail ffiîttiMértel ^ tdè il écrivait a«èn tes ôrtielis demèfidéi par les ministres : position coiinuâ^ tiéfinie dt inatlaïqaable* Dufaruel ne ttiMquaft d'aiMeilrs à aueune des pd»tès ruses diplMMl»t|ttî^s qui pouvaient lui €Oiidlièr la btênvetl** lâuêe générale. Il tàfttêk une k%é à madsnie

176 LA FBMlftE SUPÉRIEI3AE.

Rabourdin/ à chaque première représentation , la Tenait chercher en voiture et là ramenait , attention à laquelle elle se montrait sensible. Aussi , Rabourdin , très-tolérànt et très-peu tracassier avec ses employés y le laissaitril aller à sesrépétitions, venir à ses heures, et travailler à ses vaudevilles. M. le duc d'Âumônt le sa* vait occupé d'un roman qui devait lui être dé* dié. Vêtu avec le laisser-aller du vaudevilliste , t>ubrucl portait le matin un pantalon à pied , des souliers-chaussons , un gilet mis à la réforme, une redingote olive et une cravate noire. Le soir ^ ir avait un costume élégant , car il visait au gentleman. Dubruel demeurait dans la maison d'une actrice pour laquelle il écrivait des rôles; cette actrice logeait au-dessus de Tullia 9 dâiiseuse plus remarquabb par sa beauté que par son talent y et ce voisinage permettait au sous-chèf de voir quelquefois un aide-de*<:amp de Charles X , célèbre à plus d'un titre , et qui lui avait fait obtenir la croix de là

LA FEMME SUPÉKIEDRE. l'J'J

Légion-d'Honneur , après une onzième pièce de circonstance. Il travaillait en ce moment à une pièce en cinq actes pour les Français. Se-* bastien l'aimait beaucoup , il recevait de lui quelques billets de parterre , et applaudissait avec la foi du jeune âge aux endroits que Dubruel lui signalait comme douteux ; Sébastien le regardait comme un grand écrivain. Ce fut à Sébastien que Dubruel dit , le lendemain de la première représentation d'un vaudeville pit>* duit , comme tous les vaudevilles , par trois collaborateurs , et où l'on avait sifQé dans quelques endroits : — Le public a reconnu les scènes faites à deux. ^

— Pourquoi ne travaillez vous pas seul? répondit naïvement Sébastien.

II y avait d'excellentes raisons pour que Dubruel ne travaillât pas seul. Il était le tiers d'un auteur dramatique qui, comme peu de personnes le savent , se compose : d'abord d'un homme à idées , chargé de tracer les sujets et

4(d eomtiem^ la cb^peAt» ou scmof^ dUr 4eTiUe f îMi» d'od piwhmry chargé 4i$ rà}îg€¥

cbtDli^f ^ \^ $aperpM«r à la siluatwi , qui £dt

fkHiOÊi dQ r^iISçljie , ea ae ipiittaitt pan Iç dû^o IMv qu'U n'ait lndifq^Q pQw fe leKukmw tna fiîéo&â^^ là société. Ikibniel était imXUiw en cênvre ^ il lisait li0« roiaajQa nouveaux #t les uté* BN^s a» bureaux, en ^tçayait le^ oiolis sf^rit«6l0#t ^ eair^gistiwt paur çn érâaîlkr «^cm dialogue. Cursy (son nom de guerre) était es*^ tifiié par aci» cûUikoralwi?6i| à caus^ de » parfaite exactitude ; av^ lai , ^kt d'être coa^i^^ Vhûmm^ an» a^ji^ poUiVait se crQiscgr le&hffas. Lesi e^ApJc^yé^. ^ la divisioii FaimaiwsRt aj»e;i pcmr idler ^i Biasse à sesi piéc^ et la9 soutenir , car U mérita U titre de &oj2 enfant , la iâaÎR leate à la poche ^ oe s<9 faisaut jamai». ti*'

ror Tof eUk p^ur pay^r de» glaces ou du ptincfa^

•t prêtant cinqumte francs sans jamiis Içs re^

dmaudiar. MaiiOfi de caoïpagn^ k AuAuBf 9

rafigé^ pb^oik son argent; Qtnitm laiUe iânq

«mta de «a placeidouza cmtade pentsioin sur U

Uste eivileyh«v& €(M&$m les^c^ot^ptûUeécuAd'ear

CDuragiSflieiita ans arta votéa par la diamhre j

ajoutant à ces divers ptoduita neuf aiill^^fraiifil

gag^spar «ea qumfê, set tmr^f se^mdMtiés

deTasdeyilWs à trgm diéâirea éiS&rmt^ Aja

physique: gros, graa M rond 1 %we da

bon propriétaire.

DulMq a'avaît pas vu saM efiroi ce^iu'H

nommait la Itaisoa de 4m Lupea^ arec ma^

dame Babourdio , et sa. taj^ lonisd^ a'eo. était

accrue. D'aiUaira, ilafvaît uo oui |n^ fureteur

pour ne pas^ avoir deviné que Eah^urdin sV

donuait à ua grand travail en dehors de ses

taavaux offîciel&i et U se désespérait de ft'eu

rien savoir , tandis, que k petit Sébastien était ^

en tout ou en partie , dans le secret. Dutocq

la.

l80 LA FEMME SUPÉRIEURE.

avait essayé de se lier avec M. Godard , souschef de Baudoyer, collègue de D'ubruel , < et il y était parvenu. La haute estime dans laquelle Dutodq tenait Baudoyer avait ménagé son ac« cointance avec Godard , non que Dutocq fût sincère ; mais en vantant Baudoyer et ne disant rien de Rabourdin, il satisfaisait sa haine à la manière des petits esprits.

Joseph Godard était côtisin de Mitral par lâ tante de sa mère. Quoique sa parenté avec Beaudoyer fût extrêmement éloignée , elle lui avait inspiré des prétentions à la main de ma^ demoiselle Baudoyer , et conséquemment à ses yeux 9 Baudoyer brillait comme un génie. Il professait une haute estime pour Elisabeth et madame Saillard, sans s'être encore aperçu que madame Baudoyer mitonnait Falleix pour sa fille. Il apportait à mademoiselle Baudoyer de petits cadeaux , des fleurs artificielles , des bon* bons an jour de l'an, de jolies boites à ses jours de fête. Agé de vingt-six ans, travailleur sans

LA FBIHMË SUPÉRIEURE. l8l

portée y rangé comme une demoiselle , mono* tone et apathique , ayant les cafés , le cigare et l'équitation en horreur , couché régulièrement à dix heures du soir et levé à sept , doue de plusieurs talens de société ^ jouant des contredanses sur le flageolet , ce qui l'avait mis en grande faveur chez les Saillard et les Baudoyer, fifre dans la garde nationale pour ne point pas* ser les nuits au corps-de-gardc , Godard cultivait l'histoire naturelle ' il faisait des collections de minéraux et de coquillages , savait empailler les oiseaux , entassait dans sa chambre un tas de curiosités achetées à bon marché : des pierres à paysages , des modèles de palais en liège , des pétrifications de la fontaine Saint- Al lyre , etc. Il accaparait tous les flacons de parfumerie pour mettre ses échantillons de baryte , ses sulfates, sels y magnésie , coraux , etc. Il avait des papillons dans des cadres , des parasols de la Chine , des peaux de poissons sèches^ Il demeurait chez sa sœur , fleuriste , rue

|8j la PBMMfi ^PâtitEfmB.

de Richelieu. Qooiqae tréft^^miré par leé mé^ res de familles y ce jeiiae-homme modèle était méprisé par les ouvrières de sa «ûbot ^ et air* tout par la demc^selle dti comptoir , <|ui pe»< dant long-temps avait espéra Vènganter* Ma(^ gre et fluet , de taille moyenne , les yeux ceT'^ nés, ayant un peu de barbe ^ tuant ^ oomma disait Bixiou y- tes jmouf^s au vol , Joseph Go* dard avait peu de soin de lui-même : ses babils étaient mal taillés, ses pantalons larges for^ maient le sac ; il portait des bas blancs par tou« tes les saisons , m chapeau à petits bords et des souliers lacés. Assis an bureau , dans un fauteuil de canne , percé au milieu du siège et garni d*un rond en maroquin ve^t , il s% plai^ gnait beaucoup de ses digestions. Son principal vice était de proposer des parties de campagne, le dimanche dans la belle saison , & Montmo* rency , des dtners sur l*herbe , et d'aller pren* dre du laitage sur le boulevard du Mont-Par* nasse.

