‹ La fiancée de BénarèsChapitre 3 sur 17 · VII · texte numérisé non relu

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lions des mœurs? Je pense que Ton ne peut en douter. La littérature , ainsi que les arts , émane de la société même.' Elle exerce une séduction ; elle s'adresse aux hommes , elle doit chercher ce qui les louche , et les occuper de leurs intérêts présens. Une question digne d'être discutée s'offre ici ; et quittant toute l'humilité, ou tout l'égoïsme de la préface, j'oublierai le poème que je vous dédie , pour chercher à définir en peu de mots les besoins littéraires de l'époque où nous sommes.

Les galanteriesmêléesaux vers sibeaux de Racine , et aux tragédies du grand Corneille, nous semblent aujourd'hui très-ridicules. Le madrigal a perdu son empire. La couronne poétique de Benserade, de Dorât et de Pezay s'est flétrie.

^> vm a* D'autres habitudes oui amené d'autres

goûts. Si nous comptons encore des esprits frivoles , ils abandonnent le genre fade et se jettent dans le romanesque ; ils aiment les visions ; ils protègent le genre fantastique. Tel, qui eût fait ses délices des petits soupers de l'hôtel Rambouillet, s'enivre de la lecture de nos plus funèbres romans.

Calculons , s'il est possible , l'influence des événemens sur les hommes , et trouvons, dans les changemens des moeurs .

la source du changement qui s'opèir dans la littérature. Tant d'intérêts déplacés , de fortunes remuées , de passions excitées , le spectacle de vingt-cinq années si terribles ont laissé de profondes traces dans la société où nous vivons. Ces influences se l'ont sentir

^ ix <m malgré nous ; elles nous enveloppent et nous pressent ; tous les partis s'y soumettent , tous les caractères subissent une altération nécessaire. Qui oserait , je le demande, faire représenter devant les hommes qui ont vu rouler autour d'eux , et quelquefois sur les cadavres de leurs amis et de leurs frères , le char de quatre ou cinq gouvernemens ; qui oserait faire représenter devant eux les pastorales de Fontenelle et les féeries de Sainte-Foix ?

Un mouvement irrésistible entraîne les esprits loin des pensées frivoles, vers les pensées ou élevées ou positives, ou sublimes ou vagues. On ne se reconnaît point encore. Entre la juste admiration pour les chefs-d'œuvre du dix-septième et du dix-huitième siècles, et le désir

d'émotions inconnues , le public ne sait où se prendre ; il flotte incertain. Les principes qui ne sont fixes sur aucun point, sont également mobiles en littérature. L'extravagant , le romanesque , le vague , se montrent sous mille ibrmes dans les écrits nouveaux : ce sont les premières manifestations de ces besoins secrets qui tourmentent la société actuelle.

Des esprits distingués ont déjà prouvé qu'il était possible de satisfaire à ces besoins , sans blesser le goût , sans tomber dans la déraison. Les vers de déranger se sont adressés h tous les cœurs français } Casimir Delavigne a jeté tout le charme de sa poésie sur des émotions patriotiques-, Lamartine a produit des morceaux charmans dans ce genre Blé-

lancolique el rêveur, si voisin du ridicule. D'autres talens se sont révélés. Je ue vous eiterai pas , en parlant à vousmême; et les éloges des anciennes dédicaces ne trouveront pas ici leur place. Un instinct secret, la divination du talent, a dirigé quelques hommes supérieurs dans leurs travaux : suivons cette trace; cherchons si en conservant la beauté des formes antiques , la poésie ne peut s'associer aux émotions humaines d'une manière forte et profonde , et reconquérir toute son influence sur la société actuelle , en ^adressant à ses passions. Étudions les moeurs. Elles ont perdu en éclat ce qu'elles oui gagné en intimitéetenénergie.Plusdomestiqucs,

plus franches et plus pures , elles repoussent l'hypocrisie des vertus comme la

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fanfaronnade des vices. Le grand seigneur n'a point honte d'habiter le même hôtel que sa femme : une jeune coquette semble aujourd'hui une rareté que le ridicule poursuit. Les scènes de famille plaisent et attachent.

Que les poètes s'asseyent donc au foyer de la famille ! S'ils trouvent dans la peinture des événemens domestiques des couleurs moins vives , ils y trouveront en revanche de puissans moyens d'émouvoir. Croit-on que les scènes de la vie privée manquent de charme et de coloris? Vous ne le direz point , vous, auteur de l'Ermite : et je citerais, |><>iii vous confondre, vingt scènes tirées de vos propres ouvrages , auxquelles le coloris poétique ne manque pas, et qui n'attendent que le rythme, La césure et

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