CATHERINE, MAURICE
MAURICE, riant.
Savcz-vous , Catherine , qu'à vous entendre , on yous prendrait pour une méchante femme?
CATHERINE
Vous croyez ! . . . et qui est-ce qui vous dit que je ne suis pas méchante ?
MAURICE
Le bien que vous faites dans le village.
CATHERINE
Le bien , le bien -ça n'est pas difficile quand on a de quoi !
Air : Vaude.ç>ille du Printemps .
Ils n'ont que ce mol à la bouche, Eir fait du bien , elle fait du bien. Si vous croyez que ça me touclie , Mon cher Maurice, il n'en est rien ; Il semblerait , tant on me vante , Quand du pauvre j' comble l'espoir, Que )' fais une chose e'tonnante, ' Quand je ne fais que mon devoir.
MAURICE
Là .'' là ! ne vous emportez pas , belle voisine. ( A part. ) Le caractère perce toujours.
CATHERINE
Savez-vous , mon voisin , que vous êtes tout drôle depuis queuqu' jours,
MAURICE
Moi ?. . . comment l'enlendez-vous ?
CATHERINE
Voulez-vous parier que je devine ce que vous penser .''je me suis aperçue que vous me reluquiez un petit brin. Pour
dire vrai , votre bonne miue me revient assez. . . je gage que mou humeur vous donne à réfléchir ; et que vous vous dites comme ça :
AlB ; Eh ! ma mère , est-c' que y ' nais ça t'
Cath lin' pour ma mi'nagère Me tonviendrait nssez bien:
J' suis garçon , j' pi urrai.s lui plaire ; Elle est veuve , elle a du bien :
IMais sons un' mine agre'aMe , C'est riiunieur d'un lucifer , Et si j'cpousais un diable , Not' me'nag' s'rail un enfer.
MAURICE , souriant.
Eh ! bien , vous vous trompez , belle fermière : ce n'est pas ça. ( J part.) Elle devine assez juste.
Air : jimi, dépouillons nos Pommiers.
J'ai vu les feux de cent canons, Lancer au loin la foudre ; J'ai vu des forts et des bastion* Qu'on réduisait tu poudre :
J'ai vu le trépas
Miir fois sous m es pas ,
Quand je faisais la guerre:
Or, sans m'f'jnouvoir ,
Voisin', je puis voir
Une femme en colère.
CATHERINE , u part.
11 me fait rire.
lUAl'RICE.
Ecoutez , Catherine : je vais vous parler avec la franchise «Vun brave homme.
CATHERINE, croisant 1rs bras .
J"écoute .
MAURICE
\ous ne devez pas douter que je ne vous aime de tout mon cœur.
CATHERINE
.le le Crois puisque vous me le dites.
J'ai remarqué que vous n'aviez pas trop de répugnance pour moi.
CATHERINE
Je ne vous Tavals pas dit positivement , mais c>sl égal.
MAURICE
Depuis quelque temps j'ai réfléchi.
CATHERINE , froidement.
Vous avez rcflcrhi ?. . .
MAURICE
J'ai quarante ans . . .
CATHERINE
Je le sais .
MAURICE
J'ai fait long-lenips la guerre. • .
CATHERINE
Je le sais.
MAURICE
J'ai des blessures.
CATHERINE, impatientée.
Je le sais.
Vous êtes jeuoe.
Dieu merci.
Riche. . .
Après .''
CATHERINE
MAURICE
CATHERINE
MAURICE
Air .• En attendant. ( Des Bonnes d'Enfans. )
J' n'ai pas assez Pour entier en intînage....
Sur notre liynien, au moins réfléchissez , î^'ètes-voiis pas la plus ricli' du village ? iVIoi j ' n'ai qu' ma r'traite et rc p'tlt ermitage , C n'est pas assez. \bis.)
CATHERINE , avec tristessc.
Même air.
C'en 'st assez , Ce discours m'importune , Loin d'imiter ces cœurs intéressés , ^loi je croyais , malgré ialoi commune , Que votre honneur égalant ma fortune , C'était assez. (ifV).
MAURICE
Catherine , ne croyez pas que je doute en rien de la noblesse de vos sentimens.
CATHERINE , avec humeur.
Il le faut bien , puisque vous ne vous trouvez pas assez riche. (Emue.) C'est mal , M, Maurice , très-ra*l ; je prends cela pour un refus. {Avec dépit.) Vous avc« raison ; je ne puis pas être voire femme. . . je suis trop riche. . . Adieu , M. Maurice. (^Fausse sortie.') Je ne suis pas contente de TOUS , entendez-vous ?
Air : Mon cczur à l'espoir s" abandonne.
DVez-vous me r'prochcr ma richesse?
Quand )' veux vous confier mon bonheur ,
Montrez moins de délicatesse
Et sachez mieux juger mon cœur.
Je croyais que lorsqu'en mariage
L'un apportait assez de bien,
Pour être heureux dans le me'nagc ,
L'autre n'avait besoin de rien.
JEnsemhlc.
D'vez-vous me r'procher ma richesse ?
MAURICZ , à part.
Sa mauvais' tête et sa lichesse Nuiraient peut-être à mon bonheur.
Montrons tout' ma délicatesse , Dusse- je affliger son bon cœur.
Elle sort.