ACTE DEUXIÈME
KERDÉE, avec douceur.
Oui, moi-même, Pour la réponse, me voilà !
kerlîn'.
0 Kerdée ! Kerdée ! soyez bon !
KERDÉE, tristement.
Faut-il attendre encore?
Montrant du doigt le front de Kerlîn'.
Arry est toujours là !
Moi-même je le pleure...
Mais doit-on vivre pour les morts?
Certes, promesse engage...
Ah ! si son ombre pouvait Nous apparaître, Elle dirait :
« Prends Kerdée, L'ami le plus fidèle. »
KERLÎN , avec anxiété se parlant à elle-même.
— s A lui, jusqu'en la mort ! »
KERDÉE.
Parole bien légère!
A-t-on le droit de se détruire ?
Non, le crime, C'est de laisser, comme à dessein, Ce souvenir affreux empoisonner ta vie.
Lui montrant la petite glace.
Enfant, dans ce miroir Regarde ta pâleur î Viens, Kerlîn', sois ma femme, Mon autre moi !
Que tous connaissent notre amour !
Je t'aime, je t'aime tant, Et veux te rendre heureuse !
Viens! Viens!
KERL1N j appuyant les mains sur ses tempes.
Je souffre hélas ! je souffre tant !
Soyez pitoyable, ô Frée !
L'oublier, ah, non, jamais ! Vous êtes bon, autant que lui.,.
Mais, de lui seul mon cœur est plein ! Au loin quand passe une voile, Mon cœur se met à battre, Et je m'attends toujours A le revoir, Celui qui vit encor pour moi !
KERDÉE.
Mes yeux l'ont vu périr...
J'aurais donné ma vie Pour le sauver...
Hélas ! trop forte était la mer !
KERLÎN , comme si elle n'avait pas entenlu.
En songe je l'ai vu
Fendant les vagues, Venant à moi !
Qui sait?... au printemps — Je m'attache à cet espoir, — Va-t-il reparaître !
Une yoix criant dans la dune.
Une voile !
Kerlîn' tressaille. Djovita paraît à la fenêtre de droite.
Une voile ?