lA tiSMMfi suMlateiùiME. i$3

Depiiii «ik mois DuMio^ «jdiiiliiidaçttît 4 M&t de loin en loiti cti^ fiiadei*ot«ôtfe Coddrd y mpNéMkMfiMre <iiielqu<9ft«flbkMdàmtmeiiiaûPon, y diéiemitrir q^iekpie itéwt ftmdh». Ainm^ du» les bureaux , Baudoyer avait en Duiodq et G^ dlârd 4éux )prâiieum. M« Saîlferd) Inoaiti^ble de |ug«r DuMéq , kii lUâtut {«nAiis 4e f^etitm vMtM au boreaii* Le jeinte La BîUardiière ^ m»

suroiHiiéf&ire chet fiiatidoyer^ «éiaift de leur parti. Les têtes fortes riaient beaucoup de œUe alliMce Mire te» iacàpacités. Bàcido^ , €odard il Dutoeq avjA&m été «ttniokiiUAés par Bixiou la Trinité sani Êspril^et te peiU; La SflkiMKérd Vap^f^au panai.

— Vous vous êtes levé m^titi , dit Atitoiiiè à Dutocct ^^ pi^nàm titi àir riant.

— Et vous Â.ntoine, répondit Dutocq , vous voyez ï>ïen que les journaux arrivent quelquefois plus tôt que vous ne nous les donnez.

. — Aujourd'hui, par hasard, dit Antoine

l84 I'^ FBMMB SUPÉRIEURE.

sans se déconcerter; ils ne sont jamais venus deux fois de suite à la même heure.

Les deux neveux se regardèrent k la dérobée comme pour se dire , en admirant leur oncle : — Quel fil!

— Quoiqu'il me rapporte deux sous par déjeuner, dit en murmurant Antoine quand il entendit Dutocq fermer la porte , j'y renoncerais bien pour ne plus l'avoir dans notre division.

— Âh ! vous n'êtes pas le premier^aujourd'hui, M. Sébastien , dit un quart-d'heure après Antoine au surnuméraire.

— Qui donc est arrivé? demanda le pauvre enfant en pâlissant.

— M. Dutocq 9 répondit l'huissier Laurent.

Les natures vierges ont plus que toutes les autres un inexplicable don de seconde vue dont la cause git peut-être dans la pureté de leur appareil nerveux en quelque sorte neuf , Sébas-

LA FEMME SUPÉRIEURE, l85

tien avait donc deviné la haine de Dutocq con«tre son vénéré Rabourdin ; aussi à peine Laurent eut-il prononcé ce nom , que saisi par un horrible pressentiment, il s'écria : — Je m'en doutais ! et il s'élança dans le corridor avec la rapidité d'une flèche.

— Il y aura du grabi^e dans les bureaux !

dit Antoine en branlant sa tête blanchie et en*dossant son costume officiel. On voit bien que M. le baron rend ses comptes à .Dieu, car ma< dame Pochard 9 sa garde , m'a dit qu'il ne passerait pas la journée. Vont-ils se remuer ici ! Le vont-ils ! Allez voir si tous les poêles ronflent bien , vous autres! Sabre de bois, notice monde va nous tomber sur le dos.

— C'est vrai , dit Laurent , que ce pauvre petit jeune homme a eu un fameux coup de soleil en apprenant que ce jésuite de M. Dutocq l'avait devancé.

— Moi j'ai beau lui dire , car enfin on doit la vérité à un bon employé , et ce que j'appelle

lB6 LA FÊttMK SU1»it(IEURE.

un bM employé , ic't^sl un employé comme ce petit tpi donne reota seè dix (raticd au jour de Tm , tiepf it Anta^ine. Je loi dt« donc : plus vous <en ferex, plu^ on toud en demandera et l*on '¥006 hiësera "smè avancement! Eh bien, il ne m'écoute pas, il se tue à rester jusqu'à cinq heures , une heme de plue que tout le monde ( il hxmtst Its éptxuhs ). C'est des bêtises , on n*ttrt<ve pas tomme ça^, I preuve qu'il n'est pas encore question de l'appointer. Après deux ans ! ça «de le dos , parole d*honneur. M. ftabour^din l'aime , mais M* Rabourdin n'est pas ministre > il fetta duiud quand il le sera , les poules auront des dents > il edt bien trop.%. Suffit ! Quand je pense que je pcMTte à émarger l'état des appoiniemene à des broeurs qui restent obea eux ^ et qui y iÎMtt ce qu'ils veulent, tandê que ce petit se crève , je me demande s'il y à un bon Dieu. Et qu'est-ce qu'ils vous donnent ces protégés de M. le maréchal , de M. le duc ? ils vous remercient : {il fait un signe de l^

protecteur ) merci^ mon cher Jnloine ! Td»

ée faigmcms , traTafllei <loiic ! ou voua défies csusfs d'une réTolucion. Fanait vo^r s^il y avail dettes girifet-(à sDua M. Rob^t-LifxlM ; car^ moi tel que vous mé voyez, J*ai entré sous Bo^ bert^^tideti £t doua lai, remployé travaiHait ! FaUait les voir tous jusqu^k minuit, les poètes éleiMs ) (Bâtis seulement s'en aperoevoir ; maïs cW qo^MlM ia ^iUoCiiie étail Kl, et e'esi pas poiKP dîre, mais c'était autre diose que de les pointer quand Us arrivaient tard. Qu'f^st^e que je dis donc là ? Ailes donc voir à vos poêles ta ne parlez jamais de ta révolution , vous autres \ Gabriel, celui du grand bunsau tire eomme un diabla, il &«! tourMT un peu la dé»

Antoine ee plaça sur le paltm*, à un endroit d'où il pouvait voir déboucher les employés de dessous la porte cochère ; il connaissait tous ceux du ministère et les observait dans leur allure, en remarquant les différences que prégantaient leurs mises. Avant d'entrer dans le

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drame , il est nécessaire de dessiner ici la silbouette des principaux acteurs .de la division La Billardière qui présenteront d'ailleurs quelques variétés du genre Commis et justiâeront les observations de RabourcËn.

Lie premier qui vint après Sébastien était un rédacteur du bureau Rabourdin^ honorable père de famille, nommé monsieur Phellîon. Il devait à la [H'otectioa de son chef une demibourse au coU^e Henri IV pour chacun de ses deux garçons : faveur bien placée, car Phellion avait encore une fille élevée gratis dans un pensionnat où sa femme donnait des leçons de piano , où il faisait une classe d'histoire et de géographie pendant la soirée. Homme de quarantf/cinq ans, sergent-major de sa compagnie dans la garde nationale, trés-compatbsant en paroles , mais hors d'état de donner un liard , le commis-rédacteur demeurait rue du faubourg Saint Jacques, non loin des Sourds-Muets, dans une maison à jardin où son local (style Phellion)

ne coûtait que quatre cents francs. Fier de sa place j heureux de son sort , il s'appliquait à servir le gouvemernent y se croyait utile à son pays, et se vantait de son insouciance en politique, où il ne voyait jamais que le pouvoir.

