CES CONTES
DESTINÉS A FAIRE CONNAITRE LES ANCIENNES MCKORS ÉCOSSAISES ET LES TEADITI0N8 DE NOS DIFFtniiMTES PBOVirTCES,
'Ont respectueusement dédiés par leur ami et compalricle dévoué
JEDEDIAH CLEISHBOTHAM.
Ahora bien, dijo el cura; tracdme, sefior huesped, aquesos libros, que los quiero ver. — Que me place, respondiô él : y entrando en su aposenlo, sacô dél una malelilla vieja cerrada con una cadenilla, y abriendola, hallô en ella très libres grandes y unos papelçs de rauy buena Iclra escritos de mano.
Bon Qoijote, parte primera, capitulo 32.
A merveille, dit le curé; je vous prie, seigneur hôte, d'alhT vmi chercher ces livres, j'ai envie de les voir. — De tout mon cœur, répondit l'hôte; et il monta à sa chambre. Il en rapporta une vieilli* petite valise, fermée par un cadenas, qu'il ouvrit, el il en tira trois gros volumes el quelques manuscrits en beaux caractères.
DEUXIÈME SÉRTE
^^^\f^\ 'auteur, dans une autre occasion *, refusa dluûiquer la source ^-^^fèï-vv; d'où il avait tiré le sujet tragique de cet ouvrage, parce que, kz^iî^^'> 1/ ^^^^ ^"® l'histoire se fût passée à une époque éloignée, il pen- ^^^^&^i sait que cela pourrait déplaire aux descai'ignts de la famille ^T^A:!-^fdâ&. dont il y est question. Mais comme il en a vu un récit dans les notes du Mémorial de Law , par son spirituel ami , Charles Kirkpatrick Sharpe, esq. , et qu'il indique aussi , dans sa réimpression des poèmes du révérend M. Symson, jointe à la Description du Galloway, que cette histoire avait donné naissance à la Fiancée de Lammermoor , l'auteur est libre lui-même de raconter les faits comme ils lui ont été rapportés par quelques-unes de ses connaissances qui existaient à peu près à la même époque, et qui étaient intimement liées avec la famille de la Fiancée.
On sait que la famille de Dalrymple , qui a produit dans l'espace de deux siècle? autant d'hommes de talent dans la jurisprudence, la guerre , la littérature et la politique, qu'aucune autre maison d'Ecosse, tire son premier lustre de James Dalrymple , un des avocats les plus distingués, quoique son esprit n'eût malheureusement à s'exercer que sur un sujet aussi limité que la jurisprudence écossaise sur laquelle il a composé un admirable ouvrage.
Il épousa Margaret, fille de Ross de Balniel , qui eut en dot des propriétés considérables. C'était une femme habile, d'un grand esprit, et obtenant un tel succès dans tout ce qu'elle entreprenait, que le peuple, qui n'avait pas de partialité pour son mari et sa famille, imputait ses succès à la nécromancie. Suivant la croyance populaire , cette dame Marguerite obtenait du maître qu'elle servait la prospérité temporelle de sa famille à une singulière condition, qui est ainsi décrite par l'historien de son petit-fils, le grand comte de Stair : « Elle vécut jusqu'à un âge fort avancé , et à sa mort elle désira de ne point être mise sous terre , mais que son cercueil fût placé debout, appuyé sur une des extrémités , promettant que, tant qu'elle resterait dans cette situation , la prospérité des Dalrymple continuerait. » Quel était le motif de la vieille dame pour une telle demande , et fit-efte réellement une telle proposition ? C'est ce que je ne prendrai pas sur moi d'affirmer. Mais il est certain que son cercueil est debout dans l'aile de Téglise de
i. Voyez l'introdaclioii des Chrom'iues de la Canongutc.
Kirkliston, sépulture de sa famille *. Les talents de cette famille distinguée méritaient les dignités que plusieurs de ses membres ont obtenues sans aucun secuurs surnaturel. 3Iais sa prospérité extraordinaire fut mêlée de quelques malheurs : ceux qui arrivèrent à une des filles de cette famille sont aussi tristes qu'incroyables.
Miss Jeannette Dalrymple, fille du premier lord Stair et de dame Marguerite Ross , avait donné son cœur sans la participation de ses parents à lord Rutherford , seigneur sans fortune , et dont les opinions politiques étaient opposées à celles de sa famille. Le jeune couple avait rompu une pièce d'or et s'était fait les serments les plus solennels. On dit que la jeune fille avait appelé les maux les plus affreux sur sa tête si elle violait la foi jurée. Peu de temps après, un adorateur favorisé par lord Stair, et plus encore par sa femme, déclara son amour à miss Dalrymple. La jeune personne refusa sa main , et , pressée d'expliquer les causes de son refus , elle confessa son engagement secret. Lady Stair, accoutumée à une soumission générale autour d'elle (car son mari lui-même n'osait s'opposer à ses volontés), traita ce refus d'enfantillage , et insista pour que sa fille épousât le nouvel amant, David Dunbar, fils et héritier de David Dunbar de Beldoon, dans le >Yigtonshire. Lord Rutherford, qui était un homme d'un esprit ^trme, écrivit et insista sur le droit qu'il avait acquis par les serments de la jeune dame. Lady Stair lui répondit que sa fille , convaincue de la faute qu'elle avait faite en donnant son cœur sans consulter ses parents , rétractait ses promesses et refusait de remplir ses engagements avec lui.
