SCÈNE IV
KERDEE, DJOVITA.
DJOVITA, suivant Kerlîn' d'un regard moqueur.
Aux dunes, va !
En vain tu l'interroges :
La mer jamais ne rend
Ce qu'elle a pris...
A Kerdée.
Hélas, la pauvre ! sa raison s'égare ; Elle maigrit et sèche comme un épi, Elle, si fraîche autrefois î
Frappant cavalièrement sur l'épaule du jeune homme.
0 Frée, C'est généreux à toi, Au pauvre Arry fidèle, D'accueillir sa triste fiancée.
Souvent, par mes chansons aussi, Je cherche à la distraire. . .
KERDÉE.
Tu chantes gentiment !
DJOVITA, flattée, mais repoussant le compliment d'un geste coquet.
Qui ? moi ? te moques-tu ?
KERDÉE.
La voix d'un rossignol...
DJOVITA.
Un moineau franc, et rien de plus î
Elle chante joyeusement, mais avec l'intention évidente de plaire à Kerdée, dont elle s'éloigne et se rapproche avec une coquetterie parfois effrontée. Tournant autour de lui, elle semble vouloir le tenir dans un cercle enchanté. Lorsqu'elle chante : « Sangué-hio » elle fait le geste de s'accompagner sur la guitare. Kerdée, subissant l'influence de son chant, écoute avec satisfaction, sourit et marque le rythme de la tète et du corps.
DJOVITA (vieille chanson populaire.)
La belle avec sa hotte et son filet...
Sangué-hio !
De Scheveningue en chantant revenait...
Trotte, trotte, La Margotte, Avec ta hotte, Trotte, la Margotte !
Qui m'achète mon turbot?
Ho-Saogué-hio î
De sa fenêtre un beau seigneur la vit...
Sangué-hio ! \
Tout en passant, la belle lui sourit.
Trotte, trotte, La Margotte, Avec ta hotte, Trotte, la Margotte !
Qui m'achète mon turbot?
Ho-Sangué-hio î
Kerdée est de plus en plus sous le charme.
En peu de temps, la belle s'enrichit... Sangué-hio !