M. Rabburdin lui faisait plaisir en le priant de rester une demi-heure de plus pour achever quelque travail ^ et il disait alors aux demoiselles La Grave , car il dînait rue Notre-Damc-des- Champs dans le pensionnat où sa femme professait la musique : * — « Mesdemoiselles , les affaires ont exigé que je reste au bureau. Quand on appartient au gouvernement on n'est pas son maître! » Il avait composé des livres par demandes et par réponses , à l'usage des pensionnats de jeunes demoiselles. Ces petits traités substantiels ^ comme il les nommait | se vendaient chez le libraire de l'Université, sous le nom de Catéchismes historique et géographique. Se croyant obligé d'offrir à madame Rabourdin un exemplaire papier vélin^ relié en

1^ LÀ F£MHi: SWÉftUUJI^

marpciiiki rcMige^d» 969 catéchisai^, tt «pfiortâ» ea grande tenjjye : culotte de loie^bi» de Mte, aoaiierftibQucte& d'or ^ etc. M. PhcUion neoevatt k jeudi «oir^ aprè»l& coucher des {m** Mwoaîrea» il donnait delà bière et des gàteai», Oa jouait la houiUotte à cinq «ou» laça w^ Mal^ gré celte luédiocre mise, par certaîua jeudii enragés , M* Laudigeois^ émplo^ k la mam^ perdait ses dis francs. Tendu de pafiier vert américain k bordurei^ rougies ^ son sabw était décoré des portraits du Eoi^ de la Daiq)biQ& et de Madame , des deux gravures de Mazeffa diapré» Horace Vernet y de celle du convoi du pauvre d'après Yignerc» , <( tableau subUnm dépensée , et qui, selon lui, de^uH ewa^ke les dernières classês de. la société em hn»

prouuunt qn'dks avment des wf^ispimé désHHids qne les hommes et dont kesetoi»^ ailaient plus lein qMS la tombe l » A ces paroles, voua devines l'honune rpsî tous les ans conduisait le jour des mwts au cimetière 4e

i'Oufist 963 trois onÊua» awcpieU U montrait le& douze pieds de terre achetés à perfâbûté , et dans lesqu^ son père et la mère de sa feœr m& avaieot été eiiterrés« a Nous/ viendrons tous l )) leur disait-il , pour les^ familiariser avec l'idée de la mort, L'u» de ses plus fpmà^ |pJair« sirs consislait à e^lorer les enviroos de Paris dont il s'était donné la carte« Possédant déj|^ k iond Anieny, Arcueîl, Bîévre^ Fontenay-aux- Boses f, Âulnay^ si célèbre par le séjour de phi* sieurs grands écrivains^ il espérait avec le temp» connaître toiite la partie ouest des environs de Paris. Il destinait; son £ybt aîné à l'administration et le second à l'Ecole Polytechnique. Il disait à son aîné : -^ Quand tu auras l'honneur d'être employé par le gouvernement! U n'avait jamais osé prier Monsieur Babourdin de lui faire P honneur de dtner chez lui y <;poi<|u11 eût regardé ce jour comme un des plus beau3( de sa vie. U disait que s'il pouvait laisser son fils marchant sur les traces d'un Rabourdii)} il

mourrait le plus heureux père du monde. Il rebattait si bien l'éloge de ce digne et respectable chef aux oreilles des demoiselles La Grave,

qu'elles désiraient le voir, comme un jeune homme peut souhaiter de voir M; de Châteaubriant. Elles eussent été bien heureuses d'avoir sa demoiselle à élever. Quand , par hasard , la voiture du ministre sortait ou rentrait, qu'il y eût ou non du monde , Phellion se découvrait très-respectueusement , et prétendait que la France irait bien mieux si tout le monde ho* norait assez le pouvoir pour en honorer les in- Isignes. Quand M. Rabourdin le faisait venir en bas pour lui expliquer un travail, Phellion tendait son intelligence, il écoutait les moindres paroles du chef comme un dilettante écoute un air aux Italiens. Silencieux au bureau, les pieds en l'air sur un pupitre de bois et ne les bougeant point , il étudiait sa besogne en conscience ; il s'exprimait dans sa correspondance administrative avec une gravité

LA FEMME SUPÉniEURE. igS

religieuse, prenait tout au sérieux, et appuyait sur les ordres transmis par les ministres au moyen de phrases solennelles. Cet homme , si ferré sur les convenances, avait eu un désastre dans sa carrière de rédacteur, et quel désastre ! Malgré le soin extrême avec lequel il minutait', il lui était arrivé de laisser échapper une phrase ainsi conçue : yous vous rendrez aux lieux indiqués^ avec les papiers nécessaires. Heureux de pouvoir rire aux dépens de cette inno* cente créature, les expéditionnaires avalent été consulter à son insu Rabourdin, qui songeant au caractère de son rédacteur, ne put s'empêcher de rire, et modifia la phrase en marge par ces mots : yous vous rendrez sur le terrain avec toutes les pièces indiquées. Phellion, à qui Ton vînt montrer la correction , Pétudia , pesa la différence dés expressions y ne craignit pas d'avouer qu'il eût été deux heures à trouver ces équivalens , et s'écria : — M. Rabourdin est un homme de génie. Il pensa toujours que

1^4 ^ VSMMJL SUPÉ&IS|JRE«

ses c oUé g ues avaioit manqué, de {procédés à sod ^gsu'd en recourant si promptement au chef; mais il avait trop de respect dans la hiérarchie pc^r ac pas reconnaître leur droit d'y recourir, d'autant j^us qu'alors il était absent ; cependant, à leuf place, il aurait attendu^ la circulaire ne pressait paa. Cette afiaîre lui fit perchre k scttiuneil pencknt quelques nuits. Quand on TJQMiiait Le ficher, on n'avait qu'à faire allittion à la maudite phrase en lui disant quand il sortait : -^ Jlvez^çous ies papiers nécessaires !

he digne rédaçleur ae retournait , lançait un regard £3udrojant aux employés ^ et leur répondait : — Ce que s^us 4ites me semble fort déplacé^ Messieurs. Il y eut un jour à ce sujet une querelle si forte que Rabourdin fut obligé d'mtervenir et de défendre aux employés de «ayppeler cette phrase. M« Phellion avait une figure <fe bélier pensif , peu colorée , marquée de la petite vérole, de grosses lèvres pendantes, Jes yeux d'un bleu clair, une taille au-dessus

LA FEMMB SUPÉRIEUR^i IqS

de la iQbyenDe. Propre sur lui comme doit Tétre un ipaitre d'histoire et de idéographie obligé de paraîtra devant de jeunes demoisellea, il portait de beau Hogc^ un jabot plisséi gilet de Casimir noir ouvert ^ laissant voir des bretelle# brodées par sa fiUe , un diamant à sa chemise | habit noir, pantalon bleu. Il adoptait l'hiver le carrik noisette à trois collets et avait une canne plombée nécessitée par la profonde solitude de quelques parties de son quartier* Il s'était déshabitué de priser et citait cette réforme comme un exemple frappant de l'empire qu'un homme peut prendre sur lui-mémo. Il montait les escaliers lentement , car il craignait un asthme I ayant ce qu'il appelait la poitrine grasse. Il sahiait Antoine avec dignité.

Immédiatement après M. PhellLon^ vint un expéditionnaire qui formait un singulier contraste avec ce vertueux bonhonmie. Vimeux était un jeune homme de vingt-cinq ans, à

quinze cents francs d'appointemens , bien fait ,

196 LA FEMME SITPÉRIEUREé

cambré , d'une figure élégante et romanesque, ayant les cheveux y la barbe , les yeux , les sourcils noirs comme du jais , de belles dents , des mains charmantes , portant des moustaches si fournies 9 si bien peignées quUI semblait en faire métier et marchandise. Yimeux avait une A grande aptitude à son travail qu'il l'expédiait plus promptement que personne. — « Ce jeune, homme est doué ! » disait Phellion en le voyant se croiser les jambes et ne savoir à quoi employer le reste de son temps , après avoir fait son ouvrage. — « Et voyez! c^est /?6/7e'/»

disait le rédacteur à Dubruel. Yimeux déjeûnait d'une simple flûte et d'un verre d'eau , dînait pour vingt sous chez Katcomb et logeait en garni à douze francs par mois. Son bonheur, son seul plaisir était la toilette. Il se ruinait en gilets mirifiques , en pantalons collans , demicoUans , à plis ou à broderies, en bottes fines, en habits bien Êiits qui dessinaient sa taille , en cols ravissans, en gants frais ^ en chapeaux. La

main ornée d'une bague à la cheyalière mise par-dessus son gant , armé d'une jolie canne , il tâchait de se donner la tournure et les ma* nières d'un jeune homme riche ; puis , il allait , un cure-dent à la bouche, se promener dans la grande allée des Tuileries , absolument comme un millionnaire sortant de table., Il espérait qu'une femme, une Anglaise , une étranger, quelconque , ou une veuve pourrait s'amouracher de lui ; il frisait ses cheveux , étudiait l'art de jouer avec sa canne , et de lancer un regard a la manière dite américaine. Il avait des principes arrêtés : il épousait une bpssue à six mille livres de rente , à huit mille une femme de qua« rante-cinq ans , à mille écus une Anglaise. Ravi de son écriture et pris de compassion pour ce jeune homme , M. Phellion le sermonait pour lui persuader de donner des leçons d'écriture , honorable profession qui pouvait améliorer son existence et la rendre même agréable; il lui promettait le pensionnat des demoiselles La

tgé hk FEMME SU1»ÉKIEURE.

