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Trésor, provoqua des dons patriotiques, il fit remise volontaire à l'Etat, sur les tailles de Montivilliers, d'une rente dont le capital fut alors estimé à deux mille deux cents livres; et remit en outre cinq cents livres d'arrérages, pour racheter onze boucles d'argent que neuf de ses enfants, sa femme et lui avaient d'abord spontanément offertes (1).
Le 13 juin 1790, à l'occasion du banquet patriotique qui suivit la Fédération de la garde nationale du Havre avec le régiment de Béarn et tous les corps militaires, il célébra le pacte fédératif dans une chanson où, après avoir porté la santé du Roi, des constituants et des soldats de Béarn, il concluait ainsi :
A la santé de nos Havraises, Rivales de nos sentiments, Le titre de bonnes Françaises A couronné leurs agréments.
Pour (aire fuir toute humeur noire, Redites-nous, sexe charmant :
Il faut aimer et boire Tambour battant (2).
Cette même année, 1790, les Parlements ayant été abolis, Laignel fut à l'élection nommé troisième juge-suppléant ; mais il déclina cet honneur et dès lors devint
(1) V. Borély, Histoire de la ville du Havre, seconde partie, t. 1, 1. I, cb. v, p. 125, 126 et note.
(2) V. Borély, Histoire de la ville du Havre, t. I, 1. I, ch. vu, p. 205.
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suspect. Le 9 pluviôse an II (29 janvier 1794), s'il n'est point du nombre des vingt et un Havrais arrêtés par l'ordre du représentant Siblot et bientôt internés à Nointot, il a la douleur de voir parmi eux son uMs aîné, établi négociant rue de la Révolution.
Attendant que le 9 thermidor lui rende ce fils, exposé chaque jour à l'aller rejoindre en prison, il cherche dans l'étude une diversion à ses peines. 11 écrit VOrdre social propre à tout gouvernement, et ce dans sa maison, rue d'Estimau ville, vis-à-vis l'établissement de la Miséricorde du Havre, ainsi qu'en témoigne cette note extraite de la partie de l'œuvre consacrée aux « Hospices » : « Cœurs « sensibles : vous concevrez la douleur que j'éprouve en a attachant mes regards sur cet édifice,élevé vis-à-vis de « ma demeure : mais ne voyant plus y entrer ou en sor- « tir son bienfaiteur zélé (1), l'un de mes plus intimes et « de mes plus anciens amis, qui peut-être, hélas ! réclame a en cet instant sur une terre étrangère ces mêmes se-
(1) L'abbé Anfray, prêtre « qui depuis 1761 jusqu'à sou départ forcé par les circonstances en 1792; a donné aux pauvres son temps et son revenu », avait construit « par ses soins et en partie de ses deniers, les bâtiments de V Etablissement de la Miséricorde, où se faisaient « des distributions en deniers, vêtements et bouillon telles que dans cette ville (Le Havre), quoique considérable en commerce et en population, l'on ne voyait personne mendier. Une école gratuite de travail en dentelles y était ouverte aux jeunes filles indigentes : le produit de leur ouvrage était remis à leurs parents ». (J.-B. Laignel, VOrdre social, deuxième législation : les Hospices, p. 18, note 6).
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« cours qu'au sein de sa patrie il semblait destiné à « répandre toute sa vie dans la main des autres !!! »
J,-B. Laignel était en effet un travailleur émérite, non moins qu'un érudit et un penseur : rénumération de ses œuvres en fait foi. C'est, sous le titre général d'Elite des Loix commerciales, depuis la découverte du Nouveau- Monde ou de l'Amérique en 4492 jusqu'à la convocation des Etats-Généraux de la France en 4789, un Discours sur la navigation, ces Etudes de V ordre social, dont nous parlions tout-à l'heure, le Spectacle de la France lors de la convocation des Etats-Généraux en 4789, le Commerce général de la France en 4789, les Salines et le sel de la France, lesdits ouvrages augmentés d'extraits commentés de Montesquieu, J.-J. Rousseau, l'abbé de Saint-Pierre, le président Hénault et le jurisconsulte Argou.
La Révolution passée et le Directoire ayant fait place au Consulat, Bonaparte, qui venait de signer a le Concordat », descendit au Havre où, accompagné de Joséphine, il séjourna trois jours, du 7 au 10 novembre 1802. Des fêtes brillantes furent données en son honneur; et Laignel, qui semble avoir été considéré comme l'un des poètes officiels de la cité, se crut obligé d'accorder à nouveau sa lyre.
Fuyez a son aspect nuages ténébreux !
chante-t-il ;
Jours purs et fortunés il vous rend à nos vœux !
Sur un transparent, dont il orne la façade de sa maison, il écrit :
Qu'il vive ce héros dont les bienfaits nombreux
Nous ramènent le temps de nos premiers aïeux I
Dans nos élans d'amour et de reconnaissance,
Il nous a vus bénir son auguste présence ;
Gomme dans l'âge d'or on bénissait les dieux,
Se montrant aux mortels dont ils comblaient les vœux (1).
et, dans un placet également en vers, il appelle sur son a Ordre social » l'attention du consul et sollicite pour l'imprimer le concours du Gouvernement.
L'auteur de la Fête du Louisée,' célébrant Bonaparte, après la Fédération, n'était-il, comme l'insinue Borély, qu'un poète à l'enthousiasme facile? Il nous parait plutôt, connaissant les sentiments religieux de l'homme, que le rétablissement officiel du culte en France lui faisait considérer le premier consul comme un être providentiel, un nouveau Constantin, dont à jamais les siècles béniraient la mémoire.
Les vers de Laignel, fort goûtés de son temps, — on ne comprenait guère alors autrement la poésie, — nous semblent, nous l'avons dit, à nous qui avons été si gâtés, bien pauvres sous leur vêtement d'apparat et de construction bien tourmentée. Nous ne pouvons nous résoudre à admirer ceux-ci, non plus que certains autres qu'il nous serait facile de relever :
Et que Cherbourg dé l'art soit le triomphe heureux 1 (2)
(1) V. Borély, Histoire de la ville du Havre, t. II, 1. III, ch. iv, p. 4TI).
(2) La fête du LouUée, strophe IV.