CHAPITRE PREMIER Rôle de la bonne volonté
La bonne volonté est indispensable, car Dieu ne peut rien sans nous. Il est bon de le répéter pour détruire les illusions funestes d'une ferveur que l'on se figure trop facile.
Pénétrées des impressions profondes, parfois des enthousiasmes d'une retraite, ou d'une communion, certaines personnes s'imaginent que, désormais, les choses iront d'elles-mêmes. Elles se sentent tellement différentes de ce qu'elles étaient, qu'elles croient volontiers que la vie a changé comme elles. Les difficultés leur semblent puériles, les obstacles des grains de sable; tout leur paraît facile. Elles se croient ferventes, enfin, réellement ferventes, et pour toujours.
Qu'arrive-t-il? Ce beau ciel s'assombrit tout à coup; la tempête recommence à souffler. Des difficultés reparaissent, auxquelles les illusionnées ne s'attendaient pas; elles n'y étaient pas préparées, elles se découragent et abandonnent tout.
Dieu ne peut rien sans vous : vous Toubliez trop. Les meilleures retraites, les plus
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grandes grâces ne suppriment pas les difficultés. Quelquefois même celles-ci redoublent; il faut s'y attendre, les prévoir et s'y préparer. Vous devez sortir d'une retraite ou d'une communion, non comme des soldats qui ont gagné la victoire et se partagent le butin, mais comme des soldats armés et prêts à engager la lutte. « Les gens d'armes batailleront, disait Jeanne d'Arc, et Dieu baillera la victoire. » Pour que Dieu donne la victoire, il faut batailler. Dieu ne peut rien sans vous.
Mais ce qui vous est demandé n'est pas au-dessus de vos forces. Se représenter la ferveur comme trop difficile ou même impossible; se dire : Je n'y arriverai jamais; à quoi bon essayer? A quoi bon monter pour glisser ensuite et retomber plus bas? Voilà un nouvel écueil.
Le concours de bonne volonté que Dieu vous demande est un concours proportionné à vos forces. En effet, le degré de sainteté et de ferveur auquel Dieu vous appelle diffère pour chacune. Vous n'êtes pas destinées à devenir une sainte Chantai, ni une sainte Thérèse. Dieu vous a départi une mesure de forces et de bonne volonté correspondant à ses desseins sur vous. Il a prévu vos difficultés, vos épreuves, les caractères qui viendront contrarier le vôtre, les événements qui vous meurtriront, et II vous a préparé une somme de résistance et de bonne vo-
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lonté égale à l'efFort que vous devrez faire.
N'oubliez pas cela, et ne dites jamais : je ne puis pas, c'est plus fort que moi. — Vous pouvez, si vous le voulez.
Ce ne sont pas des transformations immédiates et radicales f des pas de géant qui vous sont demandés, ni même de grandes enjambées. Ordinairement, ce sont àe petits pas que Dieu attend de vous, mais des petits pas de tous les jours, de tous les instants, qui vous mènerpnt loin. Les fourmis ne vont pas vite, elles arrivent cependant, en marchant toujours, à faire beaucoup de chemin. Lorsque vous partez pour une haute ascension, vous n'allez pas vite, non plus ; les guides expéri-^ mentes modèrent votre ardeur au départ et vous font prendre une allure lente et grave. Et cependant, après quelques heures, vous êtes étonnées, en vous retournant, de la distance que vous avez franchie.
Allez ainsi, dans le chemin de la ferveur ; l'Évangile vous le conseille : ce A chaque jour suffît sa peine. » Si vous accumulez par la pensée tous les efforts que vous aurez à faire pour arriver au but, vous serez vite découragées. Allez au jour le jour et à petits pas ; vous irez loin et vite.
Si vous tombez, vous vous relèverez. Il [n'arrive pas qu'aux enfants de faire des chutes: les grandes personnes en font aussi. L'essentiel est de ne pas rester à terre, et de ne pas
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se dépiter, mais de s'humilier et de se relever promptement.
L'habitude vous viendra en aide et vous rendra faciles bien des efiPorts qui vous avaient d'abord paru impossibles. Que de choses en sont là ! L'enfant qui fait ses premiers pas se doute-t-il qu'il marchera bientôt et courra sans y penser ? La jeune fille qui se met au piano pour la première fois, se doute-t-elle que, dans peu de temps, ses doigts voleront sur les touches et les atteindront avec une étonnante justesse, sans plus même les regarder ?
Dans l'ordre humain, l'habitude centuple nos facilités et nos forces ; il en sera de même pour la ferveur.
« Moi, qui aimais tant à rester nonchalamment dans mon lit, — écrivait une jeune fille éclairée et touchée parla grâce, — maintenant je ne me réveille jamais assez tôt pourcom-i mencer ma journée et offrir à mon Créateur l'hommage de mon amour et de ma gratitude.
« Moi, qui restais des heures entières à perdre un temps précieux, à présent je déteste de demeurer inoccupée.
« Moi, qui aimais à nourrir mon esprit dej mauvaises lectures, aujourd'hui je ne désire même plus ouvrir ces romans que je dévorais. Je lis la parole de Dieu et je m'en trouve bien et plus heureuse* . »
i. Journal de Berthe de Mornay.
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Il est toujours temps, d'ailleurs, de vous mettre à l'œuvre quel que soit votre âge; cela est plus difticilej'en conviens, à mesure que l'on avance dans la vie; il semble qu'on devienne comme les arbres, dont l'écorce se durcit et qui ne peuvent plus prendre une nouvelle direction. Cependant, dans Tordre moral, la réforme est toujours possible. On peut toujours se perdre, hélas ! On peut, aussi, toujours se sauver, toujours s'améliorer, se sanctifier : il n'est jamais trop tard.
Et plus on vieillit, plus on approche du terme, plus aussi on devrait avoir d'ardeur en songeant à l'imminence de la fin. Encore un peu de temps et tout sera terminé ! Hâtonsnous, l'heure approche et le Juge va venir!