Grave. Mais Yhneux aVatt son idée si fort en tète y que personne ne pouvait l^empédber de croire à son étoile : il continuait à s'étaler à jeun eomme un esturgeon de Chevet , quoiqu'il eût vainement exposé ses énormes moustaches depuis trois ans. Endetté de trente francs pour ses déjeuners, chaque fois que Vimcux passait devant Antoine il baissait les yeux pour ne pas Rencontrer son regard; et cependant, vers midi , il le priait de lui aller chercher une flàte. Âpres avoir essayé de faire entrer quelques idées justes dans cette pauvre tête , Rabourdin avait fini par y renoncer. M. Vimeux père était greffier d'une justice-de-parx dans le département du Nord. Addphe Vimeux avait dernièrement économisé Katcomb et vécu de petits pains , pour s'acheter des éperons et une cravache. On l'avait appelé M. Willaume pour railler ses calculs matrimoniaux. On ne pouvait attribuer les moqueries adressées à ce pauvre garçon qu'au génie malin qui créa le vaudeville,

ear il était bon camarade ^ et ne mnsait it pèr*

mmne qiï\ hxMXiême. frimithement dans îè

• • • Il . .

tnureau Bàodoyer, Vimeux araît mtrigoé pour

passer chez Rabourdtti , & cause èe la sévéi4lé de Bandoyer refatÎTemént aujc jînglah , nom donné par les employés k {eurs créandêrs. Le four des Ànglcus est le jotir oulésbui^ttxtfôfil publies. Sùns de ti^onver là leors AéïAXmt^^ tig crjéancners affluent , ils i4en«eD( tes tourmenter en leer demandant quand lie $eront paya» , et les menacent de mettre ^^ppo^tion sur tedr traitement. L'implacable Bàiidoyw oMigwit: ns employés k rester. iC'étatt k «mx » disâit^Il , à ne pas s'endetter. Il negardaie sa . sémérilé c6ann Une diosè nécessaire pour leur bidi. An ooiittraiif«e , Rnbourdin protégeait les emplivféB contre leurs créaiiciers qigrHi nîèttaA a ht pbrftè^ disant qae les bureaux n'étaient point iiMivertis pour les nC&irc» {mvées , mais pour lea nffiiinas publiques. On s'était beaucoup moqué de Yi»

méùx ém% les deux fauréaus ^ quand il avait frit

:iOO LA FEMME SUPÉRIEURE.

sonner ses éperons à travers les corridors et les escaliers. I^e mystificateur du ministère , Bixiou, avait fait passer dans les deux divisions Cler« geot et La Biilardière une feuille en tète de laquelle Vimeux était caricaturé sur un cheval de carton , et où chacun était invité à souscrire pour lui acheter un cheval. M. Baudoyer était marqué pour un quintal de foin , pris sur sa consommation particulière , et chaque employé mettait une épigrainme sur son voisin. Vimeux n'était pas susceptible , il souscrivit lui-même au nom de miss Fairfax.

Ce Bixioii (prononcez Bisiou) était un médiant homme qui se moquait de Dutocq aussi bien que de Babourdia, surnommé la vertueuse Rabourdin. Pour exprimer la vulga*' rite de son'chef, il l'appelait la place Baudoferj le vaudevilliste se nommait Flan^Flon. Sans contredit ' l'homme le plus spirituel de la divi« sion et du ministère, niais spirituel à la façon du iûnge , sans portée ni suite , Bixiou était

hk FEMME SUPÉRIEUKB, 201

d'une ai grande utilité à Baudoyer et à Godard qu'ils le protégeaient malgré sa maliaisance, il expédiait leur besogne par dessous la jambe. Bixiou désirait la place de Godard ou de Du-' bruel ; mais sa conduite nuisait à son avancement : tantôt il se moquait des bureaux^ et c'était quand il venait de faire une bonne affaire f comme la publication des portraits dans le procès Fualdès pour lesquels il avait pris des figures au hasard , ou celle des débats du procès de Castaing ; tantôt il lui prenait une envie

de parvenir, et il s'appliquait au travail; puis il le laissait pour un vaudeville qu'il ne finissait point. D'ailleurs égoïste y avare et dépensier tout en* semble 9 c'est-à*dire ne dépensant son argent que pour lui ; cassant ^ agressif et indiscret y il faisait le mal pour le mal , il attaquait surtout les Ëiibles , ne respectait rien ^ ne croyait ni à la France, ni à Dieu , ni à l'art , ni aux Grecs, ni, aux Turcs , ni au Champ-d'Âsile , ni à la monarchie , insultant surtout ce qu'il ne compre-

naît point. Ce fut hri qaî , le premier , mît des

calottes noires à la tète de Chartes X sdr les

pièces de cent sous. Il contrefaisait !e docteur

Gaiî à son conrs , de manière h décravater le

diplomate le mietn boutonné. La plat anterie

principale de ce terrible inrenteor de charges

consistait à chauffer les poêles outre mesure ,

afin de procurer desTliumes à oetix qui sortaient

imprudemment de Bon étuve , et il avait la aa^

tisikction de consommer le txHs du gouverne^

ment. Remarquable' par ses myatificaiions , il

les variait aVec tant d'habileté, qu'il y preoait

toujours quelqu'un. Son grand secret, «i ce

genre était de deviner les^ désirs de cfaaam , il

connaissait le d^min de tous les châteaux en

Espagne , le' rêve où l'homme est mysti^iabliB

parce quTl dierche à s'attraper lui-même^ et il

TOUS faisait poser penésintàes heures entières.

Ainsi, ce profond observateur, qui déployait un

tact inout pour une raillerie , ne savait plus

user de sa pmssance pour employer les hommes

hk FEMME SUPERIEURE.' 2o3

à sa fortune ou à son avancement. Celui qu'if aimait le plus à vexer était le jeune La Billardiëre , sa béte noire , son cauchemar , et que néanmoins il patelinâit constamment, à6h de le mieux mystifier : il lui adressait des lettres dé femme amoureuse signées Comtesse de M...

ou Marquise de B... , Pâttirait ainsi aux jours gras dans le foyer de l'Opéra devaht la pendule et le lâchait à quelque grîsette , après f avoir montré k tout le monde. Allié de Dutocq , qu'il considérait comme yn mystificateur sérieux^ dans sa haine contre Rabourdin et dans ses éloges de Baudoyer, il l'appuyait avec amours Jean-Iacques Bixiou était du Mans, où son père avait £aiit de mauvaises affaires. Se trouvant sans état au sortir du collège , il avait tenté la sculpturc , et y avait renoncé faute d'argent. La protection de son onde , honrmfie d'affaires du duc de Lenoncourt , premier gentilhomme du roi , lui procura sa place. De petite taille mais bien pris , une figure fine , remarquaMe par une va-