L'amant refusa d'accepter cette réponse jusqu'à ce qu'elle lui eût été faîte par sa maîtresse en personne. Lady Stair , ayant affaire à un homme d'un caractère déterminé et de trop haut rang pour qu'on se jouât de lui , fut obligée de consentir à une entrevue entre lord Rutherford et sa fille ; mais elle y fut présente, et argumenta avec le malheureux amant avec autant d'adresse qu'il pouvait en mettre lui-même. Elle insista particuhèrement sur la loi du Lévitique, qui déclare qu'une femme sera libérée de son vœu lorsqu'il n'est point approuvé par ses parents. Voici le passage de l'Écriture sur lequel elle se fondait :
« Si un homme fait un vœu au Seigneur, ou jure un serment pour lier son « âme , il ne rétractera pas sa parole et accomplira la promesse qui est sortie « de sa bouche.
« Si une femme fait aussi un vœu au Seigneur, et se lie par un serment « étant dans la maison de son père et dans sa jeunesse;
« Et si son père entend son vœu et le serment par lequel elle a lié son « fime , et que son père la tienne eu paix : alors tous les vœux seront bons, >' ainsi que tous les serments par lesquels elle a lié son âme.
« Mais si son père la désapprouve le jour où il l'entend, aucun de ses « virux et de ses serments par lesquels elle a lié sou îune ne seront bousv
\ ilémuircs de John, comte de Stair, par uiit' main iiii|iailialc.
« et le Seigneur lui pardonnera parce que son père l'aura désapprouvée. ..< Livre des Nombres , xxx , 2 , 3,4,5.
Pendant que la mère citcit le Lévitique, l'amant au désespoir conjurait en «n vain la fi!!e de déclarer son opinion et ses sentiments. Elle paraissait accablée, muette, pâle et immobile comme une statue. Seulement, lorsque sa mère le lui commanda d'une voix sombre , elle rassembla assez de force pour rendre à celui qu'elle aimait la pièce d'or brisée qui était le gage de sa foi. Alors l'amant, en proie à une terrible colère, accabla la mère de ses malédictions , et en quittant l'appartement , il se détourna, et dit à sa faible, sinon trompeuse maîtresse : «Pour vous. Madame, vous ferez l'étonnement du monde » , phrase écossaise qui exprime qu'on doit être atteint de quelque calamité remarquable. Il partit pour l'étranger et ne revint plus. Si le dernier lord Rutherford fut le malheureux amant , il doit avoir été le dernier qui portait ce titre, et qui mourut en 1685.
Le mariage entre Jeannette Da!r\ mple et David Dunbar de Baldoon eut lieu ; la Fiancée ne montra aucune répugnance ; mais elle obéissait en silence à tout ce que sa mère lui conseillait ou lui ordonnait. Le jour du mariage, auquel on avait invité , comme c'est l'habitude , un grand nombre de parents et d'amis , elle fut la même, triste, silencieuse, et résignée , suivant toute apparence , à son destin. Une dame , très-liée avec la famille , a dit à l'auteur qu'elle causa à ce sujet avec un des frères de la Fiancée, très-jeune à cette époque, et qui , à cheval, précéda sa sœur à l'église. 11 dit que la tnain qu'elle posa dans la sienne tandis que sou bras entourait sa taille . <^tait aussi froide et aussi humide que le marbre ; mais enchanté de son costume neuf et du rôle qu'il jouait dans la procession , cette circonstance , qu'il se rappela longtemps après avec autant de regret que de chagrin , ne fit alors aucune impression sur lui.
La solennité du mariage fut suivie d'un bal; les deux époux se retirèrent comme c'est l'usage , et bientôt les cris les plus aigus et les plus affreux partirent de la chambre nuptiale. C'était alors l'habitude , pour prévenir sans doute les plaisanteries qu'on se permettait quelquefois dans les anciens temps en de semblables occasions , de confier la clef de la chambre au garçon d'honneur de la ûancée'. On l'appela. Mais il refusa d'abord d'ouvrir, jusqu'à ce que les cris devinssent si horribles , qu'il désira , ainsi que le reste de la société , d'en connaître la cause. En ouvrant la porte , on trouva le marié couché en travers du seuil , blessé et baigné dans son sang. On chercha alors la mariée, et on la trouva dans le coin d'une immense cheminée , n"ayant d'autres vêtements que sa chemise qui était teinte de sang. Elle était là, assise, tantôt ïêveuse , tantôt grinçant des dents à ceux qui s'approchaient; en un mot, ayant complètement perdu la raison. Les seuls mots qu'elle prononça furent ceux-ci : « Emportez votre gentil marié! » Elle survécut à eette horrifie scène un peu plus de quinze jours, ayant été mariée le 2 J d'aoïit, ■et étant, morte le 12 septembre 1609.