OCTAVE, ALPHONSE, JOURDAIN
les Jeux jiuncs gens sc retirent à gauche. Jourdain cuire par la droite. Après avoir échangé plusieurs salutations nmcltis cl regardé Georgelle qui, sans mol dire, sort doucement par la gauche, M. Jourdain dit :
JOURDAIN
A quoi dois-je l’honneur de vous trouver céans?
ALPHONSE
Monsieur, j’ai nom Alphonse, et vous présente Octave,
Mon collaborateur, un jeune homme fort grave,
Coeur loyal, âme large, esprit droit, en un mot,
Mon cher monsieur Jourdain, le gendre qu'il vous faut
JOURDAIN
Que la peste m’étouffe ! .
octave, à Jourdain.
Excusez a* langage
A coup sûr trop léger devant un homme sage.
Monsieur, et laissez-moi prendre seul le souci D’expliquer les raisons de ma présence ici.
JOURDAIN, voulant lc« faire couvrir.
Mettez donc, je vous prie.
OCTAVE
Inutile.
JOURDAIN
A votre aise.
Maintenant, dites-moi... ,
ALPHONSE, lui oITranl une chaise à droite ’.
Prenez donc une chaise;
Je ne puis sans souffrir vous voir debout...
JOURDAIN
Ma foi!
Je crois que ce monsieur fait les honneurs chez moi.
OCTAVE, assis.
J’ai rencontré souvent, depuis près d'une année,
Vos tilles au salon de votre sœur aînée;
Voir la belle Henriette et l'aimer sans retour Fut pour mon cœur séduit l'affaire d’un seul jour. Pauvre auteur dramatique, inédit à la ville,.
Bien qu'ayant eu déjà plus d’un succès facile A Rouen, à Bordeaux, à Nantes, — je compris Qu’il me fallait dés lors arriver à Paris ;
Joindre à l'amour la gloire, — à la gloire l’aisance. Poser les fondements d'une heureuse existence,
Et cela fait, — pouvoir vous supplier un jour De daigner consacrer ce qu’ébaucha l’amour !
• Octave, Jourdain. Alphonse.
JOURDAIN
Lors, vous avez b igué l'Iieur de notre alliance.
Savez-vous sur cela ce que ma iille pense?
OCTAVE
Si mes vœux obtenaient votre approbation.
Elle consentirait sans hésitation.
JOURDAIN
Voyez-vous ça! — Je crois franchement que les pères Sont créés tout exprès pour ces sortes d’affaires ;
Nous en reparlerons, monsieur, mais en ce jour Je n’ai pas le loisir de m’occuper d’amour.
OCTAVE
Daignez me pardonner si j'insiste; mais j’aime,
J’attends depuis des mois cet entretien suprême,
Et je souffrirais trop, monsieur, en ce moment,
Si je n'emportais pas votre consentement.
JOURDA IN.
Eh! monsieur... savez-vous quel jour dumois nous sommes?
OCTAVE
Mais... le quinze janvier !
JOURDAIN
Un de nos plus grands hommes, Molière, est né voici deux cent trente-huit ans ;
C’est un devoir sacré pour tout homme de sens,
Tout homme qui comprend cet immortel comique,
De célébrer chez soi sa fête. — Je m'explique ;
Le culte des noms purs s’éteint, et je voudrais Que chacun pour l’un d’eux agît comme je fais...
OCTAVE
Molière ! J’aime, moi, ce hardi philosophe Qui des travers humains a déchiré l’étoffe,
Qui le premier osa. dans un temps corrompu,
Prendre seul contre tous parti pour la vertu.
ALPHONSE
Moi, j’admire surtout l'écrivain, le poète,
Sa constante éloquence et sa grâce parfaite,
La pureté du vers, abondant, non diffus,
Qui dit ce qu'il veut dire et ne dit rien de plus.