2o4 LA FEMME SUPÉRIEURE,

gue ressemblance avec celle de Napoléon , lèvres minces , menton plat tombant droit , favoris châtains, vingt-sept ans, blopd, voix mordante, regard étincelant, voilà Bixiou. Cet homme , tout sens et tout esprit ^ se perdait par une iureur pour les plaisirs de tout genre qui le jetait dans une dissipation continuelle. Intrépide chasseur de grisettes, fumeur^ amuseur de gens , dineur et soupeur , se mettant partout au diapazon ^brillant aussi bien dans les coulisses qu'au bal des grisettes dans l'Allée des Veuves, il élonnait autant à table que dans une partie de plaisir , en verve à minuit dans la rue, comme Iq matin si vous le preniez au saut du lit. Il n'était sombre et triste qu'avec lui-^méme. Lancé dans le monde singulier des actrices et des acteurs , des artistes et de certaines femmes dont la fortune est aléatoire , il vivait bien , allait au spectacle sans payer , jouait à Frascati , gagnait souvent; enfin ii se balançait dans la fie comme sur une escarpolette , sans s'inquié-

terdumoment où la corde casserait. Sa vivacité d'esprit, sa prodigalité d'idées, lefaisaiént rechercher par tous les gens qui se' sont accoutumés aux rayonnemens de l'intelligence; mais aucun d'eux, ne l'aimait ; car incapable de retenir un bon mot , il immolait ses deux voisins à table avant la fin du premier service. Malgré sa gaité d'épîderme , il perçait dans ses discours un se* cret mécontentement de sa position sociale , il aspirait à quelque chose de mieux , et le fatal démon de son esprit l'empêchait d'avoir le sérieux qui en impose tant aux sots. II demeurait rue de Ponthieu , à un second étage où il avait trois chambres livrées à tout le désordre d'un ménage de garçon , un vrai bivouac. Il parlait souvent dequitter la France et d'aller violer la fortune en Amérique. Aucune sorcière ne pouvait prévoir l'avenir d'un jeune homme chez qui tous les taléns étaient incomplets , incapable d'assiduité, toujours ivre de plaisir, et croyant que le monde finissait le lendemain.

2q6 la F£MM]^ SUPJÉA|]»?RE.

Comme cmttam, il ayait la prétentioa de n^é* tre pas ridicule ^ et pexAéixe éuit^i:e le seiU de tout le nûoi^èi*^ de qui I^. l^iud ne laisait {mis dire : — Voilà un emfioyé* U portait de» bol^ t<^ élégantet , y a pantalon noir k foo^i-picd», pn gilet de ^ntaisie et une jc^lerediogotehleuei un col y étemel présent de la griaette , an chapeau^de Bandoni , des gants de cheTrean couleur ^sombre. Sa démarcKe y cavalière e^ simple à la fois^ ne manquait pas de gràce« Aussi quand il fut mandé par des Lupeaulx pour une impertinence un peu trop forte inspirée par le baron de La Billardière et menacé de destitution , se contenta-t-il de lui répondre : « p^ous me reprendriez à cause du costume, y> Des LupeauU} qui le voyait en plusieurs endroits y ne put s'empêcher de rire. Sa plus ^lie plaisanterie est celle inventée poiH* Godard > auquel il offrit un papillon rapporté de la Chine que le spus-chef garde dans sa collection et montre eu" core aujourd'hui y sans avoir reconnu qu'il est

ea fapier peîat« Bixiiw avait liil nù €h^ 4'aNi^ vre pour jouer im tour à son sou^Hcbif»

Le diable poM toQJaurs une vktme aup^ré^ d^iHQi Bkiott. Le bureau db Baudoyer avaîl àfmb sa irictime ^ ua pauvre eiqpéditioBiiairef âgé de vingt^buit ans, aux af^poialemeua ^ quioae cents frâncai nûmiué NépamoGéiie Miuard* MU jùard s'était marié par ausaur avec uue ouvrière fleuriste^ fille d'unporûer,qui travaillait cbe&elle pour madraiM>îfleUe Godard et que Miiiard avait vue rue de Richelieu dans kt bouUqoe. Étaut fille f Zélie Lorab avait eu bien dea fantaisies pour sortir de son état : d'abord élève du Conservatoire » tour à tour danseuse y chanteuse et actrice » elle avait soogé^ à Êdre omune font beaucoup d'ouvrières^ mais la peur de waal tourner et de tomber dans une ef&*o;abIe misére l'avait préservée du vice. EUe flottait entre miUe partis, lorsque Minard s'était dessiné nettement , une proposition de mariage à la main . Zélie gagnait cinq cents francs par an^ Mi»

208 L\> PélIMfi SUPéRIEURE.'

nard en avait quinze cents ; en tout deux mille : on pouvait vivre. Le mariage s'était fait , sans

contrat, avec la plus grande économie. Minard et Zélie avaient été se loger auprès de la barrière de Courcelles , comme deux tourtereaux, dans un appartement de cent écus , au troisième :

des rideaux de calicot blanc aux fenêtres , sur les murs un petit papier écossais à quinze sous le rouleau , carreau frotté , meubles en noyer , petite cuisine bien propre ; d'abord une première pièce où Zélie faisait ses fleurs , puis un salon meublé de chaises foncées en crin , une table ronde au milieu , une glace , une pen* dule représentant une fontaine à cristal tournant , des flambeaux dorés enveloppés de gaze; enfin une chambre à coucher blanche et bleue : lit, commode et secrétaire en acajou^ petit tapis rayé au bas du lit , six fauteuils et quatre chaises ; dans un coin , le berceau en merisier où dormait un joli marmot d'un an. Zélie liourrissait , faisait sa cuisine , ses fleurs et son

hfi FEMME SUPÉRIEURE. 20^

méoage. It y avait quelque chose de touchant dans cette heureuse et laborieuse médiocrité. En se sentant aimée par Minard, Zélie Taima sincèrement ; Tamour attire Pamour , c'est Vabjrssus abyssum de la Bible. Ce pauvre homme quittait son lit le matin pendant que s^ femme dormait , et lui allait chercher ses provisions ; il portait les fleurjs terminées en se rendant 2k son bureau , en revenant il achetait lei^ matières premières \ puis en attendant le diner^ il taillait ou estampait les feuilles, garnissait les tiges , délayait les couleurs. Petit y maigre ^ fluet , nerveux , ayant des cheveux rouges et crépus , des yeux d'un jaune clair , un teint d'une éclatante blancheur , niais marqué de rousseurs , il avait un courage sourd et sans apparat. Il possédait la science de l'écriture au même degré que Yimeux. Au bureau , il se tenait coi ^ faisait sa besogne et gardait l'attitude recueillie d'un homme souffrant çt songeur.

Ses cils blan€;3 et son peu de sourcils l'avaient T. I. i4

âlO LA f£MME SUPERIEURE.

fait surnommer le lapin blanc par l'implacable Bixîou. Mioard était Rabourdin dans une autre sphère. Dévoré du désir de mettre sa Zélie dans une heureuse situation , il cherchait dans l'océan des besoins du luxe et de l'industrie parisienne une idée , une découverte , un perfectionnement qui lui procurât une prompte fortune. Son apparente bêtise était produite par la tension continuelle de son esprit: il allait de la moutarde blanche au Paraguay- Houx, de la pâte de Regnault à l'huile de Macassar , des briquets phosphoriques au gaz portatif , des socques articulés aux lampes hydrostatiques y embrassant ainsi les infiniment petits de la civilisation matérielle. Il supportait les plaisanteries de Bixiou comme un homme occupé supporte les bourdonnemens d'un insecte , il ne s'en impatientait même point. Malgré son esprit , Bixiou ne devinait pas le profond mépris que Minard avait pour lui. Minard se souciait peu d'une querelle , il y voyait une

hk Femme supérieure* 211

perte de temps. Aussi avait-il fini par lasser son persécuteur. Il venait au bureau habillé fort simplement , gardait le pantalon de coutil jusqu'en octobre, portait des souliers et des guêtres, un gilet en poil de chèvre , un habit de castorine en hiver et de gros mérinos en été y un chapeau de paille ou un chapeau de soie à onze francs , selon les saisons , car sa gloire était sa Zélie : il se serait passé de manger pour lui acheter une robe. Il déjeûnait avec sa femme et ne mangeait rien au bureau.

Une fois par mois il menait Zélie au spectacle ; la mère de sa femme quittait alors sa loge , et venait garder l'enfant. Minard avait remplacé Vimeux,

Dans chacun de ces bureaux , il se trouvait un caractère d'employé à peu près semblable.

Celui du bureau Baudoyer se nommait Colleville, celui du bureau Rabourdin se nommait Thuillier. Qui connaissait CoUeville connaissait Thuillier , et réciproquement. Leur

amitié , net au ))ureau . s'était fondée $ur Teslirnç pnutuelie de leur respective simplicité. Tous deux étaient mariés , leurs femmes ven^ient (}uelc|uefois les chercher au bureau , ce qui dans les administrations frappe un hon^me de ridicule , car une femme est toujours déplacée daqs les endroits où les hommes sont réunis. Souvent elles arrivaient les jours où Ton payait les appointemens ^ 9oin cjui sentait la méfiance et faisait supposer que ces pauvres diables étaient sous la domination de leurs éppuses. CoUeviUe avait la passion de chercher rhoroscope des hommes célèbres dans l'anagramme de leurs noms j et Thuillier celle de faire des calembourgs. CoUeville passait des ipois entiers à décomposer des noms et les re-

copoposer afin d'y découvrir un sens. Un Corse la finira trouvé dans révolution fran-çaise ; vierge de SQn mari dans Marie, de, Vigneros ^ nièce du cardinal de Eich^lieu } Henrici mei casta dea dans Çaiharina de

LA FEMME SUPéftlEUHE. Ûl^

Médicts ; eh c^est tafge nez dans Char-les Genest ^ l'abbé de la cour de Louis XtV si connu par son gros nez qui amusait te duc de Bourgogne , avaient emtnerveîllé Gôlleville; il avait érigé ranagramtne en science , et prétendait que le sort de tout homme était écrit dahs une certaine combinaison des lettres dé ses nom , prénom et qualités. Depuis lé récent avènement de Charles X , il s'occupait dé l'ânagramme du Roî. ThuîUîer préleiîdaît que Panagramihe était un caleoibourg en îeltfes.

Golievîllc aimait le Vaudeville , et Thuilller , qui jouait très-joUmeni du basson, âindiait rOpéra-Comîque. Côllevîlle était gêné , Thuillîôi' était h l'aise. Madame CôlleVillè , bonne grosse maman , pleine dWdre et d'économie , faisait elle-même son ménage , et n'entendait pàà que Cotlevilte s'amusât âafis elle. Madantié Thuillier , femme sèche et atrabilaire ^ vivait avec une vieille sœur qui lui payait pension. Gôlleville était ^édant^ Thuillier était gourmé;

!2l4 LA FEMME SUPÉRIEURE.

Thuillier fumait le cigare , Colleville prisait^ Un défaut qui leur était commun consistait à s'entretenir des valeurs mobilières , du taux des petits pois, du prix des maquereaux y des étoffes, des parapluies, de discuter les habits ^ chapeaux , cannes et gants de leurs collègues , de vanter les nouvelles découvertes sans jamais y participer. Ils louaient les inventeurs de s'être occupés des intérêts du public , ils colligeaient tes prospectus de librairie , les affiches à lithographies et à dessins ; mais ils ne sousr crivaient à rien ; seulement ils disaient que s'ils avaient telle ou telle fortune, ils se donneraient bien telle ou telle chose. Un jour Colleville alla chez le libraire Ladvocat pour le complimenter d'avoir amené la librairie à donner au public des livres satinés avec couvertures imprimées, pour l'engager à persévérer dans sa voie d'améliorations , et il ne possédait pas un livre] Colleville avait deux enfans ; mais comme madame Thuillier était inféconde , il passait poiu*

LA FEMME SUPÉRIEUHE. 2l5

cerlain que M« et maJanic Thuillier, arrivés à Tâge de cinquante ans ^ adopteraient V\xn des petits CoUeville. Madame Thuillier recevait le mardi i madame Colteville ne recevait point ^ mais elle allait chez madame Thuillier. Madame Minard était parfois invitée , quoique sa re^ cherche et sa mise déplussent à ces deux da-* mes, qui se demandaient comment faisait la femme d'un pauvre employé à quinze cents francs pour avoir des chapeaux de paille d'Italie à fleurs, des robes de mousseline brodée , des par-dessous en soie , des souliers de prunelle ^ des (îchus magnifiques, une ombrelle chinoise^ et venir en fiacre ; tandis qu'à peine pouvaient-» elles joindre les deux bouts , elles qui avaient deux mille quatre cents francs ; ça les passait ^ il y avait du mic-mac là dedans. Colleville et Thuillier prenaient du ventre : celui de Colle-» ville , rond , petit , pointu, avait) suivant un mot de Bixiou , l'impertinence de toujours pas« ^cr le premier; celui de Thuillier flottait de

2i6 LA FEMME StPÉRIEURE.

droite à gauche; leur dos se voûfait, ils étaient entre trente et quarante ans. On donnait des cohceils d'amateurs chez ThuîHîer , où Godard et sa flûte, Flèury et sa clarinette faisaient jcur partie, le tout pour que Thuîllîer jouât du La^son* Colleville était endetté dans un cnfô à rinsu de sa femnne. Tous deux venaient au bureau avec des habits flétris et de couleurs passées. Sans Thuillîer , le ménage Colleville aurait mlscrablemcnt fini. Selon Bixiou , le papa Colleville était \iï\ fin carotteur ( mot de doiilisse)qui exploitait Thuillier. Il tes avait Airnommés Aureste et Pilate^ k cause du mot Au reste , par lequel Thuillier commençait la plupart de ses phrases,

* M. Loiret jeune, pour le distinguer de son frère Poîret l'aîné retiré dans la maison Vauquei* , où Poiret jeune allait parfois dtner , se proposant d'y finir également ses jours ^ avait trente ans de service, La nature ft*étaît pas si invariable dans ses révolutions que le pauvre

LA PÉMMË StPÈllîEURÊ. tH*]

homme dans les actes de sa vie : il mettait tou^ jours ses effets au même endroit^ posait sa plume au môme fil du bois, &*asscyaît k sa place h h même heure, àc chauffait au poêle h la même minute , car ta seule vanit($ consistait k porter une montre infaillible, réglée d'aï llcuf s tous les jours sur rHÔtel-de-YîlIe devant lequel îl passait, demeurant rue du Marlroi. De six heures à huit heures du matin, il tenait les livres d'une forte maison de nouveautés de la rue Saint'Antoine , et de six heures h huit heures du soir ceux d'une maison de droguerie rue des Lombards; il gagnait ainsi mille écus, y compris les émolumens de sa place. Atteignant , à quelques mois prés , le temps voulu pour avoir sa pension , il montrait une grande indffTércncei aux intrigues des bureaux. 8em* btabfe h son frér*e à qui sa retraite avait porté un coup fatal , il baisserait sans doute beaucoup quand il n'aurait plus h venir de la rue du Martroi au ministère, à s'asseoir sur sa chaise

et à expédier. Charge de faire la collection du journal auquel s'abonnait le bureau et celle du Moniteur j il avait le fanatisme de celle collection ; si quelque employé perdait un numéro y Pemporlait et ne le rapportait pas, Poiret jeune se faisait autoriser à sortir ^ se rendait immédiatement au bureau du joqrnal , récla* mait le numéro manquant et revenait enthou'* siasmé de |a politesse du caissier, il avait tou« jours eu affaire à un charmant garçon , et le& journalistes étaient décidément des gens aima-* blés. Homme de taille médiocre, Poiret avait des yeux à demi éteints, un regard faible et sans chaleur, une peau tannée, ridée, grise de ton, parsemée de petits grains bleuâtres ; un nez camard et une bouche rentrée où flânaient quelques dents gâtées* Aussi Tbuillier disait-il que Poiret avait beau se regarder dans un mi^ roir, il ne se voyait pas dedans (de dents). Ses bras maigres et longs étaient terminés par d'énormes mains sans aucune blancheur. Ses che*

LA FEMME SUPÉniEURE. 31 9

veux gris, collés par la pression de son chapeau, lui donnaient l'air d'un ecclésiastique, ressemblance peu flatteuse pour lui^ car il haïssait les prêtres et le clergé, sans pouvoir expliquer ses opinions religieuses ; antipathie qui ne l'empêchait pas d'être extrêmement attaché au gou^ vernement quel qu'il fût. Il ne boutonnait jamais sa vieille redingote verdàtre^ même par les froids les plus violens; il ne portait que de$ souliers à cordons , et un pantalqn noir. Il se fournissait dans les mêmes maisons depuis trente ans. Quand son tailleur mourut^ il de^ manda un congé pour aller à son enterrement, et serra la main au fils sur la fosse du père en lui assurant sa pratique* L'ami de tous ses fournisseurs, il s'informait de leurs affaires^ causait avec eux, écoutait leurs doléances et les payait comptant ; s'il écrivait à quelqu'un d'eux pour ordonner un changement dans sa corn- Xnande, il observait les formules les plus polies, mettait Monsieur en vedette^ datait et faisait

â!20 LÀ PëMMË SU^îiftîËÙRÈ.

un brouillon de h lettre qu^t gardait dans uili carton étiqueté .* Ma correspondance. Aucune vie nMtaît pluà en règle : il possédait tous Sês mémoires acquittés, toutes «es quittances même minimes et ^es livres de dépensé annuelle etîValoppés dans ded chemises et par année , depuis son entrée au ministère. Il dînait au même restaurant, à la même place, par abonnement, au Veau*qui-telte, place du Châtelet;

les garçons lui gardaient sa placd. Ne donnant pas à la maison de droguerie cinq minutes audeik du temps dô , à huit heures et demie il arrivait dans un café situé au cûin de la rue du Temple et de la rue MicheWe-Comle , le plus célèbre de son quartier, et y restait juftqu^ onxe heures ; il y venait comme au Veau^-quitctte depuis trente ans et prenait une bavarois à ê\x heures et demie. Il y écoutait led difscu^ sions politiques , les bras croisés sur sa canne ^ et le menton dans t» maîn droite ^ sans jamais y participer^ La dame du comptoir, seule

hk FEMME SUPÉRIEURE. 221

fepfime à laquelle il parlât avec plaisir^ était la cQnfîdentQ des petits 9ccidens de sa vie, car il possédait sa place à la table située prés du comptoir. Il jouait au domino y ^ul jeu qu'il eût compris. Quand ses partners ne venaient pas, on Je trouvait quelquefois endormi^ le dos ap puyé sur la boiserie et tenant un journal dont la planchette reposait sur le piarbre dç sa table. U sMntére^sait à tout ce qui se faisait dans Paris , et consacrait le dimancliQ à surveiller les constructions nouvelles ; il questionnait l'invalide chargé d'eoipécher le public d'entrer dans l'enceinte en planches , et s'inquiétait des retards qu'éprouvaient les bâtisses, dû manque çle matériaux ou d'argent, des difficultés que rencontrait l'architecte. On lui entendait dire : (( J'ai VIL sortir le Louvre de ses décombres , fai vu naître la place du Châtelety le quai aux Fleurs y les marchés! » Lui et son frère, nés à Troyes d'un commis des fermes, avaient été envoyés à P^ris étudier dans les bureaux. Leur

mère se fit remarquer par une inconduite désastreuse, car ils eurent le chagrin d'apprendre sa mort à rhopital de Troyes , nonobstant de nombreux envois de fonds. Non - seulement tous deux jurèrent alors de ne se jamais marier ; mais ils prirent les enfans en horreur : mal à leur aise auprès d'eux, ils les craignaient comme on peut craindre les fous, et les examinaient d'un œil hagard. L'un et l'autre avaient été écrasés de besogne sous Robert Lindet. L'administration ne fut pas juste alors envers eux , mais ils se regardaient comme heureux d'avoir conservé leurs têtes, et ne se plaignaient qu'entre eux de cette ingratitude, car ils avaient organisé le maximum. Quand on joua le tour à M. Phellion de faire réformer sa fameuse phrase par Rabourdin , Poiret prit Phellion à part dans le corridor en sortant et lui dit : — « Croyez biefiy monsieur^ que je me suis opposé de tout mon pouvoir à ce qui a eu lieu. » Depuis son arrivée à Paris , il n'était jamais sorti de la ville.

Des ce temps, il avait commencé un journal do sa vie où il marquait les événemens saillans de la journée. Dubruel lui apprit que lord Byron faisait ainsi. Cette similitude combla Poiret de joie y et l'engagea à acheter les œuvres de lord Byron y traduction de Cliastopalli , à laquelle il ne comprit rien âù tout. On le surprenait souvent au bureati dans une pose mélancolique , il avait Tair de penser profondément et ne songeait à rien. Il ne connaissait pas un seul des locataires de sa maison^ et gardait sur lui la clef de son domicile. Au jour de Pan, il portait luimême ses cartes chez tous les employés de la division , et ne faisait jamais de visites. Bixiou s'avisa ^ par un jour de canicule , de graisser de saindoux l'intérieur d'un vieux chapeau que M. Poiret jeune (il avait cinquante-deux ans) ménageait depuis neuf années. Bixiou ne lui avait jamais vu que ce chapeau-là, il en rêvait, il le voyait en mangeant, il avait résolu^ dans l'intérêt de ses digestions, de débarrasser les

924 hX m^m SUPÉRIEURE.

bureaux d^ cet immonde chapoau. Poire tjeuoe sortit vers quatre heures. En s'avançant dans les rues de Paris , où les rayoQs du soleil réflér chis par les pavés et les murailles produisent des chaleurs tropicales, il sentit sa tête inondée, lui qui suait rarement. S'estimqnt dès-lors malade ou sur le point de le devenir^ au lieu d'aller au Yeau-qui-tette^ il rentra chess lui^ tira de son secrétaire le journal de sa vie, et consigna le fait de la manière suivante : Aujourd'hui , ^juillet 1 823 j surpris par une. sueur étrange et annonçant peut être la, suette.^ maladif particulière à la Champagne^ je me dispose à consulter itf • le docteur Duhois* U invasion du mal a commencé à la hauteur du quai de V Ecole. Tout-à-coup, étant sai>6 chapeau , il reconnut que la prétendue sueur avait une cause indépendante de sa personne.

Il s'essuya la figure, examina le chapeau, ne put rien découvrir, car il n'osa découdre la coiffe. Il reprit : Porté le chapeau chez le

m <fuej€ soupçonne une auti'e came à cetl^ ^ueur qui ne serait pa^ alors nH^e ^mr,

uuiis bien l'effet d^unc, additi0n ^Heh^H^Uéi

twus^lhment Q^ anQhnmmmtffUi^ mi chu-

pmU' M- Tpqrpan Jiii nQtifift la pvé^nçe d'un cprps gras qbtpiiii par la distillation d'un para OM d'une trqie. L^^ Iqncjpm^ip il vipt ay^ ^^n chn^tm F^tl par M. Touro^n ^p fAm^mi te «filf, n^js il fijp s'§|aiJ; pas co^^ 9^ nu ^jowtOF cette phrase % m^ \m^m\ : // ^st fi\^r4 qu§

ût0n çhapem^ contenait df4 ^ain^ç^u^ qu^

graisse de pQj^ç, Ce fait in§;ï^pliçaj3ite Qççyp^ pendî^qt plus 46 qftîqze Jour4 l'intelligencç ^iÇ IH»pet, quî nj? siiî jam^i» ppoimeat cp phé^^T q^pD^ îivait pu aa produire, ^n rentmiin): ai| lïffvqsf^ da^pluieçda crapauds oi; ^utrps ayen7 tures cqpiçii(airoS| de la tête de Napolépn trQ^<y^Q d2|iîs uae vacine d'ornip^u, de wîUe bmrvQrm <l'W*toirç «aturçlli^?. Yii»9ux lui dit qu'ifja jour wn phapeau , k l«i Viiaq^i , avait dcteipt

326 t\ FEMME StJPÉl<ÎÈdRE;

en noir sur son visage, et que les chapeliers vendaient des drogues. Poiret alla plusieurs fois chez le sieur Tournan, afin de s'assurer de ses procédés de fabrication.

Il y avait encore chez Rabourdin un employé qui faisait Tbomme courageux ^ professait les opinions du centre gauche et s'insurgeait con^ tre les tyrannies de Baudoyer pour le compte des malheureux esclaves de ce bureau. Il se nommait Fleury , s'abonnait hardiment à une feuille de l'opposition, portait un chapeau gris à grands bords . des bandes rouges à ses pan* talons bleus , un gilet bleu à boutons dorés , et une redingote qui croisait sur la poitrine comme celle d^un maréchal-des-logis de gendarmerie. Quoiqu'Inébranlabte dans ses principes, il restait néanmoins employé dans les bureaux ; mais il y prédisait un fatal avenir au gouvernement s'il persistait à donner dans la religion; il avouait ses sympathies pour Napoléon , depuis que la mort du grand homme

• tJV FEMME SUPÉRIEURE. 23q

faisait tomber en désuétude les lois contre les partisans de l'usurpateur. Fleury^ ex^-capîtairie de musique dans un régiment de Tex-garde impériale 5 grand , beau Brun , était clarinette à la porte Saint-Martin, et malgré ses opinions , il allait aux soirées musicales de Thuillier« Bixiou ne s'était jamais permis de chargé sur lui 9 car il paraissait capable dans l'occasion dé sd livrer à de grandes brutalités ; il tirait trèsbien le pistolet, était fort à Tesorime. Passionné souscripteur des F^ictoires et Conquêtes , il refusait de payer, tout en gardant les livraisons, se fondant sur ce qu'elles dépassaient le nombre promis par le prospectus.Iladorait M.Rabourdin qui l'avait empêché d'être destitué. Il lui était échappé de dire que si jamais il arrivait malheur a M. Rabourdin par le tait de quelqu'un , il tuerait ce quelqu'un. Dutocq caressait bassement Fleury , tant il le redoutait. Fleury , criblé'de dettes , jouait mille tours à ses créanciers;

il connaissait la législation , ne signait point de

3a8 LA rEMME SUPÉRIEURE*

lettres de change et avait lui-même vm sur son traitement des oppoeitions soqs le nom de créanciers supposés , en sorte qu'il le touchait presque en entier. Véritable pilier de cafés/ lié très*intimemcnt avec Zéphirine, danseuse de la porte Saint-Martin, ches laquelle étaient ses meubles, il jouait heureusement Pécarté, faisait le charme des réunions par ses talents, il buvait un verre de vin de Champagne d'un seul coup sans mouiller ses lèvres , et savait toutes les chansons de Béranger par cœur. Il se montrait fier de sa voix pleine et sonore. Ses trois grands hommes étaient Napoléon^ Bolivar et Béranger. Foy, Lafitte et Casimir Delavigne n'avaient que son estime. Fleury, vous le devinez, était du Midi , et devait finir par être éditeur responsable de quelque journal libéral,

Desroys, employé du bureau Baudoyer, était Phomme mystérieux de la division. Il ne frayait avec personne , causait peu, cachait si bien sa vie que Ton ignorait son domicile , ses prot^c^

LA FEUllE SUPÉRIEUBB. 22^

teurs et ses moyens d'existence. On cherchait des causes à ce silence : les uns en faisaient un Carbonaro y les autres un orlcantste ; ceux-ci un espion, ceux-^à un homme pi*ûfond. Desroys était tout uniment le fils d'un conventionnel qui n'avait pas vote la mort. Froid et discret par tempérament, il avait jugé le monde et ne comptait que sur lui^-méme. Républicain en 6eçret , admirateur de PauJoLouis Courrier, il at* tendait du temps et de la ipaison puUique le triomphé de ses opinions en Europç. Aussi i*é^ vait^r la Jeune Allemagne et la leune Italie. Son cœur a^enflait de ce stapide amour collée» tir qu'il faut nommer Vhumanitar'isme , fila aine de défunte Philantropîe , et qui est & la du vine Charité catholique ce que. le Systàme est àl'Art,l6 Raisonnement substituéàl'CSuvpe. Ce consciencieux puritain (je la liberté , cet apôtre d'une impossible égalité , regrettait d'être forcé par la misère de servir le gouvernement , et Ëii-> sait des démarches pour entrer dans quelque

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administration de Messageries. Long , sec , filandreux et grave comme un homme qui se croyait appelé à donner un jour sa tête pour le grand œuvre , il vivait d'une page de Volney , étudiait Saint Just et s'occupait d'une réhabilitation de Robespierre^ considéré comme le continuateur de Jésus-Christ.

Le dernier de ces personnages qui mérite une esquisse est le petit La Billardière. Ayant , pour son malheur , perdu sa mère , protégé par le ministre , exempt des rebufiades de la Place- Baudoyer , reçu dans tous les salons ministériels, il était hai de tout le monde^ car il devait enlever une place due à la division. Les chefs se montraient polis avec lui, mais les employés l'avaient mis en dehors de leur camaraderie par une politesse grotesque inventée pour lui. Bellâtre de vingt-deux ans \ long et fluet , ayant les manières d'un Anglais^ insultant les bureaux par sa tenue de dandy , frisé , parfumé ^.colleté, venant en gants jaunes^ en chapeaux à coifTes

LiL' FEMME SUPÉRIEURE. sSl

toujours neuvea , ayant un lorgnon, allant déjeuner au PalaisrRoyal , étant d'une bêtise vernissée par des manières qui; sentaient l'imitation 9 Benjamin de là Billardtère se croyait joli garçon , et avait tous les vices de la haute société sans en avoir les grÀces. Sûr d'être fait quelque chose , il pensait à écrire un livre pour avoir la croix comme littérateur et l'imputer à ses talens administratifs ; il cagolait donc Bixiou dans le dessein de l'exploiter , mab sans avoir encore osé s'ouvrir à lui sur ce prcjet. Ce no« ble cœur attendait avec impatience la mort de son père pour succéder à un titre de baron accordé récemment, il mettait sur ses cartes /e ehei^alier de La Billardière , et avait exposé dans son cabinet sesaUnés encadrées {chefd^a'zur à trois étoiles^ et deux épées en sautoir sur un fond de sahle^ avec cette des^ise : Toujours fidèle) ! Ayant la manie de s'entretenir de l'art héraldique , il avait demandé au prince de L .. pourquoi ses armes étaient si chargées^

^3a LA FfiMMfi SUI^ÉfttEtlRË.

6t s'était attiré cette jolie réponse t « Je ne le^ ai p^È ftiil faire, d II parlait dé son dévouement à là ttibilardhie , et des botitéi» que la dudbe^se d'Arîgoulênieavaît pour lui. T^rès-^bien àVec tîe* I»up^ul]i , il déjeôodit s^fuv^ât av<$d lui^ ei le (jrôyaitsotiàmi. Bisiiou , pdsé isomme lOfi mëti^ tor^espét^aitdébarrafi^rb ditisionek là Franche de tSû j«une fat et) le jetant dans tel débàuebe ^ et il âVouait hautement son projeti

Telles étaient 1«8 pfincipalès physionomie»

fteiadivfeion La Billardière) où il se trootâit encot^e qbelt)uéâ autres employés dont ké niteurs ou les figurer se s'approchaient ou s'éibignaiont plus ou moins de oetles^oi* H y âVâit par enethple^ dans lé bureau Ëaûdoyer^dès gebs tiobimés Chaselle i Paiilmler ^ employés U front chauve , friieu^^ bardés de flanèties , per« chéé à dès ôinquièmes éta^s, y dtiitivant des fleurs , ayant des cannes d'éptâe , de vieuic ha*^ bits râpés y le parapluie eti permanence ; tenant le milieu entre les portiers heureux et les bu-»

L\ FEMME SUPÉRIEURE. rsSS

vrîers gênés , trop loin des centres administratifs pour songer à un avancement quelconque ; enfin les pions de l'échiquier bureaucratique , heureux d'être de garde pour ne pas être au buleau^ capables de tout pouf" une gratification , et dont l'existence était un problème pour ceux-là mêmes qui les employaient.

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